AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2268100626
Éditeur : Les Editions du Rocher (22/08/2018)

Note moyenne : 3.64/5 (sur 11 notes)
Résumé :
« Pourquoi ne pas avoir écrit sur une femme qui a fait oeuvre ? Qui a marqué l'histoire ? Qui a laissé derrière elle autre chose que des bribes et un fils ? Pourquoi m'acharner sur une comparse, sur une figure qui n'apparaît que dans l'ombre que projettent les grands hommes, dans les interstices de leur biographie ? Les feuilles s'entassent sur mon bureau, les livres où je cherche sa trace. Tous parlent de son fils, ou d'Andrieux, le père de l'enfant. Elle n'y appar... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
isabelledesage
  11 octobre 2018

Dans ce premier roman, Nathalie Piégay enquête sur la mère cachée de Louis Aragon qui est l'auteur d'un livre jamais édité, intitulé Sous le masque. Ce roman, nous permet de revisiter à la fois l'oeuvre et l'existence d'Aragon à travers ses écrits, sa vie familiale où règnent mensonges et secrets, la guerre et son engagement politique. Mais tout au long de ce livre à la fois ancré dans le présent de la narratrice-chercheuse et dans le récit fictif découlant des ses découvertes, Nathalie Piégay tente de saisir la personnalité et la vie de Marguerite Toucas-Massillon, personnage qui n'a de cesse de l'obséder et pour lequel elle s'est passionnée. L'écrivain montre au lecteur le cheminement de ses recherches qui amènent son lot de questionnements prenant une tournure personnelle voire, existentielle. Il me semble que ce long et conséquent travail de recherches dans le but de découvrir le vrai visage de celle qui n'apparaît qu'en « bas de pages » est peut-être une façon détournée et délicate de parler de soi, une sorte d'autobiographie indirecte qui permettrait à Nathalie Piégay de revenir sur ses origines, de considérer la fuite irrévocable du temps à un moment de sa vie où l'on se tourne sur son passé de part des événements personnels ou tout simplement à un certain âge. Les écrits de Marguerite, sa discrétion, sa place à l'ombre d'Andrieux et de Louis Aragon, ses photographies et sa correspondance ont touché l'auteur qui laisse entrevoir des souvenirs de son enfance, sa famille, sa ville d'origine (Lyon ou est aussi né Andrieux), ses enfants, l'homme « qui l'accompagnait » (au début du roman mais qui n'apparaît plus par la suite) ou encore ses origines sociales évoquées à mots couverts : « "Mode et roman", "Les Dimanches de la femme" et les romans à l'eau de rose de Marguerite me rapprochent de ma grand-mère et de mes tantes plus que le Paysan de Paris, le Fou d'Elsa ou La Mise à mort. Ces vieux magazines pour dames sont si semblables aux numéros de Modes et Travaux que je feuilletais, des après-midi durant, pendant les grands vacances, avec ma cousine Sophie. [...] J'éprouve toujours la même fascination pour les mots des métiers, jardinier, menuisier, couturière ou cuisinière, pour la précision de la langue, qui rappelle celle du geste, mesuré, appliqué, celui qui donne le résultat attendu, pile poil comme on disait, ça tombe juste [...] ».
Ce récit questionne aussi l'intérêt de l'art, sa place, sa fonction dans la société, entre engagement, innovation ou pure distraction (Louis Aragon a reproché à sa mère d'écrire des romans à l'eau de rose, romans qui lui ont permis de vivre et de donner du plaisir à celles qui en avaient besoin). Peut-être que de la même façon, Nathalie Piégay s'interroge sur la place de la recherche littéraire et de l'enseignement dans nos sociétés où les compétences deviennent plus importantes que la connaissance, la langue française est noyée sous l'omniprésence des anglicismes, la réflexion se délite au profit de la consommation d'articles courts, d'images, de videos, l'histoire de l'humanité se résolvant le plus souvent à l'instant présent. Si ce récit à l'intérêt de nous montrer le travail d'un chercheur tout en nous faisant découvrir la vie cachée de Marguerite, il nous donne ou nous redonne envie de lire Aragon, qu'il s'agisse de ses romans ou de ses poésies. Ce récit nous fait réfléchir à la vie, à l'histoire et rend hommage à la littérature, à la langue et au plaisir de lire.
« J'ai oublié certains gestes, j'ai refusé d'en apprendre d'autres, mais je rêve encore, avec Marguerite, sur maroufler, cheminer, repiquer, sur les noms des points de broderie que ma mère m'avait appris, les jours échelle et les points Palestrina, sur les abeilles et les mouches qu'on fait pour stopper une fente de jupe, sur le passé plat ou le passé empiétant. Les tricots et les chandails, les gilets de corps et les cache-nez, le nylon et le tergal ont disparu des magazines de couture, et tant d'autres sont apparus, les sweats en polaire et les tops en viscose, en modal et en lyocell, les kits et les sets. On apprend désormais avec Modes et travaux à customiser, à faire un coussin vintage, un snood à pompons et, après le crochet et le tricot, on se met au scrapbooking et à la décopatch… Tout a changé et rien n'a changé ».
Enfin, le personnage de Marguerite et celui des soeurs, ces femmes dont on ne peut décrire l'existence que par celles des hommes, les non-mariées, mal-mariées, filles-mères, les passionnées, silencieuses, secrètes, me fait beaucoup penser aux soeurs, servantes ou tantes dévouées et discrètes des romans de Claude Simon. Nous reviennent en mémoire ces femmes qui parcourt les villages à la recherche de la tombe du cher disparu dans L'Acacia ou bien Batti, servante mutique et totalement dévouée au général dans Les Géorgiques. Nathalie Piégay, spécialiste de Louis Aragon et de Claude Simon avait dressé un portrait touchant de Batti dans le cadre d'un essai universitaire.
Il semble que Nathalie Piégay soit très sensibles à ces femmes qui n'ont pas eu droit à la parole, qui n'ont pas eu la place qui leur revenait, à celles qui toute leur vie sont restées fidèles à un amour sans avenir, à la chair de leur chair, à leur frère, à leur père, les femmes de l'ombre.










Lien : http://yzabel-resumes-et-poi..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
VALENTYNE
  23 octobre 2018
Sur le site des Editions du rocher, j'ai appris que Nathalie Piégay est une spécialiste de la littérature française moderne et contemporaine en particulier de Louis Aragon. Dans ce livre, elle "enquête" sur la mère d'Aragon. A l'instant où j'écris ces quelques lignes j'apprends que ce livre est dans la deuxième sélection 2018 pour le Renaudot Essai. Pour ma part, j'ai lu ce livre comme un roman. de Louis Aragon je sais fort peu de choses, en fait j'ai juste lu « Aurélien » qui m'avait beaucoup plu.
C'est d'ailleurs ce qui m'a incité à choisir ce livre (plus la couverture que je trouve à la fois triste et intéressante).
Effectivement la vie de cette femme, Marguerite, a tout d'un roman : 1896, Marguerite tombe amoureuse d'un homme qui a 33 ans de plus qu'elle, un ami (marié) de son père. Ce qui est prévisible arrive rapidement : elle tombe enceinte. A cette époque il ne reste qu'une solution à une jeune fille de « bonne famille » : aller se cacher en province et faire adopter l'enfant. C'est là que Marguerite devient réellement très intéressante. Sous son air de ne pas se révolter, elle est quand même d'une volonté inflexible et refuse d'abandonner l'enfant : Elle réussit à garder Louis contre la volonté de sa mère. Pour y parvenir, elle est obligée de faire un compromis : elle invente une histoire - et c'est là toute la portée romanesque de la vie d'Aragon - elle invente un père à son enfant, elle invente une mère à son enfant et elle les fait mourir fort à propos dans un accident de la route puis sa mère Claire adopte l'enfant, donc Marguerite se retrouve être la soeur adoptive de son fils.
C'est bien sûr quelque chose qui est inimaginable maintenant mais ça explique aussi le nom qu'aura toute  sa vie Louis Aragon. Ce  n'est pas un pseudo choisi par l'auteur mais son nom de naissance (il n'aura jamais le nom de sa mère, ni celui de son père qui refusera toute sa vie de le reconnaître).
C'est donc un secret de polichinelle (de tiroir) à l'intérieur de la famille que Louis n'est pas le fils adoptif De Claire mais le fils naturel de Marguerite, pourtant personne ne le dit : grandir dans une telle ambiance de non-dits a dû être terrible pour cet enfant.  Louis Aragon apprendra le « secret" de sa naissance en 1917 juste avant de partir dans les tranchées de la première guerre mondiale, comme Aurélien du livre éponyme.
C'est là un très beau portrait de femme, insaisissable, invisible, comme le dit Nathalie Piegay. Cette femme est morte pendant la deuxième guerre mondiale, au début des années 40, il reste très peu de témoignages de sa vie. Par contre, on suit en filigrane l'enfance de Louis Aragon, sa tentative ratée de devenir médecin puis son rapprochement avec le mouvement surréaliste et comment il va se mettre à écrire.
Ce livre m'a beaucoup plu dans un tout autre style que celui de Gaëlle Nohant sur Robert Desnos.
Cette Marguerite est une femme très ambiguë et très dure aussi à cerner : d'un côté elle semble d'une volonté inflexible pour garder son enfant et de l'autre côté elle est totalement soumise à sa mère avec qui elle vit (et qui lui mène une vie impossible comme pour la punir de cet enfant hors mariage), Marguerite  ne se mariera jamais : C'est également une histoire d'amour entre Marguerite et Louis Andrieux, le père de Louis Aragon, qui est marié et père de grands garçons..
On n'en apprend également beaucoup sur la famille de Marguerite, ses deux soeurs et le frère. le père de Marguerite est parti quand elle avait 16 ans et elle reste profondément marquée de ce départ :  il est parti accusé de banqueroute et d'escroquerie et risque de finir en prison
Difficile avec le recul de dire si elle est réellement amoureuse de Louis Andrieux ou si elle cherche à remplace un père absent. En tout cas, elle lui restera dévouée jusqu'à sa mort à 90 ans. Louis Andrieux n'aura pas un mot pour elle ou pour son fils Louis dans son testament : quelle injustice ….
Une fois ce livre fermé je n'ai qu'une envie : lire « Les voyageurs de l'Impériale »  et certainement même à d'autres livres d'Aragon.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          31
sab02
  23 août 2018
Le point de départ est plus qu'intéressant: connaître la vie d'Aragon, cet auteur emblématique. Mais je pense qu'il faut avoir un minimum lu les oeuvres d'Aragon pour comprendre tout ce qui se passe dans ce livre. Je pense qu'un "novice" peut passer à côté de références distillées tout au long du livre. Et cela a été malheureusement mon cas. L'écriture très "tranchée" a aussi fait perdre de la fluidité à ma lecture et m'a souvent dérangée. le changement régulier de narrateur (parfois l'auteur, parfois Aragon) m'a aussi parfois un peu perdue...Pour autant, j'ai appris beaucoup de choses et cela m'a donné envie d'aller fureter dans l'Oeuvre d'Aragon.
Commenter  J’apprécie          60
fguer1
  25 novembre 2018
L'entre chien et loup de la fiction
« Il a tôt compris que la vérité n'existe pas, qu'il lui faut préférer l'entre chien et loup de la fiction. D'autres en auraient perdu la raison. Il y a gagné le battement de l'imagination.»
Une femme invisible de Nathalie Piégay, Éditions du Rocher

C'est à une drôle d'entreprise que se voue Nathalie Piégay en écrivant Une femme invisible.
Enseignante en littérature et spécialiste de Louis Aragon, elle publie ici son premier récit, une quasi-biographie de Marguerite Toucas-Massillon, celle qui fut longtemps privée du titre de mère pour satisfaire la bienséance. Marguerite est, en effet, la mère cachée d'Aragon, fruit d'amours clandestines avec Louis Andrieux, préfet, député puis sénateur de la IIIème République, de trente-six ans son ainé. Mais pour préserver l'honneur de la famille, la grossesse est cachée et c'est une fable qui préside à la naissance du petit Louis. La suite, on la connaît. On raconte qu'il est le fils d'un couple d'amis, les Aragon, décédés en Espagne dans un tragique accident de voiture. Claire, la mère de Marguerite, se donne le beau rôle en recueillant l'orphelin et en l'élevant comme un fils. Marguerite devient donc logiquement sa soeur et Andrieux… son parrain. Ainsi, apprend-on au passage, que le nom d'Aragon n'est pas un pseudo mais le nom du père de la fiction qui sert de berceau au futur écrivain.
Dévoilé tardivement, ce roman familial sera parfois évoqué par l'auteur du Mentir vrai, qui était, avec cette famille, à bonne école.
L'entre chien et loup de la fiction, Nathalie Piégay le manie avec délicatesse quand, scrutant les archives familiales et les livres du poète, elle tente de croquer la silhouette de Marguerite, sa « chère Marguerite », comme elle finira par écrire, dans une identification touchante à l'objet de sa quête. La plume légère, évocatrice, ne s'appesantit pas. La discrète Marguerite, qu'on imagine se promenant, parfois, aux marges des livres de son fils, on la découvre en femme indépendante et courageuse qui subvient dignement aux besoins de sa famille désargentée en peignant des motifs sur des services en porcelaine avant, sur la fin de sa vie, d'écrire des romans de gare, « des petites histoires d'amour à trois francs six sous » publiées dans le supplément hebdomadaire d'un magazine féminin.
Remarquablement écrit, ce récit tente de combler le silence des archives. Nathalie Piégay s'y implique joliment en nous conviant dans le sillage de la chercheuse et de son désir. On en ressort un brin rêveur, persuadé d'avoir croisé Marguerite Toucas-Massillon entre ses pages.
Une belle découverte !
Une femme invisible de Nathalie Piégay, Éditions du Rocher, 2018

Lien : http://motcomptedouble.blog...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Felina
  26 octobre 2018
Les récits biographiques romancés sont un genre littéraire que j'apprécie de plus en plus. J'ai ainsi découvert l'année dernière deux romans "La vie prolongée d'Arthur Rimbaud" de Thierry Beinstingel et "L'indolente" de Françoise Cloarec. J'ai beaucoup pensé à ce dernier en découvrant "Une femme invisible", malgré le fait que les contextes, même s'ils ne sont pas les mêmes, restent dans le monde des arts.
Marguerite Toucas-Massillon est une jeune fille de bonne famille tout ce qu'il y a de plus ordinaire, jusqu'à ce qui devait arriver se produise, elle tombe amoureuse, non d'un jeune homme de son âge mais d'un ami marié de son père. L'inévitable s'en suit, et la jeune femme est obligée pour respecter les convenances d'aller accoucher dans un lieu reculé de la campagne et de faire adopter l'enfant. Mais sous ses airs dociles, Marguerite refuse d'abandonner Louis, elle lui invente alors une famille et devient par ce biais la soeur adoptive de son enfant.
Louis Aragon vit dans la semi vérité toute son enfance, il n'est pas le fils adoptif De Claire, mais le fils naturel de Marguerite. C'est là toute la portée romanesque de sa vie, qui commence de bien étrange façon. Il n'apprendra la vérité qu'à l'aube de la première guerre mondiale, avant d'être détacher dans l'armée. L'ambiance familiale, ses secrets et ses mensonges devait être particulière, et c'est ce qui modela en partie le futur poète et romancier, adepte pour un temps du surréalisme. Il fut également résistant pendant la seconde guerre mondiale et surtout le fou d'Elsa.
Le lecteur plonge dans cette vie, dont l'auteure a tenté de joindre les différents fils pour en tisser une personnalité qui reste toujours dans l'ombre de Louis Aragon et de Louis Andrieux, qui ne reconnaîtra jamais son enfant. Malgré les recherches poussées faites par Nathalie Piégay, la fiction est obligée d'inventer les éléments manquants de la vie de Marguerite, qui semble être une femme déterminée mais discrète, comme toutes les femmes de cette époque, prisonnières du carcan de la société toute en convenances.
En plus d'être un récit biographique, l'auteure aborde également beaucoup de thématiques, qui touchent de près ou de loin la vie de cette fille-mère au statut familial ambivalent, à travers le parcours de son fils prodigue, et notamment l'art. En plus de montrer l'énorme travail de recherche et de documentation fournit, le roman donne l'envie de découvrir ou redécouvrir l'oeuvre de Louis Aragon, à laquelle il est fait très souvent référence. Il est de bon ton de connaître un minimum son oeuvre, au risque de louper certaines références ou allusions. Dommage pour le lecteur ayant lu "Aurélien" au lycée, et dont la mémoire fait défaut. (...)
Lien : http://lillyterrature.canalb..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

critiques presse (3)
LaCroix   26 octobre 2018
Nathalie Piégay décrit le récit familial de Louis Aragon et dessine le portrait d’une femme forte mais effacée, la mère du poète.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   14 septembre 2018
Un récit romancé de Nathalie Piégay sur le destin peu commun de la mère cachée de l'écrivain
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   03 septembre 2018
Nathalie Piégay livre un déchirant portrait de la mère du poète surréaliste. Un récit en forme de réhabilitation.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   22 août 2018
C'est à cet instant que je me suis demandé pourquoi il y avait un frère. Edmond.
(...)
Ce que j'avais su d'abord, c'est qu'il était un fils naturel. Enfant, je m'interrogeais sur la signification du mot : naturel, un fils qui allait de soi, que la nature avait donné comme elle donne de bonnes ou mauvaises récoltes ? Un enfant de l'amour, qui échappe aux lois, aux contrôles, aux règlements ? (p. 34)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
VALENTYNEVALENTYNE   22 décembre 2018
Louis a été amoureux de Madeleine comme on l’est parfois d’une grande sœur, inaccessible et interdite. Le séjour chez les Hamilton, dans la famille du premier époux de Madeleine, avait été un désastre. À Amesbury, la « sœur » de Louis n’est plus la jeune fille encore espiègle de son enfance. Quelque chose a changé en elle, elle a cette gravité que donne à certaines femmes le plaisir et sa promesse renouvelée. Il est un peu jaloux de ce beau-frère et se raidit chaque fois que Madeleine le taquine, il faudrait que tu épouses une jeune Anglaise, cela ferait plaisir à Marguerite, et puis tu as besoin de réconfort, de douceur, après toutes les horreurs que tu as vu au front, tu dois t’établir, s’il arrivait quelque chose à Marguerite, et Andrieux est si âgé maintenant, on dit même qu’il est le doyen de l’Assemblée Nationale, un titre de gloire dont on pourrait se passer quand on a un fils naturel de vingt-quatre ans qui n’a pas fini sa médecine. Mais Louis ne veut pas entendre parler de ses jeunes Anglaises. Il est désœuvré.
À sa mère, il a dit, à son retour, son émotion devant un tableau d’Ucello, la bataille de San Romano, les débris entre les jambes des chevaux, les gisants la face écrasée contre le sol, les cavaliers invisibles sur leurs casques, la gravité des deux visages au premier plan, le cheval blanc presque phosphorescent. C’est le soir de la bataille. On regarde les derniers soldats qui n’en finissent pas de se tuer. Marguerite l’entend pour la première fois parler de la guerre, dont il avait décidé de ne jamais rien dire. Pas un mot. San Romano. Elle ne se rappelle pas quelle est cette bataille. Lointaine. Ancienne. Des visages d’ange à la Piero della Francesca. Des couleurs dorées qui disent la beauté du monde et la gloire à venir ; et au loin tout petits sur les terrasses, des hommes à pied, désarmés.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
fanfanouche24fanfanouche24   23 août 2018
Rien n'est vrai, tout est inventé, mais l'enfant est baptisé. Il a tôt compris que la vérité n'existe pas, qu'il faut lui préférer l'entre chien et loup de l'invention.D'autres en auraient perdu la raison. Il y a gagné le battement de l'imagination. (p. 79-80)
Commenter  J’apprécie          120
VALENTYNEVALENTYNE   22 décembre 2018
A l’Étoile Famille, elle met son point d’honneur à toujours disposer dans de beaux vases des fleurs choisies avec soin, harmonisant leurs couleurs, mêlant quelques tiges de branchages au milieu des corolles délicates, un peu de mimosa dans le fuchsia des tulipes – bambergia, poinsettia, agapanthe, delphinium et aristoloche, s’il n’y avait que les lys, les œillets, les renoncules, la vie serait bien triste. Ici, à Erquy, elle coupe des branches d’hortensias, les arrange de sorte qu’ils fassent une belle ronde et qu’on oublie la séparation des tiges. Dans cette villa, elle peut faire semblant d’être chez elle. Il n’y a plus de pensionnaires, plus de sonneries incessantes, plus de factures, de dettes, de quittances, de sourires forcés. Et surtout, Erquy, il n’y a pas Claire qui reste avenue Carnot. Marguerite se sent enfin libre et tranquille. Fini les cris, les disputes, les récriminations. Elle laisse aller et venir Loulou plus librement.

Andrieux vient parfois la rejoindre. Et quand il lui dit que c’est trop loin, qu’il a trop à faire, qu’il n’a pas le temps, Marguerite se fâche et lui jette à la figure qu’il allait bien à Dieppe pour retrouver sa dulcinée, cette princesse d’Espagne. Il avait eu une romance avec Isabelle II, qu’il avait rencontrée au Palais de Castille, lors de son ambassade espagnole. Exilée en France, elle séjournait au château des Aygues , avec la Reine Marie-Christine, et on racontait qu’Andrieux venait la retrouver depuis Paris. Il faisait la route à cheval. Quand ils se sont disputés, l’autre jour, elle le lui a lancé à la figure, et à Dieppe, tu allais bien retrouver ta princesse, et à cheval encore, alors ne me dis pas que tu ne peux pas venir en automobile à Erquy.
Il est là et Marguerite oublie tout ce à quoi elle a dû renoncer. Le seul homme qu’elle ait eu, et elle commence à se le dire, qu’elle aura jamais.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
ChrisMathianChrisMathian   15 octobre 2018
Elle est partie, avant le printemps, elle n’a peut-être pas cru ses mots, les nazis perdront, nous allons bientôt rentrer à Paris, Paris du Cours-la-Reine et des Blancs-Manteaux, Paris de février et de l’île de Saint-Louis, du faubourg Saint-Antoine et des coteaux de Suresnes, Paris de Daumesnil et du Cours-de-Vincennes.
Elle ne lira pas le Cantique à Elsa.
Il écrit à Maggy qu’il le regrette, j’aurais aimé qu’elle les lise, ces vers qui ne s’adressent pas à elle, pourquoi ne les lira-t-elle pas, ils ricochent sur un silence inconsolable, jamais elle ne le lira, elle ne pourra jamais les lire, toute sa pensée vient buter contre cette idée, insupportable, indépassable, ces vers qui disent l’amour de l’amour, la force de croire, l’appel de la gloire, à quoi elle n’a jamais aspiré. Elle ne les lira pas. Celle Elsa de rimes et de mots, gonflée par le renflement du vers, épuisée par tant d’incantations, il aurait dû la lui présenter. Il est trop tard.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Videos de Nathalie Piégay (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nathalie Piégay
"Une femme invisible" de Nathalie Piégay, pour 'Le livre du jour' par Marie-Joseph Biziou de la Librairie La Procure.
autres livres classés : biographie romancéeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
695 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre