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Citations sur Retour à Gaïa (1)

"— Combien de temps faudra-t-il ?

— Ça dépend !

— Ça dépend ? De quoi ? De la volonté ? Encore un concept bien humain ! Elle a bon dos la volonté ! Que n’a-t-on pas mis sur le compte de ce concept ! « Avec de la volonté, on peut soulever des montagnes ! », « Si on veut, on peut ! », comme s’il suffisait de décréter : « Allez tiens ! Je vais avoir de la volonté » pour obtenir ce que l’on veut.

— Tu as raison.

— Alors ?

— Alors, il lui faudra puiser dans des ressources inédites. Envisager des approches différentes.

— Emprunter des chemins inconnus ?

— C’est cela ! Le plus dur sera d’abandonner ces concepts du passé : la volonté, le compromis, la compétition, la force…

— Et faire confiance à l’intuition, la coopération, le consensus ?

— Exactement ! La route est longue et ardue. Mais ça en vaut la peine.

Les deux voix s’évanouirent dans la nuit. Avait-il rêvé ? Ou bien était-ce encore une de ces hallucinations toujours plus fréquentes ? Il se leva et alla se rafraîchir le visage au lavabo de la salle de bains. Il était bientôt quatre heures du matin et il décida de se remettre au travail, ce travail qui l’occupait maintenant depuis trois ans, depuis ce jour où tout avait basculé dans sa vie. Il s’assit à son bureau, alluma l’ordinateur portable et se tint la tête entre les mains en attendant le démarrage des logiciels. Après une minute, il leva les yeux et vit apparaître les icônes à l’écran. Il cliqua sur celle intitulée « Écrits ». Le document ouvert, il relut ce qu’il avait rédigé la veille, y apporta des corrections et reprit l’écriture de la suite de son récit. Avril était passé comme une flèche et il lui restait quatre mois pour finir le nouveau roman commandé par son éditeur. Quatre mois et après, il ferait une pause. Il travailla jusqu’au lever du jour et descendit pour se rendre à la maison de la presse du quartier et acheter les journaux du matin. La lecture des quotidiens était une source essentielle de sa créativité et il avait instauré ce rituel au début de sa carrière de romancier. Perdu dans ses pensées, comme en état d’hypnose, il n’entendit pas tout de suite la voix. Puis revenant à lui, il la perçut, cette fois distinctement.

— Bonjour, Baptiste !

Il s’arrêta net et, en se retournant, se demanda s’il avait manqué une étape.

— J’ai rêvé ! se dit-il pour se rassurer.

Au moment où il allait rependre son chemin, la voix se fit entendre de nouveau :

— Non, vous n’avez pas rêvé !

Cette fois-ci, aucun doute, la voix était bien réelle. Derrière lui, personne, ni sur le trottoir d’en face ni au-dessus, à l’une des fenêtres du bâtiment qu’il était en train de longer. Se pouvait-il que… ? Son regard se focalisa sur le seul occupant du trottoir : l’horodateur. Il s’en approcha à pas lents et se mit à l’examiner.

— Les horodateurs parlent maintenant ! dit-il, amusé, mais sur ses gardes. Il sourit et allait repartir.

— Parfois !

Il sursauta. Une voix distincte, humaine venait de surgir de l’appareil. Stupéfait, il hésita une minute puis sa raison prit le relais. « Encore un coup de ces gamins qui se prennent pour des génies de l’informatique et qui ont bidouillé un système pour faire parler un horodateur, pensa-t-il. Ils doivent se tapir derrière une fenêtre de l’immeuble d’en face, morts de rire, se taper sur les mains et se dire qu’ils ont ridiculisé un passant de plus. »

Son portable sonna. Il hésita un moment, déstabilisé. La voix reprit :

— Répondez, c’est Emma !

Les yeux écarquillés, pointés sur la machine, il tira le téléphone de la poche intérieure de son manteau et appuya sur le bouton. Il s’entendit bafouiller :

— Oui ?

Un silence.

— Oui, ça va !… Enfin presque… Non, je t’expliquerai. Il scrutait l’horodateur tandis qu’il écoutait son Emma. Non, non, je n’ai pas oublié… Vingt heures, oui ! D’accord… Oui, oui, ça va… OK… À ce soir… Oui… Moi aussi. Je t’embrasse.

Il resta figé devant l’appareil.

— Mais qu’est-ce que… ?

Une porte d’immeuble s’ouvrit. Un homme âgé en jogging sortit sur le trottoir, tenant un petit chien en laisse. Une voiture passa dans la rue. Le quartier s’animait, mais toujours pas de voix. Son esprit était embrouillé. Puis il se rendit compte qu’il devait paraître idiot, planté là à examiner un horodateur. Il promena son regard autour de lui et constata qu’il n’était pas observé. Il reprit sa marche en se demandant si la voix allait encore l’interpeller. Mais rien ne vint. À son grand soulagement. Au bout de la rue, il entra dans la maison de la presse et se servit sur le stand réservé aux quotidiens. Les journaux sous le bras, il rentra chez lui en évitant de repasser devant l’horodateur. Il se remit au travail jusqu’au soir. Vers dix-neuf heures, il prit une douche, s’habilla et se rendit chez Emma.

Le dîner en tête à tête lui apporta le réconfort espéré. Il ne lui parla pas de la scène vécue devant l’horodateur, mettant cela sur le compte de la fatigue. Les mets qu’elle lui servait étaient toujours simples et bien préparés. À la fin du repas, il la regarda se diriger vers la cuisine pour aller chercher le dessert et se dit qu’il avait de la chance de l’avoir rencontrée deux ans plus tôt au cours d’une séance de dédicaces dans la plus grande librairie de la ville."

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