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ISBN : 2330064632
Éditeur : Actes Sud (04/05/2016)

Note moyenne : 4.7/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Éminente traductrice de l’hébreu et directrice de la collection “Lettres hébraïques” d’Actes Sud depuis plus de quinze ans, Rosie Pinhas-Delpuech propose ici un voyage dans l’espace et dans le temps, d’Orient vers l’Occident. Une histoire d’immigration contrariée, faite de malentendus, de chagrins d’amour fou pour une langue, un pays, le français de France, puis l’hébreu d’Israël et une exploration géographique et intellectuelle autour d’un centre inexistant et imp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Bookycooky
  16 janvier 2018
Rosie Pinhas-Delpuech est pour moi la grande traductrice de la littérature israélienne de l'hébreu en français. J'en suis une passionnée. Donc apprenant qu'elle écrivait elle-même je ne pouvais qu'être curieuse.
Ce livre est le troisième volet d'une trilogie linguistique.Le premier étant le turc avec "Suites Byzantines", le deuxième, le français avec "Anna: une histoire française ", le troisième, celui-ci, l'hébreu. " C'est une espèce de généalogie de mes langues, où je me situe dans cette langue et qu'est-ce-qu'elles sont ? Comment l'hébreu, pourquoi l'hébreu ? " dit-elle à propos du sujet de ce livre. Je débute ma découverte avec le dernier.
Delpuech est une juive turque, née à Istanbul en 1946.
À dix-neuf ans elle quitte sa ville natale pour Grenoble pour terminer ses études secondaires. C'est l'année d'après, avant de reprendre ses études à Paris que sa mère lui propose de faire un détour par "ce pays inconnu" où vit son frère et lui apporter les pots de confiture qu'il aime et qui n'existent pas là-bas. "Ce pays inconnu" est Israel , et c'est son premier contact avec l'hébreu, et sa rencontre dans un kibboutz avec la figure du "Juif" de l'Histoire, en la personne de Hirhska (le Yankel du "Tarass Boulba" de Gogol, d'Isai F.Bumstein du Roman de Dostoievski " Les carnets de la maison morte “), qui incarne le juif mythique au milieu de l'homme nouveau israélien.
L'hostilité de la France envers les étrangers, ce pays dont elle a tant rêvé enfant et ado, sublimée à travers sa littérature,son théâtre, son cinéma, « l'appel métaphysique d'un ailleurs métaphysique d'un ailleurs meilleur, d'une terre et d'une terre de liberté », va vite laisser sa place à la désillusion, et ce détour en pays inconnu va dévier le cours de sa vie. Deux ans après sa venue en France, alors qu'elle est étudiante en philo à Nanterre, en 1967, elle va retourner en Israël, suite à la guerre des six jours, et tenter l'expérience israélienne en y immigrant le 13 octobre 1969.
Ce livre parle de la quête d'une sérénité, d'un pays où ne pas se sentir étranger,
d' un endroit qui ne serait plus terre d'exil , d'un sol qu'on aimerait et où les peurs sans mots de l'enfance seront à jamais apaisées. C'est la découverte d'un pays et surtout d'une langue mère manquante, l'hébreu,( « C'est facile et passionnant de découvrir comment ça marche une langue »).
Sur fond de références bibliques, Delpuech nous rapporte les paroles d'Abraham,
qu'être Juif c'est être un passant, un  étranger, un éternel voyageur.......non un exclu, un résident provisoire d'une terre dont il contribue à sa richesse (“Naître et mourir étranger, un destin humain, biblique”). Elle-même récidivera et retournera en France et désormais poursuivra son voyage avec l'écriture. Sa patrie seront désormais les mots, “sans barrières, sans passeports, sans frontières”, ces mots avec lesquels elle jongle à travers trois langues, le turc, l'hébreu et le français et nous donne le plaisir de lire ses superbes traductions. Un très, trés beau texte, émouvant !








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Apoapo
  05 novembre 2017
L'angoisse d'Abraham, disons-le sans ambages ni hésitation, c'est « la terreur obscure et grande » de l'errance, dans l'instant où elle est vécue et dans le temps indéfiniment ultérieur de la réflexion de l'errant sur sa condition. Outre l'explication biblique qui en est fournie dans le pénultième chapitre (en fait, la véritable conclusion du texte, et qui aurait peut-être gagné à être celle du livre), ce concept éponyme apparaît à chacune des trois étapes migratoires de Rosie : d'Istanbul à Grenoble, de Paris en Israël et retour.
Cet ouvrage est donc une autobiographie intellectuelle de cette errance, agrémentée de considérations plus générales et d'un grand intérêt sur l'apprentissage des langues et des cultures, in situ ou depuis un ailleurs, sur la manière dont ce savoir se transforme en identité, en appartenance, avec cependant des conditions nécessaires de réception de la part de la société d'accueil – qui ne sont pas toujours avérées, ni en France ni en Israël, en tout cas pas pour tout le monde. Ce « savoir-identité » est exploré, il peut être examiné comparativement, aussi bien pour l'identité française-en- langue-française de l'auteure que judéo-israélienne-en-hébreux. Je m'arrête un instant ici, car je crois avoir compris que la judéité aussi, en particulier dans sa version israélienne, a été « apprise » par Rosie : elle aurait sans doute été différente sans les avatars migratoires. La preuve en étant en partie, mais sans doute pas uniquement, le titre de l'ouvrage, c-à-d. d'avoir mis sur son sentiment le nom d'angoisse tout en donnant au concept une signification métaphysique tirée de la Bible, au plus près de la lettre du texte hébraïque.
Il est également intéressant de lire les paysages de la vie estudiantine à Nanterre dans les années entre la décennie 60 et 70, et d'un kibboutz à la même époque. Tout ce qui est dit de la vie en Israël et de sa réception des « arrivants » et des « cousins » palestiniens – « Gher » (étrangers) ET « Tochav » (résidant) comme Abraham se qualifie lui-même lorsqu'il demande une sépulture pour son épouse Sarah – ses propos dépourvus d'angélisme et de parti pris idéologique, apportent des lumières difficilement accessibles dans la presse ou dans d'autres sources. L'analogue français est hélas plus connu, pour peu qu'on ait la bonne volonté de se pencher sur notre littérature migrante, dans laquelle cet ouvrage s'inscrit aussi, tout naturellement.
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luocine
  20 avril 2017
Je savais, grâce au billet d « Aifelle , que je lirai ce livre, depuis j'ai lu « Anna ou une histoire fran­çaise » et je ne peux encore une fois que me féli­ci­ter de ce conseil de lecture. Même si, ce n'est pas une lecture très facile, surtout la partie sur l'angoisse d'Abraham, j'ai été très touchée par ce récit. Comme Aifelle je vous conseille d'écouter son inter­view car elle raconte si bien tout ce qui l'habite. Alors pour­quoi Abra­ham est-​il angoissé, je n'ai pas trouvé la réponse, mais en revan­che Rosie Pinhas-​Delpuech a raison, si on ne connaît pas la cause on connaît bien l'heure à laquelle l'angoisse nous saisit : c'est l'heure où le soleil, même s'il illu­mine une dernière fois de mille feux le ciel, va se coucher et où la lumière va faire place à l'obscurité. C'est l'heure où les enfants pleu­rent sans pouvoir être faci­le­ment conso­lés, c'est l'heure où le malade a peur de la nuit qui s'installe, c'est l'heure où le marin voudrait être au port.
Cette auteure nous entraîne dans un voyage, celui de son exil et celui de l'exil de sa langue. Ses passa­ges sur le fran­çais des étran­gers sont d'une justesse incroya­ble . Elle nous fait connaî­tre aussi Israël autre­ment et c'est si rare aujourd'hui enten­dre parler posi­ti­ve­ment et simple­ment de ces gens qui habi­tent sur cette terre telle­ment convoi­tée. Elle nous raconte aussi la France des années 70 et les quel­ques pages sur Nanterre sont inté­res­san­tes, elle y mêle la toute nouvelle univer­sité : quel­ques bâti­ments très laids sortis d'une friche assez triste, contras­tant avec l'exigence intel­lec­tuelle des profes­seurs et les débats sans fin avec son amie, le murs qui cache un bidon­ville où des émigrés moins chan­ceux qu'elle s'entassent. Elle n'oublie jamais que sa condi­tion d'étrangère peut se rappe­ler à elle bruta­le­ment. Et qu'elle peut se retrou­ver sur l'île de la Cité à faire la queue parmi les déses­pé­rés du monde pour renou­ve­ler ses titres de séjour. Fina­le­ment sa vraie patrie sera ses langues et surtout la traduc­tion, c'est à dire encore un voyage celui qui lui permet de passer de l'hébreu au fran­çais et du fran­çais à l'hébreu. Elle n'en n'oublie pas pour autant le turc qui reste sa langue mater­nelle.
Lien : http://luocine.fr/?p=7879
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Aifelle
  30 août 2016
Gros coup de coeur pour ce récit paru en mai dernier. J'avais déjà été passionnée par un précédent livre "Suite byzantine" (avant le blog) où l'auteure racontait en partie son enfance à Istanbul et l'importance de la langue-mère.
Rosie Pinhas-Delpuech est traductrice de l'hébreu et directrice de la collection "Lettres hébraïques" d'Actes Sud. Elle a également enseigné la littérature et la philosophie. Dans ce récit il est surtout question de ses errances entre plusieurs pays, de son rapport aux mots, aux langues et à la littérature.
Si j'en fais un coup de coeur, c'est d'abord parce que c'est remarquablement écrit, avec sensibilité et subtilité. Ensuite, je suis assez fascinée par ces individus que l'histoire a obligé à bouger, à s'exiler, à changer de langue et de culture, en s'adaptant avec plus ou moins de facilité.

Lien : http://legoutdeslivres.canal..
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   20 juin 2016
Si je me posais toutes ces questions à cette heure-là de la nuit, c’était parce que je me demandais par quel obscur et illisible destin, après maints allers-retours entre deux continents, entre le Levant et le Ponant, je me trouvais dans ce petit train de Bourgogne, à côté de l’Orient-Express qui m’avait transportée d’Istanbul en France en 1965, sans tapis rouge ni pont de la rivière Kwaï. Le train reliait Istanbul à Milan – et plus au-delà à Vienne – en passant par Sofia, Belgrade, Ljubljana, Trieste et Venise. À l’époque, les voyages en avion étaient chers, les bagages limités, et je partais étudier à Grenoble avec des livres et des vêtements pour un long hiver. J’étais inscrite en propédeutique de lettres, le mot m’était encore inconnu, aujourd’hui je l’aime autant que celui de prolégomènes. Sous leurs apparences pédantes, tous deux signifient l’humble préparation à un savoir. Nous avions quitté la gare de Sirkeci par un après-midi d’automne à la lumière rasante. Les parents, les mouettes, la mer, les navires étaient restés le long du quai qui longe le port et nous avions fait cap vers le soleil couchant, vers l’Occident. Depuis, j’ai maintes fois éprouvé la nature fatidique et quasi vengeresse des mots. Tôt ou tard, ils vous rattrapent au collet et vous rappellent leur pouvoir obscur sur votre destin. Car chacun sait que l’Orient-Express avait été conçu à l’origine pour transporter en Orient les Occidentaux épris d’orientalisme, et non les Orientaux assoiffés des Lumières de l’Europe. Parti de Londres, Paris ou Vienne à destination de Constantinople-Istanbul, il déchargeait une partie de sa cargaison au pied du sérail des sultans et, faisant traverser le Bosphore en quelques coups de rame à ceux qui voulaient pousser plus loin l’exotisme, les déposait à la somptueuse gare de Haydarpaşa d’où le TaurusExpress les conduisait jusqu’à Alexandrie en Égypte. Le train traversait alors une région tourmentée, l’ancienne Palestine ottomane, appelée Terre sainte par les pèlerins chrétiens, et Eretz Israël par les Amants de Sion, ces jeunes révolutionnaires russes, barbus et chevelus, amoureux de l’hébreu, qui prônaient la vie communautaire et l’égalité des sexes sur la terre de leurs ancêtres. Sans le savoir, par mille détours aveugles du destin, c’est en fait vers eux que je m’acheminerais un jour, en commençant par leur tourner le dos.
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BookycookyBookycooky   15 janvier 2018
À défaut d'en voir un, l'Arabe était entré dans le tableau comme l'ennemi abstrait d'un manuel d'histoire. Sans haine, sans parti pris, des fusils de part et d'autres d'un lac, d'une colline, d'un mur de barbelés.Un pays ensoleillé, effervescent. en guerre avec un peuple invisible.C'etait en 1966, j'avais aperçu la queue de la comète, les derniers éclats d'un projet humain , fabriqué avec des rêves fous. L'été suivant en 1967, les frontières de l'utopie voleraient en éclats, la figure de l'autre ferait violemment irruption dans l'image.
p.62
(Un pays =Israel)
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BookycookyBookycooky   15 janvier 2018
Dans les quartiers, le nettoyage de Pâques des Éthiopiens relève d’une entreprise cosmique. Ils soulèvent tout, ils chassent partout le moindre grain de poussière susceptible de contenir du levain.On les sent capables d’aller épousseter la voûte céleste et ses lampadaires.
p.161
(Jérusalem)
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SZRAMOWOSZRAMOWO   20 juin 2016
Il n’y a pas longtemps, j’étais à la gare de Bercy. J’attendais le train de 22h38 pour Sens dans l’Yonne. Bercy est une annexe de la gare de Lyon, elle ne dessert que quelques gares en Bourgogne et, plus récemment, en Auvergne. Pendant un temps, elle a hébergé aussi les trains pour Milan, Venise et Rome. Sur le modeste tableau d’affichage, le TER pour Laroche-Migennes côtoyait le Stendhal et le Palatino. Entre comices agricoles et Chartreuse de Parme, ça faisait rire et rêver. Aujourd’hui, dans le hall venteux, on croise des hommes de sécurité avec leurs chiens muselés, parfois des jeunes encapuchonnés, et quelques voyageurs pas tout à fait provinciaux ni tout à fait banlieusards. Construit sur une plateforme au-dessus de la rue, c’est un espace atypique, intime malgré son isolement, le train que je prends aussi, à peine quelques wagons où il fait bon lire, somnoler. On traverse quelques gares de campagne, les voyageurs disparaissent dans l’obscurité, je reste un peu seule, j’ai un peu peur, mais j’aime ce voyage nocturne, ce dernier train. Parfois, quand il fait encore jour, je m’installe dans le premier wagon avec vue plongeante sur les rails à travers la cloison de verre et par-dessus l’épaule du conducteur. Il y a ce moment où, en quittant la gare, on passe devant des espèces de miradors, comme dans les prisons ou dans les camps. Puis le train traverse un certain nombre de nœuds ferroviaires. Il pourrait sinuer et aller plutôt vers la droite, vers la gauche, vers le milieu. L’observateur ne le sait pas jusqu’au dernier moment. Le train s’engage, choisit, jusqu’à l’embranchement suivant. Et on se dit que c’est comme dans la vie, un rien vous fait basculer d’un côté ou de l’autre.
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ApoapoApoapo   05 novembre 2017
« […] "ariri" signifie "désenfanté", écrit-il en traduisant par le mot français du XIe siècle dans son commentaire en hébreu. Mais "ariri" vient aussi de "er", dit Rachi, qui signifie lucide, vigilant. Je vais, je marche, comme tu me l'as ordonné et j'ai acquis de la lucidité, je vois ce qui se passe. Le mot "ariri", poursuit Rachi, signifie aussi "ruine", "destruction". Et aussi "ébranlement". Je suis lucide et ma lucidité me ruine et m'ébranle. Je suis proche de la mort, lucide et stérile. » (p. 224)
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Video de Rosie Pinhas-Delpuech (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Rosie Pinhas-Delpuech
Rosie Pinhas Delpuech - L'angoisse d'Abraham .Rosie Pinhas Delpuech vous présente son ouvrage "L'angoisse d'Abraham" aux éditions Actes Sud. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/pinhas-delpuech-rosie-angoisse-abraham-9782330064631.html Notes de Musique : Running Watters par Jason Shaw. Vimeo Music. Retrouvez la librairie Mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat You Tube : https://www.youtube.com/user/LibrairieMollat Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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