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Critique de Kirzy


Kirzy
  15 novembre 2021
Le Québécois Louis-Karl Picard-Sioui, membre du clan du Loup du peuple Wendat, régale son lecteur français ! L'éditeur a fait le choix de ne pas encombrer le texte d'équivalents français, juste un lexique à la fin. Et c'est un vivifiant plaisir que de cheminer dans les « charmants méandres » de la prose vivifiante qui jaillit sous nos yeux. On s'y fait très vite, d'autant que l'auteur écrit de façon très savoureuse, avec une énergie communicative.

Chaque chapitre peut se lire indépendamment, comme une nouvelle, autant de chronique de la vie de la réserve fictive de Kitchike, dans le Sud Québec, autant de personnages hauts en couleur que j'ai adoré rencontrer. Autant de tonalités différentes aussi, qui alternent, avec même des touches de fantastique et d'absurde ( des trous noirs envahissent l'appartement du bien nommé Jean-Paul Paul Jean-Pierre ). Louis-Karl Picard-Sioui butine différents niveaux de langage et de styles et c'est très réussi.

Cela peut donner une sensation de récit désaccordé, vite dissipée par la récurrence des personnages dans les chapitres consacrées aux autres. Ce filon narratif consistant à croiser les personnages rencontrés permet de proposer au lecteur plusieurs points de vue sur eux, de compléter notre façon d'appréhender leur psychologie et leur comportement, notamment quand tous défilent au Gaz Bar sous le regard truculent de Mme Paul, logorrhéique serveuse, qui sait tout sur tout le monde dans ce Clochemerle amérindien.

Derrière cette galerie très incarnée et vivante, le texte laisse apparaître en filigrane une véritable radiographie de cette communauté amérindienne fictive mais qui, au final, sent le réel et glisse vers la satire douce-amère. A Kitchike, deux familles se chicanent pour le pouvoir, et tout cela explose joyeusement dans le dernier chapitre «  La Grande débarque » autour du chef véreux Jack Saint-Ours, dénonçant corruption et favoritisme généralisés. Un autre chapitre ( "Pendant ce temps dans la ville avoisinante" ) épingle brillamment le racisme ordinaire subi par les Autochtones, en l'occurence un petit garçon venu acheter de la viande hachée chez le notable M.Viande.

L'auteur parvient à trouver un équilibre pas si évident entre loufoquerie et satire grinçante grâce à la tendresse et la poésie qui infuse subtilement. Les deux chapitres qui m'ont le plus touchés sont La Cage avec sa douceur mélancolique sur le temps qui passe, et L'Homme qui fait danser les étoiles, irrésistible rencontre autour d'un concert de guitare racontée comme une légende indienne.

A noter, comme à chaque fois avec les éditions Dépaysage, avec sa collection Talismans spécialisée dans la publication d'auteurs autochtones francophones ( merveilleux Michel Jean ), le soin apporté à l'objet livre est remarquable : beau grain de papier, tendres illustrations de couverture ( par l'artiste Olivier Mazoué ).
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