AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2823600035
Éditeur : Editions de l'Olivier (23/08/2012)

Note moyenne : 2.78/5 (sur 68 notes)
Résumé :
« J'ai souvent eu l'impression, en écrivant ce livre, d'emprunter des discours tout faits comme on louerait des voitures pour le plaisir de les rendre à l'autre bout du pays complètement cabossées », confie l'auteur.

Rassemblant des échantillons prélevés dans les médias et sur les forums, détournant les sophismes et les clichés de la doxa ambiante qu'elle mixe avec érudition et humour aux discours savants ou sociologiques, Emmanuelle Pireyre organise ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
horline
  31 août 2012
Le roman d'Emmanuelle Pireyre raconte …difficile à dire et à décrire car la première question qui vient à l'esprit est est-ce bien un roman ? ce n'est pas plutôt un essai ? Un laboratoire d'écriture ? Une fois le livre refermé le lecteur demeure perplexe, l'auteur mêlant sans cesse la fiction avec la réalité, l'imaginaire des personnages avec les aliénations du monde social entre « passerelles logiques et tunnels oniriques ». Il n'y pas de fil narratif mais une suite de réflexions disparates, appliquées à un schéma imaginaire.
Avec une succession d'histoires éclatées portant sur les dogmes contemporains de la société, E. Pireyre s'appuie sur une question actuelle, la décortique jusqu'à en épuiser la substance pour mieux mettre en évidence la prégnance du monde dans lequel on vit. Dans chacun des récits, l'auteur confronte la passion, le rêve, ou la sauvagerie du personnage aux codes de la société. C'est une confrontation non sans heurt. Face à ce qui apparaît après démonstrations comme des poncifs rigides et aberrants de la société moderne, aux premiers desquels la finance, le management japonais ou la religion, chacun d'eux revendique un désir d'émancipation, une liberté de pensée… Ils tentent à leur manière de réenchanter le monde.
Si a priori, les questions apparaissent farfelues, le ton léger, et si les réflexions étirées jusqu'à l'extrême aboutissent parfois à des réponses absurdes, on doit reconnaître à l'auteur le talent de tourner dans tous les sens nos représentations habituelles et nos sens communs. La technique est déconcertante dans la mesure où c'est tout à la fois ludique et érudit. L'humour venant certainement écarter la pesanteur du thème de la réflexion.
Cependant pour qui n'est pas familier avec l'univers d'Emmanuelle Pireyre, cette lecture demande un effort de concentration constant. C'est une lecture un peu trop exigeante lorsqu'on recherche dans la fiction l'abandon de soi et le droit à la paresse intellectuelle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          240
Christw
  20 novembre 2012

Le jury du prix Médicis a joué la carte du risque en couronnant cette féerie. Annoncé comme une compilation de textes composites présentés de manière novatrice - à l'image de la diversité documentaire d'une session sur le web ? -, le livre constitue a priori une cible intéressante pour le chasseur de structures littéraires singulières. John Dos Passos n'avait-il pas réussi dans le récit hétéroclite avec Manhattan Transfer en 1925 ?
Il ne s'agit pas d'une histoire ni d'un essai mais de l'énumération de choses qu'Emmanuelle Pireyre trouve belles dans ce monde. Non au plan des apparences physiques mais à celui des idées.
Parler de sujets très divers est louable, insinuer des liens entre eux l'est autant puisque tout se tient avec la mondialisation et les réseaux sociaux. Mais peut-on tout mêler ? On s'étonnera qu'un hacker malveillant, tout sympathique qu'il soit, et qui est sans doute à sa façon un héros des temps moderne, trouve place dans une féerie qu'on voudrait davantage souriante et sereine qu'inquiétante.
On surfe sur des idées réformistes qu'on s'attend à trouver dans les conversations branchées d'un meeting anticapitaliste. Ceci ne fait pas problème, mais lorsqu'on voit pointer la révocation du fonctionnement de la société contemporaine, on s'attend quand même, à un moment ou l'autre, à voler un peu plus haut. D'autant qu'on convoque des noms sérieux comme Giorgio Agamben, Nietzsche, Boris Cyrulnik (de façon voilée pour celui-ci),… qui font espérer plus que des péroraisons absconses. Vrais débats et propositions se font attendre jusqu'à ce que le paragraphe décline gentiment dans une photo insigne répétitive, un chat ado débile voire une touchante collection de baisers. Si si, c'est bien compris, Emmanuelle Pireyre veut parler tendresse et bulles bleues alors que ce monde sombre dans les profits bourgeois et les monstres financiers, c'est aimable mais n'est-il pas un peu mince cet énorme cliché ? Et quelques mots réussis - "Il fallut attendre le 16è siècle pour que la note si soit ajoutée à la gamme de do" - ne suffisent pas.
En cours de lecture, j'ai tenté - je devais passer à côté de quelque chose - de sonder le projet de l'auteure à travers cette vidéo: l'interview traînante ne fait que répéter le livre. Et de concéder elle-même que ses féeries sont parfois tirées par les cheveux.

Entre sérieux, futile, fleur bleue et philosophie, le lecteur perd tout repère. le mixage audacieux pourrait fonctionner, mais on en sort fatigué à force de ne pas s'amuser ni rien apprendre. Il ne suffit pas d'arborer crânement des insignes contestataires mais encore faut-il les présenter sous une forme littéraire esthétique destinée à la diffusion. Je n'ai pas le sentiment que ce soit réussi ici.
La véhémence de ce billet vient évidemment de la mauvaise humeur induite par la volonté d'aller jusqu'au bout du livre. Il aurait mieux valu y renoncer dès qu'il se refusait. L'inventivité d'Emmanuelle Piryeyre, sa vivacité intellectuelle n'ont pas suffi, selon à moi, à produire plus qu'un distractif pied de nez. Voilà un bandeau rouge qui ne lui va pas bien.

Lu en format ePub sur Sony PRS-T1

Lien : http://marque-pages.over-blo..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
fanfan50
  28 août 2015
J'ai regardé quelques critiques des Babeliotes et je me suis lancée dans la découverte de Féerie générale et j'ai été sous le charme. C'est léger et instructif à la fois.
Moi qui n'aime pas les Mangas car ce n'est pas ma génération d'y adhérer, j'ai vu avec déplaisir qu'un abus de lecture de mangas avait conduit un jeune otaku nommé Tsutomu Miyazaki à tuer et dévorer quatre fillettes dans les environs de Tokyo ! C'est juste un rappel des faits qui se sont passés en 1989. Personnellement je m'en souvenais fort bien.
L'auteure mêle des faits réels avec un peu d'imaginaire et cela passe très bien. Les enfants traders qui veulent vendre leurs appartements de la Côte d'Azur pour se renflouer et qui posent des questions pertinentes à leur maîtresse sur le but des banquiers, je ne pense pas que cela existe en vrai : c'est juste une extrapolation de sa part, une petite féerie...
J'ai aimé le thème récurrent des baisers (avec la langue bien sûr car c'est prouvé que les garçons ne savent pas embrasser) car cela donne beaucoup de légèreté à son discours. Moi aussi j'aime les films où on s'embrasse tout le temps. Là, c'et un peu les Bisounours.
Beaucoup de songes dans ce livre qu'on aimerait qu'ils deviennent réalité. Par exemple, "une allocation, un revenu de base versé à tous, adultes et enfants, sans obligation de travailler.Les gens deviennent maîtres de leurs choix, ils ont suffisamment pour vivre, et peuvent décider de consacrer leur temps soit à la vie associative, soit à ne rien faire, soit à travailler, et dans ce cas leur salaire s'ajoute à l'allocation." Bienvenue au Pays enchanté où tout désir devient réalité.
L'histoire de SunDog, le hacker californien est aussi très belle. Il dit que "c'est génial d'être un hacker, c'est comme être champion de surf ou chanteur de rock, d'ailleurs il y a des points communs entre nos modes de vie." "Le hacker enchante autrui par son perfectionnisme, sa compréhension intime du système ; il refuse de se laisser aliéner par les applications techniques, et d'être soumis, comme 99 % de l'humanité, aux machines, aux interfaces et aux vendeurs de licences. Il veut rester libre."
J'ai aimé l'excitation cool et le désir de perfection qui étaient présents dans le rêve du Grand Pingouin. le pingouin de Linus, le fondateur du système d'exploitation Linux dans les années 90, qui lui est apparu un jour dans ses visions en train de déguster un poisson assis sur la banquise, symbolisait le système d'exploitation qu'allait bientôt créer le jeune chercheur finlandais, et le poisson avalé représentait les codes trop complexes et les licences payantes. Intéressant !
La fin n'en est pas moins troublante : un jour les peuples du monde entier se révolteront contre tous ces traders qui les ont ruinés et ils se retrouveront au bout d'une fourche. Une réplique de 1789.
C'est assez loufoque mais peut-être aussi dans le style des Oulipiens, c'est une recherche littéraire qui même beaucoup de genre et c'est bien ficelé. Je ne me suis pas ennuyée une seconde.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Magenta
  20 mai 2013
Abandonné aux deux tiers du roman... Ce qui me rassure : je ne me sens pas seule!
Je ne me suis pas vraiment ennuyée à la lecture, non. Même pas. Mais je n'ai absolument pas pu comprendre où l'auteure voulait en venir.
Pas trouvé le fil de l'histoire... Pas aimé le style de la narration... Et même pas accroché aux histoires que j'ai lues. La première m'a même mise très mal à l'aise avec ces gosses de neuf ans qui parlent de Bourse et de vendre leur maison de Cannes avant de perdre de l'argent...
Peut-être suis-je passée à côté de quelque chose mais comme apparemment, je suis loin d'être la seule, je ne m'inquiète pas!
Et je me sens plus légère depuis que j'ai refermé ce livre!
Commenter  J’apprécie          150
Melopee
  28 août 2012
En préambule, je ne trouve qu'une chose à dire : “Que j'ai peiné sur ce livre !” La syntaxe prête déjà au questionnement avec des textes fragmentés qui ne peuvent être difficilement assimilées à des nouvelles classiques, mais qui ne constituent pas non plus un récit linéaire facilement compréhensible. Ces écrits parcellaires portent pour noms des titres intrigants : “Comment laisser flotter les fillettes?”, “Comment habiter le paramilitaire?”, “Comment faire le lit de l'homme non schizoïde et non aliéné?” ou encore “Comment être là ce soir avec les couilles et le moral?”. Autant de questions qui n'entrainent pas de réponses immédiates et unilatérales mais qui laissent présager l'original et le fantasque.
Pourtant, je suis restée tout au long de ma lecture extrêmement décontenancée par la forme de l'ouvrage, par la narration qui semble digresser en permanence vers des considérations secondaires. Pour exemple, le début de livre traite de la bourse, sujet d'étude pour de jeunes élèves. On passe ensuite aux sites de rencontre comme si tous ces sujets contemporains avait un fil conducteur qui coulait de source. Je dois bien avouer que j'ai failli abandonner l'ouvrage après cinquante pages car je me sentais complètement baladée, étrangère à ce roman un brin trop expérimental pour moi. J'ai néanmoins décidé de continuer, non par intérêt mais plutôt par sens du devoir vis-à-vis de de cette rentrée littéraire à laquelle je prends plaisir à participer. Peut-être qu'en poursuivant, j'allais finalement accrocher à ce récit atypique qui détone tout à fait de ce que j'ai pu lire jusque-là. Force est de constater que je l'ai fini toute penaude, me sentant un peu idiote car j'ai eu l'impression de passer à côté des forces de ce petit ovni.
Emmanuelle Pereyre brosse un portrait de la société résolument dissolu avec des personnages complexes, aspirant à la liberté et aux revendications un peu floues. La narration alterne petits textes bien construits et discussions extraites de forums sur Internet. Cela a été une véritable expérience de lecture qui n'a malheureusement pas été convaincante pour ma part. A la manière de chroniques, il aurait fallu piocher en se laissant porter, pour divaguer allègrement avec ces personnages caméléons. J'ai donc un gros regret : celui d'être restée à quai. Quelques mois après lecture, je peux même dire que c'est rageant car j'ai encore l'impression avec ce livre que j'ai été (prise pour) une parfaite imbécile, incapable de comprendre où on me trainait. La féerie n'était pour moi que dans le titre !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60

critiques presse (2)
Telerama   11 septembre 2013
Inventive, adepte de la parodie et des collages, Emmanuelle Pireyre écrit une poésie narrative qui emprunte à toutes les formes d'écriture, et ça pétille, tel un feu d'artifice un soir de 14 Juillet.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lhumanite   08 octobre 2012
Histoires vite dites, paroles toutes faites, idées reçues volent en éclats quand Emmanuelle Pireyre tire sous leurs pieds le tapis de la langue, avec ce livre allègrement subversif, féerique, en somme.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
HenriMoufettalHenriMoufettal   18 novembre 2012
Page 42 Editions de l’Olivier
Nous refusons d’avoir à nous battre ; nous refusons de nous battre premièrement par pur idéalisme (…) ; et nous refusons de nous battre aussi par pure flemme

Page 63
J’ai noté quelques subtilités récentes de la technologie pour nous rendre dépendants, augmenter indéfiniment les surfaces d’échanges. (…) Et en face, j’ai noté comment notre sauvagerie entre dans les vêtements qu’on lui a fabriqués, (…) comment s’y prend notre sauvagerie (…) quand la dose d’interpénétration géopolitique devient démesurément encombrante.

Page 105
Son sujet n’était pas Héroïsme en général, mais Héroïsme contemporain, grosse différence. (…) Il n’y avait pas d’archives, il fallait inventer. 95% des écrits sur l’héroïsme s’arrêtent à la seconde guerre mondiale.

Page 109
Nous vivons dans le musée de l’Homme. Tout est là devant nous (…) mais ces objets demeurent lointains et inaccessibles derrière leur vitre.

Page 160
Terminons les idées, crie William Farrell(…) A partir de maintenant, on prend du bon temps, on va raconter des histoires.

Page 177
Il fallût attendre le 16e siècle pour que la note si soit ajoutée à la gamme de do.

Page 179
Lisant tous ces noms disparates et énigmatiques, on croit voir une série de boites en métal sur une étagère. (…) On a envie d’ouvrir les boîtes et d’en découvrir le contenu ; mais le mieux est de ne pas le faire.

Page 202
Nous vivons au second degré.

Page 209
Le mari du futur est un mari qui, ostréicole, croise les obstacles et les transforme en perles nacrées au fur à mesure.

Page 212
On nota de ici et là la présence de milliers de gens extraordinaires comme Arthur Rimbaud ou Georges Brassens, capables de vivre en résistant aux chocs, de remettre les compteurs à zéro sans faire tout un foin.

Page 216
Ainsi donc, été, hiver, la montagne ne se laisse pas impressionner par les éléments variables.

Page 247
Attention (…). Le rationnel n’est pas le raisonnable ; plus tu fonces en avant avec ta rationalité mathématique, plus la raison morale aura du taf en back office pour opérer le contrôle et vérifier que tout est bien conforme.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
GwordiaGwordia   31 août 2012
A un moment donné, la plupart d'entre nous parvinrent à la conclusion qu'il faudrait supprimer le service militaire, institution vieillotte qui ne coïncidait plus avec notre état d'esprit.Il y eut un consensus là-dessus, tous les garçons du pays avaient déjà pris l'habitude de se faire réformer ; ils se sentaient inaptes à la conscription, se trouvaient de gros défauts, des maladies mentales, des addictions. De leur côté, les militaires ne voulaient plus d'eux non plus, ils n'en pouvaient plus de supporter cette bande de bras cassés. Le service militaire avait été utile à une époque où des poitrines devaient être opposées à d'autres poitrines. Alors qu'à présent les armes récentes, lance-projectiles à détonateurs téléguidés, blindés amphibies évoluant en atmosphère contaminée, ne peuvent plus êtres confiées à des amateurs. Ces armes ultrasophistiquées font constamment apparaître notre incompétence, nous nous sentons nouilles.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
horlinehorline   31 août 2012
Au fil des années, à force de les voir passer chaque nuit dans mes rêves, j’ai associé ces quatre jambes sauvages et familières à ce qui, dans l’amour, est de l’ordre de la forêt abrupte et nécessite un isolement vertical, des arbres hauts, un lac…
Et puis aussi, au fil des années, voyant nuit après nuit ces jambes passées dans mes rêves, je leur ai évidemment aggloméré d’autres choses encore. Au fur et à mesure j’ai aggloméré à ces jambes la manière que nous avons d’être intraitables, notre précieuse réserve de récalcitrant, notre répulsion pour le monde social. J’ai cristallisé dans ces jambes, dans cette nature silencieuse et ce lac, notre violence qui ne veut pas se restreindre, notre irrationnel primitif qui pouffe et qui ricane, notre corps qui ne veut pas mourir, ne veut pas obéir, notre itinérant qui ne veut pas vivre en société, ne veut pas se plier aux lois, refuse de payer la taxe de séjour.
[...]
Il y a en nous une tension poétique, un désir féerique d’exister seuls dans l’absolu, de vivre isolés, à deux ou en micro-unités, environnés de nature ; bref, tout ce genre de sentiments qu’on pourrait appeler belles jambes sèches, musclées, récalcitrantes, qui la nuit nous claironnent le rappel.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
fanfan50fanfan50   28 août 2015
Mon rêve américain se résume surtout à des jambes : on voit, comme dans une séance de cinéma de dix secondes, les jambes nues d'un homme et d'une femme marchant côte à côte ou légèrement décalés, en tout cas assez vite, les quatre pieds nus frappant le sol. Les deux personnages de mon rêve se nomment Charlotte et Wilbourne, ce sont les personnages des Palmiers sauvages de William Faulkner. J'ai commencé à faire ce rêve aussitôt après avoir lu le livre, il y a des années. Le reste du livre de Faulkner est passé en mode basse résolution, je n'en ai qu'un souvenir assez flou. Seule est restée intacte cette scène minuscule du milieu du livre, dans une maison isolée, en pleine nature américaine.
A ce moment du livre Charlotte et Wilbourne viennent de passer les mois d'été totalement coupés du monde dans cette maison prêtée par un ami. Comme Charlotte est mariée à un autre homme, leur histoire d'amour illégitime a valu à Wilbourne de perdre son emploi de médecin. La solitude ne les gêne pas, au contraire. Pour bien saisir l'atmosphère du rêve, il faut se représenter que la maison dans laquelle passent les jambes est située auprès d'un lac ; il faut prendre la mesure de l'épaisseur verte et silencieuse de la nature. Le séjour au bord du lac est une expérience d'amour adamique isolé dans la nature, sans rapport avec la société, sans rapport avec d'éventuels voisins tondant la pelouse qui feraient un petit coucou par-dessus la haie. Charlotte et Wilbourne ne veulent pas être des voisins, ni un couple respectable ; ils ne veulent pas être un mari, ni une épouse ; la respectabilité est pour eux le repoussoir, la figure du désastre bourgeois. On ne sait pas trop s'il y a du bonheur dans cette vie composée uniquement d'amour, sommeil et baignades, parce que les corps et les esprits sont rugueux, d'une brutalité solide qu'il est bizarre même d'appeler amour. Il y a en tout cas une forme d'intransigeance simple : n'être régi par aucune contrainte extérieure, être ensemble chaque jour, coucher ensemble chaque nuit, n'être soumis à aucune des obligations, aucun des rythmes du monde social.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
GwordiaGwordia   31 août 2012
Bien sûr, ils étaient encore petits, ils n'étaient qu'à l'école primaire ; aussi ils ne tenaient pas longtemps avec les analyses vraiment prises de tête, ils avaient tout le temps envie de déconner. Certains jours où ils avaient du mal à anticiper le marché, ils disaient : "Quel après-midi pourri ! Si ça continue, je vais devoir vendre un de mes apparts à Cannes pour renflouer mes comptes de trading !" Ils avaient besoin de se défouler, même s'ils avaient conscience que le sujet était grave, même si quelques fois ils étaient soucieux et demandaient à la maîtresse : "Maîtresse, le but des banquiers, c'est de ruiner tout le monde ou quoi ?" - Juste les petits comme toi, répondait la maîtresse. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et eux ils doivent se faire de gros bénéfs. En plus, expliquait la maîtresse, ils peuvent te fourguer les produits merdiques qu'ils ont inventés et travailler avec des infos privilégiées en utilisant leurs fonds propres. Donc on peut pas lutter... c'est comme ça."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Emmanuelle Pireyre (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emmanuelle Pireyre
Ecrire après Duras .Christine Angot,Florence de Chalonge,Joëlle Pagès-Pindon,Emmanuelle Pireyre,Oliver Rohe,Jean-Max Colard Comment l?écriture durassienne se continue-t-elle dans la littérature contemporaine ? Quels échos trouve-t-elle dans ses textes, mélangés à d?autres sources, à d?autres enjeux ? Parmi une oeuvre diverse et qui a incroyablement su varier la forme de son écriture, quelle Marguerite Duras les auteurs d?aujourd?hui retiennent-ils ? Lectures, dialogues, hommages, tenteront de dresser la cartographie de cet héritage.
autres livres classés : modernitéVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (2 - littérature francophone )

Françoise Sagan : "Le miroir ***"

brisé
fendu
égaré
perdu

20 questions
1539 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , littérature française , littérature francophoneCréer un quiz sur ce livre