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Critique de ladesiderienne


ladesiderienne
  04 août 2015
La poésie du titre de ce livre mérite à elle seule 5 étoiles. Il s'agit d'un proverbe tzigane que Paola Pigani a mis très justement en application pour son premier roman. Fille d'une famille d'immigrés italiens, elle a côtoyé dans sa jeunesse en Charente, une communauté manouche et c'est l'histoire vraie de la grand-mère, qu'elle fait renaitre sous les traits d'Alba, son héroïne, qui l'a inspirée.

Fait assez méconnu de l'Histoire, de nombreux "nomades" ont été parqués dans des camps d'internement pendant l'occupation allemande. Dans celui des Alliers, près d’Angoulême, Alba et les membres de sa famille vont y être enfermés de 1939 à 1946, donc entre les 14 et les 20 ans de la jeune fille.
L'auteure nous raconte dans ce roman leur quotidien, principalement celui des femmes et des enfants, les hommes étant autorisés à sortir par obligation de travailler. Les autorités savent que le lien de la famille étant très puissant chez les gitans, ils rentreront chaque soir au bercail retrouver les leurs. Pour ceux qui ont pour maison le monde entier, la privation de liberté est encore plus terrible, ajouté à cela la privation de leurs seuls biens, leur roulotte et l'autre partie d'eux-mêmes que sont leurs chevaux. Au milieu de la misère décrite avec pudeur, la talent de l'auteure transperce à travers la poésie qu'elle distille çà et là, telles les roses que Louis, le père d'Alba, veut faire pousser sur le fumier. Mais surtout c'est l'espoir qui sommeille dans le cœur de certains comme la braise qui charmille dans le feu en apparence éteint. Malgré l'enfermement, la vie continue avec son lot de deuils, ses naissances, ses premiers émois.

Paola Pigani n'accuse personne, ne cherche pas de responsables, elle évoque plus ceux qui aident les prisonniers, ceux qui font le bien, que ceux qui obéissent aveuglément aux ordres. Quand arrivera l'Armistice, il faudra encore un an avant que le camp des Alliers soit libéré. Ceux qui auront survécu reprendront leur vie de errance à zéro, sans aucune reconnaissance de l'Histoire pour le préjudice subi. La Mémoire des gens du voyage ne figurera sur aucun monument. Devant les prémices de la sédentarisation des siens et les débuts de l'alphabétisation des jeunes, celle qui a inspiré Alba n'a plus qu'un souhait, vieillir en paix et oublier, toute la sagesse d'un peuple appelé à vivre et mourir dans la discrétion.

Tout simplement magnifique, plein d'émotions et de retenue, le contenu de ce roman à l'écriture sobre, mérite donc, comme son titre, la note maximale de 20/20.
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