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Silvia Baron Supervielle (Éditeur scientifique) Anne Picard (Traducteur)
EAN : 9782714310286
360 pages
José Corti (06/05/2010)
4.54/5   26 notes
Résumé :
"Journaux, 1959-1971", d'Alejandra Pizarnik : la haute tension du silence
LE MONDE DES LIVRES | 01.07.10 | 17h42 • Mis à jour le 01.07.10 | 17h42

Il y a cinq ans, grâce à la publication de son Œuvre poétique (Actes Sud), on pouvait mesurer l'importance d'Alejandra Pizarnik, écrivain argentin qui n'a vécu que trente-six ans, dont quatre à Paris (entre 1960 et 1964), au cours desquels elle sympathisa avec Yves Bonnefoy, Henri Michaux, Octavio ... > Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
dbacquet
  05 février 2020
De 1959 à 1971 la poétesse Alejandra Pizarnik a écrit ces journaux où elle se révèle assez directement, avec sa souffrance et son désordre, jusqu'à son internement et ses premières tentatives de suicide. Alejandra évoque très souvent une enfance douloureuse, avec ses "labyrinthes de tristesse". Elle était la fille cadette d'une famille juive de Galicie venue s'installer dans la province de Buenos Aires, en 1934, deux ans avant sa naissance . Il y eut sur cette famille un poids terrible. Ce qui explique les dépressions incurables dont souffrit Alejandra, ses sentiments de vide, d'abandon et de déracinement qui hantent toutes ces pages. C'est d'ailleurs en quittant Buenos Aires pour Paris, où elle mène une vie de bohème, qu'elle semble avoir été la plus heureuse, en dépit de son âme tourmentée et de ses addictions. Dans ces journaux Alejandra Pizarnik évoque aussi ses nombreuses lectures, de Cerventes à Artaud ou Breton, son rapport à l'écriture, sa bisexualité, etc. Je souhaitais découvrir cette auteure depuis longtemps et lire ses journaux avant ses poèmes.
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Moglug
  28 mai 2016
A l'heure d'écrire mes impressions sur les Journaux 1959-1971 d'Alejandra Pizarnik, je peine à rassembler mes idées. Les détails triviaux du quotidien que la poétesse argentine prend le temps de narrer dans ses lettres disparaissent ici au profit de réflexions concernant ses lectures en cours : Julien Green, Cervantes, Quevedo, Kafka, Dostoïevski, Góngora, Simone Weil, Borges, Simone de Beauvoir, Rimbaud, Bataille… Elle avale sans compter et analyse les textes en prévision d'articles à écrire. Entre deux bourses obtenues grâce à ses publications, elle voyage à Paris (1960-1964) ou à New York (1968) mais n'extériorise que très peu dans son journal sa vie à l'étranger. Elle ressasse bien plutôt ses angoisses, elle annote ses lectures, se désole de ses amis trop absents. Elle explicite son écriture, ses poèmes qui la traversent et lui viennent d'ailleurs, alors qu'elle aimerait rédiger un roman de longue haleine qui la tienne en besogne pendant des mois. Ce regret est récurrent dans les premières années du journal puis s'estompe lorsqu'elle n'attend plus rien. Au fil des ans, les notes sont plus courtes et plus dispersées, l'auteur attend et annonce sa fin.
Des journaux d'Alejandra Pizarnik, il me reste surtout une sourde et imposante sensation de tristesse et d'angoisse qui m'a tenue éloignée du monde réel tout le long de ma lecture. Je suis sortie épuisée de cette confrontation nécessaire, et souhaite dorénavant passer à une autre étape en littérature, me tourner vers des auteurs plus vivants mais non moins conscients des angoisses de la condition humaine.
Lien : https://synchroniciteetseren..
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JAsensio
  21 février 2013
Un seul nom m'est constamment venu à l'esprit, en lisant le Journal d'Alejandra Pizarnik : Vincent La Soudière, que j'ai longuement évoqué dans cette note.
Certes, si Vincent a écrit des lettres, Alejandra a tenu un journal avant de se suicider, mais il est bien évident que les lettres du premier peuvent se lire comme un journal et il est tout aussi évident que le journal de la seconde peut être lu comme autant de lettres adressées à des correspondants, imaginaires ou bien réels, ses amis, les auteurs qu'elle lit, qu'ils soient vivants ou bien morts.
Lien : http://www.juanasensio.com/a..
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
karamzin karamzin   23 janvier 2022
...
Mercredi, 13 février 1963

Quichotte : (chap. LXX, 2ème partie) : « ... mon âme a éclaté par mon silence, et j'ai perdu la vie ».

Le petit homme du souterrain produit une sorte de stupeur en moi. Tout ce qu'il raconte m'arrive, m'est arrivé. Dostoïevski est plus « terrible » que je ne le pensais. Dans ce livre, il est dit tout ce que je n'arrive pas à m'avouer. Je le lis avec peur, chaque page m'apporte de nouvelles (ou d'anciennes) révélations sur moi. Mais j'ai encore un espoir absurde : celui de ne pas apprendre ce que j'ai appris ces derniers jours : qu'il n'y a rien en moi, qu'il y a un silence absolu en moi. Mes angoisses ne m'angoissent plus car je sais, à présent, que je les invente pour ne pas entendre mon silence, mon néant. Ce ne sont pas des métaphores (et si c'est le cas, ça m'est égal) ; une lassitude d'armoire vide. C'est exactement ça : il y a un lieu en moi, appelé moi, qui est un lieu où rien ne se passe. Mes inventions compensatoires — destinées à apaiser mon furieux besoin d'amour — me distraient et me donnent des remords, qui eux-mêmes me distraient. Je devrais plutôt dire qu'il me maintiennent, un peu comme ces fils de fer que les fleuristes dissimulent entre les tiges des fleurs pour qu'elles restent bien droites et vivaces. Je n'ai même pas le courage de m'adonner pleinement à tous les vices — je crois que je m'y refuse car ils exigent la compagnie et la fréquentation des gens, ce qui est source de tourment pour moi, sauf quand je suis ivre. Mon espoir le plus ancien est le suivant (enfantin, incroyable) : une rencontre avec quelqu'un qui me donne la sensation d'être vivant, que nous sommes deux, sans avoir à recourir au langage oral. [...]
Ennui. Vide. La rime de ces deux mots fait résonner mes nerfs d'un horrible cri de rats en train de forniquer, tels des baisers de bouches édentées, ou des griffures de mains sans ongles. Mais le mot — poésie — ou — poète — ou — poème — est pire, surtout — poésie —, l'accent final me plonge dans un lieu indescriptible : des lustres et des miroirs voilés. Non, c'est même pas ça. Un lieu sans rien ni personne. Ce n'est pas la solitude (encore un mot qui me gêne), ni ses associations rhétorico-académiques. Seul, seule, solitaire, ensoleillé, solstice. À présent, je découvre une chose : je déteste la lettre L. En fait je n'aime que le A. et le M. « Alors : Merde. »

—p.183
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Moglug Moglug   28 mai 2016
23 juillet 1962

C’est incroyable comme j’ai besoin des gens pour me connaître moi-même.

Mais il y a une façon de ressentir que je déteste de toutes mes forces car dans ces moments-là, je me hais, je hais tout et tout le monde. Après un épisode de « temps haï », j’arrive à peine à me reconstituer. Je reviens à moi comme une malade et j’ai peur de ma fragilité comme une malade. C’est ce qui m’est arrivé aujourd’hui, après avoir attendu quatre heures, debout, dans les services de la Police, avec un essai sur « l’art révolutionnaire ou l’art imaginaire » que je lisais comme une esquimaude, sans comprendre le sens des mots. Ensuite, j’ai pris un taxi et lorsque je suis passée sur une très belle place, j’ai failli pleurer car j’ai compris que j’étais, moi aussi, rentrée dans l’engrenage absurde du travail et des papiers, et que mon temps m’avait été volé. Car après tout, mon temps m’appartient, et je devrais pouvoir en disposer comme j’en ai envie, bien ou mal. J’ai passé la matinée à chercher des papiers justificatifs pour qu’on me laisse me voler mon temps tranquillement. En fait, travailler pour vivre est encore plus stupide que vivre. Je me demande qui a bien pu inventer l’expression « gagner sa vie » comme synonyme de « travailler ». Où est donc cet imbécile.
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karamzin karamzin   12 janvier 2021
...
Regard, le mien, collé aux grincements des choses. Monde de silence. Besoin de m'inventer dans la nuit, avec des mots qui me coûtent tellement. Toujours la même soif avide, perverse, triste, comme une couleur fanée dans la main, une plume déplumée. J'avale ma soif, je la bois, la rumine avec un ennui invisible. Toutes les nuits, mon regard se rebelle. Mes yeux se prennent au sérieux, se rappellent, s'engagent : ils écartent les quais, le fleuve, les livres et les visages qui se sont succédé sous le soleil d'août. Mes yeux s'ouvrent. Ils m'obligent à les suivre dans des altitudes d'ombre, de silence, de vent et de froid.
Mais pour le savoir, j'ai besoin d'écrire. Je ne peux pas m'informer sur moi toute seule, et je ne le souhaite pas. Complicité du mot que mes yeux encagent dans l'espèce de cloche de ma solitude. Lorsque je lis que j'ai écrit solitude ou silence, je me vois instantanément dans un coin de ma chambre, apeurée et perdue, mais retrouvée d'une certaine manière. Même si tout cela n'a rien à voir avec la valeur ou l'insuffisance de ce que j'écris, je sais, d'une façon visionnaire, que je mourrai de poésie. Je ne le comprends pas parfaitement, c'est un peu vague, un peu lointain, mais je le sais, et j'en suis sûre. J'en ressens d'ailleurs peut-être les premiers symptômes : douleur là où on respire, sensation de perdre beaucoup de sang d'une plaie que je n'arrive pas à situer.
Séparée. Maintenant j'y crois. J'y croyais avant, mais maintenant, ça se passe vraiment. Tu te sépares de l'amour par envie de non amour. Quelqu'un n'a plus soif. Quelqu'un regarde sans voir un verre d'eau à portée de sa main. Quelqu'un arrêtera bientôt d'écrire parce qu'il n'y aura plus de douleur à raconter. Tu t'es séparée et tu souriais. Tu as marché dans les petites rues et tu es allée fêter dans ta chambre cette joyeuse solitude. Tu as toujours rêvé de te passer de l'amour, de te séparer, pas brutalement, mais avec ces simples mots, « non merci ». Tu l'as dit, à présent. Tu es contente ?
Ce n'est pas au contentement que j'aspire mais à l'absence de désir. La petite orpheline des rues malodorantes va donc finir ses jours en méditant sur des absences à l'ombre d'un figuier, sans que lui importent le début ou la fin, le bonheur ou la tristesse, car elle aura compris quelque chose de très obscur en elle : la distance sordide qui sépare le jour et la nuit n'était qu'une fausse appréciation de ses yeux inexpérimentés. A présent, j'entrevois une possibilité pour que rien ne m'importe plus, quelque chose de tissé par mes atroces expériences, mon humiliation, ma fureur, quelque chose d'une couleur merveilleuse, avec une forme qui me délimite, mais non, ce n'est pas encore ça, c'est la nuit, il est tard et tu as peur de dormir, car demain, ce sera d'abord le matin et il faudra se laisser porter par les visages, les bruits avant que ne revienne la nuit tant désirée. J'ai travaillé sourdement pour que le jour ne me fasse pas mal et que la nuit revienne vite. J'ai repoussé l'amour et honni toute possibilité de bonheur fabriqué et systématique. Mais tu n'es pas une héroïne. Il faudra pourtant apprendre ce que tu n'arrives jamais à apprendre : une attente, un silence.

― 11/08/1962
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Moglug Moglug   25 avril 2016
[incipit]

3 janvier 1959

J’ai laissé tomber la psychanalyse. Je ne sais pas pour combien de temps. Je vais très mal. Je ne sais pas si je suis névrosée, ça m’est égal. J’ai simplement une sensation d’abandon absolu. De solitude absolue. Je me sens toute petite, une toute petite fille. Et tout le monde m’abandonne. Absolument tout le monde. A présent, ma solitude est faite de chimères amoureuses, d’hallucinations… Je rêve d’une enfance que je n’ai pas eue, et je me revois heureuse – moi, qui ne l’ai jamais été. Quand je sors de ces rêves, je n’existe plus au regard de la réalité extérieure et présente. Il n’y a jamais eu autant de distance entre mon rêve et mon action. Je ne sors pas, je n’appelle personne. Je purge une étrange pénitence. Mon cœur me fait funestement souffrir. Tant de solitude. Tant de désir. Et la famille qui me tourne autour, qui me pèse avec ses horribles problèmes quotidiens. Mais je ne les vois pas. C’est comme s’ils n’existaient pas. Quand ils s’approchent de moi, je sens des ombres qui m’ennuient. En fait, presque tous les êtres m’ennuient. J’ai envie de pleurer. Je le fais. Je pleure parce qu’il n’y a pas d’êtres magiques. Mon être ne tremble devant aucun nom, devant aucun regard. Tout est pauvre et vide de sens. Ne disons pas que je suis coupable de cela. Ne parlons pas de coupables.

J’ai pensé à la folie. J’ai pleuré en implorant le Ciel de devenir folle. Ne plus jamais sortir des rêves. C’est mon image du paradis. Je n’écris presque pas d’ailleurs.

Il y a pourtant un désir d’équilibre. Un désir de faire quelque chose de ma solitude. Une solitude orgueilleuse, industrieuse et forte. Etudier, écrire et me distraire. Tout ça, seule. Indifférente à tout et à tous.
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TomRipley TomRipley   01 octobre 2017
Soudain, ce n'est ni le jour ni la nuit - soleil véloce, soleil brisant le matin doux, fait de brume et d'absence -, mais l'âme, le lieu ténu de l'âme découvert dans le sexe, grâce à quelque chose ou quelqu'un un instant entrevu, quelqu'un d'indéterminé, d'indéfini, que tu as vu une seconde ou peut être moins, pour te retrouver ensuite sans toi-même. Mais tout ça est confus. Il faut que je m'explique : je marche dans la rue en regardant le soleil qui vient de se lever et les petits nuages au-dessus de l'horloge de Saint-Germains-des Prés, et je tourne, ou plutôt mon corps tourne à l'angle d'une rue, et soudain, ce qui avait toujours été attente de toi, ce qui avait toujours été en attente de toi se trouve justifié, corroboré par la simple grâce d'un visage entrevu, que tu ne pourrais même pas décrire, tu continues à marcher et quelque chose commence à se briser : quelque chose s'est déchiré en toi et tu voudrais être dans ta chambre et pleurer, ou tout du moins essayer vaillamment de le faire. Ensuite, la peur s'éloigne et il ne reste que le sexe comme marque du sentiment tragique de la vie : en lui s'accomplit un rite de créatures avides qui attendent quelqu'un qui ne viendra pas, parce qu'il n'existe pas.
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Alejandra PIZARNIK – Introduction de Béatrice Leca (France Culture, 2012) L’émission « Atelier fiction », par Blandine Masson, Juliette Heymann, Chloé Mauduy et Béatrice Leca, diffusée le 19 septembre sur France Culture. Lecture : Béatrice Leca, Julie Denisse, Joaquina Belaunde et Christine Culerier. Contrebasse : Erwan Ricordeau.
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