AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
>

Critique de kielosa


kielosa
  26 janvier 2018
Quelle excellente initiative de Christian Lequesne d'avoir lancé cette nouvelle collection "Métamorphoses". L'idée est l'oeuf de Colomb, simple et ingénieuse, mais il fallait y penser. La formule : choisissez un pays et une date et demandez à 10 "grands témoins", qu'ils racontent ce qui leur a le plus frappé et vous avez un ouvrage dont l'intérêt est garanti d'avance. le premier titre paru a été "Métamorphoses du Royaume-Uni de 1945 au Brexit". Les "Métamorphoses des États-Unis depuis 1965" en sont le second et d'autres sont programmés, notamment l'Inde depuis 1947, l'Italie depuis 1946 et la Russie depuis 1953. L'essentiel est évidemment le choix des témoins. En ce qui concerne les États-Unis, la sélection a été opérée par Maurin Picard, diplômé des sciences po et correspondant depuis 7 ans dans ce pays pour entre autres Le Figaro, Le Soir et Sud Ouest. Nous pouvons donc lui faire confiance et son choix est judicieux.
Un grand avantage de cette collection est qu'en relativement peu de pages on a l'essentiel, ou du moins le plus marquant, d'un pays de son propre choix. Un luxe non négligeable lorsqu'on a parfois la mémoire qui flanche, comme cela arrive à votre pauvre serviteur !

Les 10 thèmes retenus sont : la communauté noire, le Vietnam, le FBI de Hoover, l'avortement et le droit à l'égalité des femmes, Reagan, l'avènement d'Internet, 11/9/21001, l'Irak, la crise de 2008 et le déclin de la classe moyenne et la reconnaissance du mariage de même sexe.
Au lieu de vouloir couvrir toutes les contributions de façon fatalement lapidaire, j'ai préconisé de me concentrer sur quelques sujets qui me tiennent plus au coeur que d'autres.

1) En 1971, John Curtis Raines était un "angry young" étudiant - qui deviendra plus tard pasteur méthodiste au Minnesota jusqu'à sa mort en novembre dernier - qui estima que l'horrible John Edgar Hoover, chef tout-puissant du FBI (Federal Bureau of Investigations) depuis plus de 35 ans, se permettait un peu beaucoup envers tous ceux qui ne trouvaient grâce à ses yeux : les noirs, les homosexuels, les gauchistes, les opposants à la guerre du Vietnam etc. - à l'exception de la mafia. Ses méthodes anticonstitutionnelles (surveillance, écoutes, intimidations...) étaient de notoriété publique, mais aucun politicien, y compris plusieurs présidents, n'osait agir contre lui de peur pour sa belle collection de dossiers ultra-secrets. D'où la conclusion de Raines et quelques autres qu'il appartenait aux simples citoyens d'arrêter ces abus.

Le récit de l'opération cambriolage au bâtiment FBI de Philadelphie par une équipe de 8 jeunes, dont Raines et son épouse Bonnie, la nuit du "combat du siècle" entre les poids lourds de boxe Mohamed Ali, alias Cassius Clay, et Joe Frazier, se lise comme un super thriller. Une opération à succès au-delà de toute espérance, puisqu'elle a permis la découverte du vaste programme confidentiel "Cointelpro" ("Counter Intelligence Program"), la fin de Hoover et une refonte du FBI.
Exactement 42 ans plus tard, Edward Snowden a, malheureusement, rendu public que c'était maintenant au tour de la NSA "National Security Agency", d'avoir des programmes encore plus ambitieux d'écoutes massives de la population américaine.
John Raines a écrit de son aventure "The Burglary : The Discovery of J.Edgar Hoover's Secret FBI" (le cambriolage : la découverte du FBI secret de Hoover). Sur ce triste sire existe toute une bibliothèque, je me limite ici à l'ouvrage d'Anthony Summers "Le plus grand salaud d'Amérique" duquel j'ai fait un billet en mai 2017.

2) Sarah Weddington a écrit pour les femmes une page d'histoire importante sur la voie de la reconnaissance de leurs droits. Elle avait 26 ans lorsqu'elle gagna le procès historique "Jane Roe contre Wade" devant la Cour suprême des États-Unis en 1973. Arrêt qui rend impossible de condamner "de jure" l'avortement dans l'ensemble du territoire des États-Unis. Préservant ainsi le droit fondamental des femmes à décider du cours de leur vie.
Après cette victoire, qui en fît une célébrité, notre Sarah ne s'est pas reposée sur ses lauriers : elle a été élue 3 fois au Parlement du Texas, où elle a continué ses batailles pour les droits des femmes et, de 1977 à 1980, comme ministre du président Jimmy Carter. C'est dans cette fonction qu'elle a réussie à faire adopter la "Pregnancy Discrimination Act", qui interdit aux entreprises employant plus de 15 personnes de licencier une femme parce qu'elle est enceinte.
La victoire des Républicains et de Ronald Reagan a eu comme conséquence que son poste soit "de facto" supprimé. Sarah Weddington, qui aura 73 ans le mois prochain, continue sa lutte pour les droits des femmes. En 2014, l'ONU a ajouté l'avortement aux droits de l'Homme.

3) "Financer une guerre (l'Irak) qui se prolonge et, dans le même temps, réduire sensiblement les impôts, tient de la gageure." C'est ainsi que s'exprime l'économiste Jared Bernstein (°1955), appelé à la rescousse, en 2009, comme chef économiste du vice-président Joe Biden, pour relancer l'économie après les gros déboires du monde des finances sous le génie du fiston Bush. Pour ce keynésianiste l'essentiel consistait à relancer l'emploi, augmenter le salaire minimum et développer les conventions collectives du travail. Il se préoccupait surtout que "les apprentis sorciers de Wall Street" avec leurs subprimes (prêts hypothécaires toxiques) ont causé l'endettement de la classe moyenne. Bernstein a sans doute fait du bon travail, jusqu'en 2011 lorsque les Républicains majoritaires au Congrès et, influencé par les extrémistes du "Tea Party", bloquent toute initiative d'Obama. L'économiste socialement motivé est reparti à ses études et analyses, tout en rendant public ses points de vue dans les grands journaux comme le Washington Post, le New York et le Financial Times. La fameuse "main invisible" ou la baliverne de l'autorégulation des marchés, inventé par Adam Smith et prôné par Alan Greenspan, longtemps président de la Réserve fédérale, "ressemble parfois à deux mains gauches", dixit Bernstein.

J'ai envoyé un mail au secrétariat des "Métamorphoses" pour en savoir un peu plus sur les prochains titres à paraître et leur date approximative, mais je n'ai obtenu, malencontreusement, aucune réponse, ce qui n'est pas très poli. Comme s'il s'agissait d'un secret d'État !

Commenter  J’apprécie          436



Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Ont apprécié cette critique (42)voir plus