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François-Michel Durazzo (Traducteur)
ISBN : 2843045061
Éditeur : Zulma (08/04/2010)

Note moyenne : 3.34/5 (sur 25 notes)
Résumé :
"Mon premier lien avec l'histoire que ce livre raconte (comme c'est le cas chaque fois que les événements ne sont pas de la fiction) est le fruit du hasard. Un soir de mars ou d'avril 1966, dans un train qui allait vers la Bolivie, je fis la connaissance de Blanca Galeano que les journaux appelaient "la concubine" du voyou nommé Mereles. Elle avait seize ans mais avait l'air d'une femme de trente ans et elle fuyait. Elle me raconta une histoire très étrange que je c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  18 février 2014
Dans une période trouble de l'histoire argentine, de paranoïa politique, de répression et de violence extrême, ici en filigrane, Ricardo Piglia fait la chronique d'un casse, un braquage sanglant de transporteurs de fonds qui eut lieu à Buenos Aires en 1965.
Après la rencontre fortuite avec l'une des protagonistes de ce fait divers en 1966, Ricardo Piglia en fut durablement marqué et commença alors à écrire. Mais la gestation fut très longue et il ne publia "Argent brûlé" en Argentine qu'en 1997.
On imagine que ce qui a occupé Ricardo Piglia pendant un certain temps est la forme à donner à ce récit. Cette forme accroche mais aussi déconcerte car, tout en suivant la chronologie des faits jusqu'à la scène finale, l'auteur multiplie les points de vue (un des casseurs, le receveur des fonds, un médecin psychiatre, un journaliste…) et les temps dans un jeu narratif complexe, où l'on se demande souvent qui parle et à quel moment.
Et c'est tout l'intérêt de cet objet littéraire dans lequel on pénètre comme dans un prisme aux multiples facettes, avec une narration objective et des descriptions froides des faits, des lieux et de la chronologie, d'où les personnages (la bande de casseurs et le commissaire Silva en charge de l'enquête), pris dans l'engrenage d'une violence absolue, ont l'air de surgir dans toute leur complexité, leur démence psychotique, leur dimension héroïque.
«En taule, racontait-il parfois, j'ai appris ce qu'est la vie : t'es dedans, on te brutalise, t'apprends à mentir, à ravaler ta haine. En prison je suis devenu pédé, drogué, voleur, péroniste, joueur, j'ai appris tous les coups tordus, à casser d'un coup de boule le nez de types qui te font la peau si tu les regardes de travers, j'ai appris à porter un surin caché entre les couilles, à me fourrer les sachets de came dans le trou du cul, j'ai lu tous les livres d'histoire de la bibliothèque, parce que j'avais rien à faire, on peut me demander qui a gagné n'importe quelle bataille, l'année qu'on veut et je le dis, parce qu'en prison t'as rien à foutre alors tu lis, tu regardes dans le vide, le bruit que font les pauvres mecs enfermés là te soûle, tu deviens venimeux, tu te remplis de poison comme si t'en respirais, t'entends des branques raconter sans arrêt les mêmes conneries, tu crois qu'on est jeudi alors qu'en réalité on est à peine lundi soir.»
Les malfaiteurs tous complètement fous, et en particulier Brignonne alias Bébé et son inséparable «jumeau» Dorda dit le Gaucho, Malito le cerveau de l'affaire, et Mereles le corbeau, traqués par des policiers obsédés par la résistance péroniste, reflets d'une société rongée par la violence, nous emmènent vers une lutte sans reddition possible, dans un fait divers tragique qui prend la dimension d'un mythe sous la plume de Ricardo Piglia.
«Ils parlaient comme ça, leur manière de parler était plus ignoble et plus impitoyable que celle de ces flics rompus dans l'invention d'insultes destinées à humilier les prisonniers jusqu'à en faire des poupées de chiffon. du gros calibre, de vrais gangsters, que la torture faisait plier, qui finissaient par se rendre, après avoir entendu Silva les insulter et leur donner de l'électricité pendant des heures, pour les faire parler. Les vestiges des mots morts dont les femmes et les hommes se servent au lit, dans les boutiques et aux toilettes, car la police et les bandits (pensait Renzi) sont les seuls qui sachent faire des mots des objets vivants, qui sachent en faire des aiguilles qu'on plante dans ta chair pour te détruire l'âme comme un oeuf cassé sur le rebord de la poêle.»
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Commenter  J’apprécie          80
oblo
  05 avril 2017
Une histoire de braquage. Quelques centaines de milliers de dollars, un convoi de fonds, cinq braqueurs dont un cerveau et une taupe. Tous les éléments de la tragédie contemporaine sont en place et, dès le clap de départ, les mitraillettes sifflent et le sang coule. le coup a été préparé soigneusement par Malito, dont le nom (qui signifie méchant) sera aussi bien de pseudonyme : logistique de la fusillade, points de chute où fuir en attendant le retour du calme … Mais le casse est si sanglant que toute la police de Buenos Aires est sur les dents. Il se murmure cependant dans les journaux que la police est à cran car, complice, elle n'a pas été rémunérée par ces tueurs qui se passent décidément de loi, et surtout de foi, c'est-à-dire du code d'honneur des malfaiteurs.
Acculés dans leur fuite, les braqueurs passent de l'autre côté du Rio de la Plata, à Montevideo, en Uruguay. Là, pris au piège dans une souricière peut-être aménagée par la police, les trois survivants vont livrer une résistance qu'on qualifierait d'héroïque, si l'on oubliait la nature des actes commis par ces trois hommes.
Voilà un fait divers : un braquage qui tourne mal et qui finit, comme il a commencé, en bain de sang. Voilà une anecdote personnelle : l'auteur, Ricardo Piglia, fait la connaissance dans les années 1960, dans un train en partance vers La Paz, d'une jeune femme qui se dit être la compagne de l'un de ces hommes. Elle lui raconte son histoire et lui, jeune écrivain, prend des notes. Des notes qu'il retravaillera à partir de 1995, publiant le roman en 1997, un roman sous forme de chronique judiciaire et journalistique dans lequel Piglia refuse presque le rôle de romancier. Il écrit, dit-il, en respectant ce que lui disent les archives de l'époque et ne consent qu'à peine à combler les vides. de là émerge un récit qu'on dirait troué, flou par moment, où la rumeur, les on-dit, les peut-être sont, à l'égal des certitudes, les trames solides de ce récit.
Au-delà du fait divers, il y a des hommes et des femmes qui, aussi détestables puissent-ils être par leurs actes, méritent que la plume de l'écrivain gratte leurs vies à l'encre noire. Malito, Mereles le Corbeau, Bazan le Bancal, et surtout Bébé Brignone et Dorda le Gaucho Blond. Des hommes, donc, un brin fêlés, fêlés voire brisés par la vie, par des jeunesses rudes passées entre les camps de redressement, la prison et les quartiers mal famés de la capitale argentine. Des hommes à la gâchette facile, certes, qui se piquent et sniffent de la cocaïne, mais des hommes qui aiment aussi. Des hommes, des voyous, c'est certain, qui ne sont pas seulement animés par l'appât du gain : preuve en est la scène qui donne son titre au livre, ultime bras d'honneur de ces marginaux à une société qui prend en horreur la violence visiblement illégale mais s'accommode très bien de celle, tout autant illégale, ou du moins amorale, qui est invisible.
Car Piglia campe son roman dans l'Argentine des années 1960. La police, largement corrompue, use de méthodes barbares, dignes de la guerre sale sud-américaine, pour obtenir des aveux tandis qu'au somment de l'État s'agitent les péronistes pourtant interdits et les conservateurs. Tout cela crée naturellement une ambiance lourde et les journalistes du roman s'interrogent sur les liens entre le braquage, la police et les péronistes, sans jamais pouvoir avancer de preuve.
Objet littéraire étrange, Argent brûlé serait un fait divers étiré, ausculté et pourtant respecté par Ricardo Piglia. Prétexte à une analyse en surface de l'Argentine des années 1960, c'est aussi un roman noir dont le rythme, parfois soutenu, sait s'adoucir pour établir quelques repères. Sans doute y avait-il prétexte à creuser plus encore. Mais cela, puisque les archives ne le disaient pas, Piglia ne l'a pas écrit.
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moertzombreur
  15 septembre 2014
Un souffle exceptionnel, captivant de bout en bout.
S'inspirant de faits réels, Piglia nous offre un roman noir magistral, un vrai documentaire, remarquable à cause de sa construction narrative, et de son travail sur le langage.
Après avoir fait de nombreuses recherches, il nous raconte l'histoire d'un braquage en suivant les événement dans un ordre chronologique, mais en variant le point de vue narratif : on est tantôt du côté des malfaiteurs ou des policiers, tantôt de simple témoins ou de journalistes, mais le plus souvent, le narrateur se place en observateur décrivant les événements en direct, ou avec le recul des années.
Ici la violence est sans limites, dans un contexte politique étouffant, elle est au coeur de la psychologie des personnages, dans la pratique policière et la dictature de l'état.
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Athouni
  29 janvier 2013
Premier Piglia. Ce court roman est basé sur un fait divers réel, le braquage d'un fourgon blindé - et ses suites - en Argentine en 1965. Piglia a voulu semble-t-il décrire l'événement selon les différents protagonistes : bandits bien sûr mais aussi policiers ou témoins. le procédé permet d'aborder le fait divers sous différents angles et donne un effet de véracité mais a contrario l'absence d'une subjectivation forte nuit à l'identification et empêche le développement d'affects envers les protagonistes. On lit donc plus le livre comme un document que comme un roman. Pas inintéressant mais parfois un peu difficile d'accès pour ceux qui ne connaissent pas leur histoire de l'Argentine contemporaine sur le bout des doigts - et ce malgré une salutaire note du traducteur en fin de volume.
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pasiondelalectura
  27 février 2016
Lecture très ardue que celle-ci, lecture d'une certaine décadence urbaine ("Plata quemada", 1997).
Des malfrats drogués et violents vont organiser un casse dans une banque et ne reculeront devant rien.
Une horreur inspirée d'un fait divers datant de 1965.
L'Argentine à "l'honneur" en ce moment avec un autre fait divers réel qui a inspiré le film "El clan", un très bon film sur la période "enlèvements" de l'Argentine.
Si le film est très bon, la série faite pour la télévision est encore meilleure, car elle va plus loin dans la culpabilité de cette famille de psychopathes, les Puccio. La série est visible in extenso sur youtube en 11 chapitres, en tapant "Una historia del clan-youtube ( attention, en espagnol). Frissons et horreur assurés.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
AthouniAthouni   23 janvier 2013
La voix leur parvenait déformée, comme une voix de fausset, une typique voix de connard, perverse et autoritaire, étrangère à tout autre sentiment que le plaisir d'humilier. Des types qui crient, sûrs qu'on va leur obéir ou s'effondrer. C'est la voix de l'autorité, celle que crachent les haut-parleurs, dans les prisons, les couloirs des hôpitaux, les fourgons cellulaires qui, dans la ville déserte, en pleine nuit, conduisent les prisonniers dans les souterrains des commissariats pour leur infliger des coups de matraque ou l'électricité.
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lireetcourirlireetcourir   08 mai 2010
La vie, c’est comme un train de marchandises…c’est lent, ça en finis pas, on dirait qu’il va jamais s’arrêter de passer, mais à la fin tu reste là toujours, à regarder la petite lumière rouge du wagon qui s’éloigne.
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tristantristantristantristan   14 mars 2019
La plata es como de la droga, lo fundamental es tenerla, saber que està (...)
L'argent c'est comme la drogue, l'essentiel c'est de l'avoir, savoir qu'elle est là.
(p.33 éd.debolsillo, 2013)
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