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ISBN : 2701165040
Éditeur : Editions Belin (18/01/2013)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 5 notes)
Résumé :

Le Kirghizstan est une sorte d’anti-Chine qui, après l’effondrement de l’URSS, a choisi la libéralisation économique et politique.

Quelques années plus tard, ce pays ne produit plus rien et développe une dépendance très forte à l’égard de l’extérieur, et de l’aide internationale en particulier. La principale ressource, l’élevage du mouton, a été totalement décimée par les réformes proposées par les grandes institutions internationales.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
YvesParis
  01 décembre 2013

Pour autant qu'on n'en maltraite pas l'orthographe, l'image du Kirghizstan qui prévaut est celle d'un petit pays tribal exotique, blotti au pied du Pamir, peuplé de bergers vivant sous des yourtes. Contrairement aux républiques centre-asiatiques voisines, dirigées depuis l'indépendance par des despotes plus ou moins éclairés (Karimov en Ouzbékistan, Nazerbaev au Kazakhstan et Rakhmonov au Tadjikistan), cette « Suisse de l'Asie centrale » a connu une « révolution des tulipes » et des alternances politiques qui la rapprocheraient des démocraties occidentales.
L'anthropologue Boris Petric bat en brèche ces clichés. le milieu qu'il décrit n'est pas un paradis du bout du monde, mais un pays « au coeur des processus de globalisation ». L'indépendance en 1990, plus subie que voulue, l'a complètement déboussolé. Les usines ont été démantelées, les sovkhozes et les kolkhozes privatisés, les troupeaux de moutons, dont la laine alimentait l'industrie textile soviétique, décimés. Résultat : le Kirghizstan ne produit plus rien et n'a eu d'autre choix que de se transformer en « société de trafic ».
Cette extraversion obligée s'exprime à deux niveaux et s'incarne dans deux figures. À la base, on trouve l'environnement régional et le biznesman. Boris Petric s'intéresse moins aux relations avec le géant chinois - dont les produits inondent les bazars de Bichkek et dont les populations sont de plus en plus visibles - qu'à celles avec le grand frère russe. L'indépendance a entraîné le départ des Russes, qui ne faisaient pas confiance au projet du président Akaev visant à créer une « maison commune » et s'alarmaient de la politique nationaliste mise en oeuvre (« kirghizisation » de la fonction publique, généralisation de l'apprentissage du kirghize à l'école, valorisation d'un passé national mythifié…). Ils représentaient la majorité de la population à la fin des années 1980 et n'en représentent guère plus de 10 % aujourd'hui.
À ce premier exode succède un second : celui des Kirghizes eux-mêmes partis chercher en Russie des opportunités économiques que leur pays, en crise, ne leur offre plus. Ces émigrés, en butte au racisme des Russes, ne partent pas définitivement. À l'instar des trabendistes maghrébins, ils multiplient les allers-retours. Leurs petits trafics sont à l'origine des fortunes amassées, au pays, par les biznesmen qui, explique l'auteur, entament souvent une carrière politique pour sécuriser leurs affaires.
Au second niveau se situent la communauté internationale et le demokrat. Boris Petric décrit, non sans humour, un pays qui, pour complaire aux bailleurs de fonds, s'est converti à la « bonne gouvernance ». Conformément aux prescriptions des agences de développement, obsédées par l'émergence d'une société civile parée de toutes les vertus, des ONG locales surgissent par milliers. Mais cette efflorescence témoigne moins d'une vitalité de la représentation sociale que du désir de capter l'aide extérieure. Même dévoiement de l'obsession démocratique du côté de la communauté internationale : des élections sont organisées, dont le formalisme satisfait scrupuleusement les normes de l'ONU et de l'OSCE, mais l'esprit démocratique fait encore défaut, comme le montrent l'inconsistance des programmes politiques, les achats massifs de voix et la « transhumance » des élus.
Boris Petric a lui-même participé à la supervision des élections de mars 2005 par l'OSCE - élections qui ont conduit à la destitution du président Akaev. Il a été frappé par le manque de neutralité des observateurs : loin de rendre compte impartialement du processus électoral, ils espéraient vivre une nouvelle « révolution de couleur », après celles qui s'étaient déroulées en Géorgie et en Ukraine.
L'ouvrage de Boris Petric donne à voir du Kirghizstan une image débarrassée des fantasmes qu'il suscite. Ce petit pays lointain est un laboratoire du « global-politique ». Comme d'autres États en transition, aussi différents que le Monténégro, le Timor oriental ou le Rwanda, il a dû s'ouvrir aux trafics commerçants comme aux idées occidentales. Loin d'être la victime passive d'une nouvelle forme de domination impériale, il sait tirer parti de la « transnationalisation » du monde au mieux de ses intérêts.
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Fattorius
  26 février 2013
"Le Kirghizstan, du berger au biznesman": tel est le sous-titre de l'étude "On a mangé nos moutons" de Boris Petric. le raccourci est certes audacieux, mais il résume avec vigueur ce qu'a été la trajectoire du Kirghizstan, pays montagneux méconnu et ancienne république de l'URSS, de son indépendance (1991) jusqu'à nos jours. L'auteur a la connaissance du terrain; son ouvrage revêt donc l'allure d'un reportage, en particulier grâce aux impressions de réel retranscrites, optimisé par une observation fine qui a tout d'une démarche scientifique - sauf la prise de tête.
Le titre lui-même est étonnant. Il renvoie à quelque chose de très concret, ce qui n'est pas forcément le fait d'un livre scientifique pur et dur. C'est qu'au Kirghizstan, le mouton fait partie des animaux qu'on révère, et qu'on mange en particulier lors de grandes occasions familiales. L'auteur dépeint, dans un premier chapitre emblématique, le mécanisme qui a fait disparaître le mouton de l'horizon productif du Kirghizstan: la disparition du communisme a signé la fin des kolkhozes et, partant, la disparition de l'industrie du mouton, qui était un fleuron régional. Il en est résulté un chômage endémique et, pour le pays, la perte d'un secteur phare: la production de laine.
Dès lors, que faire? Au-delà de l'exemple clé du mouton, l'auteur ne s'appesantit pas sur la disparition du secteur productif du Kirghizstan, mais pose simplement que cet Etat ne produit plus rien, ou presque. Sur cette base, "On a mangé nos moutons" va illustrer quelques-uns des procédés utilisés par le Kirghizstan pour faire tourner son économie.
De ce point de vue, le lecteur retiendra deux ou trois éléments importants, et qui lui suggèreront que l'économie kirghize dépend beaucoup de l'extérieur: l'émergence d'une économie de bazar, qui fait la fortune des grossistes, et que l'auteur illustre en suivant Askar Salimbekov, propriétaire du bazar historique Dordoï. Un personnage non dépourvu de culture, opulent, qui s'exprime en toute liberté en dépit d'un précédent fâcheux avec la voyageuse française Amandine Roche, qui a obligé l'auteur de "On a mangé nos moutons" à regagner une confiance perdue. Autre mécanisme de rentrée de recettes, l'auteur se penche sur la diaspora kirghize, fière de s'expatrier parce qu'elle conçoit le départ vers des métropoles comme Moscou comme un passage initiatique et une chance de fortune - même si cela doit passer par l'exercice de fonctions ingrates: serveur, éboueur, etc. Nourri par des témoignages d'expatriés parfois victimes de racisme et de discriminations, le chapitre qui est consacré à ce phénomène ("La faillite de la maison commune", 4) expose de façon claire les risques et les chances des expatriés, dessinant un exemple de "mondialisation par le bas".
Enfin, les ONG sont devenues, pour le Kirghizstan, une manière de capter des fonds internationaux, à la satisfaction de tous. L'auteur en fait un cas particulier, qu'il observe de près: il y a des Kirghizes qui sont incités à créer leur propre ONG pour subvenir à leurs besoins, à ceux de leur entourage ou d'une certaine clientèle, et les ONG internationales, à l'instar d'Helvetas, qui développe là-bas un certain tourisme durable (voir le prologue, qui a de quoi faire sourire). Et qui dit ONG pense évidemment surveillance des élections; l'auteur a pu assister au travail des observateurs internationaux de l'OSCE, et relate cette expérience avec précision, sans concession, offrant sa propre analyse du processus électoral du pays et d'un monde politique certes pluriel, mais où on bourre encore les urnes et où le clientélisme reste présent, un homme puissant s'assurant les votes de son entourage afin de devenir parlementaire pour obtenir une immunité qui le prémunit des aléas du droit.
Enfin, l'auteur dégage de son observation les lignes d'une nouvelle forme de gouvernance où des ONG, par essence internationales, viennent se mêler d'affaires intérieures (les élections). Il est admis qu'aujourd'hui, des experts issus d'Etats démocratiques d'expérience, le plus souvent occidentaux, vont surveiller des élections dans des pays en transition; mais qui sait si, à terme et dans une même dynamique transnationale, ce ne seront pas des observateurs de ces mêmes pays en transition qui viendront surveiller des élections dans nos vieilles démocraties? C'est sur cette question hardie, entre autres, que l'auteur laisse son lecteur, après avoir brossé le portrait d'un Kirghizstan laboratoire des évolutions de la démocratie, où les moutons paraissent soudain bien loin...
Lien : http://fattorius.over-blog.c..
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medsine
  22 mai 2014
Le titre de cet essai est sujet à toutes les interprétations et mon imagination assez débridée m'a laissé entrevoir une lecture originale et plutôt ludique. Il faudrait en réalité plutôt ne retenir que le sous-titre de l'ouvrage :"Le Kirghizstan, du berger au biznesman".
Ce livre est en effet une analyse ethnologique, sociale et économique assez approfondie d'un petit pays de l'ex-URSS coincé entre les deux géants que constituent la Russie et la Chine.
L'auteur Boris Pétric est un spécialiste de l'Asie centrale et s'est rendu à de multiples reprises au Kirghizstan. Il nous en dresse un tableau réaliste et loin des clichés. On y découvre le poids des ONG locales et internationales qui prospèrent dans ce laboratoire de la "bonne gouvernance" comme des puces dans un troupeau de moutons. Un troupeau qui s'est d'ailleurs bien réduit dans ce pays toujours attaché à ses traditions nomades (les yourtes dans les jaïloo) mais confronté à la globalisation et aux trafics couverts par des politiques clientélistes.
J'ai reçu ce livre grâce à l'opération Masse Critique de Babelio que je remercie. Sans ce type d'opération il est peu probable que je me serai lancé dans cette lecture pourtant bien instructive.
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Kanelbulle
  26 mars 2013
Boris Petric, chercheur à l'IFEAC (Institut français d'études sur l'Asie centrale) a mené une enquête au Kirghizstan, pays relativement méconnu. Il nous présente ainsi les différents aspects de la transition économique et politique que cet ancien membre de l'URSS a connue depuis 1991 :
- la mutation de la production agricole, avec la disparition du mouton comme fleuron national (d'où le titre du livre) et son impact sur une société kirghize traditionnellement nomade (déclin du pastoralisme, exode rural)
- la disparition de l'industrie et l'émergence d'une économie de bazar
- le rôle de la diaspora, qui envoie des devises à ceux restés au pays
- l'apparition de nouveaux enjeux : gestion de l'eau, ouverture touristique, ...
- l'afflux d'ONG étrangères, y compris dans la vie politique nationale.
L'ensemble est très instructif et d'un abord très aisé, même pour le novice, et permet de découvrir les pistes qui s'offrent à ce pays montagneux qui ne produit plus rien.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
FattoriusFattorius   26 février 2013
Aujourd'hui, le pâturage n'est pas principalement un lieu d'activité économique.
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