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EAN : 9782368909621
Le Passeur (01/09/2022)
4.67/5   3 notes
Résumé :
Une quête de soi à travers la quête de la littérature et la recherche du père. Une errance qui est aussi un voyage littéraire. " Le soleil se lève sur le petit aéroport d'Assouan. Sur le désert nubien... Comme sur la steppe de la Faim ce matin lointain, avant la chasse au loup. C'est le même soleil qui se lève. Il se lève sur un monde différent. Sur une vie différente. Mais c'est le même grand disque incandescent, et elle trouve de la consolation dans cette pensée.<... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
hcdahlem
  08 décembre 2022
Mon père, mes livres et mes maris
Dans un premier roman aux forts accents autobiographiques, Svetlana Pironko brosse un beau portrait de femme. Et prouve à nouveau combien la littérature est une formidable porte vers la liberté.
Une vie de femme, un parcours initiatique, une envie irrépressible d'émancipation. En suivant L. qui tente d'avancer dans la vie sans tout comprendre de la vie que mènent ses parents, on découvre une ferme volonté d'avancer mais aussi un parcours semé d'épreuves.
Parmi les images qui restent gravées dans la mémoire de l'enfant revient d'abord cette insulte proférée par une gitane à sa mère, cette conne qui n'a pas su garder son mari et qui déstabilise les deux promeneuses. L'angoisse qui l'étreint lorsque sa mère lui annonce que le P'tit Prince, son frère né dans la joie quelques mois plus tôt, est gravement malade et qu'elle part avec lui à l'hôpital. Un événement qui lui permettra toutefois de se rapprocher de ce père trop absent. Il ira jusqu'à accepter de l'emmener avec lui à la chasse, lui fera découvrir Hemingway et deviendra son superman.
Loin de tout, au gré des affectations, elle va aussi trouver un point d'ancrage dans ses lectures. Une bibliothèque qui va devenir un centre de formation pour l'adolescente en mal d'ami(e)s.
Puis viennent les premiers émois amoureux, la rencontre avec Grégoire l'artiste-peintre qui fait partie d'un groupe de touristes qu'elle est chargée de guider. Cet homme plus âgé a surtout pour L. l'aura du parisien, habitant cette ville fantasmée au cours de ses lectures et qu'elle rêve de découvrir.
Si c'est grâce à lui qu'elle prendra son envol, on comprend très vite que ce mariage est d'abord un moyen de s'évader. L'écriture tout en subtilité de Svetlana Pironko laisse deviner que l'amour pour Grégoire cache l'envie d'une autre vie, plus riche, plus dense. On va dès lors suivre le couple à Paris, à Séville, à Venise ou encore en Toscane. Mais on va surtout suivre la trajectoire d'une femme avide de connaissances, de culture, d'expériences.
En découvrant le milieu de l'édition, elle se sent enfin dans son élément. Les idées, la création et même la séduction forment alors un feu d'artifice qui permettent à L. se s'épanouir. de ses rencontres dans les salons professionnels jusqu'à la tanière d'un écrivain britannique.
Si l'on retrouve dans ces lignes bon nombre d'éléments autobiographes, c'est d'abord la volonté et l'envie qui donnent à ce roman une belle énergie. En voulant donner raison à Hemingway, après Paris est une fête elle se rappellera que le soleil se lève aussi, prouvant qu'il est bon de rêver sa vie... avant de la vivre.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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maevedefrance
  10 septembre 2022
"Il faut que je te dise : celui qui mange de la viande d'ours une fois n'aura plus jamais peur dans sa vie." Voilà ce que dit un jour papa à sa fille. Nous sommes quelque part en Asie Centrale, où la steppe est "comme un tapis multicolore pendant les premiers jours de mai. Couverte de tulipes sauvages. Jaune, blanc, rouge. A perte de vue." C'est dans cet univers sauvage que grandit la petite Luciole, au milieu des loups, des saïgas (antilopes), des saxaouls, des lacs gelés en hiver et des serpents d'eau. Entourée de ses parents, de ce papa qui l'emmène partout et d'un petit frère, un fragile P'tit Prince. Mais un jour, il faut partir : papa est appelé pour une mission ailleurs. Luciole est arraché à cet univers et se retrouve dans un immeuble gris. Mais devant la bibliothèque de son père, elle découvre une échappatoire. Elle vient de terminer L'adieu aux armes d'Hemingway et découvre Paris est une fête. Elle décide que "Paris est la capitale du monde. Et [que] c'est là qu'elle veut être." Joli programme !
Une heure avant la vie de Svetlana Pironko est un roman qui fait voyager. Ça parle d'enfance, de littérature, de construction de soi, de deuils, de nouveau départ. "Une heure âpre la mort, notre âme évanouie sera ce qu'elle était une heure avant la vie" : cette citation de Savinien Cyrano de Bergerac a inspiré le titre, au premier abord un peu singulier, de ce beau roman. L'histoire d'une femme libre qui se façonne grâce à sa passion immodérée pour la littérature, les voyages, les grands espaces et Paris, le tout dans l'amour inconditionnel de son père.
Une histoire pleine de love, de déclaration d'amour mais avant tout de liberté, d'autodérision et de répliques qui font mouche dans les soirées chics ! 🤗 Il y a des scènes parfois "exotiques", comme une journée de mariage (marquante) chez les nomades d'Asie Centrale ou décalées dans le Paris bohème. C'est émouvant, drôle et parfois aussi un peu coquin. :)
"Un homme lui tend la main et se présente :
_ My name is Clavell. Edward Clavell.
Elle tend la sienne et dit :
- Pleased to meet you. My name is Bond. James Bond."
C'est ma première lecture de la rentrée littéraire et j'ai adoré ! J'ai suivi intrépide Luciole jusqu'au bout de la nuit dans cette histoire finement tissée.
C'est le premier roman de quelqu'un qui en connaît un rayon sur le monde du livre. Svetlana Pironko a eu le courage d'inverser les rôles en prenant la plume. C'est un super challenge qui, à mon sens, a le mérite d'être relevé avec une oeuvre de qualité.
J'espère qu'il y en aura un prochain.
Svetlana vit entre Paris et Dublin.
Une belle découverte publiée aux éditions du Passeur.
Lien : http://milleetunelecturesdem..
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LettresCapitales
  20 octobre 2022
En écrivant son premier roman, Une heure avant la vie, Svetlana Pironko se lance le défi de répondre par la voix de sa narratrice à une formule suggestive qui l'obsède depuis son adolescence et dont elle fait la vraie fondation narrative de son récit : « l'invention de soi ». Dès lors, un vaste éventail de thèmes – l'amour, la liberté, le désamour, la solitude, le déracinement, la condition d'apatride, la filiation, l'écriture, la fiction, la mort, l'au-delà –, va se déployer, le tout accompagné d'une sensibilité venue d'ailleurs, des territoires infinis de la steppe kazakhe, ce « nulle part » aux magnifiques couleurs et « au parfum si fin, si différent » qu'elle aime tant. Son pari est plus que réussi, son roman dévoile un vrai talent, apte à construire une réflexion fouillée sur la condition humaine à travers le regard sensible d'une femme de notre temps qui revendique son droit à son indépendance et au bonheur.
Lien : https://lettrescapitales.com..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   08 décembre 2022
(Les premières pages du livre)
« Un gros mot
Dans ses souvenirs d'enfance, c’est toujours l'été.
Elle marche dans la rue avec sa mère. Main dans la main. Elle est trop grande pour qu'on lui tienne la main, mais aujourd’hui maman est une copine. Elles sont allées au cinéma. Pas le cinéma du quartier, où travaille son grand-père. Elle y va quand elle veut. Avec Nina ou même seule. Le vrai cinéma, en ville ! Et avant, une glace à «La Reine des neiges».
Elles ont vu Le Lac des cygnes. Elle a un peu pleuré à la fin. Elle n'aime pas pleurer.
Après, maman lui a acheté un petit sac à main au «Monde des enfants». Presque un vrai sac de dame qu’elle porte maintenant à son coude, Comme fait maman quand ils sortent avec papa. Le sac de maman est plus beau — il est en cuir marron qui est comme du bois poli. Lisse et brillant. Papa le lui a rapporté d'une mission. Et aussi une paire de chaussures qui va avec.
Papa part souvent en mission. Elle aime bien. Il rapporte toujours des cadeaux pour elle et pour maman.
Son sac est rouge. C’est joli, mais elle voudrait un jour avoir le même que celui de sa mère. En attendant, elle parade avec son cadeau écarlate. Et ce n'est même pas son anniversaire!
Elle sent la main de sa mère serrer plus fort la sienne. Il y a une femme, une vieille femme qui fait signe à maman de s'approcher, d’un doigt crochu. Une gitane.
Elle se recroqueville intérieurement. Elle a peur des gitanes — elles crient, gesticulent, abordent des passants qui essaient toujours de les fuir.
La vieille parle à sa mère, mais la regarde, elle. Deux yeux perçants très noirs la fixent. Elle a peur de détourner son regard.
La gitane veut lire la main de maman. Mais comment? Les mains de maman sont blanches et lisses sans rien d’écrit dessus ou dessous.
Maman dit non, merci, pas besoin, et accélère le pas, en lui serrant la main encore plus fort. Elle doit courir maintenant pour suivre. Elle entend la gitane rire derrière elles:
— Pas besoin de lire ta main pour dire que ton mari ne t’aime pas, pauvre conne!
Maman ne se retourne pas. Elle, si. Elle jette un regard qu’elle veut assassin à cette vieille, si laide et si méchante. «Conne toi-même», articule-t-elle, à peine audible.
«Conne» est un très gros mot. Elle le sait. Papa aime maman. Maman est belle. Même si elle a grossi cet été.
Elles tournent dans une petite rue. Sa mère s’arrête et lui lâche la main. Elles sont toutes les deux essoufflées.
Elle enlace les jambes de sa mère et pose sa tête sur son ventre arrondi. Elle attend des mots rassurants qui ne viennent pas. Elle lève la tête. Des larmes silencieuses coulent sur les joues de sa mère. Une tombe sur son front. Elle ne savait pas que les gros mots faisaient si mal. Elle espère que la gitane aussi est en train de pleurer.

Cette nuit, elle fait un rêve. Elle est seule sur un manège qui tourne. C’est un beau manège, avec des animaux en bois, de toutes les couleurs. Il est posé, bizarrement, au milieu de la cour de la maison de ses grands-parents. Elle voit, tour à tour, le grand portail vert, la maison, le potager, le plus beau coin du jardin où sa grand-mère fait pousser des dahlias et des glaïeuls, et la pergola couverte de houblons. Toute sa famille est réunie sous la pergola. Même Mourka et Plimus.
Un autre tour, et de nouveau le portail. Il est en train de s'ouvrir en grand tout seul. Elle voit une vieille femme entrer. C’est elle! La gitane ! Sa robe noire, son grand châle aux roses rouges, ses longs cheveux mal peignés, son sombre visage tout ridé. Ses yeux...
Le manège tourne, mais elle ne veut pas perdre la vieille de vue. Elle l'entend marmonner. Des gros mots encore? Elle se détourne et cherche des yeux sa mère.
Ce qu’elle voit la tétanise. Ils sont tous en train de se transformer en animaux. Pas en bois. Des vrais... Ce grand éléphant, là, c’est grand-papa. Maman se transforme en girafe. Longue, fragile et pleine de grâce, elle se meut vers le portail ouvert. Le lion... Papa! Elle voudrait crier, mais aucun son ne sort de sa gorge. Ils partent tous. Même Mourka et Plimus.
Ils sont partis.
Elle est seule.
Elle se réveille.
Elle a peur pour la girafe. »

À propos de l’auteur
Svetlana Pironko © Photo DR

Svetlana Pironko vit entre Paris et Dublin. Après avoir été traductrice, agent littéraire et éditrice, elle signe son premier roman. De son enfance au Kazakhstan, elle a gardé l’amour des grands espaces et des longs voyages. Elle s’épanouit dans la sérénité des aéroports, où il fait si bon lire et écrire, mais elle aime plus que tout revenir à son port d’attache, Paris.
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maevedefrancemaevedefrance   03 septembre 2022
Ce n'est pas un saucisson. C'est un truc bizarre. De la viande séchée ?
- C'est de la viande d'ours.
- Oncle Konstantin m'envoie de la viande d'ours ? Mais je ne veux pas manger de l'ours ! c'est horrible !
- Oui, mais bon... Il faut que je te dise : celui qui mange de la viande d'ours une fois n'aura plus jamais peur dans sa vie.
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maevedefrancemaevedefrance   03 septembre 2022
Enfin, elle regarde surtout Konstantin. Elle l'aime bien. Bien-bien. Il la fascine et l'intimide.
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maevedefrancemaevedefrance   04 septembre 2022
La steppe comme un tapis multicolore pendant les premiers jours de mai. Couverte de tulipes sauvages. Jaune, blanc, rouge. A perte de vue. Leur parfum si fin, si différent.
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maevedefrancemaevedefrance   03 septembre 2022
Kenzo ?
La manteau.
- Non. Un authentique manteau de nomade, en fait.
Irène est enchantée. Elle tient le clou de sa soirée : une exotique avec une fable en prime.
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