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EAN : 9782812618017
344 pages
Éditeur : Editions du Rouergue (01/05/2019)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 50 notes)
Résumé :
Victor et Yazel ne devaient pas se rencontrer… L’un né dans une famille de braqueurs, l’autre orpheline sourde recueillie par une richissime tante. Mais l’une et l’autre refusent d’être ce que l’on attend d’eux. Alors, il suffit d’un cambriolage de Victor chez Yazel pour qu’ils se découvrent une fraternité à toute épreuve… et qu'ils s'enfuient à l'étranger, loin de leurs deux familles dingos ! Drôle et émouvant.
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Ileauxtresors
  27 février 2020
Leur rencontre fait partie de ces événements aussi magiques qu'improbables qui subliment nos déambulations littéraires. Qu'est-ce qu'un cambrioleur de 21 ans et une jeune orpheline atteinte de surdité pourraient avoir en commun ? le sentiment d'être désespérément seuls et différents, de voir leur destin dérailler et leur échapper. Chez Victor, on est braqueur de père en fils, mais lui est irrémédiablement gentil, sensible et… honnête. Yazel, d'une lucidité et d'une détermination déconcertantes pour son âge, perçoit un décalage désespérant avec les autres collégiens et surtout avec sa tante qui s'efforce de faire d'elle une jeune fille exemplaire. Ces deux destins qui s'entrechoquent font immédiatement des étincelles (le plus effrayé des deux n'étant pas celui qu'on croit…), déclenchant une grande vadrouille à travers l'Europe, en direction de la Bulgarie et du lac Pancharevo.
Vu de l'extérieur, c'est un enlèvement aux motivations troubles. Vu de l'intérieur, ce sont deux êtres à la croisée des chemins qui se donnent réciproquement l'élan pour avoir le courage de se soustraire aux fatalités. Qui se découvrent et s'affirment à travers le regard de l'autre. Qui goûtent la liberté grisante et initiatique du voyage. Et cette relation qui se noue comme une évidence et qui finit par se passer de mots. Un peu comme dans le film Little Miss Sunshine, dans lequel les membres de l'équipée orchestrent de mieux en mieux le démarrage « poussé » de leur bus, nos deux amis prennent leurs marques et construisent une belle alchimie.
J'ai suivi ce road-trip constamment partagée entre l'envie de ralentir le rythme pour savourer la poésie de cette cavale, les dialogues ciselés (et truffés de chouettes références, de Brecht au baron perché, en passant par Arsène Lupin et Boris Vian !), et celle de tourner les pages pour connaître le fin mot de l'histoire. L'intrigue nouée autour de la course-poursuite entre nos deux protagonistes, la police et leurs familles va crescendo pour déboucher sur une sorte de vol-plané écourté par différentes réalités qui finissent par rattraper Victor et Yazel. Nous le savons bien, la vie n'est pas une escapade en suspension dans une voiture colorée portée par des ballons multicolores. Il n'en reste pas moins que ce roman invite à rêver grand, à ne pas accepter de destin tout tracé, même si cela implique de risquer un saut dans l'inconnu. On n'atterrit peut-être pas toujours là où on s'y attendait, mais comme le dit si bien le Bon Gros Géant de Roald Dahl cité en épigraphe : « C'est pour ça qu'il y a toujours deux pages blanches à la fin des atlas […], c'est pour les nouveaux pays, comme ça on peut en dessiner la carte soi-même. »
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letilleul
  01 mai 2019
Coline Pierré propose ici un nouveau road-movie exaltant à la « Bonnie and Clyde ». Ses héros s'appellent Victor et Yazel, Victor au destin de braqueur et Yazel, orpheline sourde adoptée par une tante richissime...c'est un plaisir de lecture de participer à la rencontre de ses deux héros improbable et à leur amitié et compréhension immédiate qui en découle. Et si la liberté de vivre, l'acceptation de soi et des autres découlait simplement de belles et uniques rencontres et de vivre des aventures ?
La citation de Roald Dahl choisie en prélude au livre est tellement pertinente pour résumer ce livre que je ne résiste pas à vous la répercuter :  « C'est pour ça qu'il y a toujours deux pages blanches à la fin des atlas (…), c'est pour les nouveaux pays, comme ça on peut en dessiner la carte soi-même. »
Roald Dahl, le Bon Gros Géant
Lien : http://www.liresousletilleul..
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LillyMaya
  13 juin 2019
J'ai reçu ce roman dans le cadre de la dernière Masse Critique de Babelio. Merci à eux et aux éditions du Rouergue pour cet envoi.
J'ai été agréablement surprise par la taille de ce roman. Je m'attendais à un roman plus court.
Je me suis très vite trouvée embarquée dans le voyage de Victor et Yazel et j'ai été touchée par leur parcours de vie. Deux êtres bien cabossés, qui se rencontrent de façon totalement surréaliste et qui vont s'entraider.
Yazel est sourde, et j'ai apprécié son personnage et la façon dont la surdité est présentée et vécue. Elle a une grande force.
Victor est touchant, élevé dans un milieu violent, il cherche à en sortir.
La tante est détestable...J'ai toujours tellement de difficulté à me dire qu'il existe vraiment des êtres aussi abjects...
C'est un roman à la fois dur et léger, on regrette de tourner la dernière page.
Bien sûr, mon esprit très terre à terre, ne peut s'empêcher de se dire que toute cette histoire ne pourrait pas exister en vrai, mais finalement, là n'est pas la question.
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DreamBookeuse
  07 mai 2019
Même si le road trip a bien évidemment sa place je dirais que c'est davantage la relation qui unit (ou désunit) Yazel et Victor qui m'a véritablement touchée. Yazel est une jeune adolescente atteinte de surdité mais qui ne l'empêche en aucun cas d'afficher un sourire espiègle et des yeux pétillants de malice. Exit les clichés de la fille handicapée mal dans sa peau. Exit les clichés de la pré-adolescente. Bienvenue dans le monde de Yazel : lumineux, rempli de mots et d'images percutantes de réalisme. Pourtant Yazel n'a pas été épargnée par la vie. Orpheline, ses parents sont morts dans un accident de la route alors qu'elle n'était encore qu'une enfant. Séparée de ses grands parents maternels qui la traitaient d'égale à égale, recueillie par une tante richissime autant d'argent que de bêtises, elle n'a qu'un seul réconfort : un journal à l'odeur de vanille, rose bonbon, qui lui permet d'écrire chaque soir à ses parents-poussières.
Victor, lui, est presque un adulte, dans cette période « entre deux » où on ne sent ni enfant ni responsable. Là aussi on oublie l'image du jeune adulte perdu dans des relations amoureuses toxiques et on s'élance dans la vie d'un jeune cambrioleur…qui n'a pas envie de cambrioler. Pas le choix, dans la famille Kouzo on est braqueur de père en fils. Et si on ne le veut pas la chevalière au doigt du père de famille n'est pas sans rappeler qu'on a pas le choix. Alors Victor s'évade en petites rébellion : faire échouer un braquage en faisant semblant de confondre ambulance et police, animer un club d'aide aux victimes de braquage, viol et autres agressions, passer son bac et lire Victor Hugo ou Boris Vian. Mais dans la famille Kouzo on doit aussi payer ses dettes. le voilà pétrifié, prêt à cambrioler le manoir d'une fillette au nom d'ailleurs : Yazel.
Dès le départ, Yazel m'a fait penser à ces petites filles, encore très jeunes, capables de sortir des phrases étourdissantes de réalité, sans filtre. C'est vraiment un personnage unique, attendrissant et indéniablement attachant. Elle aurait pu être détruite par le mépris et l'ignorance mais au lieu de ça elle construit de son handicap une réelle force et je ne peux qu'être admirative. A travers ce roman Coline Pierré remet aussi en question notre propre vision de l'handicap malgré toutes les bonnes intentions que l'on peut avoir, notre jugement est toujours là et je me suis beaucoup retrouvée dans le personnage de Victor. Il hésite, s'excuse tout le temps, la prend avec des pincettes, ne sait pas quel terme utiliser. Est-ce que « handicapée » est dur à entendre ? Est-ce que oublier le handicap de la personne c'est ne pas la respecter ? Leur relation évolue en même temps que cette acceptation de l'autre dans son entièreté, pour ce qu'elle est et non pour ce qu'on s'imagine qu'elle est. C'est beau, puissant et j'ai adoré.
A travers ce road trip endiablé entre Angers et la Bulgarie, nos deux héros grandissent, s'apprivoisent, se travestissent et s'assument. C'est un récit initiatique vers l'acceptation de soi et de l'autre, un roman plein de bonnes valeurs qui m'a fait aussi prendre conscience de mon propre regard, sur moi ou sur les autres. Un roman qui nous parle aussi de famille. On a pas toujours la famille rêvée. On a pas toujours un grand frère super attachant, une tante gentille, ou un père tendre. Mais on a la famille qu'on a, et, tout au fond, chaque personne porte en elle son lot d'amertume, de douleurs ou de violence. Mais la famille s'agrandit aussi. D'amis. de grand frère, ou de petite soeur.
A cela (et c'était déjà beaucoup n'est-ce pas ?) vient se rajouter une écriture extrêmement juste. J'ai notamment beaucoup aimé les moments où Victor décrit les sons, je me suis posée de question après, comment décrire des sons…sans reproduire d'autres sons. Dire que le bruit du clavier fait « tek tek tek tek tek » n'a pas beaucoup de significations n'est ce pas ? J'ai aimé entendre les sons en les voyant, cela avait quelque chose de nouveau et de totalement inattendu, un peu magique quelque part. de temps en temps, quelques phrases m'ont fait ouvrir la bouche en « o » tellement je les trouvais belles, tendres ou violentes de vérité. Voilà. J'en ai dis beaucoup et en même temps si peu…
En résumé
Nos mains en l'air raconte une tranche de vie loufoque, souvent drôle, toujours touchante qui nous entraîne à la découverte des autres et de soi. Coline Pierré présente le handicap de la surdité de la meilleure des manières : sans faux semblant, sans méchanceté, juste tel que cela est, et ça fait du bien. Tout comme Victor on apprend à écouter les silences et les respirations. Une lecture tendre et vivifiante sur le pouvoir de l'amitié.
Lien : https://lesdreamdreamdunebou..
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Athanase45
  15 juillet 2019
Sur la couverture du livre, une voiture s'envole tirée vers le ciel par des ballons multicolores. Et c'est bien l'histoire d'une évasion surréaliste que Coline Pierré nous raconte dans son dernier livre Nos mains en l'air.
Victor, 21 ans, vit avec ses deux frères sous la coupe d'un père malfrat qui a fait de ses fils les auxiliaires dociles de ses méfaits, cambriolages et braquages en tous genres. La mère de Victor a disparu sans laisser d'adresse. Victor plutôt habile dans son « métier » - j'ai mis des guillemets - ne s'y plaît pas. Il aspire à vivre honnêtement, désir évidemment extravagant aux yeux de son père. Yazel, 12 ans, quant à elle, est complètement orpheline et a été confiée à une tante riche qui ne l'aime pas, et c'est réciproque.
Victor et Yazel n'auraient jamais dû se croiser. Coline Pierrė en a décidé autrement, heureusement pour eux et pour nous, confirmant au passage que les orphelins ont le meilleur potentiel romanesque qui soit. Chacun s'appuyant sur l'autre va trouver le courage, à l'issue d'une rencontre pour le moins rocambolesque, de s'arracher à ses chaînes familiales, courage qu'aucun n'aurait eu tout seul. S'ensuit une longue fugue aux multiples péripéties à travers la France, l'Italie, dont un long passage à Venise, puis la Slovénie, la Hongrie… Bien que tout les sépare, Karl, le père de Vic, et Odile, la tante bourgeoise et cupide de Yaz, nouent une alliance de circonstance et se lancent à la poursuite des deux fugitifs, tombés de surcroît sous le coup d'une alerte enlèvement internationale lancée par Odile.
Il n'échappera à personne que, vue de l'extérieur, la situation est plutôt scabreuse. En clair, un jeune cambrioleur s'est enfui en voiture avec une fillette à peine pubère, quoique pleine d'aplomb. Heureusement, c'est vue de l'intérieur que l'histoire nous est contée. La relation qui se noue entre Victor et Yazel pendant cette cavale échappe à tous les stéréotypes connus, mélange subtil de tendres sentiments tantôt fraternels tantôt filiaux, d'ébauches amoureuses platoniques qui conduisent les deux jeunes à découvrir ce qu'ils sont chacun sous un regard enfin empathique. Cet apprentissage mutuel est nourri par une circonstance particulière : Yazel est malentendante – « sourde » préfère-t-elle dire elle-même pour ne pas s'encombrer de précautions oratoires. À son contact, direct et parfois rugueux, Vic va cesser d'être perpétuellement « désolé » et se familiariser avec la langue des signes. Il va même faire un pas essentiel vers Yazel en faisant l'effort de l'apprendre.
Avec Nos mains en l'air, Coline Pierré a écrit un roman d'émancipation en forme d' « éloge de la fuite ». C'est sous ce titre qu'Henri Laborit avait proposé en 1976 une typologie des comportements humains devant un conflit, typologie qui avait servi de trame, vous vous en souvenez peut-être, au film d'Alain Resnais, Mon oncle d'Amérique. Laborit distinguait trois réactions de base possibles : inhibition, fuite ou lutte.

Le roman de Coline Pierré fait justement passer Victor et Yazel par ces trois phases. L'un et l'autre sont au départ bloqués dans des situations familiales sans issue. Inhibés, ils trouvent une forme de salut provisoire dans une fuite totalement improvisée à laquelle Yazel a su donner un but. La fin du roman, c'est aussi la fin de cette fuite aux airs de fugue, au cours de laquelle nos deux héros se sont trouvés et construits mutuellement, ce qui va leur permettre d'affronter ensemble et le père et la tante. de lutter et, dans cette lutte, de se reconnaître, d'être reconnus et d'entrevoir un avenir.

Je suis sorti de cette lecture délicatement désorienté et le sourire aux lèvres, comme au retour d'un voyage aussi plaisant que mouvementé dans ma jeunesse envolée.
Lien : https://littejeune.blogspot...
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
letilleulletilleul   01 mai 2019
Yazel prend le chemisier beige et la jupe bleu marine sur la pile de vêtements parfaitement repassés qu’Anita, la femme de ménage a déposés sur son lit. Elle les humidifie, les roule en boule, et pose un gros dictionnaire dessus pour s’assurer qu’ils seront méticuleusement chiffonnés d’ici le lendemain.
Sa tante entre dans sa chambre. Petite et fluette, élégamment habillée d’un tailleur de couturier, elle est belle. Ou disons : esthétique. D’une beauté glaciale et factice qui ne laisse pas de prise au hasard. Ses traits sont réguliers, sa bouche est parfaitement dessinée, discrètement soulignée d’un trait de crayon. Un carré long parfaitement lissé, parfaitement et chimiquement bruni, encadre son visage hâlé, dont la peau bénéficie des traitements anti-âge les plus onéreux. Tout est choisi avec goût, précision, et un bon paquet d’argent.
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IleauxtresorsIleauxtresors   27 février 2020
- Moi, je n’ai pas d’argent, mais mon oncle et ma tante en ont plein. Je peux vous dire où il est.
- Je sais qu’ils en ont, répond Victor. Mais je ne veux pas savoir où il se trouve. Ne me dis rien.
- Pourquoi ?
- Si je leur prends, c’est du vol. C’est moralement honteux, légalement répréhensible, et c’est un moyen odieux de gagner sa vie.
- Oh, vous savez, ils en ont tellement, de l’argent, que je ne sais même pas s’ils s’en rendraient compte, dit Yazel.
- Peut-être, mais ils l’ont durement gagné.
Yazel éclate de rire.
- Tu rigoles ! Leur argent n’est pas durement gagné, il est gagné en profitant de la vulnérabilité de gens malades pour leur vendre des médicaments très chers et inefficaces aux effets secondaires scandaleux.
- Ton oncle et ta tante travaillent pour un laboratoire pharmaceutique ?
- Mon oncle est propriétaire d’un laboratoire pharmaceutique, précise Yazel. Ma tante, elle, elle dépense l’argent gagné par mon oncle. Elle mange du caviar et boit des cocktails avec ses copines en se moquant de ses autres copines.
- Il y a une citation géniale d’un auteur de théâtre sur ce sujet. Brecht, je crois. Il disait quelque chose comme : il y a pire que de braquer une banque, c’est d’en fonder une.
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letilleulletilleul   01 mai 2019
Victor passe sa main sous les mailles fines du collant qu’il a enfilé sur sa tête et se gratte vigoureusement l’arrière du crâne. Il a l’impression de s’être douché avec du poil à gratter. Le tissu appuie sur ses lunettes, dont le verre gauche s’écrase sur ses cils, ce qui déforme légèrement le monde autour de lui. Victor cligne sans cesse des yeux pour essayer de faire le point.
– Tu aurais quand même pu choisir un collant de meilleure qualité, lance-t-il à son père.
– Tu pourras t’acheter tous les bas en soie que tu veux quand tu auras réussi un braquage, mon fils. En attendant, tu te contenteras du premier prix.
Derrière eux, Martial et Achille, ses deux grands frères, éclatent de rire sous leurs bas chics. Ça leur donne l’air d’aliens décharnés.
La famille Kouzo a développé une véritable culture du collant et du bas – dont on étudie avec précision la douceur, l’élasticité ou encore le degré de transparence –, qui jure étrangement avec l’autre grande culture familiale : la virilité.
Dans la voiture aux vitres fumées où ils attendent l’ouverture de la banque, Victor a l’impression d’être dans une vieille salle de sport étouffante.
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IdeesLivresIdeesLivres   11 janvier 2020
Il y a quelque chose de neuf entre eux. En fait, il y a tout le temps quelque chose de neuf entre eux. Comme si chaque journée était un nouveau fragment de vie, une renaissance. C’est peut-être l’effet du voyage, du mouvement. Se réveiller presque chaque jour dans une nouvelle ville, sans rien d’autre de familier que l’un pour l’autre, comme s’ils flottaient ensemble à la surface de l’existence. Est-ce que c’est cette sorte de douce ébriété que recherchent celles et ceux qui voyagent beaucoup ?

C’est peut-être aussi l’ébahissement d’être encore ensemble, d’être encore là, d’être encore libres, et les contours de l’autre qui continuent à se dessiner plus précisément et à dévoiler leurs subtilités et leurs secrets, comme si de nouveaux membres leur poussaient, avec cette impression qu’ils n’auront pas assez d’une vie pour se connaître vraiment.

Mais à quel moment commence-t-on à savoir qui est l’autre ? Et puis ça veut dire quoi ? Même si elle ne parvient pas à le dessiner, Yazel connaît incontestablement mieux Victor, qu’elle a rencontré il y a une semaine, que sa tante avec qui elle a vécu pendant cinq ans.

Elle repense à ce que disait sa prof de dessin au collège : ne dessine pas ce que tu veux dessiner, dessine les creux, le vide, les absences, le silence. Ça, elle sait faire, regarder le silence.

Alors elle tourne la page et […] dessine ce qui ne se fige pas : la main de Victor qui bouge, la mélancolie qu’elle croise souvent dans son regard, la timidité de ses joues, sa peur de blesser, son air de s’excuser tout le temps. Elle dessine ce qu’elle sait de lui et ce qu’elle ne sait pas, ses silences et ses absences.

[…] En fait, ce qu’il y a de neuf entre eux, c’est ce nouveau silence. Un silence d’une autre texture, d’une densité différente, qui vient oxygéner leur bulle. Ce n’est plus le silence de l’incompréhension, de la fatigue, de la gêne, c’est un silence léger et habité, un silence qu’ils partagent. Peu importe qu’il soit parfois laborieux, maladroit, ou plein de quiproquos. C’est un silence qui les lie, et qui ne lie qu’eux, comme une petite île au milieu de l’océan.
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CoeurarfCoeurarf   08 mai 2020
Moi je pense qu'il n'y a jamais assez de jours pour penser à vous, alors je veux fêter tous les anniversaires possibles, les joyeux comme les tristes. De toutes façon, même la joie a un goût de tristesse depuis que vous avez disparu.
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Vidéo de Coline Pierré
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