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EAN : 9782330030650
320 pages
Éditeur : Actes Sud (05/03/2014)
Résumé :
Au-delà des grillages et des barrières de sécurité se cache un écrin de verdure à la périphérie de Buenos Aires ; un havre de paix pour “gentlemen, à l’abri du tumulte d’une capitale grouillante et tentaculaire. Ici, on est entre gens de bonne compagnie. Une poignée d’amis se réunissent chaque se maine, loin des regards, pour discuter entre hommes. Les épouses, exclues de ces soirées, s’appellent avec humour “les veuves du jeudi”. Un veuvage somme toute agréable, ju... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
viou1108
  23 mai 2016
Les « veuves du jeudi », c'est le surnom que s'est donné un petit groupe de femmes dont les maris, une soirée par semaine, se réunissent entre messieurs de bonne compagnie. « Veuves » au sens figuré et humoristique, certaines d'entre elles vont le devenir, au sens propre et sans le moindre humour, après que l'une de ces soirées « gentlemen only » se soit terminée en drame.
Un accident (voire pire) qui vient perturber la tranquillité chèrement payée de Los Altos de la Cascada, voilà qui était pourtant inimaginable. Résidence ultra-sécurisée à l'américaine sur les hauteurs de Buenos Aires, destinée exclusivement aux familles fortunées et « bien sous tous rapports », La Cascada est censée être un paradis à l'écart du bruit et de la fureur de la ville, protégée de l'insécurité et de la pauvreté des gens ordinaires – sauf les domestiques – par des portiques de sécurité et des autorisations d'entrée signées en quatre exemplaires.
Au coeur de ce rêve doré, réalisé à coups de billets de banque par quelques privilégiés, la vie n'est cependant pas idyllique. Dans ce monde du paraître, fondé sur les apparences, la superficialité est, de fait, portée au rang de valeur, la perfection est une nécessité, et faire toujours mieux que les voisins une obligation qui ne dit pas son nom. Cette pression sociale, obsessionnelle pour certains, se transforme en tension difficilement soutenable quand l'Argentine plonge dans la crise économique au tournant des années 2000. Celle-ci n'épargne pas les riches, qui ont de plus en plus de mal à faire correspondre porte-monnaie et sacro-sainte illusion d'aisance. Pour eux qui croyaient que l'argent faisait le bonheur, imaginez la tragédie quand la source se tarit...
Débutant par l' « accident » qui se produit peu après le 11 septembre 2001, ce roman repart ensuite quelques années en arrière pour poser le décor et amener peu à peu les prémices du drame. le fait que le petit monde de Los Altos s'effondre après les tours du WTC n'est pas anodin : le mode de vie des classes aisées argentines était calqué sur le « modèle » états-unien, en témoignent les « countries » tels que Los Altos et les nombreux anglicismes, ainsi que, sur un autre plan, la politique ultra-libérale des années 1990 et la parité dollar/peso argentin, aberration économique qui, entre autres, mènera le pays à la catastrophe.
Dans cette chronique féroce des malheurs de ces « pauvres petites gens riches », l'auteur livre une étude sociologique implacable de ce milieu huppé, de ses codes et rituels, dans lequel le bling-bling cache mal l'hypocrisie ambiante. Caustique, elle n'y va pas avec le dos de la petite cuiller en argent pour décrire les comportements des résidents de Los Altos, soumis de plein fouet aux affres de la crise qui, terrible comme la Grande Dépression de 1929, en conduira plus d'un au désespoir.
Lien : http://www.voyagesaufildespa..
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GeorgesSmiley
  06 mars 2020
Même si je n'y suis jamais allé, je sais que l'Argentine est un beau pays, le plus européen des pays d'Amérique du Sud. Argentina, de l'italien argentine, « argent », comme pour souligner les malheurs du pays, miné par ses difficultés financières qui affament les plus pauvres et ruinent la classe moyenne tandis que les vrais riches continuent de festoyer. de Peron et son Evita si romantique (Don't cry for me, Argentina) au couple Kirchner (Madame succédant à Monsieur à la tête du pays) en passant par les sinistres généraux dont la bêtise (s'attaquer à l'Angleterre de Maggie Thatcher sans en avoir les moyens) égalait presque la méchanceté (les Mères de la place de Mai), l'Argentine de ces cinquante dernières années reste le plus beau cas d'école de la faillite d'un état qui avait tout pour y échapper et du malheur subit par son peuple. Perpétuellement sous perfusion et donc sous tutelle du FMI, la vie quotidienne argentine reste suspendue au taux de change dollar-peso, au taux d'inflation et à un chômage endémique. Rassurez-vous, le roman de Claudia Pineiro n'est pas un traité d'économie. Mais si les difficultés financières du pays ne sont que le petit bruit de fond de son histoire, il n'est pas inutile de les avoir à l'esprit pour mieux appréhender la psychologie de ses personnages. Les entrefilets économico-politico-financiers qui jalonnent son récit en portent témoignage.
Claudia Pineiro nous invite dans l'Argentine à l'abri, celle qui ne manque pas d'argent, celle qui, au début du roman, voit même avec plaisir la crise financière pousser à la hausse les prix de l'immobilier qu'elle possède. Bourgeois aisés, couples glamour, parents attentionnés, ils vivent dans leur magnifique « country » clôturé et gardé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils jouissent du calme et de la beauté du golf inclus dans leur domaine, si près et si loin du monde réel, à quelques pas de Buenos Aires, mais isolés de son bruit, de sa saleté, de sa pauvreté et de son insécurité. La finesse de la critique sociale (analyse des rapports dominants-dominés entre les maîtresses de maison et leurs domestiques, stéréotype de la famille idéale, isolation sociologique et physique des riches tentant de se constituer un havre de prospérité et de sécurité dans un pays en déroute financière où la précarité et la misère croissent aussi vite que la délinquance) est remarquable, tandis que l'intrigue, riche et complexe, fait lentement monter la tension. A l'intérieur de ce microcosme privilégié et protégé les masques vont peu à peu tomber : les amis n'en sont plus vraiment, les couples chancellent, les faibles et les différents sont rejetés, les situations florissantes périclitent, l'argent qui coulait abondamment se fait plus rare et plus dur à gagner. Certains n'hésitent pas à se salir les mains pour continuer à se remplir les poches, tandis que d'autres se réfugient dans le déni et la fuite en avant …
Les apparences commandent, chacun se devant de maintenir à tout prix ce niveau de vie privilégié fait de domestiques dociles, de jardins immaculés, de maisons luxueuses, de voyages choisis, d'écoles privées. L'allégorie est brillante car surgit en filigrane derrière le besoin de paraître et la vanité des personnages, tout le problème de l'Argentine qui vit au-dessus de ses moyens depuis tellement longtemps. C'est formidablement bien observé et restitué sans nuire à l'intrigue. Claudia Pineiro a beaucoup de talent et un style que j'avais déjà apprécié dans Bettibou. Je suis désormais un de ses afficionados.
Pour terminer en beauté, illustrons le propos avec ce petit dialogue, écologiquement correct, entre deux « housewifes » dont l'une seulement est désespérée, autour d'un dilemme cornélien entre ray-grass et silicone :
« Teresa sortit de sa poche une bobine de fil de couleur ocre et, avec le concours de Lala, elle attacha la plante. "C'est du fil de sisal recyclé ; ne laisse jamais personne utiliser dans ton jardin autre chose que du matériel biodégradable." Lala l'aida à nouer l'attache du papyrus. "Tu t'imagines, les siècles passent, nous aussi, et le plastique, lui, il reste là. En parlant de plastique, tu ne devais pas te refaire les nichons cette année ?" "Oui, mais je vais attendre un peu que Martin soit moins obsédé par le fric, sinon il va me faire une crise de nerfs." "Attends pour la silicone, mais pas pour la pelouse. D'ici quelques mois, il aura retrouvé du boulot et, dans ton parc, ce sera la misère."
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mariecesttout
  28 mars 2014
Assez réjouissant dans sa noirceur réaliste, ce roman ! Au début, on pense bien sûr au film de Rodrigo Pla, La Zona, propriété privée, ces résidences fermées de toute part dans lesquelles il faut à tout prix éviter de faire tache! Par la couleur de son gazon,la race de son chien l'attitude de ses enfants ou ses origines.. Pas de coréens, pas de juifs! Cette description est d'autant plus réussie qu'elle, on n'en doute pas une minute,est la description d'univers tout à fait réels . J'en connais..
Mais si c'est un livre que l'on lit rapidement , pressé de savoir quand même pourquoi les maris ( sauf un..) se sont électrocutés dans cette piscine, même si ces femmes DHW argentines sont assez attachantes, surtout celle qui est agent immobilier et au courant de tout, c'est surtout un roman intéressant par ce qu'il nous raconte de l'histoire argentine récente, notamment sur le plan économique . Maintenant, on peut transposer un peu partout, bien sûr..
"C'est que beaucoup de nos voisins avaient cru, à tort, que l'on pouvait vivre éternellement en dépensant tout ce que l'on gagnait. Et les sommes que l'on gagnait n'étaient pas rien, et cette manne semblait éternelle. Mais un jour, alors que personne n'avait rien vu venir, le robinet ne coulait plus et ils se retrouvaient dans la baignoire, couverts de savon, à regarder la pomme de la douche d'où plus la moindre goutte ne sortait .
Le vertige de la décennie qui s'achevait me donnait le tournis. Quand j'étais petite, l'argent mettait plus de temps à passer de main en main. Parmi nos connaissances, il y avait des familles très fortunées, dont les noms apparaissaient sous de multiples combinaisons; des propriétaires terriens, le plus souvent. Ils transmettaient ces terres à leurs enfants, qui ne les travaillaient plus, mais qui y installaient des paysans ,ce qui leur permettait d'en tirer encore une bonne rente, même si la somme était partagée entre tous les frères et soeurs. Mais ces frères et soeurs mouraient un jour aussi; alors les terres revenaient aux petits-enfants, et il y avait plus de disputes, plus d'ayants droit, et moins de rentes. Au bout du compte, ce que chaque personne recevait ne lui permettait plus de ne pas travailler, et les terres finissaient par être vendues par lots ou être perdues. Mais, malgré tout, même s'il ne faut jurer de rien, généralement, ce n'est qu'au bout de deux ou trois générations que cet argent qu'ils croyaient acquis ne l'était plus. En revanche, ces dernières années, l'argent changeait de main deux ou trois fois au cours de la même génération, et celle-ci finissait par ne rien y comprendre."
J'aime bien Claudia Piñeiro !
Assez féroce, mais lucide, je vais lire Bétibou, le dernier sorti en France.
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pasiondelalectura
  11 mai 2014
C'est le livre qui m'a fait découvrir Claudia Piñeiro.
Ici, dans un style très "journalistique", c'est à dire assez documenté, elle nous entraîne dans un lieu clos, celui d'une bourgeoisie affairiste qui vit dans un condominium huppé, ultra protégé, qui se "fréquente" et qui pratique des rites bien établis.
Sur ce fond sociologique, Piñeiro va nous démontrer que des vies en apparence assez limpides, peuvent cacher des imperfections, voire, des vices fort inquiétants...
Et là, l'auteure nous sert une galerie de personnages bien stéréotypés et hauts en couleur que nous n'oublierons pas de sitôt. Une réussite ce livre.
Parmi ces rites, celui pratiqué par les maris, de se réunir "entre hommes" les jeudis, laissant aux épouses la possibilité de se réunir entre elles. Que font elles ? En général, elles papotent à bâtons rompus et s'espionnent beaucoup.
Dans ce milieu, où il faut surtout paraître, plus qu'être, des drames couvent sous les vernis; le bonheur ici est denrée rare. Comme quoi, le vieux poncif "l'argent ne fait pas le bonheur" est richement illustré dans ce roman..
Le film de 2009, dirigé par Marcelo Pyñeiro ( quelle coïncidence!), en co-production argentino-espagnole, est excellent.
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MediaAlbigeois
  21 novembre 2014
Le roman commence avec un drame, pour revenir ensuite sur ce qui l'a précédé, pariant sur la capacité de l'auteure à retenir notre attention tout au long des 300 pages.
C'est un roman argentin, donc très critique à l'égard de la société argentine qu'il donne à voir : un monde bling-bling de petits arrangements, où il y a toujours un décalage entre réalité et apparence, dans lequel même la transparence s'avère fausse. Nous sommes dans une micro-société de nouveaux-riches venus chercher l'innocence dans le faux paradis d'un quartier sécurisé, situé à 50 km de Buenos Aires. Ici les vigiles ne laissent passer d'une lointaine misère que la main-d'oeuvre nécessaire au confort des résidents. Mais la zone d'exclusion est-elle dehors ou dedans ?
Petit à petit des fissures apparaissent, la bulle ne résiste pas - pas plus que l'illusion économique argentine : tout s'écroule en cette fin 2001, en écho aux twin towers de Manhattan.
Un conte pour notre temps aussi ?
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   02 mars 2020
Quand on prend le chemin qui mène à la route, on arrive à Santa Maria de los Tigrecitos, un quartier de maisons modestes, des constructions plus ou moins abouties ; leurs propriétaires les ont presque toutes bâties de leurs propres mains, en se faisant parfois aider par leur famille ou des amis. Tous les gens qui vivent là sont tributaires du travail que nous leur fournissons à Altos de la Cascada...
A Santa Maria de los Tigrecitos, les maisons poussent de façon aussi irrégulière que les arbustes à Altos de la Cascada, mais pas pour des raisons esthétiques inavouées, comme c'est le cas dans nos jardins. A los Tigrecitos, les gens font comme ils peuvent, ils construisent leur maison sans se soucier de celle du voisin ; dans les cas extrêmes, les pièces ne communiquent même pas entre elles. Les murs des maisons portent les traces des étapes de leur construction : la fenêtre qui a été ouverte après que la pièce a été construite et qui n'est pas centrée, le deuxième niveau que l'on a monté sur une dalle qui avait l'air définitive, la salle de bains qu'on a quand même pu faire, mais sans la ventilation adéquate... Une grille peut-être peinte en violet et le mur contigu en rouge, ou d'un bleu électrique. Et à côté, une autre maison en briques, à rénover. Les maisons les plus imposantes ont une entrée pour les voitures, tandis que les plus modestes gardent un sol en terre battue dans toutes les pièces en attendant que le travail tant attendu permette à leurs occupants d'acheter du ciment...
Des maisons dont le volume et le confort s'amenuisent lorsqu'on quitte l'asphalte et que l'on s'engage dans les rues perpendiculaires en terre battue inondées chaque fois que le ruisseau, qui coule dans une conduite jusqu'à la sortie de la Cascada, sort de son lit.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   06 mars 2020
Alfredo Insua l'avait quittée après vingt années de mariage dont quelques unes d'infidélité qu'elle avait stoïquement acceptées, toute seule, avec deux jumeaux adolescents qui allaient aussi l'abandonner dès qu'ils auraient fini le collège. Pour dire clairement les choses, il l'avait quittée pour la secrétaire de son associé. Au début, nous disions tous qu'Alfredo était un beau salaud. Mais, une fois passées les premières semaines, quelques maris qui continuaient à le voir nuançaient les choses en disant "qu'il fallait écouter les deux sons de cloche."...
Peu de temps après, Alfredo commença à revenir à Los Altos pour jouer au golf ou au tennis avec l'un ou l'autre d'entre nous, ou pour participer aux fêtes que nous organisions, auxquelles nous prenions soin de ne pas inviter Carmen. Deux ou trois mois après leur séparation, il n'y avait plus que les femmes pour le traiter de "beau salaud" ; de leur côté, les hommes se taisaient. Jusqu'au jour où plus personne ne dit rien. Plus tard, un jour, on commença à entendre les hommes dire certaines choses, quand ils étaient entre eux, en train de taquiner une petite balle de golf ou de boire un verre après un match de tennis. Par exemple : "Alfredo a eu bien raison". C'était peu de temps après qu'il fut apparu en société accompagné de sa nouvelle femme, une fille qui n'avait pas trente ans, avenante, belle, sympathique, "et avec une paire de seins à tomber par terre", comme l'avait dit l'un d'entre nous, sur le ton de la plaisanterie. Il l'avait amenée passer un week-end à Colonia sur le bateau des amis où Carmen avait vomi quelques mois plus tôt. Et sa nouvelle femme n'avait pas vomi. A partir de ce voyage, Alfredo et sa nouvelle compagne participèrent de plus en plus souvent aux réunions de La Cascada, tandis que Carmen restait recluse chez elle. Jusqu'à ce qu'on ne la vît presque plus.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   28 février 2020
Les odeurs du quartier changent avec les saisons. En septembre, tout sent le jasmin étoilé. Et cette phrase n'est pas de la poésie, elle est juste purement descriptive. Tous les jardins ont au moins un jasmin étoilé pour que l'on puisse admirer ses fleurs au printemps. Trois cents maisons avec trois cents jardins et trois cents jasmins étoilés, cloîtrées dans un domaine de deux cents hectares grillagé sur tout son périmètre, avec son propre service de sécurité, ce n'est pas une donnée poétique. C'est pour cette raison qu'au printemps, l'air semble lourd, sucré. Il entête ceux qui n'y sont pas habitués. Mais chez certains d'entre nous, il génère une sorte d'addiction, d'attraction ou de nostalgie et, à peine partis, nous avons déjà hâte de rentrer pour respirer à nouveau cette odeur de fleurs sucrées. Comme si nulle part ailleurs on ne pouvait aussi bien respirer. A Altos de la Cascada, l'air est lourd, ça se sent, et, si nous vivons tous ici, c'est parce que nous aimons respirer comme cela, en écoutant le bourdonnement des abeilles derrière les jasmins.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   08 mars 2020
Et il n'est pas docteur, pas plus qu'il n'est son père...
"Docteur Ernesto J. Andrade" est-il écrit sur ses cartes de visite. Et dire que c'est à peine s'il a fini ses études secondaires. Ca oui, elle le sait, car une fois ça a échappé à sa grand-mère, la maman d'Ernesto. "Ca marche si bien pour lui, il a si belle allure ! Quand on pense qu'il n'a pas pu finir le secondaire !" Romina sait qu'il a un bureau dans le centre, elle y est allée, une fois. Avec une plaque en bronze sur la porte. Et une secrétaire et deux avocats qui travaillent pour lui, bien qu'elle ne soit pas sûre qu'ils soient avocats. La plaque dit "Cabinet Andrade et associés", et la secrétaire dit la même chose quand elle répond au téléphone. Le téléphone d'Ernesto sonne à longueur de journée. Le portable, la ligne principale à la maison, la ligne privée qu'il réserve aux "affaires professionnelles". Un jour, Romina répond sur la ligne privée et, à l'autre bout du fil, on lui dit : "Dis au fils de pute d'Andrade de préparer son fion, parce qu'on va venir le lui péter, même à travers les barrières." Elle ne le lui dit pas ; sinon il faudrait qu'elle trouve une bonne raison pour expliquer pourquoi elle a décroché le téléphone de cette ligne alors qu'elle ne devait pas.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   04 mars 2020
"C'est plus facile de trouver du travail quand on en a déjà un", avait dit l'avocat. Et Tano savait que c'était le cas, que ça avait toujours été le cas. Lui-même, quand il devait choisir quelqu'un pour son entreprise, il se méfiait de ceux qui n'avaient pas de travail, il se posait des questions sur les vraies raisons de leur démission ou de leur licenciement, se demandant ce que pouvait bien cacher leur version officielle. Son père, un immigré qui avait réussi à monter une usine métallurgique d'une certaine importance disait toujours : "Ceux qui ne trouvent pas de travail, ce sont ceux qui ne veulent pas travailler et les incapables." Et Tano n'était pas un incapable, il s'était donné beaucoup de mal pour étudier, et il aimait son travail. La seule et dernière fois qu'il avait vu pleurer son père, c'était à la remise de son diplôme. Et c'était la première fois dans sa vie que Tano quittait un travail avant d'en avoir trouvé un autre. Et qu'il avait envie de pleurer. Lui ! Mais il ne pleura pas.
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