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Françoise Laye (Traducteur)Eduardo Lourenço (Préfacier, etc.)Antonio Tabucchi (Auteur de la postface, du colophon, etc.)Robert Bréchon (Éditeur scientifique)Eduardo Prado Coelho (Éditeur scientifique)
ISBN : 2267005441
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (01/05/1988)

Note moyenne : 4.47/5 (sur 54 notes)
Résumé :
Le Livre de l'Intranquillité est le journal intime que Pessoa à tenu pendant presque toute sa vie, en l'attribuant à un modeste employé de bureau de Lisbonne, Bernardo Soares. Incapable d'action sur les choses et d'échange avec les êtres, reclus en littérature, s'analysant avec passion, cultivant systématiquement le pouvoir de son imagination, il se construit un univers personnel vertigineusement irréel, et pourtant plus vrai en un sens que le monde réel.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Tempuslegendae
  14 avril 2019
Quelque-part, dans " le Livre de l'intranquilité de Bernardo Soares", Fernando PESSOA écrit ceci :
« La liberté, c'est la possibilité de s'isoler. Tu es libre si tu peux t'éloigner des hommes sans que t'obliges à les rechercher le besoin d'argent, ou l'instinct grégaire, l'amour, la gloire ou la curiosité, toutes choses qui ne peuvent trouver d'aliment dans la solitude ou le silence. S'il t'est impossible de vivre seul, c'est que tu es né esclave. Tu peux bien posséder toutes les grandeurs de l'âme ou de l'esprit : tu es un esclave noble, ou un valet intelligent, mais tu n'es pas libre. »

Souvenez-vous des propos de Sartre au sujet de la liberté, telle qu'il faut l'entendre aux sens individuel et collectif, bien entendu : « Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait. » Très bien, mais à partir de là, a-t-on donné le choix à l'homme de vouloir cette liberté ? Car si on se réfère à la liberté intérieure, je ne suis pas certain que l'homme ait coeur à désirer vraiment cette liberté. La liberté de penser par soi-même, de posséder, de s'enrichir sont autant de fardeaux qui font peser une lourde responsabilité sur les épaules de chacun, et il est bien plus utile, je crois, de fuir ces formes de liberté, beaucoup sont trompeuses car elles répondent à une certaine idéologie, souvent celle du moment. Veillons à ce que la liberté qu'on désire ne soit pas un cadeau qui n'en est pas, une entrave à notre désir profond de délivrance. Je préfère la définition de la liberté de PESSOA à celle de SARTRE. A moins que le mot « liberté » ait plusieurs significations, que chacun d'eux ne parle pas de la même, ou qu'il existe bien plus de libertés qu'on ne le pense …
" le Livre de l'intranquilité " est peut-être celui qui rend l'esprit plus tranquille ? Chacun verra ... Pour ma part, j'en ai fait un ouvrage de chevet. Un livre aux propos sûrs ...
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Herve-Lionel
  03 avril 2016

N°624– Février 2013.
LE LIVRE DE L'INTRANQUILLITEFernando Pessoa - Christian Bourgois Editeur
Il s'agit d'une oeuvre posthume de l'écrivain portugais Fernando Pessoa [1888-1935], attribuée par lui-même à Bernardo Soares un « semi-hétéronyme », c'est à dire un des nombreux doubles de l'auteur qui incarnent autant de facettes de sa personnalité. Pessoa n'a en effet presque jamais signé ses oeuvres de son vrai nom mais il est cependant reconnu comme un des plus grands écrivains portugais alors même que son nom signifie « personne ».
C'est un recueil de réflexions, de pensées, de poèmes en prose écrits de 1913 à 1935, de manière anarchique, sur des feuilles éparses, suivant son habitude et enfouies dans une malle. Il est considéré comme le chef-d'oeuvre de son auteur. Il met en scène Bernardo Soares qui est un modeste employé de bureau dans un magasin de tissus, sans la moindre ambition et qui fait ce qu'il peut pour ne pas se faire remarquer. Il n'a ni famille ni attache, vit petitement et se fonde humblement dans le décor de son quotidien. C'est une véritable« Autobiographie sans événements ». Comme Pessoa, il a mal à sa vie, la refuse ou fait au moins ce qu'il peut pour ne pas s'adapter. L'écriture étant une formidable manière de s'en évader, il en fait une chronique ce qui donne un texte à la fois lucide et désespéré. Pourtant il note avec un certain paradoxe « J'ai toujours évité, avec horreur, d'être compris ».
Bernardo Soares est sans doute le personnage qui se rapproche le plus de Pessoa parmi ses nombreux « doubles » puisque la vie de l'auteur se résume à presque rien. Il est, quant à lui, un poète introverti, anxieux et discret, écrivant à la fois en portugais et en anglais, qui a passé la presque totalité de sa vie à Lisbonne comme rédacteur et traducteur chez différents transitaires maritimes. Pourtant d'autres hétéronymes de Pessoa tels Alberto Careiro, le sage-païen, son exact contraire, Ricardo Reis, un épicurien stoïcien et le sensationiste et moderniste Alvaro de Campo se différencient largement de lui. Masques ou miroirs, la question mérite d'être posée puisque Pessoa vit en fait une autre existence qui lui convient mieux. C'est à la fois un rêveur et un idéaliste
Le mot lui-même d' « intranquillité » qui pourrait être assimilé à l'inquiétude ou plus précisément à la difficulté d'être, est un néologisme, même s'il a été auparavant employé par le poète Henri Michaux.
Il s'agit ici de textes qui dénoncent le désenchantement du monde et une affirmation que la vie n'est rien sans l'art qui ainsi lui donne un sens. J'y ai lu une profonde tristesse, une sensation aiguë de solitude qu'il combat grâce au sommeil, à l'idée du voyage, mais d'un voyage immobile, au rêve ["Je ne suis pas seulement un rêveur, je suis exclusivement une rêveur"] et aussi à l'alcool, une impression de temps suspendu tant sa vie est banale et sans relief, comme lui- même [ "C'est une saoulerie de n'être rien et la volonté est un seau qu'on a renversé au passage dans la cour, d'un geste indolent du pied"].tant son quotidien qui se résume à la fenêtre de sa chambre, à ce bureau de la rue des Douradores, à ce quartier et à cette ville, est monotone, banal, sans relief.
C'est aussi un journal intime au quotidien, avec de nombreuses réminiscences d'enfance, tenu tout au long de sa vie où l'auteur analyse les nombreuses facettes de cet « hétéronyme », cette « prolifération de soi-même » qui existe en chacun de nous. Cela donne, sous la forme de pensées décousues mais dans une prose somptueuse et poétique, une analyse de l'existence quotidienne au bureau, douloureuse et parfois étonnamment douce. Cette somme de réflexions, de remarques, de prise de conscience de soi-même et parfois d'élans lyriques est presque une biographie de Pessoa écrite par Soares. Pourtant on peut aussi le considérer comme un récit, mais qui aurait la particularité d'être impossible à raconter ! de cette relation du quotidien sourd un ennui, la saudade, tout à fait caractéristique de l'âme lusitanienne. de plus, dans cet ouvrage, Pessoa entretient avec la ville de Lisbonne une relation toute particulière un peu comme le fait James Joyce avec Dublin.
Certains commentateurs ont parlé à propos de cet ouvrage de "littérature de limbes". J'ai vraiment eu l'impression que Pessoa a vécu sa vie comme un calvaire et anticipe son entrée dans le néant sans pour autant le craindre. Pour lui, il me semble que la vie elle-même était un lieu de souffrance où elle s'apparentait à une mort lente. Les limbes sont un espace assez confus et flou qui nous est proposé par les catholiques. Ils se situent après la mort, aux marges de l'enfer pour des âmes qui en seront libérées pour finalement entrer au Paradis, une sorte de purgatoire en quelque sorte. C'est aussi un endroit où séjournent les enfants non baptisés qui ne peuvent accéder au Paradis mais ne méritent pas pour autant l'enfer. C'est là un débat théologique qui devait échapper à Pessoa. L'auteur, conscient de lui-même n'est ni vraiment vivant ni complètement mort, juste de passage ici-bas, mais semble indifférent à son existence, à sa promotion professionnelle en se concentrant sur ses propres aspirations dont il est une sorte de contemplatif ironique. Il sait ce qu'il souhaiterait en ce monde pour lui-même mais, dans le même temps, a conscience qu'il ne parviendra pas à l'obtenir. Ce narcissisme enfante une certaine jouissance intime d'explorer son propre labyrinthe, d'analyser les arcanes de son "Moi", tout en ayant une parfaite conscience de soi et d'être l'illustration consciente de la parole de Rimbaud "Je est un autre". Paradoxalement peut-être, dans ce processus, l'humilité le dispute à la désespérance et Pessoa-Soares choisit une vie grise et sans relief. Il y a aussi de la lucidité dans tout cela et s'il choisit la solitude, le célibat, comme une sorte de sacerdoce, c'est pour mieux y développer sa réflexion sur le monde tout en en restant en retrait. C'est quand même l'ouvrage d'un philosophe, d'un penseur mais aussi et surtout d'un érudit.
A la lecture de ce texte, j'ai l'impression qu'il y a aussi du regret dans ces lignes ["Je gis ma vie"], une extrême conscience de l'échec [« Je suis l'enfant douloureux malmené par la vie »] au point de confier au papier puis à sa malle, autant dire au néant, toutes les réflexions que lui inspire ce quotidien sans joie ["Et je contemple avec dégoût, à travers les grilles qui masquent les fenêtres de l'arrière-boutique, les ordures de tout un chacun qui s'entassent, sous la pluie, dans cette cour minable qu'est ma vie"]. Pourtant il y révèle un curieux rapport à l'écriture qui n'est pas dénué d'un sens de l'esthétisme ["J'écris parce que c'est là le but ultime, le raffinement suprême, le raffinement viscéralement illogique de mon art de cultiver les états d'âme"]. Manifestement, il compense ce manque avec le rêve et l'imaginaire.
Il est vrai que l'analyse de cette oeuvre de Pessoa ne peut se faire valablement dans ce court article.
©Hervé GAUTIER – Févrer 2013.http://hervegautier.e-monsite.com


























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aurelialeroy
  01 novembre 2017
Je reste avec lui, n'en déplaise à Montaigne qui jusqu'alors m'accompagnait partout... Sourire, parce que Pessoa n'est pas du genre à vous remonter le moral ! Oups ! Il n'y a pas de narration, les amateurs d'actions passez votre chemin, il n'y a que le vagabondage du personnage sur lui-même, ses réflexions au détour d'une rue, à la fenêtre, pendant l'orage, au café près de chez lui, au bureau, ce lent chemin du "vivre" malgré soi.
Je le savoure, retourne en arrière, prends quelque distance, reviens m'asseoir près de lui.
Un poète qui s'autobiographie en creux, ce vide entre lui et lui.
Autobiographie sans évènement.
J'entends ce vide de l'entre deux, distanciation, l'autre est Je mais Je est un autre. Fabuleux texte, intranquille comme vous l'entendez aussi par mes sensations plutôt que par ma réflexion.
C'est la poésie du vivre.
Il raconte qu'il lève la tête de son existence anonyme, vers la claire connaissance de la façon dont il existe. Où il écrit encore "je n'ai même pas joué un rôle: on l'a joué pour moi; je n'ai pas été non plus acteur: je n'ai été que ses gestes."
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fannyguayle
  26 février 2013
une oeuvre majeure qui m'a tout particulièrement marquée lorsque j'étais étudiante en philosophie, et que je relis avec plaisir, tout comme le reste de son oeuvre poétique d'ailleurs.
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Alexmotamots
  10 octobre 2018
Quelle somme de fragments !
Qu'il n'y ai pas de liens entre ces fragments m'a gêné.
Je n'ai pas réussi à plonger dans cette Oeuvre inachevée.
Mais les différentes explications en début de volume par des experts ont été d'un grand secours.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   27 avril 2013
Et s'il se trouve que je parle à un être distant, et si, aujourd'hui nuage du possible, demain tu tombes, pluie du réel sur la terre --- n'oublie jamais que ta divinité, c'est d'être née de mon rêve. Sois toujours dans la vie ce qui peut être le rêve d'un solitaire, et non pas le refuge d'un amoureux. Fais ton devoir de simple calice. Accomplis ton mystère d'inutile amphore. Que personne ne puisse dire de toi ce que le fleuve peut dire de ses rives : qu'elles existent pour le borner. Plutôt ne jamais couler de sa vie entière, plutôt tarir, à force de rêver.
Que ta vocation soit d'être superflue, que ta vie soit ton art de la regarder, ton art aussi d'être la regardée, la jamais semblable. Ne sois jamais rien d'autre.
(76 Notre-Dame du Silence p 141 édition du 12 octobre 1988)
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Herve-LionelHerve-Lionel   09 août 2018
Je considère la vie comme une auberge où je dois séjourner juqu'à l'arrivée de la diligence de l'abîme... La nuit descendra et la diligence arrivera pour tous... Si ce que je laisse écrit sur le livre des voyageurs peut, relu quelque jour par d'autres que moi, les distraire eux aussi pendant leur séjour, ce sera bien. S'ils ne le lisent pas ou n'y trouvent aucun plaisir ce sera bien également.
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DravotDravot   06 juin 2012
Quand nous avons passé une nuit blanche, alors personne ne nous aime. Le sommeil a emporté avec lui un quelque chose qui nous rendait humains. Nous baignons dans une irritation latente, dirait-on, elle imprègne jusqu'à l'air inorganique qui nous entoure. C'est nous-mêmes,en fin de compte, que nous affaiblissons, et c'est entre nous et nous que se déploie la diplomatie de cette sourde bataille.
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HalloahHalloah   06 janvier 2017
Qui sait pour quelles forces suprêmes, dieux ou démons de la Vérité dont l'ombre enveloppe nos pas errants, je ne suis moi-même qu'une mouche luisante qui se pose un instant sous leurs yeux? Rapprochement facile? Remarque déjà faite mille fois? Philosophie dépourvue de vraie réflexion?

Peut-être, mais je n'ai pas réfléchi: j'ai ressenti. C'est sur un plan charnel, direct, avec une horreur profonde, que je fis cette comparaison risible. Je fus mouche quand je me comparai à la mouche. Je me suis senti mouche quand j'ai imaginé que je me sentais mouche. Et je me suis senti une âme du genre mouche, j'ai dormi mouche, je me suis senti enfermé mouche.

Mais la plus grande horreur, c'est quand même temps je me sentais moi-même.
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DuluozDuluoz   07 mai 2012
Ni le plaisir, ni la gloire, ni le pouvoir: mais la liberté, uniquement la liberté.
Passer des fantômes de la foi aux spectres de la raison, c'est simplement changer de cellule. L'art, qui nous libère des idoles officielles et désuètes, nous libère aussi des idées généreuses et des préoccupations sociales...
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