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ISBN : 2369143282
Éditeur : Libretto (03/01/2017)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 175 notes)
Résumé :
Traduit du latin et présenté par Géraldine Puccini
Le Satiricon est un tableau de la vie quotidienne sous Néron. Au long des tribulations de trois jeunes Romains, s’affirment deux thèmes épicuriens : la sérénité devant la mort et le mépris des superstitions.

L'histoire de ces 3 jeunes hommes, Encolpe et Ascylte, ainsi que du jeune amant du premier, l'adolescent Giton, se déroule dans une Rome décadente (très certainement avant la fin du Ier siè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
finitysend
  02 juillet 2015
Le Satiricon.
C'est un des quelques textes qui permettent d'entrer dans le monde antique ( ici romain et latin ) de plein pied .
C'est de ce fait un grand plaisir , et c'est donc aussi , avant tout une invitation au voyage , qui par ailleurs , pour le plus grand plaisir du lecteur , ne manque pas de malice.
Le texte présente deux traits saillants majeurs :
-C'est un récit de voyage , les personnages se baladent , voyagent , visitent , dissertent , devisent , vivent des aventures assez spectaculaires souvent.
Il y a beaucoup d'affects qui sont scénarisés dans ce texte qui est riche de détails minutieux.
-Du coup j'en viens à la forme narrative , ce texte est un roman pour ce qui est de la forme .
C'est le plus ancien exemple du genre romanesque que nous a légué l'antiquité classique.
Alors que la structure romanesque du texte est débattue dans le détail par les spécialistes , le lecteur lui , en percevra les qualités et spécificités romanesques très naturellement et très simplement .
Voici donc un récit vivant et plein de vie , qui ne manque ni de drame ni d'amour , qui évoque aussi l'esclavage ,en passant par les banquets , les fêtes , les navigations , les ballades sur les forums et les « musées « antiques , et qui donne la parole aux riches comme aux pauvres .
L'antiquité malicieuse , cocasse , rude , âpre et voluptueuse , avec des personnages consistants et avec également , une grande variété de personnages et de paysages , est la promesse de ce texte ..
J'aime bien l'édition folio , pour la qualité et pour la pertinence des notes qui viennent rendre ce texte simple et éloquent , tout à fait intelligible.
Pétrone l'auteur est familier de l'époque de Néron , je ne dis que cela car ce simple fait en annonce et en promet : des vertes et des pas mures … Sourires …
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Dionysos89
  13 janvier 2012
Récit polémique par excellence, Satiricon (ou Satyricon) est censé être le premier "roman" de l'histoire du monde : hormis cela, c'est surtout une merveille du mélange des genres. Entre vers et proses, débauche et morale cynique, violence quotidienne et sexualité organisée, ce roman cultive la marginalité. Comme si cela ne suffisait et même si nous ne connaissons que quelques grands extraits de cette oeuvre, on y trouve d'importantes allusions et parodies d'actes de la vie de Jésus et à l'Odyssée, ce qui renforce l'intérêt qu'on peut avoir de cet écrit. On ne peut que saluer la malice des thèmes utilisés (rien que l'homosexualité des héros) et le ton volontairement décalé des aspects pittoresques de certaines scènes devenues depuis cultes (le festin de Trimalchion est à jamais inimitable !). Une merveille inégalable donc !
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frandj
  27 mai 2017
Evidemment, je connaissais l'existence du "Satyricon", mais je ne l'avais jamais lu. Avant de commencer ma lecture, la préface m'a appris que le texte édité (qui compte quand même deux cents pages) est lacunaire et ne représente peut-être qu'un dixième de l'oeuvre originale maintenant disparue. L'énormité de ce "roman" rend peu plausible l'hypothèse courante selon laquelle son auteur aurait été Pétrone, "l'arbitre des élégances", d'abord favori de Néron, puis contraint au suicide par cet empereur.
En lisant le texte, j'ai été surpris d'abord par le ton du récit. On est très loin de Cicéron ou de Tite-Live: l'histoire est racontée par un narrateur, qui écrit « je », et surtout les phrases ne sont jamais ampoulées; de nombreux dialogues très vifs entrecoupent la narration; les aventures des héros se succèdent rapidement et sans lourdeur.
Ensuite, ce "roman" est clairement picaresque, loin des grands textes des auteurs latins les plus célèbres. Les personnages, hauts en couleur, sont dépourvus des vertus traditionnelles. Le sujet est réaliste, cru et sans concession vis-à-vis de la "morale". A ce propos, il faut savoir que la société romaine, au début de notre ère, n'avait pas les mêmes tabous que nous. La pédérastie, par exemple, n'était pas réprouvée; et on n'hésitait pas à étaler sa richesse, même si elle était récente et/ou mal acquise.
Dans les fragments qui nous sont parvenus, nous suivons les tribulations de deux "amis", Encolpe et Ascylte, qui sont des crapules et se disputent les faveurs sexuelles du jeune Giton. Tout le récit présente des lacunes. Le morceau de bravoure (où les lacunes sont insignifiantes) est le célèbre festin chez Trimalcion. Cet homme, d'origine syrienne, est un affranchi qui a fait fortune et qui, comme tous les parvenus, exhibe sa richesse et son esprit soi-disant généreux. Il multiplie les surprises devant les invités et, sans inhibitions, il se montre souvent ridicule. Les conversations à la "table" de Trimalcion sont très animées. Ils donnent un aperçu précis sur ce qu'étaient au Ier siècle la vie quotidienne et la culture - qui étaient évidemment très différentes de ce que nous connaissons maintenant. Malgré ces différences, le lecteur contemporain se sent presque partie prenante dans les échanges et les relations (très vivantes) entre convives.
J'ai été assez captivé par le caractère moderne de cette narration. Ceci étant, les aventures d'Encolpe et Ascylte semblent sans fin et je n'aurais sans doute pas tenu le coup si j'avais dû lire deux mille pages de ce "roman".
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NMTB
  04 décembre 2015
Soyons brave ! En nos temps un peu paumés, où la moindre œuvre peut prétendre, apparemment, après une dizaine d’années de survie éditoriale, à la qualification de « classique », au même titre qu’Homère ou Virgile, osons appeler les choses par leurs noms. Le Satyricon n’est pas un classique mais juste un vieux roman écrit en latin qui se moque, entre autres, des classiques et de leurs imitateurs.
Petrone, dont le but principal est de faire rire, ne se moque pas que des classiques d’ailleurs. Il caricature toute la société romaine sous le règne de Néron. Une société qui s’endort sur sa fortune et se vautre dans le stupre et la fornication. Ceci dit, il ne fait pas de condamnation morale, loin de là. Il n’avait peut-être même aucun sentiment de décadence, seulement il devait faire partie des gens qui pensent que deux choses mènent le monde : le cul et l’argent. Et pour obtenir ces deux choses tous les mensonges, les tromperies, les vols, tout est permis. Surtout à ceux qui n’ont pas d’autres moyens pour les obtenir, c’est-à-dire les esclaves, car la plupart des personnages de ce roman sont des esclaves ou des affranchis.
Un livre populaire à l’action tendue et écrit avec désinvolture. On saute de lupanars en orgies dans la plus joyeuse insouciance. Les transitions sont quasiment inexistantes et on a l’impression d’un enchaînement de tableaux plutôt qu’une histoire suivie. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que Le Satyricon était à l’origine un roman plus long, qu’il nous est parvenu par fragments, que des passages importants manquent et qu’il n’est plus, aujourd’hui, que le bricolage de divers copies et manuscrits.
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Kenehan
  01 avril 2014
"Satiricon" aux éditions Les Belles Lettres à l'avantage de proposer une édition bilingue latin/français des plus accessibles. Bon, ce n'est pas de la version latine que je vais parler ici au vu de ma totale absence de maîtrise de cette langue.
Le texte se lit plutôt rapidement, bien que je reconnais avoir été ralenti par certains des poèmes qui ponctuent le récit. Je ne saurais dire si c'est propre au texte d'origine ou si c'est un effet de la traduction mais j'ai été surpris par la modernité des tournures de phrases et du vocabulaire employé. Cela ajoute d'ailleurs à l'accessibilité et à la rapidité de cette lecture.
Ce que j'ai probablement le plus apprécié, c'est que ce soit l'un des premiers romans de la littérature mondiale. Il y a quelque chose d'incroyable à lire si simplement (bien que ce soit par le biais d'une traduction) un récit si ancien. C'est à un autre temps que l'on accède et bien que ce soit un récit de fiction, on est ravi de se plonger dans un univers si lointain. Il n'y a pas grand chose de révolutionnaire dans le contenu, si ce n'est peut-être cette propension à étaler une sexualité si libérée, et pourtant l'ensemble est enrobé d'une sorte d'exotisme.
C'est un plaisir similaire que j'avais ressenti à la lecture de "Gilgamesh" (texte encore plus ancien mais à caractère mythologique) et c'est quelque chose que seule la littérature peut nous offrir. Malheureusement, (comme pour Gilgamesh), une partie du texte est perdue. Cela devient vite un problème puisque le récit perd des pans entiers de sa composition et l'on se retrouve avec un final des plus morcelés et inachevés.
On ne peut que se réjouir que l'oeuvre du temps et des hommes n'ait pas abîmé plus encore ce texte qui offre probablement l'un des repas les plus longs qu'il m'ait été donné de lire.
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Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
finitysendfinitysend   06 novembre 2013
Mais une récidive simple ne contenta pas cet éphèbe déjà mûr pour l'amour et que l'ardeur de la jeunesse rendait impatient . Il me tira donc de mon sommeil : « Eh quoi dit-il , vous ne demandez plus rien ! ... » . Je n'étais pas fourbu au point que sa proposition pût me déplaire . Me voilà donc suant et soufflant qui m'évertue à lui donner satisfaction après quoi, las de jouir, je repris mon somme .
« Mais une heure ne s'était pas écoulée qu'il se met à me pincer en disant : « Pourquoi pas encore une fois ? » Alors moi, trop souvent réveillé, je lui réponds , furieux , en lui resservant ses propres menaces : « Dors donc, ou je dis tout à ton père ! «
Le Satyrion , II, 88 ,
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LydiaBLydiaB   29 novembre 2010
On apporte un premier service des plus somptueux ; car déjà tous les convives étaient accoudés, excepté un, Trimalchion, à qui, par un usage tout nouveau, on réservait la place d'honneur. Sur un plateau de hors-d'oeuvre était en métal de Corinthe un esturgeon, ou asellus, représenté avec un bât, lequel portait des olives, d'un côté les blanches, de l'autre les noires : le tout couronné de deux plats d'argent, au rebord desquels étaient gravés le nom de Trimalchion et le poids du métal. Des arceaux en forme de ponts supportaient des loirs saupoudrés de miel et de pavot. Il y avait aussi des cervelas placés brûlants encore sur un gril d'argent ; et par-dessous, en guise de charbons, des prunes de Syrie et des grains de grenades.

Nous en étions à ces magnificences, lorsque Trimalchion lui-même fut apporté au bruit d'une symphonie, et déposé sur un amas de petits coussinets. Quelques étourdis éclatèrent de rire. Figurez-vous un capuchon de pourpre d'où s'échappait une tête rase, et autour d'un cou empaqueté une serviette jetée en laticlave, franges pendantes deçà et delà. Il avait aussi au petit doigt de la main gauche une énorme bague dorée, et à la dernière phalange du doigt voisin une plus petite, et, à ce qu'il me parut, tout en or, mais constellée d'acier. Non content d'étaler ces richesses, il mit à nu son bras droit, orné d'un bracelet d'or dont un cercle d'ivoire coupait les lames éblouissantes.

Puis, après s'être fouillé la mâchoire avec un cure-dent d'argent : - Mes amis, nous dit-il, je ne me sentais pas encore en goût de vous rejoindre ; mais mon absence vous eût fait languir, et j'ai coupé court à tout amusement. Vous permettez pourtant que je finisse ma partie ? - A deux pas était un esclave avec un damier de bois de térébinthe et des dés de cristal ; et je vis la chose du monde qui annonçait le meilleur goût : au lieu de dames blanches et noires, il avait des deniers d'or et des deniers d'argent. Tandis qu'en jouant il épuisait le vocabulaire des artisans de la dernière classe, et que le premier service nous occupait encore, un plateau fut apporté avec une corbeille où était une poule de bois sculpté, dont les ailes s'étendaient en cercle, à l'instar des poules couveuses. Aussitôt deux esclaves s'avancent, et au son des instruments se mettent à fureter dans la paille : ils en tirent un à un des œufs de paon qu'ils distribuent aux convives. A ce petit jeu de scène, Trimalchion se retourne : - Mes amis ! ce sont des œufs de paon que j'ai fait mettre sous cette poule. Et, pardieu ! je crains qu'ils ne soient déjà couvés : essayons pourtant s'ils se laissent encore avaler. - Chacun reçoit une cuiller qui ne pesait pas moins qu'une demi-livre, et nous brisons ces œufs figurés en pâtisserie. Pour mon compte, je faillis jeter le mien, pensant déjà y voir le poussin formé. Puis comme j'ouïs dire à un vieux parasite : «Il doit y avoir là-dedans quelque bonne chose !» j'achevai de casser la coquille, et je trouvai un succulent bec-figue, enveloppé d'une farce de jaunes d'œufs poivrés.

Trimalchion, interrompant son jeu, venait de demander sa part de chaque chose ; il autorisait à haute voix les amateurs à retourner au vin miellé, lorsqu'au brusque signal d'une nouvelle symphonie un chœur de chanteurs enlève en cadence le premier service. Durant cette tumultueuse besogne, il arrive qu'un plat d'argent tombe, et qu'un esclave le ramasse. Il est aperçu par Trimalchion qui le fait souffleter, et commande qu'on rejette le plat à terre. Et de suite un valet de chambre le vint balayer avec les autres ordures.

Tout aussitôt entrèrent deux Éthiopiens à longue chevelure, chargés de petites outres de la forme des arrosoirs qui rafraichissent le sable de l'amphithéâtre. Ils nous versèrent du vin sur les mains ; car pour de l'eau, il ne s'en offrait pas. Après les compliments que valut cette galanterie au patron : - Un contre un ! s'écria-t-il, cela plaît à Mars. - En conséquence il veut que chacun ait sa table à lui seul ; et par parenthèse il ajoute : - Cette puante valetaille, n'étant plus entassée sur le même point, nous suffoquera moins. - A ce moment on apporte des amphores de verre soigneusement cachetées, sur le cou desquelles sont fixées des étiquettes ainsi conçues :

FALERNE DU CONSULAT D'OPIMIUS, AGE DE CENT ANS.

Comme nous déchiffrions ces étiquettes, Trimalchion frappa ses mains l'une contre l'autre : - Hélas ! hélas ! s'écria-t-il, le vin vit donc plus longtemps que nous autres chétifs ! Eh bien, qu'il arrose nos poumons : le vin, c'est la vie. Je vous le garantis véritable Opimien ; hier je n'en ai pas servi de si bon, et j'avais certes meilleure compagnie à souper. - Et l'on boit, et l'on s'extasie tout au long sur ses munificences. Et un esclave apporte un squelette d'argent si bien exécuté, que les articulations et les vertèbres en étaient flexibles et se tournaient dans tous les sens. Quand il l'eut bien placé et replacé sur la table, et figuré différentes postures au moyen de ses souples ressorts, Trimalchion dit son mot :

O misère ! ô pitié ! que tout l'homme n'est rien !
Qu'elle est fragile, hélas ! la trame de sa vie !
Tel sera chez Pluton votre état et le mien :
Vivons donc, tant que l'âge à jouir nous convie.


A l'élégie succéda le second service, dont en vérité la splendeur ne fut pas selon notre attente. Sa nouveauté pourtant attira tous les regards. C'était un surtout en forme de globe, représentant les douze signes du Zodiaque rangés en cercle. Par-dessus chaque signe le maître d'hôtel avait placé le mets analogue et correspondant : sur le Bélier, des pois chiches cornus ; sur le Taureau, une pièce de bœuf ; sur les Gémeaux, des testicules et des rognons ; sur l'Écrevisse, une couronne ; sur le Lion, des figues d'Afrique ; sur la Vierge, une matrice de jeune truie ; sur la Balance, deux bassins couverts, l'un d'une tourte, l'autre d'un gâteau ; sur le Scorpion, un petit poisson de mer de ce nom ; sur le Sagittaire, un lièvre ; sur le Capricorne, une langouste ; sur le Verseau, une oie ; sur les Poissons, deux surmulets. Au centre, une touffe de gazon ciselée se couronnait d'un rayon de miel. Un esclave égyptien portait à la ronde du pain dans un petit four d'argent, en tirant de son rauque gosier un hymne en l'honneur de je ne sais quelle infusion de laser et de vin. Comme nous abordions assez tristement de si pauvres mets : - Croyez-moi, dit Trimalchion, faisons honneur au souper : c'est là la fin de notre affaire. -

Dès qu'il eut dit ceci, nouvelle symphonie : quatre danseurs accourent, et la partie supérieure du globe est enlevée par eux. Cela fait, nous vîmes au-dessous, à savoir comme nouveau service, des volailles grasses, des tétines de truie, et un lièvre au milieu, décoré d'une paire d'ailes pour figurer Pégase. Nous remarquâmes aux angles du surtout quatre satyres. De leurs cornemuses jaillissait une sauce de garum poivré, sur des poissons qui nageaient dans cet autre Euripe. Tout éclate en applaudissements, à commencer par les valets, et l'on attaque gaîment des mets d'un choix aussi exquis. Trimalchion ne fut pas moins charmé que nous de la surprise : - Coupez ! s'écria-t-il. - Aussitôt s'avance l'écuyer tranchant ; et, mesurant ses gestes sur l'orchestre, il va déchiquetant les morceaux de telle sorte, qu'on eût dit un conducteur de chars qui court dans la lice aux sons de l'orgue hydraulique. Cependant Trimalchion disait toujours en radoucissant sa voix : - Coupez ! coupez ! - Me doutant bien que quelque gentillesse se cachait sous ce mot si souvent répété, je pris la liberté de questionner là-dessus le voisin qui me primait immédiatement. Celui-ci, comme s'étant maintes fois trouvé à pareilles scènes, me dit : - Voyez-vous cet homme qui découpe ? Il se nomme Coupez. Ainsi chaque fois que le patron dit : Coupez, il appelle et commande d'un seul mot.
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Dionysos89Dionysos89   14 mars 2012
Nous en étions à ces magnificences, lorsque Trimalchion lui-même fut apporté au bruit d'une symphonie, et déposé sur un amas de petits coussinets. Quelques étourdis éclatèrent de rire. Figurez-vous un capuchon de pourpre d'où s'échappait une tête rase, et autour d'un cou empaqueté une serviette jetée en laticlave, franges pendantes deçà et delà. Il avait aussi au petit doigt de la main gauche une énorme bague dorée, et à la dernière phalange du doigt voisin une plus petite, et, à ce qu'il me parut, tout en or, mais constellée d'acier. Non content d'étaler ces richesses, il mit à nu son bras droit, orné d'un bracelet d'or dont un cercle d'ivoire coupait les lames éblouissantes.

Puis, après s'être fouillé la mâchoire avec un cure-dent d'argent : - Mes amis, nous dit-il, je ne me sentais pas encore en goût de vous rejoindre ; mais mon absence vous eût fait languir, et j'ai coupé court à tout amusement. Vous permettez pourtant que je finisse ma partie ? - A deux pas était un esclave avec un damier de bois de térébinthe et des dés de cristal ; et je vis la chose du monde qui annonçait le meilleur goût : au lieu de dames blanches et noires, il avait des deniers d'or et des deniers d'argent. Tandis qu'en jouant il épuisait le vocabulaire des artisans de la dernière classe, et que le premier service nous occupait encore, un plateau fut apporté avec une corbeille où était une poule de bois sculpté, dont les ailes s'étendaient en cercle, à l'instar des poules couveuses. Aussitôt deux esclaves s'avancent, et au son des instruments se mettent à fureter dans la paille : ils en tirent un à un des œufs de paon qu'ils distribuent aux convives. A ce petit jeu de scène, Trimalchion se retourne : - Mes amis ! ce sont des œufs de paon que j'ai fait mettre sous cette poule. Et, pardieu ! je crains qu'ils ne soient déjà couvés : essayons pourtant s'ils se laissent encore avaler. - Chacun reçoit une cuiller qui ne pesait pas moins qu'une demi-livre, et nous brisons ces œufs figurés en pâtisserie. Pour mon compte, je faillis jeter le mien, pensant déjà y voir le poussin formé. Puis comme j'ouïs dire à un vieux parasite : «Il doit y avoir là-dedans quelque bonne chose !» j'achevai de casser la coquille, et je trouvai un succulent bec-figue, enveloppé d'une farce de jaunes d'œufs poivrés.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   26 novembre 2014
IV. CONTRE L'AMBITION DES PARENTS

Au fond, ce sont les parents qui sont les vrais coupables : ils ne veulent plus pour leurs enfants d'une règle sévère, mais salutaire. Ils sacrifient d'abord, comme le reste, à leur ambition, ces fils, leur espérance même, puis, pour réaliser plus vite leur rêve, sans leur laisser le temps de digérer leurs études, ils les poussent au forum : cette éloquence, à laquelle ils savent pourtant bien que rien n'est supérieur, ils prétendent la réduire à la taille d'un enfant à peine sevré.

Que les parents aient la patience de nous laisser graduer les études les jeunes gens pourront travailler sérieusement, mûrir leur goût par des lectures approfondies, faire des préceptes des sages la règle de leur pensée, châtier leur style d'une plume impitoyable, écouter longtemps d'abord ce qu'ils aspirent à imiter. Dès lors ils n'admireront plus rien de ce qui n'éblouit que l'enfance, et l'éloquence, jadis si grande, aura recouvré sa force, sa majesté, son autorité.

Mais aujourd'hui, à l'école l'enfant s'amuse ; jeune homme, on s'amuse de lui sur le forum, et, ce qui est encore plus ridicule, après avoir fait ses études tout de travers, devenu vieux, il ne voudra pas en convenir.
http://remacle.org/bloodwolf/roman/petrone/partie1.htm
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NMTBNMTB   04 décembre 2015
Qu'avez-vous, sévères Catons, à me regarder d'un front sourcilleux ?
Condamnez-vous la neuve simplicité de mon œuvre ?
De ces simples récits la grâce sans tristesse sait sourire ;
Tout ce que font les gens, pourquoi ne pas le dire d'une langue sincère ?
Qui donc ignore les douceurs de l'alcôve, les plaisirs de Vénus ?
De quel droit interdire de se dégourdir les membres dans un lit bien chaud ?
Le père de toute sagesse lui-même, Epicure, ne prescrit-il pas aux sages
D'aimer, n'est-ce pas là qu'il voit le but de l'existence ?
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