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Maria Druais (Traducteur)Bernard Sesé (Traducteur)Teresa Rita Lopes (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 2714303471
Éditeur : José Corti (01/11/1989)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 6 notes)
Résumé :
“.. Elle s’arrêta. Puis elle se retourna pour exprimer son étonnement à son compagnon. Mais derrière elle, il n’y avait personne. Seulement la rue, lunaire et déserte... ”.
Ainsi s’achève la rencontre de Maria avec un curieux personnage, tout de rouge vêtu. L’enfant que Maria met au monde, quelques temps plus tard, garde l’empreinte, irréelle et lunaire, de cette extase ou de ce rêve où le diable l’a entraînée. Entre la jeune femme et "l’éternel différe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
colimasson
  24 février 2013
Fernando Pessoa avait-il lu son texte à voix haute avant de lui donner son titre ? Toujours est-il que L'heure du Diable porte bien son nom puisque sa lecture s'écoule en si peu de temps que le Diable semble nous avoir filé sous le nez avant que nous n'ayons eu le temps de l'attraper. Ce Diable est bien mystérieux et ne ressemble absolument pas à la figure que nous avons l'habitude de rencontrer –cette antithèse de Dieu qui serait contre son image un ricaneur malsain et un tentateur sans scrupules.

Fernando Pessoa prend le prétexte d'un dialogue pour donner à son personnage l'occasion d'exprimer ses idées sur le monde terrestre.

« En bas, à une distance plus qu'impossible, il y avait des astres éparpillés, comme de grandes taches de lumière –sans doute des villes de la terre. le Diable les lui montra. Ce sont les grandes villes du monde : Voici Londres –et il en désigna une autre. Tout au fond, là-bas, c'est Paris. Ce sont des taches de lumière dans les ténèbres, et nous, sur ce pont, nous passons bien au-dessus d'elles, pèlerins du mystère et de la connaissance. »

On imagine Fernando Pessoa tout aussi éloigné du monde que le Diable. On comprend d'ailleurs très rapidement que ce dernier n'est qu'un prétexte : s'il revêt cette apparence diabolique connue de tous, c'est pour s'assurer une compréhension univoque. Un personnage quelconque, trouvé au coin de la rue, aurait eu moins d'impact puisqu'il aurait fallu se mettre d'accord sur les postulats de sa personnalité, au risque que chaque lecteur entende la chose d'une manière différente. Avec un symbole, personne ne devrait risquer de se tromper sur la personnalité du personnage.

« Nous vivons dans ce monde de symboles, dans le même temple clair et obscur –ténèbres visible, pour ainsi dire ; et chaque symbole est une vérité qui peut se substituer à la vérité jusqu'à ce que le temps et les circonstances restituent la véritable vérité. »

L'intrigue tient en quelques mots : au sortir d'un bal masqué, le Diable raccompagne une femme enceinte jusqu'à son domicile. Il échange avec elle une conversation –plutôt monologue puisqu'elle se contente d'écouter et d'émettre quelques répliques qui orientent le discours- qu'elle attribuera peut-être à l'ivresse, ou dont elle ne s'étonnera pas, déjà abrutie par la fatigue. le Diable ne lui en tiendra pas rigueur et malgré le manque de réceptivité visible de sa compagne de route, il ne désespère pas à crier des oh ! et des ah !, à se dévoiler jusque dans les remarques les plus étonnantes qui constituent le foin de son quotidien, à parler métaphysique, ontologie et symbolisme à l'heure où tout le monde dort ou danse sur Terre… C'est que le Diable ne s'adresse pas vraiment à cette femme, comme la chute de l'histoire nous le fera comprendre. La chute, d'ailleurs, même si elle est originale, n'est pas particulièrement surprenante, et qui connaît un peu les aspirations et les idées de Fernando Pessoa pourrait presque la deviner au terme de la confession touchante et désespérée du Diable. Confession qui aurait également pu être celle de l'auteur, celle du poète :

« Vous avez l'avantage d'être des hommes, et, je crois, parfois, du fond de ma fatigue de tous les abîmes –que mieux vaut le calme et la paix d'une nuit en famille, au coin du feu, que toute cette métaphysique des mystères à laquelle nous, les dieux et les anges, sommes condamnés par substance. »

Le lecteur, avec la connivence de Fernando Pessoa, espère être un meilleur auditeur pour le Diable que la femme avec laquelle il s'entretient dans son livre. Il serait dommage, en effet, de n'ouvrir qu'à moitié ses écoutilles et de croire que ses confessions cherchent seulement à amadouer l'âme pieuse des derniers croyants qui se fourvoieraient encore en imaginant que le Diable est le Mal incarné. L'heure du Diable dissimule d'autres intentions, et on pourrait peut-être presque y déceler l'acte de naissance de Fernando Pessoa. D'une lecture agréable quoique extrêmement brève, L'heure du Diable constitue un nouveau support poétique à croiser avec les autres textes de l'auteur dans la constitution d'un édifice cohérent qui nous ouvre peu à peu les portes à l'univers fascinant de Fernando Pessoa.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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ster
  10 avril 2011
Maria prend congé un soir de son mari pour se rendre à un carnaval. Elle y rencontre un homme déguisé en diable qui lui assure être "le diable c'est-à-dire un gentleman" . Leur conversation, absolument surréaliste, fait vaciller nos repères. le diable rassure Maria, il se dit aussi inoffensif qu'un clair de lune, aussi précieux que l'Ironie, puisqu'il n'est autre que l'Imagination, autre que nous-même.
Le trouble qui naît à la lecture de cette conversation repose sur l'impression d'une inquiétante étrangeté tout autant que celui d'une familiarité. le lecteur a l'impression de rêver. Assiste-t-il à une véritable rencontre entre Maria et l'étranger, cet homme déguisé ou à une rencontre puissamment symbolique avec l'Étrange en Maria? Ce faisant, quelle est la rencontre proposée au lecteur ?
Quoiqu'il en soit, ce livre nous relie véritablement à cette zone de rêve crépusculaire où nous sommes le plus vrai et où nos idées, croyances ou représentations du monde que nous pensons meilleures que d'autres, ne sont que des balbutiements d'idées, de croyances...
La révélation finale sur l'origine du poète, auteur du récit, réjouissante d'intertextualité biblique et littéraire, révèle une grande maîtrise de la narration.
Ce livre qui se lit en à peine deux heures est un trésor inouï.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
LiliGalipetteLiliGalipette   03 avril 2011
– Je suis le maître lunaire de tous les rêves, le musicien solennel de tous les silences. Vous vous souvenez de ce que vous pensez quand, toute seule, vous êtes devant un grand paysage d’arbres et de clair de lune ? Vous ne vous en souvenez pas, parce que vous avez pensé à moi, mais, je dois vous le dire, je n’existe pas réellement. Si quelque chose existe, je n’en sais rien.
– Les aspirations vagues, les désirs futiles, les dégoûts des choses ordinaires, même lorsque nous les aimons, l’ennui de ce qui n’ennuie pas – tout cela est mon œuvre, née lorsque, allongé sur la berge des grands fleuves de l’abîme, je pense que je ne sais rien moi non plus. Alors ma pensée descend, effluve vague, dans les âmes des hommes et ils se sentent différents d’eux-mêmes.
– Je suis l’éternel Différent, l’éternel Ajourné, le Superflu de l’Abîme. Je suis resté hors de la Création. Je suis le Dieu des mondes qui ont existé avant le Monde – les rois d’Édom qui ont mal régné avant Israël. Ma présence dans cet univers est celle de celui qui n’a pas été invité. Je porte en moi les souvenirs de choses qui ne sont pas parvenues à être, mais qui étaient sur le point d’être. (Il n’y avait alors aucun face à face ni aucun équilibre.

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colimassoncolimasson   12 mars 2013
Quand un païen dit Jupiter et un chrétien dit Dieu, ils mettent la même émotion dans des termes différents de l’intelligence : ils pensent différemment la même intuition. Le repos d’un chat au soleil est la même chose que la lecture d’un livre. Un sauvage regarde l’orage de la même façon qu’un juif Jéhovah, un sauvage regarde le soleil de la même façon qu’un chrétien le Christ. Et pourquoi, madame ? Parce que tonnerre et Jéhovah, soleil et chrétien, sont des symboles différents de la même chose.
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sterster   10 avril 2011
Je suis l’absolu négatif, l’incarnation du néant. Celui que l’on désire sans jamais pouvoir l’obtenir, celui dont on rêve parce qu’il ne peut exister […]Ce qui aurait pu être, ce qui aurait dû exister, ce que la loi ou le Destin n’ont pas donné, je l’ai jeté dans l’âme de l’Homme et elle s’est troublée de sentir la vie vivante de ce qui n’existe pas.
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colimassoncolimasson   24 février 2013
En bas, à une distance plus qu’impossible, il y avait des astres éparpillés, comme de grandes taches de lumière –sans doute des villes de la terre. Le Diable les lui montra. Ce sont les grandes villes du monde : Voici Londres –et il en désigna une autre. Tout au fond, là-bas, c’est Paris. Ce sont des taches de lumière dans les ténèbres, et nous, sur ce pont, nous passons bien au-dessus d’elles, pèlerins du mystère et de la connaissance.
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colimassoncolimasson   04 mars 2013
N’avez-vous jamais pensé au Prince charmant, à l’homme Parfait, à l’amant inlassable ? N’avez-vous jamais senti près de vous, en rêve, celui qui vous caresserait comme personne ne caresse, quelqu’un qui serait à vous comme si vous étiez en lui, quelqu’un qui serait en même temps, votre père, votre mari, votre fils, dans une triple sensation qui n’en serait qu’une ?
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