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Critique de MarcelineBodier


MarcelineBodier
  16 janvier 2019
Sandy Allen était une américaine que le Guinness book des records a homologuée comme la femme la plus grande du monde (2 mètres 32), dans les années 1970. Elle a vécu 53 ans, ce qui lui a permis de connaître successivement deux mondes : d'abord un monde où elle a notamment gagné sa vie comme « freak » auprès de qui les visiteurs des chutes du Niagara pouvaient satisfaire leur curiosité en posant toutes leurs questions (regardez la vidéo sur youtube où on la voit expliquer tranquillement qu'on peut tout lui demander car elle a déjà tout entendu, depuis des questions sur sa vie sexuelle jusqu'à la taille de ses brosses à dents) ; puis dans notre monde actuel, où elle a perçu des allocations et récité un texte, « it's OK to be different », devant toutes sortes de publics, notamment des écoliers. Un texte respectueux, politiquement correct, émouvant ; il est reproduit dans le livre.

Au fil des pages, Isabelle Marrier illustre puis propose une lecture contre-intuitive très intéressante de ce texte, et de ce passage d'un monde à l'autre. Elle suggère que Sandy Allen trouvait sa « raison d'être » plutôt dans le premier monde. Freak, certes, mais pouvait-elle choisir autre chose que d'occuper ainsi l'espace et de fasciner celles et ceux qui croisaient son chemin ? Le texte « it's OK to be different » traduisait-il sa pensée, ou celle que nous voudrions qu'elle ait ? Qui est le freak de qui, quand on demande à quelqu'un de dire ce qu'on a envie d'entendre, si possible en nous tirant des larmes, avant de se retirer discrètement de la scène ?

Certes, it's OK to be different. Mais alors, vraiment OK, OK jusqu'au bout, quitte à déranger : OK, le droit d'exprimer sa colère d'être différent ; OK, le droit d'exprimer sa souffrance d'être différent ; OK, le droit de ne pas rester pudiquement dans son coin au prétexte qu'on ne peut pas ne pas fasciner et incommoder par sa différence ; OK, le droit de dire « je » et de ne pas seulement parler la langue de la norme…

Isabelle Marrier part de ces constats politiquement incorrects pour aller à la rencontre des ressentis intimes de Sandy Allen, qui « a toujours fait ce qu'on attendait d'elle », ne s'est jamais exprimée, a quitté la projection du film de Fellini où elle apparaissait parce qu'elle n'avait pas envie d'être exhibée, ou peut-être parce qu'elle n'avait pas envie d'être reconnue pour ce qu'elle n'était pas, ou peut-être encore parce qu'elle aurait voulu avoir le choix d'être dans la norme. Isabelle Marrier précise bien que c'est sa lecture personnelle, et qu'on peut en avoir d'autres : mais elle s'engage, et nous oblige à nous confronter à des questions dérangeantes, mais fondamentales.

Merci au Cercle littéraire de la Fnac, qui m'a fait découvrir ce livre.
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