Comme son titre l'indique, c'est Mme Felse (l'épouse de l'inspecteur George Felse et la mère de Dominic Felse) qui tient le rôle principal de ce roman. Son prénom, jusque-là, restait dans le flou, chacun ne l'appelant que du diminutif de Bunty. Il s'avère que son prénom est Bernarda.
Quant à savoir comment on est passé de Bernarda à Bunty, c'est une autre histoire...
Adoncques Bunty a le blues de la quarantaine... Par un concours de circonstances, elle se retrouve absolument seule le jour de son anniversaire. Sur un coup de tête elle décide alors de sortir le soir, dans un pub (une expérience qu'elle n'avais jamais tenté en solo apparemment). Et ce sera une mauvaise pioche car elle y fera la rencontre d'un homme avec qui elle sympathise mais qui s'avérera transporter le cadavre d'une jeune femme dans le coffre de sa voiture.
Comme dans un mauvais rêve, elle va être mêlée à toute une série d'événements qui s'enchaînent invariablement vers le pire...
Drôle d'ambiance pour ce volume, différent du reste de cette série des années 1960. Il a tout d'un thriller, sans toutefois céder à la grande violence à la mode de nos jours.
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Voici un excellent thriller, qui appartient à une série de 12, les "Felse", d'une belle écriture féminine, avec une psychologie très fine des personnages. L'auteur se projette de toute évidence pas mal dans son protagoniste, Mme Felse. A l'occasion de son anniversaire – elle a 41 ans - elle cultive une certaine amertume du tour qu'a pu prendre sa vie. Cette femme de caractère a du renoncer à une carrière de chanteuse pour endosser le rôle effacé de l'épouse du policier détective Felse. Leur fils unique a quitté le foyer familial pour étudier à Oxford, où il a rencontré la femme de sa vie. Mme Felse éprouve avec tristesse un grand vide. Ellis Peters dessine, dès l'ouverture de son roman, les lignes de la destinée d'une femme ordinaire de son temps.
Comme pour réparer le sort que lui réserve la vie, c'est elle qui occupe la place centrale du roman. Elle est au coeur de l'intrigue policière. Elle en est même partie prenante bien contre son gré, mais assume complètement. Elle fait preuve de beaucoup de sang froid et d'une grande lucidité. Elle évalue ses chances de survie avec une distanciation possible au prix d'une parfaite maîtrise de soi. Intelligente et dotée de ressources étonnantes, elle prend la situation en main de façon magistrale. C'est à la revanche de Mme Felse que l'auteur nous convie.
La tension monte et l'action s'accélère et connait des rebondissements. le roman prend une allure de "page-turner". L'histoire se concentre sur le temps d'un week-end, ce qui attribue à l'action une intensité décuplée.
The Grass Widow's Tale est aussi une belle histoire d'amour, originale et non conventionnelle. Les sentiments ressentis par les deux héros atteignent une pureté totale. Leur lien très temporaire n'a rien de destructeur et ne rivalise à aucun moment avec le mariage qui unit les époux Felse. Ellis Peters développe, parallèlement à l'intrigue policière, une réflexion très moderne sur la vie amoureuse d'une femme indépendante malgré le contexte de son époque.
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Non, dans ces moment-là, vous avez besoin de la présence d’un étranger rencontré dans un train et que vous ne reverrez jamais, l’un de ces confidents occasionnels dans le confessionnal éphémère de cette vie, où, contrairement à toute attente, les âmes sont souvent sauvées.
C’est pour cette raison qu’elle opta, ce samedi d’octobre, pour une longue promenade solitaire, en évitant soigneusement les endroits trop familiers et les lieux fréquentés par ses amies. Depuis midi le ciel avait pris une couleur tourterelle, l’air était immobile, rafraîchi par le crépuscule jusqu’à la limite du givre, sans jamais l’atteindre.
Bunty avait beaucoup d’amies ; elle aurait pu les appeler. Mais devant elles, elle se serait sentie obligée d’offrir un visage serein, un comportement normal et de garder ses sombres pensées pour elle. On n’inflige pas aux amis l’image navrante d’une inconnue qui a déjà un pied dans la tombe. Mieux vaut se cacher le temps de la crise, en étant même à ce stade, à peu près sûre qu’elle ne durera pas, et attendre pour émerger d’être redevenue soi-même, telle que les autres vous connaissent, en état de partager leur compagnie.
Elle n’avait rien entendu, rien vu excepté le corps fragile et contorsionné ; mais quelque chose avait alerté le conducteur ; un courant d’air froid lorsqu’elle avait ouvert la portière, un léger déclic de la serrure, ou peut-être un instinct de conservation inconscient qui ne faisait pas appel à ses sens. Il se tenait derrière elle mais avait reculé pour éviter son contact, au cas où le choc aurait donné à Bunty la force de se rebeller.
Une main effleura son épaule et rabattit violemment le coffre de la voiture. Si jamais Bunty avait eu une chance de faire demi-tour et de prendre ses jambes à son cou, avec l’espoir d’éviter une poursuite à travers le parc, il était déjà trop tard. L’occasion était passée ; elle resta là, incapable d’émettre un son ou de faire le moindre geste, pétrifiée d’horreur.
En silence, il contourna la voiture de façon à lui montrer, sans être aperçu par d’éventuels importuns en cet instant critique, le petit pistolet noir qu’il pointait dans sa direction, droit vers son cœur. Sa main ne tremblait pas. Et la preuve, dissimulée mais hélas si présente, que l’arme était chargée et qu’il savait s’en servir, était là, dans le coffre.
TV Film "Cadfael", extrait