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Michel Chandeigne (Traducteur)Patrick Quillier (Traducteur)Maria Antónia Câmara Manuel (Traducteur)Maria Aliete Dores Galhoz (Préfacier, etc.)José Augusto Seabra (Préfacier, etc.)
EAN : 9782757803189
384 pages
Éditeur : Points (01/03/2007)
4.18/5   31 notes
Résumé :
Les poèmes d'Alberto Caeiro et de Ricardo Reis sont au cœur de l'œuvre de Fernando Pessoa.
Ces deux hétéronymes incarnent l'idéal d'une vie authentiquement "païenne", accordée au réel, refusant le mysticisme. Caeiro est le poète du regard objectif, de l'existence brute des choses : ses vers sont volontairement prosaïques. Reis, épicurien stoïcien, est le poète de l'instant fugitif et du destin inexorable. Cette édition rassemble tous les poèmes païens de Pess... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Unhomosapiens
  16 janvier 2018
C'est toujours très difficile de refermer un recueil de poésies. On n'est jamais sur d'en avoir vraiment terminé la lecture. Et puis, quelques jours après, on n'y revient, on l'ouvre à n'importe quelle page pour retrouver à nouveau les sensations premières.
C'est ce qui m'arrive avec ce recueil de Pessoa. A travers les hétéronymes d'Alberto Caeiro et de Ricardo Reis, l'auteur nous parle surtout de la nature, du présent, de la contemplation, de l'être...
Pour Pessoa, la nature se contemple comme elle se présente. Nul n'est besoin d'en décrypter les mystères ou d'y voir une quelquonque présence divine. Il en va de même de l'amour. Prendre les choses pour ce qu'elles sont, dans l'instant, comme elles viennent et savoir s'en satisfaire. Voilà ce qu'il faut faire. Et s'en délécter suffisamment, s'en nourrir pour les métaboliser en soi. La lecture de ces poèmes, pour peu qu'on y prenne le temps, nous offrent un moment de grande sérénité.
Bon, comme toujours, je m'exalte et je m'extraie très vite hors des contingences quotidiennes. C'est d'ailleurs pour cela que j'aime la poésie. Mais, tout cela n'est que mon ressenti, subjectif bien entendu, mais je peine à redescendre sur terre... Ce livre sera pour quelques temps encore un de mes livres de chevet.
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belcantoeu
  03 mai 2018
Ce livre contient des poèmes des hétéronymes Alberto Caeiro et Ricardo Reis. Je me limiterai ici à parler de ce dernier, ayant déjà évoqué Caeiro dans le Gardeur de troupeaux.
L'hétéronyme principal de Pessoa, Álvaro de Campos, est un homme du Sud, Caeiro est un homme de la campagne, du Ribatejo, Pessoa lui-même et Soares sont des citadins, chantres de Lisbonne, et voici Ricardo Reis (prononcez Ricardou Réïch), né à Porto, au centre-nord du Portugal, mais qui semble sans attaches géographiques poussés. Comme Pessoa à sept ans, Ricardo Reins va s'exiler, mais lui, ce sera à l'âge adulte, exil volontaire au Brésil à cause de ses idées monarchistes au moment de la proclamation de la république. Reis était cependant un monarchiste sans programme et... sans idées monarchistes. Son monarchisme semble n'être qu'un prétexte pour le faire sortir de scène. Pessoa parle peu de politique mais dira quand même en 1910 «Quand nous avons fait une révolution, c'est pour mettre en place la même chose qui était déjà là». C'est donc un exil sans signification politique.
Pessoa attribue à Reis «toute ma capacité de discipline mentale». Reis est féru de culture latine et grecque. Lors de ses études à Durban, le latin était la meilleure branche de Pessoa.
C'est l'occasion de faire une parenthèse sur ses années de scolarité passées en Afrique. C'est là qu'il a trouvé un père de substitution en la personne d'un enseignant, le headmaster Nicholas, professeur de latin et directeur du collège de 1886 à 1909, qui l'initia à la poésie. C'est un fort substitut paternel, une personnalité rayonnante, une béquille décisive qui lui apporta ce qu'il ne trouvait pas dans sa famille et qui maintiendra un lien entre Pessoa et le social. Son enseignement était celui d'un maitre, c'est-à-dire quelqu'un qui forme des disciples. Il était d'ascendance hispano-irlandaise, étranger lui aussi,... et célibataire lui aussi. Pessoa choisira de devenir poète comme lui, plutôt que d'opter pour la profession de son père, mort quand il avait cinq ans, ou de son beau-père. Mais curieusement, dans ses 72 hétéronymes et sa vaste production littéraire, on ne trouve rien, absolument rien, qui rappelle ce séjour africain.
L'hétéronyme Ricarco Reis étudia la médecine et fut professeur dans un grand collège américain. Il s'opposa à Álvaro de Campos dans une polémique sur l'art, et à Caeiro pour son style trop simple. Quand à Pessoa, il déclare «[Reis] écrit mieux que moi, mais avec un purisme qui me paraît excessif». Chaque hétéronyme a ainsi ses particularités. Cela n'empêche pas, dans ce petit théâtre des hétéronymes, que Ricardo Reis soit choisi comme préfacier des poèmes des autres.
Reis est une sorte de chantre du néo-paganisme, un poète de la nature, héritier des sagesses antiques, l'ami d'Épicure, mais comme Pessoa les contradictions, l'ami également des stoïciens. Reis est parfois l'hétéronyme de la renonciation, du Nirvâna, le double négatif de Campos, le poète de toutes les audaces. Mais aussi le double négatif de Caeiro qui n'a pas d'éthique. Dans plusieurs poèmes, Reis s'adresse aux dieux, aux dieux antiques comme à Dieu-le-Père, lui qui a perdu son père.
Aos deuses peço só que me concedam / O nada lhes pedir
Aux dieux, je demande seulement qu'ils m'accordent de ne rien leur demander.
Le style de Reich est différent des autres hétéronymes, précis, perfectionniste, artificiel, recherché, truffé d'archaïsmes (vedar pour proibir, per pour por, refusar pour recusar, curar pour tratar de,...). Il utilise de manière transitive des verbes intransitifs (decorrer, chiar, dormir, morrer,...) et inversement (animar). Les îles vierges, à explorer sont des «îles inexplicites» et les paysages du nord des «explicites de neige». Tout cela est évidemment difficile à rendre en traduction.
Parmi ses oeuvres traduites en français, citons Poèmes, Odes et Livre premier.
On trouve aussi chez lui, comme chez Pessoa, le refus de la relation affective.
«Aimons-nous tranquillement, en pensant que nous pourrions si nous le voulions, nous embrasser, nous enlacer, nous caresser, mais qu'il vaut mieux s'asseoir l'un près de l'autre, voir et écouter le bruit de l'eau, cueillons des fleurs... ».
Reis a un cousin, Frederico Reis, critique et homme de lettres, auquel Pessoa fait dire que la poésie de son cousin est d'un épicurisme triste. Chez Pessoa qui a perdu son jeune frère quand il avait 5 ans, la plupart des hétéronymes ont un frère ou ici, un cousin : Alexander et Charles Search, les deux frères Guedes, Merrick, Soares, Otto,... Les frères Wyatt et les frères Crosse sont même trois, mais il n'y a jamais de soeur.

Voici quelques vers de lui.
Stylite inébranlable sur la ferme colonne
Des vers où je demeure,
Je ne crains pas le futur innombrable flux
Des temps et de l'oubli...
Dès lors que nous irons, abolis par les Parques,
Vagues formes solennelles subitement surannées,
Et de plus en plus ombres,
Au rendez-vous fatal,
La ténébreuse barque sur le fleuve lugubre,
Les neuf enlacements de la stygienne horreur,
Et l'étreinte insatiable
De la patrie de Pluton.
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Bartleby
  11 juin 2008
http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/2007/07/la-passion-du-rel-alberto-caeiro-et.html
Extrait :
Les éditions du Seuil proposent une édition de poche des Poèmes païens d'Alberto Caeiro (Le Gardeur de troupeaux, le Berger amoureux et Les poèmes désassemblés) et de son disciple Ricardo Reis (Odes) d'abord publiés chez Bourgois.
Ces deux poètes sont, avec Alvaro de Campos et Bernardo Soares, les principaux hétéronymes de Fernando Pessoa. Alors que Campos et Soares ont une approche métaphysique, intellectuelle et finalement citadine du monde, Reis et surtout Caeiro ont une approche plus sensitive, plus charnelle, plus bucolique du monde.
Alberto Caeiro et Reis développent une poésie de la sensation immédiate, sensation non médiatisée par la réflexion. Il y a chez eux un véritable amour du réel qui se caractérise d'abord par une critique de la démarche intellectuelle sensée nous éloigner de la nature et de sa beauté :
« Penser gêne autant que marcher sous la pluie
Lorsque le vent s'accroît et que la pluie semble tomber plus fort… »
Alberto Caeiro, le Gardeur de troupeaux, I.
L'intelligence nous empêche effectivement d'appréhender directement le réel. Connaître, c'est ne pas voir.
« Parce que penser, c'est ne pas comprendre…
Le monde ne s'est pas fait pour que nous pensions à lui
(Penser c'est être dérangé des yeux)
Mais pour que nous le regardions et en tombions d'accord…
Moi je n'ai pas de philosophie : j'ai des sens. »
Alberto Caeiro, le gardeur de troupeaux, II
Du point de vue de la connaissance, en effet, le réel n'a d'intérêt qu'en ce qu'il n'est que l'expression d'une réalité antérieure, profonde, cachée qui, seule, lui donne un sens. C'est de ce présupposé que vient la distinction entre l'être et l'apparence et la double signification du mot nature. La nature est d'abord ce qui nous environne, mais ce même terme désigne aussi l'essence, la vérité de la chose (la nature humaine, etc.). La vérité est donc ailleurs, elle est cachée et le réel n'a de sens que par rapport à ce sens caché qui paradoxalement est le réel réellement réel alors que ce qui s'offre à notre perception n'est qu'un simulacre de réalité ; de l'inessentiel.
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Palindrome1881
  13 avril 2021
Ensemble de poèmes écrits par Pesoa sous divers pseudonymes. La nature y est très présente car inspirante. Une poésie très mélancolique, empreinte d'un fort mysticisme. Pesoa ne cherche pas à régler ses comptes avec la vie, il observe la double dimension existentielle: intérieur /extérieur. Les deux se rejoignent et communient dans sa poésie de forme moderne.
On ressent cette quête de la sagesse, stoïcienne mais aussi hédoniste.
"pour être grand, sois entier:rien
En toi n'exagère ou n'exclus.
Sois tout en chaque chose. Mets tout ce que tu es
Dans le moindre de tes actes.
Ainsi en chaque lac brille la lune entière
Pour ce qu'elle vit haut"
Un écho à la table d'émeraude ? "Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas"
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Henri-l-oiseleur
  30 novembre 2015
Les voix diverses de Pessoa, "personne", se font entendre dans ce volume, chacune étant nommée et se développant selon sa logique propre, dans un recueil de poèmes qui les rassemble sans qu'elles dissonnent..
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   04 avril 2014
Nombreux sont ceux qui vivent en nous ;
Si je pense, si je ressens, j’ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je suis seulement le lieu
Où l’on pense, où l’on ressent.

J’ai davantage d’âmes qu’une seule.
Il est plus de moi que moi-même.
J’existe cependant
À tous indifférent.
Je les fais taire : Je parle.

Les influx entrecroisés
De ce que je ressens ou ne ressent pas
Polémiquent en celui que je suis.
Je les ignore. Ils ne dictent rien
À celui que je me connais : j’écris.

Les joueurs d'échecs - Odes de Ricardo Reis ( hétéronyme ) - 1935
+ Lire la suite
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araucariaaraucaria   21 juin 2014
C'est peut-être le dernier jour de ma vie,
J'ai salué le soleil, en levant la main droite,
Mais je ne l'ai pas salué pour lui dire adieu,
J'ai fait signe que j'aimais bien le voir encore : rien d'autre.
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fbalestasfbalestas   20 avril 2021
Il ne suffit pas d'ouvrir la fenêtre
Pour voir les champs et la rivière.
Il n'est pas suffisant de ne pas être aveugle
Pour voir les arbres et les fleurs.
Il faut aussi n'avoir aucune philosophie.
Quand il y a philosophie, il n'y a pas d'arbres : il y a
des idées, sans plus.
Il n'y a que chacun de nous, à la manière d'une cave.
Il n'y a qu'une fenêtre fermée, avec le monde entier
au-dehors ;
Ainsi qu'un rêve de ce qui pourrait être vu si la fenêtre
venait à s'ouvrir,
Et qui n'est jamais ce qui est vu lorsque s'ouvre
la fenêtre.
+ Lire la suite
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DerfuchsDerfuchs   20 mars 2021
Il ne suffit pas d'ouvrir la fenêtre
Pour voir les champs et la rivière.
Il n'est pas suffisant de ne pas être aveugle
Pour voir les arbres et les fleurs.
Il faut aussi n'avoir aucune philosophie.
Quand il y a philosophie, il n'y a pas d'arbres : il y a
des idées, sans plus.
Il n'y a que chacun de nous, à la manière d'une cave.
Il n'y a qu'une fenêtre fermée, avec le monde entier
au-dehors ;
Ainsi qu'un rêve de ce qui pourrait être vu si la fenêtre
venait à s'ouvrir,
Et qui n'est jamais ce qui est vu lorsque s'ouvre
la fenêtre.
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UnhomosapiensUnhomosapiens   16 janvier 2018
J'aime ce que je vois parce que je cesserai
Un jour ou l'autre de le voir.
Je l'aime aussi parce qu'il est.

Dans cet intervalle placide où je suis ma propre fiction,
D'aimer, bien plus que d'être,
j'aime qu'il y ait tout et que je sois.

Mieux ne sauraient m'offrir, s'ils revenaient,
Les dieux primitifs
Car eux non plus ne savent rien.
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