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Louise Servicen (Autre)
ISBN : 2070224074
Éditeur : Gallimard (12/10/1982)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 39 notes)
Résumé :

"Ne dites plus, ne dites jamais plus que l'approbation de votre conscience vous suffit. Quand vous avez commis telle action? Hier, aujourd'hui, il y a une minute? Et maintenant? Ah, maintenant, vous voilà prêt à admettre que vous auriez peut-être agi de façon différente. Et pourquoi? Vous pâlissez? Peut-être reconnaissez-vous aussi à présent, qu'il y a une minute, vous étiez un autre ? Mais oui, pen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  08 février 2017
Vitangelo Moscarda (Gengé, pour sa femme Dida) est un individu assez bien nanti mais plutôt ordinaire, peut-être même un peu insignifiant (en tous cas, rien à voir avec son illustre père) jusqu'au jour où sa femme lui lance une remarque innocente sur son nez. Il n'y avait jamais porté attention, à son nez, il le jugeait dans la norme. Ce fait anodin change la perception qu'il a de lui-même. Et si les autres trouvent son nez ridicule, ils risquent de trouver aussi ridicules lui-même et ses idées. le grand auteur italien Luigi Pirandello jette les bases d'une prémisse terrifiante mais très vraie, dont l'exploration est fort intéressante : à savoir que la réalité n'est jamais telle qu'on la croit, qu'elle change selon les perceptions des individus.
Cette révélation change complètement de Moscardo. Et si les Autres avaient tout faux depuis si longtemps ? Et Sebastian Quantorzo et Stefano Firbo, les amis et fidèles conseillers de son défunt père, qui administrent son empire commercial en son nom, pensent-ils la même chose ? le jeune homme commence à prendre conscience que la réalité n'est pas objective. Et, quand on y pense, ça a du sens.
Donc, Moscarda tient à tout prix à montrer à tous son vrai « moi ». Pour y arriver, il commet des actes qui paraissent étranges à ses proches pour les forcer à le voir tel qu'il est vraiment et non pas comme ils le perçoivent. Par exemple, il expulse un de ses locataires, Marco di Dio, d'un de ses logis minables pour ensuite lui offrir une belle maison. Un tel don étonne Quantorzo et Firbo qui, au lieu de chercher à comprendre, supposent que le narrateur perd la raison et dilapide la fortune dont ils ont la responsabilité…
Conséquemment, ses proches organisent une rencontre d'urgence pour tirer tout ça au clair, seulement Vitangelo, Dida et Quantorzo. Mais était-ce tout ?
« Car ils avaient la conviction que dans ce salon nous étions trois, et non neuf. Ou plutôt huit, étant donné que moi, - pour moi-même – je ne comptais plus désormais. À savoir :
1. Dida, telle qu'elle était pour elle-même.
2. Dida, telle qu'elle était pour moi.
3. Dida, telle qu'elle était pour Quantorzo.
4. Quantorzo, tel qu'il était pour lui-même.
5. Quantorzo, tel qu'il était pour Dida.
6. Quantorzo, tel qu'il était pour moi.
7. le Gengé chéri de ma femme Dida.
8. le cher Vitangelo de Quantorzo. »
Cette multiplication des êtres devient un concept intérssant sous la plume de Luigi Pirandello. Et effectivement, nous sommes autant d'individus différents selon les gens qui croisent notre chemin. Et ce qu'il est pour un individu ne sera plus pareil s'il rencontre le même individu ultérieurement. La réalité est changeante et, conséquemment, multiple. En d'autres mots, l'homme n'est pas un, il est multiple. D'où la signification du titre : « Un, personne, cent mille »
Malheureusement, les autres ne semblent pas en avoir conscience (et ils ne le désirent pas), ils concoivent le monde uniquement de leur perspective. Et cette tentative du narrateur d'essayer de le leur faire avaler ne mène nulle part. En fait, il se rend compte que, pour eux, il n'est personne.
Bref, la première moitié est intéressante. La pensée de Pirandello va plus loin mais, hélas, plus il a développé son idée, plus il m'a perdu.
Incidemment, tout s'étire en longueur dans la seconde. le narrateur fait ses expériences, essaie de contrecarrer les manigances de ses proches, avec plus ou moins de succès. Je commençais à me lasser un peu et le dénouement est arrivé juste à point. Il n'est pas mauvais mais j'avais espéré quelque chose de plus enlevant. D'un autre côté, pouvait-il être différent ? Pas vraiment. Dans tous les cas, rendu à ce point j'avais seulement hâte que le roman se termine.
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colimasson
  02 août 2014
« Ton nez n'est pas droit » : voici le départ d'une grande psychose. Représentons Moscarda tel qu'il se voit d'après son référentiel par le symbole LUI{LUI}. La remarque que sa femme lui adresse lui fait prendre conscience que LUI{LUI} ≠ LUI{AUTRE}. En s'observant, LUI{LUI} découvre une nuance supplémentaire : IL est PLUSIEURS. Ses traits de caractères s'affirment avec des degrés d'intensité différents en fonction des personnes auxquelles il se confronte –il s'agit de l'adaptation et de l'intelligence sociale, du sacrifice de soi pour le bénéfice de la cohérence sociétale. Et si toutes ces caractéristiques, finalement, ne représentaient rien ? Même plus terrorisé par la perspective de cette découverte, IL admet n'être PERSONNE. En passant par les trois représentants de cette trinité de l'Absurdité, Moscarda reconnaît qu'il ne dispose d'aucune indépendance d'esprit, qu'il échappe à la possibilité de connaître objectivement le monde, qu'il ne peut juger ni apprécier quoi que ce soit en l'absence de toute valeur absolue et que, de fait, il se coupe de toute possibilité de communiquer avec autrui car l'échange nécessite un minimum de constance, de partialité et d'identité.

Moscarda n'est pas psychotique, contrairement à ce qu'affirme son entourage. le paradoxe est le suivant : plus il s'affirme (ou croit s'affirmer), plus il s'éloigne de l'image que les autres ont de lui. Plus il s'affirme, et moins il est sûr de pouvoir un jour se connaître. Moins il se reconnaît, moins il reconnaît les autres, aussi isolés que lui dans le mensonge de leur identité. Pour ne pas s'effondrer dans la terreur, Moscarda se raccroche à la réalité matérielle des objets qui l'entourent ainsi qu'à la spontanéité de la nature encore épargnée par les nécessités du contrat social. Ce dernier semble responsable de l'aliénation de l'être humain : il exige que l'identité et la norme sociale se confondent pour effacer les subtilités de la conscience. Wittgenstein disait que les limites de mon langage signifient les limites de mon monde : aurait-il découvert lui aussi la supercherie de l'identité ?

Luigi Pirandello explore la question sous tous ses angles en faisant se succéder des chapitres courts et frémissants, comme des illuminations intellectuelles portant la charge d'une révolte sociale passionnée. le soufflé retombe cependant rapidement. Toutes ces questions ont déjà été soulevées, et Luigi Pirandello n'apporte aucune autre réponse que celle, catégorique mais limitée, signifiant qu'il n'y en a pas. Dans un élan de nihilisme absolu, il faudrait devenir absolument PERSONNE, et que TOUS s'alignent sur le même modèle. Moscarda se fond avec le Brahman…on ne saura jamais s'il en pleure ou s'il en rit.

Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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paroles
  25 juillet 2013
Miroir, mon beau miroir, dis moi qui est le plus beau ?
Jusqu'à présent, Vitangelo Moscarda pensait bien s'en tirer sur le plan physique. Mais voilà qu'aujourd'hui, sa femme, lui fait remarquer qu'il a le nez légèrement de travers.
Et cette petite remarque, tout à fait anodine, va le plonger dans un abîme de réflexions.
Le regard qu'il va porter sur le monde et surtout sur lui-même va en être profondément bouleversé. En réalité, qui est-il ? Comment les personnes qui l'entourent le perçoivent-elles ?
Est-il unique ou démultiplié autant de fois qu'il croise amis ou parents ?
Vous pensez : voilà un sujet bien sérieux ! C'est vrai, le sujet est sérieux, mais Pirandello le traite de façon irrésistible. Notre héros (sympathique, farfelu, pour lequel nous éprouvons une immense empathie) se retrouve toujours dans des situations cocasses. Et puis, il nous apostrophe, nous lecteurs. C'est qu'il veut bien cheminer dans ses réflexions, mais pas tout seul ! Il veut nous prouver que nous sommes prisonniers de notre conscience et qu'en nous se trouve l'étranger.
Alors nous le suivons dans les méandres délirants de sa pensée, nous explorons sa conscience, nous découvrons sa conception de la réalité et celle des autres : nous pouvons être un, personne ou 100 000.
C'est drôle et triste à la fois, car le personnage de Moscarda se retrouve seul, lâché par sa famille, ses amis. Ses pensées et ses actes, si éloignés des conventions, l'ont marginalisé.
Une histoire singulière mais de riches réflexions sur le regard des autres.
A lire absolument !
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zazimuth
  10 juillet 2017
C'est un livre qui m'a fortement marquée et dont l'expression du titre est d'ailleurs entrée dans mon langage^^
Ce qui tracasse le narrateur est une véritable question métaphysique mais lorsqu'on en prend conscience on ne peut nier ce fait : nous sommes tous faits d'une multitude de facettes que nous ne révélons pas toutes aux mêmes personnes... ce qui fait que personne ne peut nous connaître totalement.
Un texte incontournable sur l'identité.
Extrêmement profond je trouve.
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Fab555
  02 février 2017
Ce roman est atypique, si tant est qu'on puisse parler de roman. La trame narrative est des plus ténues et on n'est jamais pris par l'histoire, hormis la captatio benevolentiae du début. le livre se veut bien plutôt une réflexion sur l'identité, la conscience, la folie. La fin vaut quand même vraiment le coup. Elle rappelle le Camus du "Vent à Djémila", quand le narrateur a le sentiment de se dissoudre dans le vent et de devenir le vent. Après ce genre de texte, seule la poésie reste possible, tant il détruit toute notion de sujet et dénonce l'arbitraire des mots, des masques qu'on adopte, des idées qu'on se fait de nous-même.
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   03 février 2017
La solitude n'est jamais avec vous ; elle existe toujours sans vous et n'est possible qu'en présence d'un étranger. Peu importe le lieu ou la personne, pourvu qu'ils vous ignorent totalement, que vous les ignorez totalement, afin que votre volonté et vos sentiments demeurent en suspens, se dissolvent dans une incertitude anxieuse, et que, votre personnalité cessant de s'affirmer, vous perdiez la conscience de vous-même.
Il n'est de solitude véritable que dans un lieu animé d'une vie propre, où aucun chemin ne s'ouvre devant vous, où aucune voix ne résonne, et où, par conséquent, l'étranger, c'est vous.
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colimassoncolimasson   02 août 2014
J’étais donc demeuré immobile sur bien des routes, arrêté dès les premiers pas, l’esprit occupé de mondes, ou de cailloux, ce qui revient au même. Mais il ne me semblait nullement que ceux qui m’avaient dépassé et qui avaient parcouru tout le chemin, en sussent au fond plus long que moi. Certes, ils m’avaient distancé, en piaffant comme de jeunes chevaux mais, au bout de la route, ils avaient rencontré une charrette –leur charrette. Ils s’y étaient laissé docilement atteler, et à présent, ils la traînaient derrière eux.
Moi, je ne traînais aucune charrette ; aussi n’avais-je ni brides, ni œillères ; j’y voyais certainement plus qu’eux ; mais je ne savais où aller…
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SachenkaSachenka   01 février 2017
J'aurais pu, il est vrai, me consoler en réfléchissant qu'après tout, mon cas n'avait rien d'exceptionnel, et qu'il illustrait une fois de plus ce lieu commun : à savoir que nous remarquons facilement les imperfections des autres, sans douter des nôtres. Mais déjà mon mal commençait à germer et à prendre racine dans mon esprit et cette réflexion ne me consola point. Au contraire, la pensée que je n'étais pas pour autrui tel que je me l'étais figuré jusqu'alors, me devint une vraie obsession.
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SachenkaSachenka   03 février 2017
- Et les autres? Les autres ne sont pas en moi. Pour eux, qui regardent du dehors, mes idées et mes sentiments sont pourvus d'un nez, mon nez. Et ils ont une paire d'yeux, que je ne vois pas, et qu'ils voient. Quel rapport existe-t-il entre mes idées et mon nez? Pour moi, je ne pense pas avec le nez, et je ne prends pas garde à mon nez quand je pense. Mais les autres, qui ne peuvent voir mes idées en moi, et qui du dehors, voient mon nez? Pour les autres, la relation entre mes idées et mon nez est si intime, que si celles-là, par exemple étaient sérieuses, mais que celui-ci fut de forme comique, ils éclateraient de rire.
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colimassoncolimasson   21 septembre 2014
Car ils avaient la conviction que dans ce salon nous étions trois, et non neuf. Ou plutôt huit, étant donné que moi, -pour moi-même- je ne comptais plus désormais.
A savoir :
1° Dida, telle qu’elle était pour elle-même.
2° Dida, telle qu’elle était pour moi.
3° Dida, telle qu’elle était pour Quantorzo.
4° Quantorzo, tel qu’il était pour lui-même.
5° Quantorzo, tel qu’il était pour Dida.
6° Quantorzo, tel qu’il était pour moi.
7° Le Gengé chéri de ma femme Dida.
8° Le cher Vilangelo de Quantorzo.
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Videos de Luigi Pirandello (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Luigi Pirandello
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