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EAN : 9791034906543
256 pages
Liana Lévi (15/09/2022)
3.7/5   76 notes
Résumé :
Sur le quai de la gare de Perrache, un jour de l'année 1929, une jeune Hongroise, Szonja, a rendez-vous avec son avenir : la France où brillent encore les Années folles et l'usine qui l'a embauchée à la production de viscose. Répondre au désir des femmes d'acquérie ces tissus soyeux à bas prix ne lui fait pas peur. Son rêve à elle, c'était de quitter le dur la beur de paysanne. A Vaux-en-Velin, dans la cité industrielle, elle accepte la chambre d'internat chez les s... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Zakuro
  26 août 2021
Ce très beau roman social aux contours historiques est centré sur le personnage de Szonja dont l'apparente fragilité cache un courage exemplaire. J'ai aimé la suivre tout au long du roman dans la découverte de sa personnalité, de ses attentes, de ses rencontres.
En 1929, l'usine française de textile Gillet et Chatin installée en Hongrie ferme définitivement ses portes. Tous ses ouvriers sont déplacés dans le nouveau site industriel installé à Lyon, la Sase (Soie artificielle du sud-est renommée plus tard Tase pour Textile) qui fabrique la viscose alors en plein essor.
L'usine embauche, l'emploi est rémunérateur. La promesse d'un meilleur avenir pour toute une jeunesse hongroise rurale et pauvre.
C'est donc avec le coeur et le pas encore légers que Szonja et Marieka, deux adolescentes de 17 ans quittent leur famille pour Lyon, c'est un contrat provisoire de 6 mois dit-on.
Seule la grand-mère sait. « De ses lèvres s'écoulait une prière ». La scène de la grand-mère sous l'ombre d'un tilleul au milieu des volailles est très poignante. Dernière image sur arrêt avant le voyage interminable vécu comme un enfer « On ne sait plus si on attend le soleil ou l'éternité ».
A travers Szonja, Paola Pigani fait revivre intensément toute une époque, un quartier, les lieux de vie austères où sont cantonnés les jeunes filles et les couples mariés, les échappées sur le canal de Jonage, les très dures conditions de travail.
Une ambiance restituée de façon très documentée qui frappe par sa puissance visuelle comme les murs de l'Hôtel des religieuses, rue de la Poudrette et son règlement intérieur très dur envers les jeunes filles «  On veut leur voix claires pour le chant des offices, leurs doigts fins pour embobiner le fil de viscose. Et surtout pas de rêves qui dépassent, pas d'envies de baisers derrière les buissons, ni d'échappées hors de la cité ».
La description à la fois très détaillée et puissamment humaine fait surgir de terre la mélancolie de la cité ouvrière, le familistère censé être la porte du bonheur dont l'architecture patriarcale renvoie les femmes mariées à leur condition «   Elles secouent à leurs fenêtres les petits riens de la vie entre l'appel aux enfants, le cognement des casseroles, les fredons de gaieté et les sorties de messe ».
A l'usine, les phrases courtes reproduisent la mécanique du labeur, les mains comme des pièces détachées du corps, attelées au filage, 60 heures par semaine dans l'odeur insupportable de l'acide sulfurique, du bruit, de la moiteur par le manque d'aération. 
L'écriture très imagée de Paola Pigani aide à affronter le quotidien de Szonja qui suffoque dans l'usine et dans sa vie de jeune femme.
Car l'imagination est la force de Szonja. Elle rêve près du château d'eau au bord du canal, laisse venir les notes nostalgiques d'un violon polonais, hume les herbes coupées de sa prairie natale quand le fermier apporte le lait.
Szonja la rêveuse se construit aussi à travers les autres et à travers la danse le dimanche, dans les bals de plein air « les femmes sont belles même sans bas dans de vieux souliers ajourés ».
Szonja apprend la légèreté, à relever la tête. Danser, c'est vivre.
Les rires sont les siens mêlés aux sonorités de voix étrangères de toutes nationalités et de toutes religions soudées par des liens plus forts que ceux du sang. «  Ce soir et pour 3 jours, chaque bal va assourdir le monde entier et ses rumeurs funestes, guerrières, raciales. On va envoyer son corps paître au-devant de soi dans une prairie d'étoiles, picorer des baisers. La musique va pousser chacun au centre, sur la piste » .
Le grand bal pour une insurrection joyeuse avant les grands rassemblements sociaux qui feront vivre à Szonja l'aventure collective de la solidarité.
J'ai beaucoup aimé ce roman pour son fonds historique et sa véracité, sa dimension sociale et le touchant portrait de Szonja qui parle au nom de toutes les femmes.
Paola Pigani dans un style à la fois réaliste et poétique entrelace avec talent les liens d'une communauté dont le patrimoine industriel aujourd'hui disparu en était le socle.
Un roman très fort et authentique.
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SZRAMOWO
  09 juillet 2022
Dans ce récit plein de nostalgie de la période qui a conduit au Front Populaire et aux grèves de 1936 en France, l'auteure nous rappelle quelques réalités essentielles qui résonnent encore dans l'actualité de la France en 2022 :
L'économie française a toujours fait appel à une main d'oeuvre étrangère, et comme dans les années 1970 pour les OS maghrébins de chez Renault, l'auteur évoque l'organisation dans les années 1930 de la venue de travailleurs et travailleuses de l'Est européen par les soieries de l'Est lyonnais pour répondre aux besoins de main d'oeuvre des ateliers de fabrication de la rayonne.
Deux cousines hongroises, Szonja et Marieka tentent l'aventure...Départ vers l'inconnu, angoisse du choix de la migration, éternelles questions de la séparation entre ceux qui partent et ceux qui décident de rester au pays.
L'accueil est froid, inhumain, la France qui a besoins d'étrangers ne peut s'empêcher de leur faire sentir qu'ils sont réellement des étrangers. Histoires connues.
Les conditions de travail sont à l'avenant. La fabrication de la viscose se fait à partir de procédés chimiques toxiques et dangereux pour la santé ; le patronat de l'époque fait dans la « Prévention » : « Ca fait tousser, il faut boire du lait souvent. On en donne à l'atelier, heureusement ; parait que c'est de l'antidote, mais on ne parle pas des ouvriers qui ne reviennent jamais à cause des poumons brûlés. Même vous, les filles, si vous toussez, faut boire du lait. »
Dans le contexte européen de l'époque, la France apparaît comme un pays de cocagne, les Italiens y viennent pour « (...) Se marier, s'abriter, enfanter, s'enraciner...plutôt ici qu'au pays de Mussolini. »
Y séjournent aussi, des Arméniens, Polonais, Russes, Espagnols, (…) « tous représentants d'une humanité bigarrée et laborieuses dont les identités saillantes sont déjà arasées par le temps de l'usine. »
Mais, la montée du fascisme en Allemagne commence à contaminer la France « Des clicques fascistes, il y en a partout...l'Action française, les jeunesses patriotes, la Solidarité nationale, les Croix-de-feu. »
Les deux cousines prennent des chemins différents. le mariage que choisit Szonja se révèle un désastre « (...) Jean sombre de jour en jour et Szonja souffre de sa brutalité de naufragé. »
Le récit de Paola Pigani nous parle aussi de la priorité difficilement admissible des luttes sociales, hommes exploités dans leur travail qui trouvent une sorte de rédemption et d'acceptation de leur sort dans l'exploitation de leurs femmes, « Laisse Elsa où elle est...ça vient la soupe ? »
Enfin, et ça n'est pas le moins important, l'histoire nous raconte comment le capitalisme, pervers polymorphe, réduit les vies à des marchés potentiels s'emparant sans vergogne de nos peurs, de nos envies, de nos contradictions, de nos jalousies, se parant parfois du costume trompeur de l'humanisme pour sa plus grande gloire.
Elle montre aussi comment l'organisation de la production a une logique de prix bas et logiquement de bas salaires, Sonzja comprend intuitivement que « (…) l'usine qui l'a embauchée à la production de viscose (répond) au désir (des clients) d'acquérir ces tissus soyeux à bas prix ». Cette logique du consommateur contre le producteur est toujours d'actualité, elle atteint aujourd'hui ses limites lorsque l'on mesure avec objectivité les conséquences néfastes des délocalisations…
Avant la deuxième guerre mondiale les choses étaient différentes, du fait des luttes sociales, mais la logique était identique.
Malgré les grèves et l'obtention d'acquis sociaux jugés hors de portée, la triste réalité s'impose, (le curé) « (…) va prier pour nous pauvres pécheurs, et allumer des cierges pour not'patron. Nous, on va continuer à brûler notre chandelle mais, un jour on ira voir la mer.»
Les accords Matignon signés le 8 juin 1936 ouvre une nouvelle ère, « La foule ouvrière balance son coeur d'acier inoxydable entre la fatigue heureuse de la victoire et les regrets des lendemains de fête. »
Les plus conscients retournent au travail la mort dans l'âme, faisant preuve de résilience à l'image de Gisèle :
« Bientôt on dansera tous ensemble jusqu'à plus tenir debout », répète souvent Gisèle, songeant à l'horizon d'un bal prochain plutôt qu'au grand soir. »
Nostalgie réaliste. Un roman à mettre entre toutes les mains, surtout celles qui ne salissent pas...
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anniefrance
  18 mai 2022
Très émue par cette lecture que je viens de terminer.
On embauche en France, du côté de Lyon avec priorité aux anciens ouvriers de l'usine de Sarvar qui a fermé. Deux jeunes paysannes hongroises décident de tenter leur chance. Etre pauvre, c'est savoir se jeter sans état d'âme dans un ailleurs. Marieka et Szonja, cousines vont faire le long voyage dans des conditions misérables vers la France; on est en 1929 et la crise va y arriver. Elles seront hébergées dans un foyer de bonnes soeurs où les règles sont strictes. Puis, c'est la découverte de l'usine de viscose: pas d'aération, 50h, des produits chimiques dangereux pour la santé. Simone, française, leur explique le travail; une autre française: Gisèle va expliquer le système des amendes. Visite médicale et déclaration d'aptitude au travail. Les ouvriers de base sont presque tous des étrangers. Elsa, italienne, Marieka et Szonja s'écartent des plus âgées à la sortie de leur première journée de travail aux cadences infernales. Des recommandations fusent: attention aux communistes et gardez- vous des fascistes italiens ; messe obligatoire le dimanche. Les hongroises fuient la broyeuse soviétique, l'ancien empire ottoman et le génocide arménien, tandis que les italiennes fuient la misère, le chômage et Mussolini. Bianca va mourir de telles conditions laissant veuf Marco. Les seuls bons moments sont le bal du dimanche.
Avec la crise, apparaît la rancoeur des français accusant les immigrés d'être à l'origine de leur propre misère (toujours d'actualité!!).
Peu à peu, une organisation se met en place: les luttes sont âpres et des grèves sont déclenchée: 58 jours de débrayage dans l'usine de soie artificielle. le fascisme se développe dangereusement mais un front populaire également: ce dernier va gagner. il faut savoir arrêter une grève déclare Thorez et se satisfaire provisoirement des avancées.
J'ai ressenti beaucoup mieux qu'avec des documentaires, la montée du fascisme en France et la construction du Front Populaire qui porte les espoirs de tous les ouvriers.
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kathel
  07 janvier 2022
Marieka et Szonja, deux jeunes cousines hongroises, suivent les rails d'un avenir plus radieux en partant travailler en France. Elles voient peu de choses du trajet de leur village à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, et tentent à peine arrivées de tout absorber de leur nouvelle vie : la cité ouvrière, le logement en internat chez les soeurs, l'usine de textile, les balades le long du canal, les dimanches au bal… L'auteure s'attache aux pas de Szonja, la plus sage et réservée des deux, qui devient une ouvrière expérimentée et se crée des amitiés parmi les collègues d'origine italienne.
Mais la crise de 29 rattrape ce secteur d'industrie, avec une suite de mises à l'arrêt des chaînes, de licenciements, de manifestations… Les pages vont alors alterner entre la vie privée et sentimentale de la jeune hongroise et l'évolution des esprits qui aboutira au Front Populaire.
Si j'ai été emballée de prime abord par la langue très poétique et ouvragée, j'ai assez vite trouvé que c'était trop pour mon goût, et que ça m'écartait dans une certaine mesure de l'empathie que j'aurais pu ressentir pour les personnages. J'aurais sans doute réussi à m'y faire mais les narrations de réunions syndicales et de meetings, moins propices à la poésie, plus terre à terre, m'ont parues plaquées, et ont fini par me faire tourner les pages sans passion.
Je suis obligée d'admettre que cette première rencontre avec Paola Pigani ne m'a pas apporté l'enchantement que j'attendais. Toutefois j'y ai aimé les chroniques de la vie à Lyon dans les années 30, la découverte de l'industrie du textile synthétique, et surtout la belle description des personnages, en premier lieu Szonja, aussi discrète que courageuse, et dont la belle obstination à trouver sa place en France est en tous points émouvante.
Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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CatLizet
  01 septembre 2021
Szonja, une jeune hongroise calme et réservée ayant grandi à la ferme, et Marieka sa cousine, ont pris, un matin de 1929, un aller-simple Budapest-Lyon où les attendent désormais un nouveau destin, celui d'ouvrières d'une usine de viscose en France, à Vaulx-en-Velin. Une nouvelle vie les attend, celle de femmes immigrées dans une cité ouvrière au moment de la grande et terrible crise de 29.
Je me suis rapidement attachée à Szonja, cette jeune femme de vingt ans, taiseuse, facile à vivre, une suiveuse plutôt qu'une meneuse, qui est pourtant capable de quitter sa famille, son pays pour partir sans rien, vers un avenir inconnu et très incertain, à une époque où fermer la porte de la maison familiale signifiait souvent dire adieu aux siens pour…toujours. Pas d'internet et d'apéritifs en ligne sur zoom !
Paola Pigani a choisi comme porte d'entrée dans son récit –écrit de façon chronologique– la porte féminine. Ces héroïnes courageuses et méritantes sont bien sûr accompagnées d'hommes, mais c'est à travers leur regard de filles que l'autrice a voulu nous plonger dans l'histoire de l'industrie des années 30.
Notre héroïne se met donc consciemment en route vers un avenir qu'elle espère meilleur. Pourtant, à part cet acte de départ qu'elle a posé, elle subit plutôt qu'elle n'agit. Elle dit même « nous avons la volonté, la volonté du contentement, juste du contentement ». La hiérarchie est claire sur les attentes envers ces ouvrières : « on n'attend d'elles ni preuves d'intelligence, ni esprit d'initiative. »
Elles sont embauchées pour travailler dur dans des conditions atroces, sans aucune sécurité, ni de l'emploi, ni de salaire, ni même de protections quant à l'inhalation, aux intoxications ou aux brûlures dues aux produits chimiques, nécessaires à la transformation de la pâte de bois qui deviendra la cellulose, à partir de laquelle les femmes fabriqueront du fil.
Leurs salaires sont de loin inférieurs à ceux des hommes. Cette évidence résonne toujours à nos oreilles, comme un vieil adage, comme si nous avions réglé en un siècle nombre d'injustice mais que celle-ci restait le dernier rempart d'une société machiste. Hommes et femmes employés de la Sase, leur usine, viennent de nombreux pays et se mettent à parler entre eux une langue colorée, métissée. Szonja lie une forte amitié avec l'italienne Elsa, extravertie, gaie, chaleureuse.
Six jours sur sept, les ouvriers triment, les femmes sont logées dans un foyer tenu par des religieuses, l'office religieux est plus que conseillé, les brimades et punitions sont le menu quotidien. Mais le septième jour… leur appartient. Szonja cherchera d'abord à se ressourcer seule, mais rapidement elle partagera les moments simples et vrais avec les autres, au bord de la rivière, à piqueniquer, danser, rire et jouer. « C'est la loi du dimanche : marcher, respirer, dormir, aimer à son aise ».
Rien ne viendra entacher cette loi, pas même la terrible crise de 29 et les licenciements, qui dès 1931 toucheront d'abord les étrangers, les femmes, et feront d'eux des travailleurs en « chômage partiel », non rémunérés !
Je dirais de ce livre qu'il raconte des vies dures…oui mais ! Rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. La vie ne peut être un ascenseur vers le haut ou un toboggan vers le bas.
D'une part, l'ambiance lourde, pesante, instable due au fascisme grandissant, à une guerre que l'on sent menacer, à une pauvreté du prolétariat. D'autre part, le moment présent que ces gens acceptent de vivre, sans penser en boucle à leur passé et sans spéculer sur un futur dont ils n'ont aucune idée. Ce qui les sauve est donc leur état d'esprit, leur capacité à vivre « ici et maintenant ». J'ai pris conscience à travers cette lecture que le petit nombre d'entre eux qui ne parvient pas à vivre dans l'instant présent ne fait pas de vieux os ! Aujourd'hui, nous parlons de burn-out, conséquence, entre autres, d'une incapacité à vivre le présent…
Paola Pigani nous instruit dans ce livre. Elle nous fait vivre la naissance du front populaire. Les personnages seront de cette lutte, et nous, lecteurs, avec eux.
Je m'attendais à trouver dans ce livre une forte intrigue, concernant les personnages, mais j'y ai trouvé en fait le rythme du quotidien. J'ai compris que l'histoire d'un seul ou d'une seule d'entre eux n'était pas au coeur du livre. C'est le destin des ouvriers, le destin des femmes, le destin des étrangers, le destin d'un peuple entier qu'a voulu porter Paola Pigani et non l'histoire romancée d'une femme.
Si je n'avais qu'une phrase pour résumer ce livre, elle serait : du combat pour la subsistance au combat pour la dignité, avec pour alliés la fraternité journalière, les petites joies simples et vraies, l'audace et le courage d'avancer.
Je n'ai pas eu LE coup de coeur mais l'envie d'en découvrir plus de Paola Pigani.
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
ZakuroZakuro   18 août 2021
Au moment de partir, Szonja avait regardé trembler ce qu'il y avait de plus réel dans sa petite vie, les branches nues du tilleul dans la cour dont l'ombre sèche passait et repassait sur leur grand-mère assise au milieu des volailles, les mains serrées autour de l'écuelle de maïs. La vieille dame avait levé les yeux vers elles. De ses lèvres s'écoulait une prière. Seule Szonja l'avait deviné.
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julienleclerc45julienleclerc45   28 août 2021
Des ouvrières ont baptisé les machines de noms bizarres comme il ragno. « L’araignée », explique Elsa aux autres, « Parce qu’elle est toute noire et nous garde entre ses pattes toute la journée. » La fraternité, ça monte, ça descend, capricieuse comme la misère. Parfois, elle s’enroule autour des filles, leur tient chaud surtout quand elles ont du mal à tenir debout à cause de leurs règles ou du taux d’humidité qui avoisine les quatre-ving-dix pour cent dans l’atelier. Elle aide les filles à avancer quand même, mains tendues, la râpe aux cœur. Il faut ignorer les cheveux qui poissent, le regard du chef, ignorer la vraie lumière qui filtre à travers les carreaux embués.
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MatatouneMatatoune   01 décembre 2021
Chaque matin, ils s'engouffrent dans l'usine qui avale tout: les vestes éliminés, les visages fatigués, leur peau perméable, leurs poumons sans filtre, les grossesses avancées,les chaussures sales, On se presse, se bouscule ventre des poignées de mains lassent, espérant rester fermes malgré l'angoisse du renvoi qui plane sur les retardataires lorsque le patron voudra se débarrasser de plusieurs d'entre eux. Personne ne fait le signe de croix avant de pénétrer dans l'arène.
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MatatouneMatatoune   02 décembre 2021
Saisir un regard, une épaule, un poignet comme autant de chances d'être roi, d'être reine. Dans la lumière des lampions, se laisser enrôler par le son des accordéons. Se reconnaître autre dans l'autre, décrassé, la peau prête à sentir des effluves de naissance, un geste envolé à travers le coton de la chemise ou de la robe. Un glissement sur les hanches. Il est temps de se montrer sous les guirlandes, dans le faisceau des regards. Et dans cette nuit d'été brailler tous ensemble.
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gythaogggythaogg   06 mai 2022
Les mots "accidents du travail" sont écartés du vocabulaire. Dans leurs rapports hebdomadaires, les chefs préfèrent écrire "maladresse", "erreur d'inattention", "imprudence".
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Videos de Paola Pigani (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paola Pigani
- "Les formes du visible. Une anthropologie de la figuration", Philippe Descola, Seuil (https://www.librest.com/livres/les-formes-du-visible--une-anthropologie-de-la-figuration-philippe-descola_0-7430583_9782021476989.html?ctx=490ec2b2fb5aab7f33cef3ccdcdeecb8)  - "Et ils dansaient le dimanche", Paola Pigani, Liana Levi (https://www.librest.com/livres/et-ils-dansaient-le-dimanche-paola-pigani_0-7438033_9791034904303.html?ctx=0f7754a98222801860e7781792cb8b2c)  - "L'anarchiste qui s'appelait comme moi", Pablo Martin Sanchez, Zulma & La Contre Allée (https://www.librest.com/livres/l-anarchiste-qui-s-appelait-comme-moi-pablo-martin-sanchez_0-7455913_9791038700529.html?ctx=754bef7b54ab5a67f7192fca7360cb51)  - "Troll", Eirikur Orn Norddahl, Métailié (https://www.librest.com/livres/troll-eirikur-orn-norodahl_0-7430703_9791022611480.html)
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