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Françoise Laye (Traducteur)Robert Bréchon (Préfacier, etc.)Eduardo Lourenço (Préfacier, etc.)Richard Zenith (Préfacier, etc.)
EAN : 9782267015164
570 pages
Christian Bourgois Editeur (27/02/2004)
  Existe en édition audio
4.46/5   741 notes
Résumé :
« En ces heures où le paysage est une auréole de vie, j'ai élevé, mon amour, dans le silence de
mon intranquillité, ce livre étrange... » qui alterne chronique du quotidien et méditation
transcendante. Le livre de l'intranquillité est le journal que Pessoa a tenu pendant presque toute sa vie, en l'attribuant à un modeste employé de bureau de Lisbonne, Bernardo Soares. Sans ambition terrestre, mais affamé de grandeur spirituelle, réunissant esprit criti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (71) Voir plus Ajouter une critique
4,46

sur 741 notes
On m'a souvent demandé quel était mon livre de chevet. Je n'ai jamais vraiment été capable de répondre car pour cela, encore faudrait-il savoir ce qu'est un livre de chevet. Alors je pose la question sans malice : Qu'est-ce qu'un livre de chevet ? Un livre qu'on a dévoré et qui vous a captivé ? Un livre que vous auriez envie de relire à tout moment ? le livre que vous avez déjà relu le plus de fois ? le livre que vous avez le plus conseillé ? Un livre qui vous touche dans ce que vous avez de plus profond et dont vous avez la sensation qu'il vous comprend mieux que toutes les personnes que vous avez rencontrées jusqu'à présent ?

On pourrait de la sorte poursuivre longtemps, j'imagine, mais l'on comprend assez vite qu'un livre qui vous a bouleversé, vous, dans ce que vous avez de plus intime et secret, n'est pas forcément le livre que vous conseillez le plus autour de vous et réciproquement pour à peu près toutes les définitions que j'ai proposées. Alors, je vais vous le dire, le livre de chevet, pour moi, selon l'acception que je décide d'y donner aujourd'hui, c'est précisément un livre comme le Livre de l'intranquillité.

Ce n'est pas un livre facile, docile. J'ai mis des années à le lire, tout comme lui à l'écrire. C'est un peu comme Les Essais de Montaigne : il faut laisser le temps au texte de nous parler. C'est même le lire d'une seule traite qui serait absurde. La composante temps m'apparaît essentielle pour ce genre d'ouvrage. On lit un texte, on n'y touche plus pendant un mois, deux mois, six mois, un an, dix ans, qu'importe, c'est égal parce qu'il n'y a pas d'histoire. On y revient quand le moment est venu, quand on est prêt. On lit à nouveau quelques pages et l'on ferme les yeux pour laisser les mots infuser en nous. Voilà, pour moi, ce qu'est un livre de chevet.

Une grande poésie anime Fernando Pessoa. Une grande déprime aussi. C'est un esprit alerte, lucide, mais tellement noir et désillusionné… Il nous confie ses grandes questions, ou plutôt, devrais-je écrire, SA grande question : Pourquoi je vis ?

Tout le livre est une profonde introspection, minutieuse, récurrente, tenace, implacable sur lui, sur le monde comme il le voit. Une analyse, je dirais même une autopsychanalyse au long cours. Bref, une véritable expérience psychologico-littéraire. Imaginez que vous deviez être le psychologue de quelqu'un qui viendrait se confier à vous régulièrement et que vous teniez par écrit tout ce qu'il vous raconte sur des années. Eh bien c'est un peu ça le Livre de L'Intranquillité. Bien évidemment, c'est d'autant plus intéressant que le patient qui vient se confier est loin d'être la première truffe venue.

De même, je considère que cela peut être éprouvant de recueillir toute cette matière, toute cette intériorité dévoilée page après page malgré l'extraordinaire pudeur dont il fait preuve à chaque instant, malgré l'incroyable délicatesse qu'il déploie. Bref, je ne sais si l'on peut lire ce livre d'une seule traite. Je ne sais si c'est même souhaitable. Je pense plutôt que non.

En ce qui me concerne, très, très grande expérience littéraire, poursuivie sur des années et qui, je pense, peut se prolonger sur tout le restant de ma vie, bien à sa place sur ma table de chevet — son emplacement est attitré ! de toute façon, si ce livre ne vous convient pas, vous le saurez très vite, s'il vous convient également. Grand(e)s dépressif(ve)s s'abstenir pour les autres, je le conseille très volontiers mais souvenez-vous : ceci n'est qu'un avis, instable, renversable, falsifiable — intranquille par nature — c'est-à-dire bien peu de chose, croyez-moi.

P. S. : voici un extrait qui correspond au texte n° 442 de l'édition que je possède, et qui me semble être un bon reflet de l'oeuvre dans son entier :

« Je relis — plongé dans une de ces somnolences sans sommeil où l'on s'amuse intelligemment sans l'intelligence — certaines des pages qui formeront, rassemblées, mon livre d'impressions décousues. Et voici qu'il monte de ces pages, telle l'odeur de quelque chose de bien connu, une impression désertique de monotonie. Je sens que, même en disant que je suis toujours différent, j'ai répété sans cesse la même chose ; que je suis plus semblable à moi-même que je ne voudrais l'avouer ; et qu'en fin de compte, je n'ai eu ni la joie de gagner, ni l'émotion de perdre. Je suis une absence de bilan de moi-même, un manque d'équilibre spontané, qui me consterne et m'affaiblit.
Tout ce que j'ai écrit est grisâtre. On dirait que ma vie entière, et jusqu'à ma vie mentale, n'est qu'un long jour de pluie, où tout est non-événement et pénombre, privilège vide et raison d'être oubliée. Je me désole en haillons de soie. Je m'ignore moi-même, en lumière d'ennui.
Mon humble effort, pour dire au moins qui je suis, pour enregistrer, comme une machine de nerfs, les impressions les plus minimes de ma vie subjective et suraiguë — tout cela s'est vidé soudain comme un seau d'eau qu'on renverse, et qui a trempé le sol comme l'eau de toute chose. Je me suis fabriqué à coups de couleurs fausses — et le résultat, c'est mon empire d'arrière-cour. Ce coeur, auquel j'avais confié les grands événements d'une prose vécue, me semble aujourd'hui, écrit dans le lointain de ces pages que je relis d'une âme différente, la vieille pompe d'un jardin de province, montée par instinct, actionnée par nécessité. J'ai fait naufrage sans la moindre tempête, dans une mer où j'avais pied.
Et je demande à ce qui me reste de conscient, dans cette suite confuse d'intervalles entre des choses qui n'existent pas, à quoi cela m'a servi de remplir tant de pages avec des phrases auxquelles j'ai cru, les croyant miennes, des émotions que j'ai ressenties comme pensées, des drapeaux et des oriflammes d'armées qui n'étaient, en fin de compte, que des bouts de papier collés avec la salive par la fille d'un mendiant s'abritant sous le rebord des toits.
Je demande à ce qui reste de moi à quoi riment ces pages inutiles, consacrées aux déchets et aux ordures, perdues avant même d'exister parmi les lambeaux de papier du Destin.
Je m'interroge, et je poursuis. J'écris ma question, je l'emballe dans de nouvelles phrases, la désenchevêtre de nouvelles émotions. Et je recommencerai demain à écrire, poursuivant ainsi mon livre stupide, les impressions journalières de mon inconviction, en toute froideur.
Qu'elles se poursuivent donc, telles qu'elles sont. Une fois achevée la partie de dominos — et qu'on l'ait gagnée ou perdue —, on retourne toutes les pièces, et tout le jeu est noir. »
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Un ouvrage qui mérite bien son titre. Je referme à peine ce livre et me voici confrontée à l'intranquillité! Comment digérer une telle oeuvre? Avec ses questionnements et ses théories Fernando Pessoa nous bouscule. Nous ressentons son malaise, son angoisse. Nous vivons ses contradictions, sa solitude, son absence de bonheur, nous comprenons ses tortures morales.
Je regrette d'avoir emprunté ce livre, car il me faudrait en lire régulièrement des passages pour tenter de comprendre l'auteur, de digérer ses raisonnements. Ce livre de l'intranquillité n'est pas une oeuvre facile. Elle demande de la reflexion de la concentration. Et à moins d'être un grand intellectuel ou un esprit très supérieur, je pense que ce livre ne peut pas être compris dès sa première lecture. Il faut y revenir, s'attarder sur certains passages. Ce livre de l'intranquillité demande a être apprivoisé. Fernando Pessoa est un auteur dont on peut savourer la plume mais qui se mérite. Un texte surprenant qui déstabilise, un texte qui nous confronte à notre propre intranquillité. Je ne regrette pas d'avoir franchis le pas avec ce très grand écrivain portugais et je recommande ce livre à tous les lecteurs qui ne recherchent pas exclusivement les textes faciles. Pessoa nous oblige à penser à nous remettre en cause à revoir nos théories parfois... Un oeuvre qui nous conduit plus loin.
Lien : http://araucaria20six.fr/
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Critique de l'intranquillité (autocritique sans événement)
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* L'éditeur de cette critique précise qu'il publie en l'état le contenu d'un petit carnet noir trouvé sur la table d'un bar. Oublié ? Laissé ? Il a choisi de publier ces notes sans correction, avec leurs imperfections et telles qu'elles sont sorties de l'imagination, certainement fertile, de son auteure.*
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C.I. 19 mars 2024, 16h05
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C'est assise paisiblement à la terrasse ensoleillée d'un café, situé en face d'une librairie institutionnelle de ma ville, que je referme ce livre magistral de l'intranquillité. Quelle fluidité dans le le texte et les idées, quels propos passionnants, quelle plume éblouissante ! Dévoré d'une traite tellement il parlait à mon âme, les meilleurs moments m'ont été ceux de la relecture, chaque matin avant de poursuivre où je m'étais arrêtée, des passages que j'avais coché la veille.
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Si j'étais une femme d'action, je me redresserais, prendrais ce livre et mon ordinateur à bras le corps et rédigerais activement une critique structurée résumant la pensée de cet auteur pluriel, le plus fascinant qu'il m'a été donné de lire jusqu'à présent.
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Mais je ne suis qu'une Rêveuse. Une Penseuse, rectifierait mon praticien en Shiatsu qui s'occupe à panser les maux de mon âme en manipulant ceux de mon corps (et inversement), m'incitant à la Contemplation. Alors en refermant ce livre, je demeure un instant les jambes croisées nonchalamment devant mon reste de café froid, adossée à ma chaise en paille confortable. La tête inclinée vers la lumière, j'aspire la chaleur bienveillante que me procure le roi des astres en cette fin d'après-midi printanière, et je ne fais que penser encore à ce que je viens de lire, je rêvasse avec tendresse à ma propre vie intérieure, ma propre façon de fuir ce que je perçois parfois comme des agressions extérieures et qui me permet de comprendre ce mode d'être, bien que poussé à l'extrême, de l'auteur.
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« Comme la pensée, lorsqu'elle héberge l'émotion, devient plus exigeante qu'elle, ce régime de la conscience, où j'ai opté de vivre ce que je ressentais, a rendu ma manière de sentir plus quotidienne, plus titillante et plus épidermique. »
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J'ai erré tout mon saoul et en ivresse totale parmi les diverses voix publiques de Fernando Pessoa, durant ces 570 pages de pensées égrenées, « Alcool de mots superbes, de longues phrases se déroulant par vagues dont la respiration se soulève à leur rythme, et qui se défont en souriant dans l'ironie de leurs serpents d'écume, dans la triste magnificence de leurs pénombres. »
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Il y a la poésie des mots bien sûr, et la réflexion qu'ils peuvent susciter ; la beauté intrinsèque des phrases que cet esthète fomente à coup de métaphores joliment filées, tissées de ses paroles d'or et de ses rêves ; de ses silences angoissés, aussi. Mais je sais que nous sommes nombreux à y avoir trouvé plus que cela, une vraie résonance en nous et donc une certaine justesse. Les lecteurs que nous sommes seraient-ils tous plus ou moins enclins à l'empathie et surtout à la rêverie ? Il me semble que oui si l'on raisonne avec Pessoa, puisque nous choisissons la littérature comme passion et que « La littérature est encore la manière la plus agréable d'oublier la vie ». Et, à part la mort, quel autre meilleur moyen d'oublier la vie que de rêver ?
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C'est donc complètement désinhibée que je me suis accordée, entre deux plages de lecture, le temps pour mes propres rêves et rêveries ; le temps de faire vivre, en moi, mes propres personnalités multiples mais aussi mes personnages secondaires, ces amis si chers à Pessoa, ceux qui rapprochent encore, je le pense, nos vies intérieures de la littérature et dont il dira : « j'aligne maintenant dans mon imagination, tout à mon aise, comme on se chauffe en hiver au coin de la cheminée, des créatures qui habitent, de façon constante et parfaitement vivante, ma vie intérieure. »
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Il sera l'une des miennes désormais, cet auteur portugais qui, même pour écrire, dédoublait ses identités pour mieux les penser et s'inventera mille pseudos qu'il nommera « hétéronymes ».
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En réalité, et en écrivant ce qui suit je m'approprie encore une phrase de l'auteur tirée de ce livre : « j'ai senti une allusion directe à mon âme » à chaque page de lecture que je m'offrais. C'est pourquoi j'ai si bien compris l'auteur, me suis sentie proche de lui. En le pensant il m'a pansé, lui aussi. J'ai davantage dialogué avec lui au cours de cette lecture, que dis-je, au cours de cette rêverie - car je l'ai sûrement rêvé n'est-ce pas, personne ne peut réellement décrire aussi bien l'art de rêver et de vivre emprisonné dans sa tête ? -, qu'avec la plupart des gens réels que je croise chaque jour et qui constituent le décorum de la vie active.
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Note à moi-même : Terminer rapidement de lire le Vagabond des étoiles de Jack London qui, lui aussi, s'évade par la pensée…
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C.I 19 mars 2024 16h32
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Las ! Ma rêverie a été interrompue. J'ai perdu le fil.
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On n'est jamais tranquille. Dire que la vie est un long fleuve tranquille est une absurdité. On est sans cesse dérangé. le changement est inhérent à la vie, qui est donc par nature intranquille. Il faut sans cesse s'adapter, naviguer sur les eaux superficielles mais intranquilles de la réalité et jongler avec celles, plus troubles et plus profondes, de notre vie intérieure insondable mais non moins agitée.
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Aussi tandis que je m'élevais tranquillement vers la pensée de Pessoa, un collègue de travail arrive et m'annonce en soufflant « qu'ils vont le tuer ». Je m'ébroue, prends mon élan et m'élance sur le devant de ma chaise pour m'exclamer machinalement, comme le veut la bienséance même envers l'importun qui vient briser nos rêves-pansements : « mais comment donc, qui oserait vouloir ta mort cher collègue si mesuré dans sa pensée et dans son expression ? », pour m'entendre répondre que trois clients (entendez-vous bien : 3 !) ont osé l'appeler aujourd'hui ! Fort heureusement, rassurez-vous, on leur a dit de rappeler demain - il faut bien profiter de la vie, courir retrouver ses amis et cancaner pendant des heures sur les absents, à qui nous sourirons tout à l'heure, boire et fumer, crier bien fort surtout, pour se faire entendre et se montrer ! Bref, agir, faire quelque chose pour Habiter sa vie et découvrir, inévitablement partiellement je le crains, le monde autour avant que tout ne s'écroule…
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Je me radosse à ma chaise, tranquillisée, conservant un semblant de présence dans la conversation en affichant un air de circonstance, tout en m'évadant mentalement et presque métaphysiquement de cet enfer de viduité. Quel sens donner à cette vie-là, que j'ai parfois du mal à comprendre, alors que je donne aux rêveries qui m'habitent - entièrement, elles -, le sens que je désire ?
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« Substituer l'Intelligence à l'énergie, rompre le lien entre la volonté et l'émotion, en ôtant tout intérêt aux actes de la vie matérielle - voilà ce qui, une fois obtenu, vaut mieux que la vie même, car il est bien difficile de la posséder entièrement, et si triste de ne la posséder que partiellement. »
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Enfin je suis de nouveau seule et c'est ce qui compte ; l'ennui que me procure la présence de la plupart des gens est insondable et non-maîtrisable.
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C.I. 19 mars 2024, 17h20
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Sentir une bise légère sur son front et s'éveiller au monde de nouveau. S'apercevoir qu'en fixant depuis une demi-heure cette librairie d'en face, qui a en son temps organisé de nombreux salons littéraires renommés, on a sans doute convié également les nombreux êtres imaginaires qui la peuplent, l'ont peuplée et la peupleront potentiellement. Ces gentils fantômes de mes lectures passées, présentes et futures se sont mêlés aux miens intérieurs, à mes amis spirituels, mes doubles, mes multiples, mes hétéronymes à moi.

La fille qui écrit cette critique de l'intranquillité, que dis-je cette ode à l'intranquillité, est-elle la libraire qui se reflète au loin dans sa propre vitrine, qu'elle cultive chaque jour pour son plaisir et celui des lecteurs potentiels ? A moins qu'il ne s'agisse de la tenancière du bistrot durant sa pause, à l'heure creuse de l'après-midi précédent le rush de l'apéro… Ou encore de cette professeure d'équitation de retour de sa balade dans la forêt d'à côté, ses chevaux patientant sagement dans le van ; ou cette juriste, funambule, qui se balance de la chanson tant qu'elle a l'air, danseuse océanique, sirène, en équilibre sur la vague de son âme déferlant dans sa conscience, pleine de ses plaisirs solitaires, et de ses contradictions douloureuses.
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« Les soins extrêmes que l'on peut prodiguer à son imaginaire sont entravés par ceux que l'on accorde à l'existence. On ne règne qu'à l'écart du vulgaire.
A vrai dire, je me contenterais facilement de cette théorie si je pouvais me convaincre qu'elle n'est pas ce qu'elle est réellement, c'est à dire un vacarme confus que je fais aux oreilles de mon intelligence, pour l'empêcher de comprendre qu'en somme, il n'y a là rien d'autre que ma timidité, et mon incompétence à vivre. »
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« Je relis lentement, morceau par morceau, tout ce que j'ai écrit. Et je trouve que cela est nul, et que j'aurais mieux fait de ne jamais l'écrire. »
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Mais il se fait tard et la vie me souffle de remballer mes pensées et réfréner mes rêveries le temps d'un soir. Car ce soir, sur une autre terrasse, celle d'un bar à tapas bordée de lampions, visant probablement à faire oublier qu'elle se situe, à l'abri de sa haie, sur le boulevard qui corsète ma ville, j'ai rencard : avec mon neveu d'à peine un an qui vient de loin voir sa tatie, rire et jouer avec elle. Un neveu bien réel et plein de mordant qui, avec ses premières dents parsemées, offre son beau sourire édenté à la vie, celle-ci lui souriant sincèrement en retour.
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Alors ce soir je vais vivre, babiller, gagatiser. Je vais réconcilier ces deux, que dis-je : ces mille, parties de moi et je vais aimer vraiment, follement, consciemment mais pourtant pleinement, tous les vrais gens qui m'entourent et nos moments de bonheur insouciant. Je n'habite pas Lisbonne mais ma ville a sa rivière, ses propres lumières qui la nimbent, la nuit, d'une aura fantastique et son nom écrit en capitales sur le panneau qui en garde le seuil, protecteur. Aussi je salue à présent mes alter ego, les amis de mes vies rêvées, leur dis à demain et m'en vais rejoindre l'amour de ma vie au bord de l'eau, dans la magnificence de cette nuit étoilée.
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Ce soir, je décide de m'habiter pleinement et exubérément (si ce mot n'existe pas, Pessoa approuverait certainement sa création), riche de savoir à ma portée ce refuge intérieur, ce cocon rassurant qui me permet d'aller de l'avant. Riche de savoir que je ne suis plus seule, désormais.
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Et je vais croquer ma vie. A pleines dents.
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"Parfois je songe, avec une volupté triste, que si un jour, dans un avenir auquel je n'appartiendrai plus, des louanges viennent prolonger la vie de ces pages, j'aurai enfin quelqu'un qui me "comprenne", une vraie famille où je puisse naître et être aimé. »
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Eh bien, c'est chose faite, Monsieur PESSOA, vous avez ici, sur Babelio et ailleurs, une famille de fans qui se plaisent à vous lire, vous relire, vous questionner...
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(@Bobby : sorry pour la concision)
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Bernardo Soares est un rêve. Il n'existe pas : s'il existait, comme tout ce qui a pu devenir, il serait un écrivain déchu et un être humain médiocre.


Fernando Pessoa n'est pas mort : il n'a même pas été vivant. Il n'est pas mort car il nous parle toujours ; il n'a pas été vivant car il a vécu ; il était déjà vivant avant de l'être puisque le temps se superpose, les mélancoliques le savent.


Sombre parce la vie et la mort ne peuvent jamais exister en même temps, mourant d'ennui parce que la réalité n'est qu'une parcelle amoindrie du rêve, Fernando Pessoa n'est pas pessimiste : « je suis triste » -si triste qu'il s'invente des jeux d'enfant, à commencer par l'invention de son double Bernardo Soares, et s'en va jusqu'à imaginer les conversations et les mondes exotiques qui évoluent à son insu, loin de sa compréhension, à travers les motifs qui recouvrent les tapis ou les tasses chinoises de ses services en porcelaine. Comment vivre parmi les autres en étant si loin d'eux ? Qui pourrait accepter de passer du temps en compagnie de cette facette pessoienne appelée Bernardo Soares ne supportant pas la compagnie d'autrui plus de trente minutes, désirant l'effusion profonde mais seulement en rêve, préférant voyager sans bouger, lire sans livre et aimer sans personne ? Cruel aussi bien avec lui-même qu'avec les autres parce qu'il ne veut réduire personne ni lui-même à l'apathie d'un quotidien apaisé. La tristesse n'a jamais été aussi apaisante. Elle est la force de ceux qui trouvent désormais plaisir à ne vivre qu'à moitié.
Lien : https://colimasson.blogspot...
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Le Livre de l'Intranquillité de Fernando Pessoa, auteur Portugais atypique à la plume magnifique, est une oeuvre colossale, pour lecteurs avertis. Sous forme de journal intime, elle est d'une intensité, d'une profondeur, d'une beauté et d'une poésie rarement vues jusqu'à ce jour. Oeuvre posthume, elle met à nue la vie psychique de Bernardo Soarès (un hétéronyme de Pessoa, concept inventé par ce dernier : il a créé un grand nombre d'hétéronymes, des personnages qui sont lui sans tout à fait l'être). Par le biais de cette oeuvre d'une puissance émotionnelle, intellectuelle, spirituelle, philosophique et sensationnelle rare, Pessoa se livre intimement au lecteur : ses angoisses, ses souffrances, le vide perpétuel dont il est la victime impuissante, le refuge éphémère qu'il trouve dans le rêve, son incapacité à vivre sa vie, à être l'acteur de sa propre existence plutôt qu'en être le témoin passif. Pessoa, par cette démarche intellectuelle poussée à son paroxysme, aide le lecteur à réfléchir sur lui-même, sur sa propre condition d'être humain, d'être pensant et sentant. Par effet de miroir, on se retourne vers soi, vers son existence, et on s'interroge, on se cherche, de la même façon que le fait Pessoa. Nous assistons aux entretiens de Pessoa avec lui-même, et nous finissons par suivre son cheminement.

Pessoa est ma grande rencontre littéraire de l'année 2011, coup de foudre littéraire devrais-je dire. Un auteur extraordinaire qui m'a touchée au plus profond de mon âme, de mon coeur, de mes tripes, qui m'a emportée, bouleversée. J'éprouve une admiration indicible qui me laisse sans mots suffisamment justes et forts pour l'exprimer.
Lien : http://www.livressedesmots.c..
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L'art consiste à faire éprouver aux autres ce que nous éprouvons, à les libérer d'eux-mêmes, en leur proposant notre personnalité comme libération particulière. L'impression que j'éprouve, dans sa substance véritable qui me fait l'éprouver, est absolument incommunicable ; et plus je l'éprouve profondément, plus elle est incommunicable. Pour que je puisse, par conséquent, transmettre ce que je ressens à quelqu'un d'autre, il me faut traduire mes sentiments dans son langage à lui, autrement dit, exprimer les choses que je ressens de telle façon qu'en les lisant, il éprouve exactement ce que j'ai éprouvé. Et comme ce quelqu'un d'autre, par hypothèse de l'art, n'est pas telle ou telle personne, mais tout le monde, c'est-à-dire cette personne qui appartient en commun à toutes les personnes, ce que je dois faire, en fin de compte, c'est convertir mes sentiments propres en un sentiment humain typique, même si, ce faisant, je pervertis la nature véritable de ce que j'ai éprouvé.
Les choses abstraites sont toujours difficiles à saisir, car il leur est toujours difficile de capter l'attention du lecteur. J'en donnerai un exemple simple, par lequel je vais concrétiser les abstractions qui précèdent. Supposons que, pour un motif quelconque (la fatigue de faire des comptes, ou l'ennui de n'avoir rien à faire), je sente tomber sur moi un vague dégoût de la vie, une anxiété née au fond de moi, qui me trouble et m'angoisse. Si je traduis cette émotion par des phrases qui la serrent de près, plus je la serre de près, plus je la donne comme m'appartenant en propre, et moins, par conséquent, je la communique aux autres. Et si on ne parvient pas à la transmettre à d'autres, il est plus facile et plus sensé de l'éprouver sans la décrire.
Supposons, cependant, que je veuille la communiquer à autrui, c'est-à-dire, à partir de cette émotion, faire de l'art — car l'art consiste à communiquer aux autres notre identité profonde avec eux, identité sans laquelle il n'y a ni moyen de communiquer, ni besoin de le faire. Je cherche alors, parmi les émotions humaines, celle qui, de type banal, présente le ton, le genre, la forme de l'émotion où je me trouve en ce moment, pour les raisons inhumaines et toutes personnelles que je suis un aide-comptable fatigué, ou un Lisboète qui s'ennuie. Et je constate que le genre d'émotion banale qui produit, dans les âmes banales, la même émotion que la mienne, c'est la nostalgie de l'enfance perdue.
Je tiens la clef de la porte qui mène tout droit à mon sujet. J'écris et je pleure mon enfance perdue ; je m'attarde avec émotion sur des détails évoquant les gens et les meubles de la vieille maison provinciale ; j'évoque ce bonheur de ne connaître ni droits ni devoirs, d'être libre parce qu'on ne sait ni penser ni sentir — et cette évocation, si elle est bien faite, si elle comporte les phrases et les scènes nécessaires, va susciter chez mon lecteur exactement la même émotion que celle que j'ai ressentie, moi, et qui n'avait rien à voir avec l'enfance.
Ai-je donc menti ? Non : j'ai compris. Car le mensonge — en dehors du mensonge enfantin et spontané, qui naît du désir de rêver tout éveillé — est simplement la prise de conscience de l'existence réelle des autres, et de la nécessité où l'on est d'y conformer la nôtre. […] Le mensonge est simplement le langage idéal de l'âme ; et de même que nous nous servons de mots, qui sont des sons articulés de manière absurde, pour traduire en langage réel les mouvements les plus subtils et les plus intimes de nos émotions et de nos pensées (que les mots, bien entendu, ne pourront jamais traduire) — de même nous nous servons du mensonge et de la fiction pour nous comprendre les uns les autres, alors que nous n'y parviendrions jamais par le seul canal de la vérité, pure et intransmissible.
L'art ment parce qu'il est social. Et il n'est que deux grandes formes d'art — l'une qui s'adresse à notre âme profonde, et l'autre à cette part de notre âme douée d'attention. La première est la poésie, la seconde est le roman. La première commence à mentir dans sa structure même, la seconde dans son propos. L'une entend nous donner la vérité par le moyen de lignes obéissant à des règles diverses, et qui mentent à l'essence même du langage ; l'autre entend nous la donner par le biais d'une réalité dont nous savons tous qu'elle n'a jamais existé.
Faire semblant, c'est aimer. Et je ne vois jamais un joli sourire ou un regard pensif sans me demander aussitôt (et peu importe qui regarde ou sourit) quel peut-être, au fond de l'âme dont le visage sourit ou regarde, le politicien qui veut nous acheter, ou la prostituée qui veut qu'on l'achète. Mais le politicien qui nous achète a aimé, tout au moins, le fait de nous acheter ; et la prostituée, si nous l'achetons, a aimé tout au moins le fait que nous l'achetions. Nous ne pouvons nous dérober, quoi que nous en ayons, à la fraternité universelle. Nous nous aimons tous les uns les autres, et le mensonge est le baiser que nous échangeons.

Texte n° 260.
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Le monde appartient à ceux qui ne ressentent rien. La condition essentielle pour être un homme pratique, c'est l'absence de sensibilité. La qualité principale, dans la conduite de la vie, est celle qui mène à l'action, c'est-à-dire la volonté. Or, il est deux choses qui entravent l'action : la sensibilité et la pensée analytique, qui n'est elle-même rien d'autre, en fin de compte, qu'une pensée douée de sensibilité. Toute action, par nature, est la projection de notre personnalité sur le monde extérieur, et comme celui-ci est constitué, pour sa plus grande partie, d'êtres humains, il s'ensuit que cette projection de notre personnalité revient, pour l'essentiel, à nous mettre en travers du chemin de quelqu'un d'autre, à gêner, blesser et écraser les autres, selon notre façon d'agir.
Pour agir, il faut donc que nous ne puissions pas nous représenter aisément la personnalité des autres, leurs joies ou leurs souffrances. Si l'on sympathise, on s'arrête net. L'homme d'action considère le monde extérieur comme formé exclusivement de matière inerte — soit inerte en elle-même, comme une pierre sur laquelle il passe ou qu'il écarte de son chemin ; soit inerte comme un être humain qui, n'ayant pu résister, peut être un homme tout aussi bien qu'une pierre, car il le traite de la même façon : il l'écarte du pied, ou il lui passe dessus.
L'exemple suprême de l'homme pratique, car son action se caractérise autant par sa concentration que par son importance, c'est le stratège. La vie entière est une guerre, et toute bataille, par conséquent, est une synthèse de la vie. Or, le stratège est un homme qui joue avec les vies humaines comme le joueur d'échecs avec les pièces de l'échiquier. Que deviendrait le stratège s'il pensait que chaque coup de ce jeu apporte la nuit dans mille foyers, et la douleur dans trois mille cœurs ? Que deviendrait le monde si nous étions humains ? Si l'homme sentait vraiment, il n'y aurait pas de civilisation. L'art sert d'issue à la sensibilité que l'action s'est vue obligée d'oublier. L'art est la Cendrillon qui reste à la maison, parce qu'il l'a bien fallu.
Tout homme d'action est, essentiellement, énergique et optimiste, car si l'on n'éprouve rien, on est heureux. On reconnaît un homme d'action à sa perpétuelle bonne humeur. Quiconque travaille malgré sa mauvaise humeur n'est qu'un élément subsidiaire de l'action ; il peut être dans la vie, la vie dans sa grande généralité, un aide-comptable, comme je le suis dans mon cas particulier. Mais il ne peut, en aucun cas, commander aux choses ou aux hommes. Le commandement exige l'insensibilité. On gouverne si l'on est joyeux, car, pour être triste, il faut sentir.
Mon patron Vasquès a conclu aujourd'hui une affaire qui a ruiné un homme malade et sa famille. Tandis qu'il réalisait cette affaire, il a complètement oublié que cet individu existait, sauf comme adversaire sur le plan commercial. L'affaire une fois conclue, la sensibilité lui est revenue. Seulement ensuite, bien entendu, car si elle lui était revenue avant, l'affaire ne se serait jamais faite. « Ce pauvre type me fait de la peine, me dit-il. Il va se trouver dans la misère. » Puis, en allumant un cigare, il a ajouté : « En tout cas, s'il a besoin de moi pour quoi que ce soit — sous-entendu : pour une aumône quelconque —, je n'oublierai pas que je lui dois une bonne affaire qui me rapporte un sacré paquet. »
Mon patron Vasquès n'est pas un coquin : c'est un homme d'action. L'homme qui a perdu la partie peut en effet, car mon patron Vasquès est un homme généreux, compter sur ses aumônes à l'avenir.
Tous les hommes d'action ressemblent à mon patron Vasquès — chefs d'entreprises industrielles ou commerciales, politiciens, hommes de guerre, idéalistes religieux ou sociaux, grands poètes et grands artistes, jolies femmes ou enfants gâtés qui font tout ce qu'ils veulent. On commande si l'on ne sent pas. On gagne si on ne pense qu'autant qu'il est nécessaire pour gagner. Le reste — c'est-à-dire l'humanité en général, vague et informe, sensible, imaginative et fragile — n'est que le rideau de fond sur lequel se détachent ces vedettes de la scène, jusqu'au moment où disparaît ce théâtre de guignol ; elle n'est que l'échiquier banal et sans relief sur lequel se dressent les figurines du jeu — puis elles seront ramassées par le grand Maître du Jeu, qui fausse le compte des points par sa double personnalité, et s'amuse à jouer toujours contre lui-même.

Texte n° 303.
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La liberté, c'est la possibilité de s'isoler. Tu es libre si tu peux t'éloigner des hommes sans que t'obliges à les rechercher le besoin d'argent, ou l'instinct grégaire, l'amour, la gloire ou la curiosité, toutes choses qui ne peuvent trouver d'aliment dans la solitude ou le silence. S'il t'est impossible de vivre seul, c'est que tu es né esclave. Tu peux bien posséder toutes les grandeurs de l'âme ou de l'esprit : tu es un esclave noble, ou un valet intelligent, mais tu n'es pas libre. p 229 édition de 1988
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Nous sommes qui nous ne sommes pas, la vie est brève et triste. Le bruit des vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l'ont entendu retentir au fond de leur âme, tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume résonnant dans les profondeurs!
Combien de larmes pleurées par ceux qui obtenaient, combien de larmes perdues par ceux qui réussissaient ! Et tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, est devenu pour moi le secret de la nuit et la confidence de l'abîme.
Que nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous leurrer! Quelles mers résonnent au fond de nous, dans cette nuit d'exister, sur ces plages que nous nous sentons être, et où déferle l'émotion en marées hautes !
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Nous attribuons généralement à nos idées sur l'inconnu la couleur de nos conceptions sur le connu : si nous appelons la mort un sommeil, c'est qu'elle ressemble, du dehors, à un sommeil ; si nous appelons la mort une vie nouvelle, c'est qu'elle paraît être une chose différente de la vie. C'est grâce à ces petits malentendus avec le réel que nous construisons nos croyances, nos espoirs — et nous vivons de croûtes de pain baptisées gâteaux, comme font les enfants pauvres qui jouent à être heureux.
Mais il en va ainsi de la vie entière ; tout au moins de ce système de vie particulier qu'on appelle, en général, civilisation. La civilisation consiste à donner à quelque chose un nom qui ne lui convient pas, et à rêver ensuite sur le résultat. Et le nom, qui est faux, et le rêve, qui est vrai, créent réellement une réalité nouvelle. L'objet devient réellement différent, parce que nous l'avons, nous, rendu différent. Nous manufacturons des réalités. La matière première demeure toujours la même, mais la forme, donnée par l'art, l'empêche en fait de demeurer la même. Une table de pin est bien du pin, mais c'est également une table. C'est à la table que nous nous asseyons, et non pas au tronc du pin. Un amour est un instinct sexuel ; malgré tout, nous n'aimons pas avec notre instinct sexuel, mais en supposant un autre sentiment. Et cette supposition elle-même est déjà, en effet, un autre sentiment.
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Après Chronique de la vie qui passe, le présent volume vient compléter l'édition des Proses publiées du vivant de Pessoa telles qu'elles avaient été présentées au public français dès 1987 par José Blanco, l'un des meilleurs spécialistes du grand auteur portugais.
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