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EAN : 9781090724991
Monsieur Toussaint Louverture (05/02/2016)
4.09/5   331 notes
Résumé :
Dans la Maison, vous allez perdre vos repères, votre nom et votre vie d’avant. Dans la Maison, vous vous ferez des amis, vous vous ferez des ennemis. Dans la Maison, vous mènerez des combats, vous perdrez des guerres. Dans la Maison, vous connaîtrez l’amour, vous connaîtrez la peur, vous découvrirez des endroits dont vous ne soupçonniez pas l’existence, et même quand vous serez seul, ça ne sera jamais vraiment le cas. Dans la Maison, aucun mur ne peut vous arrêter, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (135) Voir plus Ajouter une critique
4,09

sur 331 notes

AgatheDumaurier
  13 juillet 2016
La maison dans laquelle est une plongée dans la psyché des enfants et des adolescents, rendue extrême par l'enfermement des protagonistes dans leur pensionnat.
Il ne faut tout d'abord pas croire,impression première et contresens à mon avis, que les jeunes de cet institut sont livrés à eux-mêmes, que les adultes ne font que passer. Ils sont perpétuellement là, professeurs, éducateurs, directeur, et même, on le comprend peu à peu, parents. Ce n'est pas un orphelinat à la Dickens, c'est juste que, dans l'esprit des enfants et des jeunes adolescents, ils ne comptent pas, ils n'existent pas. Seuls importent leur monde, leurs chambres, leurs couloirs, les salles de classes, abandonnées la nuit, la salle des professeurs, tout l'espace leur appartient, la maison leur appartient, dans leur galaxie parallèle, elle est entièrement à eux.
Dans ce monde, nul adulte ne peut pénétrer, et l'irrationnel, la violence, les sentiments forts d'appartenance à un groupe, la colère,la soif de pouvoir, l'amitié indestructible, la loyauté, les allégeances éternelles, l'amour, règnent en maitre sans aucun frein.
Dans ce monde, vous perdez votre identité civile, et vous gagnez un nouveau nom, vous renaissez, pour le meilleur ou pour le pire. Vous étiez Érik Zimmerman ( le seul personnage dont on connaitra l'État civil, il me semble), vous devenez Fumeur. Il y a aussi Sphinx, l'Aveugle, Chacal Tabaqui, ex Putois, Vautour, GrosLard, Sirène, Rousse, Roux, Loup ... à la mode indienne, votre parrain ou marraine vous rebaptise pour votre existence dans ce huis-clos de plus en plus étouffant.
L'auteure nous entraine et nous enferme dans la maison à la suite de Fumeur, projection du lecteur innocent et ignorant dans ce monde étrange, régi par des lois non écrites, au passé lourd et secret.
Comme Fumeur, nous ne comprenons rien, nous découvrons, nous voudrions poser des questions, mais on ne nous répond pas, ou de façon oblique, en mode Pythie de Delphes. Il faut décrypter les messages cachés des anciens, détecter les anciens, les reconnaitre à leurs dix-huit ans par rapport aux flash-backs d'une histoire plus ancienne, où les personnages principaux ( Aveugle, Sphinx, Noiraud, Vautour, Roux, Rousse) étaient des enfants âgés de 5, 6,7 ans occupés à poser les fondements de l'histoire principale.
L'histoire principale est la marche chaotique vers la sortie, vers l'extérieur, le monde réel. C'est là que le récit prend une dimension universelle et initiatique.
Le roman demande au lecteur une immense participation. Il faut du temps pour le lire, on ne peut pas survoler. Toutes les scènes, les dialogues, sont énigmatiques, et demandent interprétation. Car, j'ai oublié de le dire, ces enfants ne sont pas " normaux", ils sont handicapés moteurs, malades, et pour certains très déséquilibrés psychologiquement...D'où cette impression de perte de contrôle par les adultes. Et cela arrive parfois...Mais il faut voir les gonz auxquels ils ont affaire...
Le secret et la folie forment les fondations de la Maison. Les adolescents vivent une Maison qui n'est pas forcément la réalité, mais une projection de leurs fantasmes, voire de leur folie pour certains ( l'aveugle, le Macédonien, Lord...) le lecteur, comme son guide le pauvre Fumeur, doit constamment démêler le vrai du faux, la réalité des contes que l'on se raconte, et la mort omniprésente, due à quoi ?
Les adolescents vivent dans un univers fantastique. À chacun d'essayer de comprendre ce qu'est un Log ( un messager ? Un attardé léger ? ...) un sauteur ( à mon avis, un capable de sauter dans un monde encore plus lointain, qui n'est ni l'extérieur ni la Maison) un tombant ( ça, j'ai pas compris, peut-être un apprenti sauteur qui n'y arrive pas) ...Mais de nombreuses énigmes demeurent.
Le texte est remarquablement bien écrit. Il est d'une pureté granitique. Tout est en focalisation interne, à quelques passages près, et au lecteur de se débrouiller. Pas une trace de mièvrerie, d'incohérence, tout se répond, sans forcément s'expliquer.
Le handicap n'est pas le sujet du livre. Il est une métaphore de nos faiblesses structurelles, et de la capacité que nous aurons ou non de nous fondre, avec notre folie, notre Maison, notre enfance, dans l'extérieur où nous ne serons plus le prince ou la princesse de notre royaume, où nos lois ne seront plus les lois, et nos vassaux et nos seigneurs des gens rangés- ou pas.
Désolée d'avoir été longue, mais c'est un livre remarquable, rare, et sur lequel je n'ai pas dit le quart de ce que j'aurais voulu.
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LaBiblidOnee
  09 décembre 2021
FAS-CI-NANT ! Il y a des romans qui vous habitent, et puis il y a ceux que vous devez vous-même habiter, investir totalement pour les appréhender, les faire vôtres, vous y sentir comme chez vous et prendre plaisir à explorer leurs moindres recoins. Clairement, La Maison dans laquelle vous vous apprêtez à pénétrer est de ceux-là ! Elle héberge déjà un certain nombre de jeunes pensionnaires éclopés et de personnel d'encadrement. Mais de ces derniers nous parlerons peu, tellement l'exploration de l'enfance nous occupera tout entiers. Et désormais, la Maison vous a vous aussi : lecteur, voyeur, explorateur de l'imaginaire sans bornes d'une enfance abimée, bousculée, à reconstruire sur des ruines, des exemples. Des mythes.

Elle semble d'abord accueillante, cette maison. A sa manière. « J'avais encore le dépliant sur lequel on pouvait lire : ‘' Les élèves l'appellent tout simplement La Maison. Ce mot révèle tout ce que notre école représente pour eux : une famille, le réconfort, la compréhension mutuelle, l'attention bienveillante.'' Une fois que j'aurais quitté cet endroit, j'avais bien l'intention de le faire encadrer. » Il faut dire qu'elle accueille un drôle de public : des aveugles, des bossus, des roulants, des manchots… Très vite, La Maison dans laquelle nous entrons nous ensorcelle gentiment, nous laissant entrevoir, de ses pas de portes entrebâillés, les clans qui se forment, les chambrées improbables, les jeux de rôles et les affrontements, les rituels, les alliances et mésententes, les lieux communs et ses recoins les plus secrets… Puis bientôt, La Maison dans laquelle il se passe des choses étranges et fantastiques commence à vous laisser entrevoir sa magie blanche, mais aussi sa magie noire. Tout décor a son envers, tout jour a sa nuit. Et toute nuit, ses monstres.

Vous l'aurez compris, on entre dans ce chef-d'oeuvre comme dans un roman-maison. Avec sa porte d'entrée officielle, ses couloirs secrets, ses escaliers dérobés… et ses fenêtres condamnées : celles qui donnent sur l'Extérieur, l'inconnu, là où ceux qui sortent d'ici disparaissent, comme morts à jamais pour ceux qui restent, les survivants, les habitants. Eux continuent d'y vivre avec cette force et cette résilience propre aux enfants, qu'ils puisent en grande partie dans cette magie de l'enfance où tout est possible, crédible, imaginable. du moment qu'on y croit, que ça nous protège, que ça nous permet de fuir, littéralement, les difficultés que la vie a placé trop tôt sur nos chemins. C'est pourquoi La maison dans laquelle vous allez vous inviter ne se visite que de l'intérieur, à travers les yeux de ses habitants nous plongeant dans leur univers de contes, rêves et cauchemars qui fondent les mythes de ces enfants, que nous avons tous été un jour. C'est ce qui rend cette lecture palpable et universelle, gommant les différences apparentes. Cette lecture nous fait retrouver le chemin de ces mondes parallèles que nous nous sommes créés ou avons explorés, que ce soit dans nos lectures, nos amitiés, nos refuges, nos nuits ensorcelées… Comme tout groupe d'enfants, celui-ci s'invente son propre univers qui l'occupe tout entier, et qui relègue les adultes au rôle de figurants. Chaque personnage est attachant car profondément humain, avec ses qualités et ses défauts, parfois cette cruauté propre à l'enfance. Mais toujours, la maison leur fait prendre conscience que leur complémentarité transcende leurs difficultés et notamment leurs handicaps. Plus qu'un refuge, elle est donc aussi une ode à la tolérance.

Grâce à différents narrateurs, nous aurons diverses entrées dans la maison : Tout d'abord, celle des nouveaux arrivants qui, comme nous, débarquent dans ce lieu mystérieux, peuplé d'inconnus, obéissant à ses lois propres. Fumeur, par exemple, nouveau roulant, aura les mêmes réactions et questionnements que le lecteur sur tout ce qui se passe et se dit ici ; il nous permettra de nous intégrer, d'essayer de comprendre ; Sceptique, il gardera les pieds sur terre.
Ensuite, nous verrons aussi la maison avec les yeux des pensionnaires de longue date, qui nous font sombrer dans leur univers clos et rodé, peuplé de légendes mêlées de vérités. Nos plus étranges moments seront ceux passés avec ce mélange d'enfants handicapés, malades ou mourants. Avec eux, tout un imaginaire s'imbrique dans la réalité à tel point que nous-mêmes, adultes, doutons de la raison et croyons à l'incroyable.
Enfin, les points de vue de l'encadrement viendront parfois éclairer autrement les scènes et raisonnements auxquels nous prenons part. Car sous nos yeux s'anime et s'agite tout un imaginaire dans lequel s'ancrent ces enfants pour survivre aux réalités difficiles de leur vie, peuplé de monstres et de gentils fantômes, de passages secrets jusqu'à un « autre monde », de Sauteurs qui les provoquent et de Tombeurs qui les suivent, d'ombres nocturnes et de contes effrayants qui font office de mythes fondateurs. Des événements se déroulent dans la maison qui flirtent avec le fantastique. Est-ce réel ou l'imagination des enfants, les drogues, les cachets ? Mais le fait d'y croire, n'est-ce pas déjà faire exister cet autre monde, qui les attire et les effraie…?

Si, pour s'adapter, les nouveau pensionnaires doivent se fondre dans l'univers légendaire que les anciens ont déjà créé, l'encadrement doit alors gérer ces petits monstres persuadés que la maison dans laquelle on les a placés est magique : qu'elle leur parle, veille sur eux ou les punit, qu'elle est l'entité refuge et que la seule Loi qu'ils doivent suivre est la sienne, qui leur murmure menaces ou encouragements, des histoires dignes de contes les plus sombres et les plus fous, pendant leur sommeil, leurs séances de fumette en douce ou leurs douces nuits alcoolisées qui berceront leur séjour longue durée dans ce lieu enchanté, parmi les désenchantés… Pendant sept ans ils vivent les uns sur les autres, s'habituent, s'en réfèrent entièrement à la hiérarchie qui se forge, parfois avec les manières extrêmement brutales et violentes des convictions de l'enfance. Mais que se passe-t-il au bout de ses sept ans ? La Maison dans laquelle ils ont vécu est tout pour eux, comme ses autres habitants. L'extérieur n'existe pas, dehors il n'y a rien. de leur attachement pour la maison naît la crainte du dehors, du vide, du néant. de la mort. Alors ce déchirement, ce moment où l'on voit les gens partir mais jamais revenir, est un traumatisme de plus. L'inconnu effrayant. Qu'y a-t-il après l'enfance ? Ne peut-on y rester coincés, lorsqu'on a peur de grandir ? Et avec quoi comble-t-on les lacunes de la compréhension ou du savoir ? Avec l'imagination, très fertile à cet âge où la sensibilité est exacerbées, où chaque sensation est une aventure à elle toute seule, où la magie lie le vraisemblable à l'invraisemblable.

Et puis surtout, il y a les surnoms. On touche ici au coeur de la maison dans laquelle nous allons passer des heures d'errances délicieuses. Chaque nouvel arrivant se voit attribuer un Surnom qui forgera son identité au sein du groupe, surnom plus ou moins terrible en fonction de ce qu'il inspire aux autres…! Si tu entres ici, lecteur, tu devras donc accepter de vivre avec des Oiseaux en deuil, un Lord et un Vautour, des Crevards Pestiférés, un Fumeur et un Chacal, une Sauterelle, un Loup et une sorcière, et bien d'autres habitants hallucinants qui vont t'en faire voire de toutes les couleurs… Mais n'aie crainte, lecteur assidu et curieux, pour peu que tu n'aies pas encore perdu ton âme d'enfant, la Maison finira par te délivrer tous ses secrets. Sous ses airs impénétrables et hermétiques au premier venu, elle finit toujours par parler et s'ouvrir à ceux qui savent écouter ses murmures, lire sur ses murs, chuchoter des secrets… Peut-être même auras-tu un surnom, toi-aussi. Une chose est sûre, La maison dans laquelle on passe de l'enfance à l'âge adulte est difficile à quitter - même pour le lecteur. Comme l'enfance, que certains sont prêts à tout pour ne pas franchir, faute de se sentir armés pour affronter le monde réel des adultes qui les ont « abandonné », pour les parquer dans cette cour des Miracles. La maison est ce passage métaphorique de l'enfance à l'âge adulte. C'est aussi elle le refuge immuable qui remplace les parents, tandis que les éducateurs changent. Elle est donc grandement personnifiée, et devient le personnage principal du livre et du titre.

« Plus tard, il remarqua que la maison était vivante et qu'elle était capable d'aimer, elle aussi. D'un amour unique en son genre ; inquiétant parfois, jamais terrifiant. »
Comme on le ferait des parents, on se demande comme ces enfants : la maison laissera-t-elle ses Oisillons quitter Le Nid…? Leur apprend-elle l'indépendance, la débrouillardise, ou son cocon est-il trop confortable ? Tout dépend du caractère de chacun, mais elle les marquera tous.

«La maison exige une forme d'attachement mêlé d'inquiétude. du mystère. du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue, fait vieillir, donne des ailes... C'est une divinité puissante et capricieuse, et s'il y a bien quelque chose qu'elle n'aime pas, c'est qu'on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportement se paie toujours. »

Je vous invite donc à découvrir avec délice sa construction osée, cette architecture unique, sombre et brillante, étouffante et joyeuse, mystérieuse et universelle. Une certaine réalité s'esquisse doucement au fil des pages, mais un léger doute s'obstine à planer en nous, relique de nos croyances enfantines. En dévoiler plus serait trahir la Maison dans laquelle… Dans laquelle quoi ? Tout le plaisir du lecteur réside dans cette question, celle que les nouveaux venus se posent et qui tiendra le lecteur en haleine pendant plus de mille pages. N'ayez pas peur de vous y perdre, car le but n'est pas l'arrivée mais le chemin, celui qui mène de l'enfance à l'âge adulte. « il faut parfois se perdre pour trouver l'introuvable, sinon tout le monde trouverait l'introuvable. » (Pirates des Caraïbes^^). Ce livre d'ambiance et d'humanité enfantine, truculente à souhait, est l'un des romans les plus marquants que j'ai lu. C'est un texte véritablement onirique d'une puissance incroyable, que l'auteure a mis dix années à écrire - en commençant par dessiner son univers et ses personnages. Et le plus dingue, c'est que je ne suis allée voir les dessins qu'après ma lecture, et c'est exactement l'univers que j'avais imaginé (lien ci-dessous) ! Ce roman redessine l'enfance sur les murs de votre mémoire. Je l'ai fini mais les images dont il m'a abreuvée à chaque page demeurent et me hanteront longtemps.
Lien : https://www.ecosia.org/image..
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michemuche
  13 décembre 2019
" Salut à vous les avortons, les prématurés et les attardés. Salut les laissés-pour-compte, les cabossés et ceux qui n'ont pas réussi à s'envoler salut à vous les enfants - chiendent".
Bienvenue dans " La maison dans laquelle" durant 1 mois j'ai déambulé dans cette maison pas comme les autres, une maison immense faite de couloirs et de chambres et surtout peuplés d'enfants.
Dans " La maison dans laquelle" il y a des groupes, les chiens, les oiseaux, les rats, les faisans et le groupe quatre. La maison est une micro société avec ses règles et ses chefs. Dans " La maison dans laquelle " tout est fait pour oublier la vie d'avant, oublier le monde extérieur. On vous choisit un surnom en rapport avec votre physique ou vos habitudes de vie.
Dans " La maison dans laquelle" il y a des roulants, des marcheurs… les plus forts s'occupent des plus faibles.
Dans " La maison dans laquelle" il y a la nuit des contes où l'on aime se faire peur, ou parler des disparus bref inventer des histoires.
Le livre de Mariam Petrosyan est tellement dense que l'on s'y perd, et moi j'ai aimé m'égarer dans ce labyrinthe de couloirs. J'ai découvert le groupe quatre, peut-être le groupe le plus sain et le plus intéressant. L'aveugle Sphinx, Chacal Tabaqui, Noiraud, Bossu, Lord, Larry, le macédonien, Gros lard, Fumeur.
Ce livre a de quoi intimider mais quelle aventure
Entrer dans " La maison dans laquelle" et perdez-vous.
Joyeux Noël à toutes et tous
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Ambages
  30 mars 2016
« Il est des phrases que le cerveau ne peut pas entendre et contre lesquelles il se défend en se murant dans le silence. » Aussi, après avoir lu autant de critiques, je me demande quelle incidence auront ces quelques mots supplémentaires... Parce qu'au fond, moi aussi j'ai « des dizaines de questions sans réponses. » Tout comme Bossu, ou Fumeur à une époque, je n'ai rien compris -ou pas grand chose...
Et c'est d'autant plus agaçant car « je me souviens de tout... (...) peut-être que les mots cachés juste en dessous éclaircissaient l'ensemble. »
Comment un livre peut marquer un individu dont l'esprit ne capte pas le dessous des cartes ? Et pourtant cela fonctionne. le temps de la lecture j'étais avec les pensionnaires de la maison. Dès que je refermais le livre, la magie n'opérait plus. Mais lorsque le lendemain je le reprenais -et dès la première ligne lue- j'étais dans cette ambiance particulière, surréaliste. Et pourtant je confirme n'avoir pas compris grand chose.
J'en suis venue à me dire que ce livre possédait, pour ses lecteurs, les caractéristiques de la maison pour les habitants : « Dans la maison, le temps ne s'écoulait pas comme à l'Extérieur. On n'en parlait pas vraiment, car ces choses-là étaient bizarres et auraient vite fait d'attirer les foules, mais certains parvenaient à vivre plus d'une vie, tandis que d'autres n'y passaient qu'un seul mois. Plus tu tombais dans ces endroits étranges qui aspiraient le temps, plus tu existais. »
Le temps de la lecture a été plaisant, et pourtant ...comprenez moi bien, je n'ai rien compris :)
Après ces 954 pages, bien évidemment soulagée de ces 1300 grammes qui ont bien plombé mon sac à main, je me dis que ce fût une expérience plus qu'une lecture. le partage d'un autre monde que Mariam Petrosyan a eu la gentillesse de révéler avec cette publication.
Je cherchais une histoire, une intrigue, et je n'ai eu qu'une ambiance, la vision d'une terre moins terre à terre. Décontenancée, surprise, énervée, je suis passée par tous les stades du désappointement pour au final, et je ne l'aurais pas cru, être contente de cette lecture si particulière.
Donc je vous remercie, le site Babelio et les éditions Monsieur Toussaint Louverture, car sans cette masse critique qui était pour moi un challenge ''pavé'', je n'aurais pas ce sentiment de contentement et d'étonnement qui en découle, une fois la dernière page tournée. Oui je suis déconcertée, après avoir pesté pendant la lecture, d'être ce soir à me dire que ce livre est un mystère plaisant pour moi.
C'est pourquoi je reprends ci-dessous, cette citation qui exprime le mieux cette impression que je garde après ces semaines passées confinée avec des adolescents boutonneux qui avaient un langage bien supérieurs à la moyenne. Ah oui... ils étaient aussi handicapés, mais franchement, ce n'est pas pour moi le thème du livre. Non ! c'est un mystère.
« La maison exige une forme d'attachement mêlé d'inquiétude. du mystère. du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue, fait vieillir, donne des ailes... C'est une divinité puissante et capricieuse, et s'il y a bien quelque chose qu'elle n'aime pas, c'est qu'on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportement se paie toujours. Voilà, maintenant que vous êtes prévenus, on peut continuer à discuter. »
...ou plutôt... trêve de discussion. A chacun de se faire son idée. Pour l'originalité et le plaisir qu'il offre, ce livre est intéressant et tant pis si je n'ai pas eu d'intrigue, si je n'ai pas tout compris. Finalement j'ai rêvé d'un autre monde, d'une terre qui resterait un mystère... Je marchais les yeux fermés, je ne voyais plus mes pieds, je rêvais réalité... D'autres ont peut-être croisé l'Aveugle et les Roulants pour écrire cette chanson, non ?
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Shan_Ze
  16 mars 2016
Un univers vraiment mystérieux et fascinant…
La plongée dans cette Maison peut être un peu déstabilisante avec ces enfants cabossés de la vie, handicapés. délaissés… Ils ont vécu déjà plus d'une vie. Une fois, arrivé à la Maison, tout le reste est oublié, n'existe plus. Ils sont laissés à eux-mêmes, les éducateurs ou professeurs n'y font que de brèves apparitions.
Difficile de pénétrer cette maison, de comprendre ses habitants : il existe toute une hiérarchie, des lois qui régissent ce lieu. Les jeunes ne réagissent qu'à des surnoms, les groupes sont titrés d'un nom d'animal. Ca me rappelle brièvement, la lecture remonte à loin, à La majesté des Mouches. Il y a des luttes, des trahisons, de la fidélité… Tour à tour, l'auteur suit les différents personnages : on commence avec un jeune garçon, surnommé Fumeur, au moment de son changement de groupe. Un regard extérieur, par moments, raconte le passé… Les différents liens entre les personnages qui grandissent et changent de nom, de position, de comportement..
J'ai eu parfois du mal à suivre (d'ailleurs, je n'ai vu la liste des groupes à la fin du livre que très tard dans ma lecture, ça m'aurait aidé), j'ai du revenir à arrière pour comprendre telle ou telle dialogue ou passage descriptif un peu énigmatique. Plus j'avançais dans cette Maison, plus je la trouvais inquiétante. Beaucoup de scènes m'ont interrogé, mais des bouts d'explications viennent et donnent un peu plus d'ampleur à cette oeuvre. Cependant, certaines questions sont restées : qu'est-ce qu'un Log ? un tombant ? un sauteur ? Je n'ai que des réponses approximatives…
Cette Maison est un labyrinthe et j'ai aimé m'y perdre et retrouver mon chemin. Une aura fantastique la parcourt, la réalité n'est pas où on croit. Il me faudrait une deuxième lecture (plus tard, le temps de souffler) ou des bouts de relecture pour comprendre cet endroit. Un huis-clos original sur l'adolescence, le handicap, que j'ai apprécié, même si la lecture était dense (et l'objet, lourd). Merci aux Editions Toussaint Louverture pour cette découverte atypique.
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critiques presse (1)
Telerama   03 mars 2016
Quel charme [...] distillent ces quelque mille pages enchantées et très noires, hypnotiques, où on croit reconnaître notamment les influences mêlées de Lewis Carroll, Tim Burton et William Golding.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (138) Voir plus Ajouter une citation
LaBiblidOneeLaBiblidOnee   08 décembre 2021
La maison, c'est une succession de murs dont la peinture n'en finit pas de s'écailler. C'est aussi d'interminables volées de marches étroites. Des moucherons qui dansent sous les lanternes des balcons. L'aurore aux doigts de rose qui caresse les rideaux. Des pupitres recouverts de craie et débordant de bric-à-brac. Le soleil qui s'étire dans la poussière rouge de la cour. Des chiens couverts de puces qui sommeillent sous les bancs. Des spirales de tuyaux rouillés qui se croisent et s'entremêlent sous la peau craquelée des murs. Des rangées irrégulières de bottes d'enfants qui se glissent le long des lits. La maison, c'est un petit garçon qui s'enfuit, couvert de bleus, qui s'endort pendant les cours et se voit affublé d'une multitude de surnoms : Céphalopode, Destrier, Sauterelle ou bien Trace d'Aveugle - vu qu'il ne le quitte pas d'une semelle et marche dans ses pas. Lorsque quelqu'un pénètre dans la maison, celle-ci commence par braquer sur lui un angle de mur, tranchant comme une lame. Ensuite seulement, le visiteur peut en franchir le seuil.
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LaBiblidOneeLaBiblidOnee   10 décembre 2021
Pour mériter son titre, la Meute devait régulièrement se rappeler au bon souvenir de son entourage. Par des vitres cassées, des graffitis, des souris glissées dans les tiroirs des professeurs, des cigarettes fumées dans les toilettes, ils faisaient tout pour entretenir leur mauvaise réputation, car elle les distinguait de leurs ennemis jurés, les roulants. Mais les victimes préférées de la Meutes, c'étaient les nouveaux, les petits chéris à leur maman qui sentaient encore l'Extérieur : un ramassis de chochottes et de geignards, même pas dignes d'avoir un surnom. Les nouveaux constituaient une source inépuisable de divertissement. On pouvait leur faire peur avec des araignées et des chenilles, les étouffer sous des oreillers, les enfermer dans des armoires... On pouvait aussi se tapir dans un coin pour leur bondir dessus en hurlant, assaisonner leur dîner de poivre, coller leurs vêtements aux chaises et en découper les boutons... Ou alors, on pouvait tout simplement les tabasser.
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MoglugMoglug   26 juin 2016
[incipit]
La Maison se dresse aux confins de la ville, en bordure d’un quartier appelé les « Peignes » où d’interminables immeubles sont alignés en rangs crénelés, telles des dents plus ou moins régulières. Séparées à la base par des cours de béton servant d’aires de jeux, les tours sont percées d’innombrables yeux. Là où elles n’ont pas encore poussé, s’étendent des ruines masquées par des palissades. Les enfants, d’ailleurs, s’intéressent bien plus aux décombres qui s’y cachent, refuge des rats et des chiens errants, qu’aux espaces aménagés pour eux.
C’est sur ce territoire neutre, à la frontière entre deux mondes, les immeubles et les terrains vagues, que fut bâtie la Maison. On l’appelle aussi « la grise ». Son ancienneté la rapproche des ruines, derniers vestiges des édifices de son temps. Elle est isolée – les tours gardent leurs distances – et, plus large que haute, elle ne ressemble pas du tout à une dent. Ses trois étages donnent sur une autoroute. Son toit est hérissé d’antennes et de fils, sa chaux s’effrite, ses lézardes pleurent. Elles est aussi dotée d’une cour, un long rectangle cerné de grillage. Autrefois, sa peinture était blanche. Désormais c’est le gris qui domine, sauf pour le mur à l’arrière, qui a jauni. Côté cour, s’entassent garages, appentis, bacs à ordures et niches à chiens. La façade, quant à elle, est triste et nue. Comme on pourrait s’y attendre.
Personne ne l’admettra, mais les habitants des tours ne voient pas la Maison grise d’un bon œil. Ils préféreraient ne pas l’avoir dans leur voisinage. Ils préféreraient en vérité qu’elle n’existe pas du tout.
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LaBiblidOneeLaBiblidOnee   23 novembre 2021
- Arrête de parler avec le miroir ! m'exclamai-je, n'y tenant plus. Ce que tu vois là-dedans, ce n'est pas moi !
- Tiens, tu t'es rendu compte de ça, toi aussi ?
Il se tourna alors vers moi, l'air ailleurs, comme si je venais effectivement d'interrompre sa conversation avec quelqu'un d'autre. Puis ses yeux se posèrent enfin sur mon visage ; loin de me réconforter, cela me parut si désagréable que mon mal de tête se réveilla.
- Ok, concéda-t-il. Oublions cet autre toi qui vit dans le miroir.
- Tu penses que ce n'est pas moi ?
- C'est bien toi, mais en partie seulement, pas complètement. Disons que c'est toi, déformé par ta propre perception. Dans les miroirs, nous sommes moins bien qu'en réalité, tu n'as pas remarqué ?
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michemuchemichemuche   05 novembre 2019
" Un sourire, mon petit, avait expliqué Elan, c'est ce qu'il y a de meilleur chez l'homme. Tu n'es pas vraiment un homme tant que tu ne sais pas sourire.
- Montre moi" lui avait demandé l'aveugle….
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Vidéo de Mariam Petrosyan
Mariam Petrosyan. La maison dans laquelle.
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