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Valérie Rouzeau (Traducteur)
EAN : 9782070765973
128 pages
Éditeur : Gallimard (11/06/2009)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 98 notes)
Résumé :
Ariel, génie de l'air de La Tempête de Shakespeare, est aussi le nom du cheval blanc que montait à l'aube dans le Devon, en Angleterre, l'un des plus extraordinaires poètes du XX siècle, Sylvia Plath, aux derniers mois de sa courte vie.
Ariel, borne décisive marquant un "avant" et un "après", parole intense jusqu'à la rage parfois, question de vie ou de mort. Ariel, jusqu'au bout, l'extrémité du dernier souffle.
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
sabine59
  19 janvier 2017

Il est difficile de parler de ce recueil sans évoquer le contexte dans lequel il a été écrit...Publié à titre posthume en 1965, deux ans après le suicide de Sylvia Plath, il est sa dernière oeuvre poétique, et le reflet profond de sa détresse intérieure, de sa folie transcendée par son génie créateur , de l'appel ultime de la mort.
Mais j'aimerais me détacher de tout ce qui a fait d'elle une légende, la femme écrasée sous le joug masculin ( son mari, poète lui aussi, vient de la quitter au moment où elle écrit les poèmes d" Ariel"), figure du féminisme, la femme bipolaire, écrasée par ses troubles psychiques et qui s'en libère par l'écriture jusqu'au surmenage.
Si l'on ne regarde que les mots, le texte pur, que voit-on ?
Pour moi, ce qui est frappant, c'est la puissance , la brutalité même, des images, leur nouveauté saisissante: " Si le sang jaillit, c'est la poésie
Rien ne peut l'arrêter"
ou " Je suis cette demeure hantée par un cri.
La nuit ça claque des ailes
Et part toutes griffes dehors, chercher de quoi aimer."
Mais il n'y a pas que la violence du désespoir dans ce recueil, l'humour, la tendresse sont bien présents aussi.
Humour et même auto-dérision , je pense en particulier à cette coupure au pouce dont elle parle ainsi: " D'un coup tran-
Ché mon pouce, coupé pour un oignon.
L'extrémité presque arrachée
Retenue par comme un chapeau."
Tendresse pour ses deux enfants. J'aime beaucoup le poème " Chant du matin" dont voici quelques vers évocateurs:
" Toute la nuit ton souffle de papillon
Vibre au milieu des roses toutes roses.Je m'éveille et j'écoute:
Un océan lointain roule dans mon oreille"
L'ironie sur soi-même n'est pas loin car elle écrit ensuite :
" Un seul cri et je saute hors du lit, trébuche , bovine et florale
Dans ma chemise de nuit victorienne"
Cependant, " l'eau noire" de la mort, elle n'y résistera pas:
" Et je
Suis la flèche,
La rosée suicidaire accordée
Comme un seul qui se lance et qui fonce
Sur cet oeil
Rouge, le chaudron de l'aurore"...
Entrez dans l'univers singulier, hanté de Sylvia Plath, ne vous laissez pas détourner par l'aspect angoissant, déprimant peut-être de ses images, et vous découvrirez des textes foisonnant d'originalité et de force , un monde intérieur certes tourmenté mais tellement riche et unique !
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Chouchane
  19 mars 2012
De son expérience tragique, Sylvia Plath crée une poésie dont l'esthétique provoque en chacun de nous des bouleversements profonds qui vont chercher ce que l'on cache. Ses poèmes sont une fenêtre sur le monde intérieur, sa douleur et sa folie et nous autorisent à être nous-même fous, souffrants, coléreux et passionnés. Les images y sont magnifiques, pleine de vie et même d'humour, la mort est là pour fournir les demi-tons de noir et les contrastes « Toi… douillet comme un bourgeon et content comme un hareng dans de la marinade … sautillant comme un haricot mexicain ». Traversé par les thèmes du suicide, de la perte du père, de la mort, Ariel est plus facile à comprendre quand on connaît la vie de Sylvia Plath. Sa poésie s'enracine dans son vécu intime, notamment dans l'expérience de la perte de son père qui meurt lorsqu'elle a 8 ans. Douée et bipolaire, Sylvia alterne l'allégresse et la profonde détresse tout ceci en écrivant sans cesse de la poésie. Après une tentative de suicide à 20 ans, elle obtient une bourse d'études pour une prestigieuse université en Angleterre. Elle y rencontrera Ted Hugues dont la poésie est déjà reconnue. Après leur séparation, elle se suicide, elle a 30 ans et deux enfants. Ce recueil est écrit durant l'année qui précède son suicide. Il retrace sa passion amoureuse pour Ted « amour, amour voici venue ma saison » et la détresse prémonitoire qui la conduira à la mort « je n'ai que trente ans … Voici la mort numéro Trois. Quelle blague d'anéantir chaque décade ». On y retrouve aussi l'image obsédante des camps de concentration « Un train, un train qui m'entraîne comme un juif. Un juif à Dachau, Auschwitz, Belsen » et de l'horreur de la guerre de 40 qui l'interroge sur les origines allemandes de son père « Tu n'es pas Dieu mais une swastika si noire qu'elle étouffe le ciel ». Tout est puissant chez cette belle femme blonde souriante et suicidaire.
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QuelsCaracteres
  14 janvier 2018
Impressions de lecture… Ariel paraît deux ans après que l'auteur ait mis fin à ses jours, à l'âge de trente ans, en se suicidant au gaz. La biographie de Sylvia Plath est fascinante : ses fêlures personnelles qui entraînèrent tentatives de suicide et dépression, le couple mythique qu'elle forma avec Ted Hughes, sa fin tragique et prématurée et son aura posthume de poète majeur du XXème siècle, de figure emblématique pour les féministes. Son vécu a nourri son oeuvre, elle se raconte dans ses écrits avec une lucidité et une honnêteté déconcertantes.
Il est bien sûr difficile de lire de la poésie traduite et il faut aller voir un peu la version originale pour saisir précisément la langue de l'auteur. Mais Valérie Rouzeau, qui assure la présentation et la traduction du présent recueil, relève cette gageure brillamment, cherchant toujours, on le sent, à servir la voix de l'auteur avec ferveur et engagement. L'émotion demeure. L'univers de Sylvia Plath se déplie comme une fresque d'origamis géants enfermés à l'intérieur des pages et qui dressent autour de nous, peu à peu, un décor proche du cauchemar, des terreurs enfantines, des peurs primales… des arbres sombres, des rochers menaçants, une végétation macabre et des sons inquiétants… Comme Gulliver dans le poème éponyme (p.49), le lecteur est capturé dans la toile tissée par l'auteur.
Sa poésie est entêtante, sans doute parce qu'elle fait justement appel à ces images de l'inconscient collectif qui hantent chacun/chacune de nous. Elle nous tend un miroir. L'eau dont la surface a le pouvoir de refléter est d'ailleurs un motif que l'on retrouve dans plusieurs textes. La mort, source ou finitude de toutes les peurs primales, est omniprésente. Au fil des pages, Sylvia égraine ses mythèmes, inlassablement, avec obsession : la maternité (la naissance, contraire de la mort ou peut-être sont-ce plutôt les deux faces d'une même médaille car la mort chez Plath prend des allures de retour à la matrice), le cheval au galop (notons d'ailleurs que le cheval est un animal psychopompe), les hôpitaux et les ambulances, les médecins et les infirmières, les blessures, les cicatrices et le sang. La couleur rouge, lancinante, souvent associée aux fleurs (tulipes, coquelicots) et qui évoquent des plaies, des bouches ensanglantées. Les éléments aussi reviennent à chaque coin de page : l'air, l'eau, la terre, le feu. le vent, le sol, les pierres, le ciel, l'océan qui se déchaînent, qui engloutissent. Plusieurs textes explorent cette idée d'engloutissement, s'enfoncer et se perdre dans le sol, comme les personnes mortes qu'on enterre : « Tulipes » (p.23), « La voix dans l'orme » (p.29), « Gulliver » (p.49). Une imagerie qui rejoint sans doute la peur de la paralysie que Sylvia Plath redoutait comme nous l'indique Valérie Rouzeau dans sa note 14, p.110 ; angoisse qui s'exprime dans le poème Méduse (p.54). Comme je l'ai déjà noté, la pierre, les cailloux, se retrouvent dans nombre de poèmes, la pétrification comme métaphore de la maladie, de la diminution puis de la mort : « mon corps est un galet pour elles » (p.24).
« Berck-plage » (p.35) est un texte puissant et sublime sur le deuil et évoque sans détours les aspects concrets d'un enterrement : le cercueil, le chagrin, le disparu qui devient un saint, l'ensevelissement.
La mort semble être partout autour de l'auteur, en témoigne le texte « La lune et le cyprès » p.56 dans lequel elle décrit ce qu'il y a autour de sa maison, un vieux presbytère qu'elle a acheté avec son mari dans le village de Court Green (ce sont toujours les notes de Valérie Rouzeau qui nous l'apprennent, p.110) et à côté duquel se trouve un cimetière et le cyprès qu'elle voit depuis sa fenêtre. le cyprès, arbre des cimetières, planté depuis l'Antiquité près des buchers et des tombeaux, symbole de vie éternelle car il reste toujours vert. Dans Les Métamorphoses (au livre X) , Ovide raconte l'origine légendaire de cet arbre, voué au funéraire : le jeune Cyparisus, inconsolable de la mort d'un cerf magnifique qu'il a lui-même tué par mégarde demande à Phébus la faveur de pouvoir verser des larmes éternelles ; le dieu le change en cyprès et gémit : « Moi, je te pleurerai toujours ; toi, tu pleureras les autres et tu t'associeras à leurs douleurs ». Ted Hugues, époux de Sylvia Plath et qui lui suggéra d'écrire ce poème, connaissait, sans nul doute, cette histoire, lui qui proposa une réécriture des Métamorphoses, parue en 1997 sous le titre Tales from Ovid. On retrouve le cyprès dans d'autres textes : « Les mannequins de Munich » (p.92), où les cyprès sont directement associés aux hydres et donc à la mythologie antique et « Petite fugue » (p.87), texte dans lequel plane l'ombre du père. Un père très présent dans les écrits de Sylvia Plath, d'abord vénéré puis détesté et rejeté, source de traumatisme précoce, figure inquiétante. À lire, le troublant « Papa » (p.66) dans lequel elle évoque sa tentative de suicide à 20 ans.
Le mythe de la résurrection imprègne l'oeuvre de Plath, notamment dans le texte « Arriver » (p.51). le passage sur terre ne serait-il qu'une traversée d'un territoire ravagé par la guerre, d'un charnier infernal ? Au bout, la promesse d'oubli des eaux du Léthé (fleuve de la mythologie censé apporter l'amnésie à ceux qui boivent ses eaux) afin de redevenir aussi « pure qu'un bébé » (p.53), être innocent, encore épargné.
Quelques textes ont une tonalité un peu différente, notamment les quatre poèmes sur les abeilles (« L'assemblée aux abeilles » p.74, « Livraison de la boîte aux abeilles » p.78, « Dards » p.80, « Passer l'hiver » p.83). « Livraison de la boîte aux abeilles » m'a particulièrement fasciné, elle y décrit un mélange de terreur et de pouvoir, la peur de cette petite armée grouillante d'abeilles et le pouvoir démiurgique de vie ou de mort qu'elle a sur elles : « Demain je suis bonne comme le bon dieu, je les libère » (p.79). L'idée de la mort, bien sûr, est toujours là ; la boîte lui évoque même un cercueil, « le cercueil d'un nain ». Ce texte me semble une sublime expression tout à la fois de la fragilité et de la force de la vie. « Passer l'hiver » (p.83) cristallise pour moi une impression très forte que j'ai eu à la lecture de ce recueil : l'univers domestique versus celui des forces sauvages, aussi inquiétants l'un que l'autre. La maison, la cuisine, les chambres d'hôpitaux contre la nature, la nuit, le vent, le sol qui engloutit. Dans le texte « Passer l'hiver » la nuit demeure au coeur de la maison, dans la cave « Six yeux de chats dans la cave / Qui passent l'hiver dans une ténèbre sans fenêtre / Au coeur de la maison […] Je n'ai jamais mis les pieds dans cette pièce. / Je ne pourrais jamais respirer dans cette pièce. le noir s'y recroqueville comme une chauve-souris » (p.83). L'hiver, saison endolorie, n'est-elle pas comme une mort lente, avant le printemps, la résurrection ? Période de renoncement aussi, les abeilles qui se sont débarrassées des hommes, ne vivent plus de fleurs, mais de sirop, « Elles y consentent. le froid s'est installé. » (p.84). C'est aussi d'elle dont elle parle, de la femme, besogneuse comme les abeilles, entourée d' « objets navrants » (elle écorche au passage la propriété, le matérialisme), recluse dans sa maison et ses tâches ménagères, servante vouée à la reproduction, et dont l'esprit s'éteint : « son corps est un bulbe au milieu du froid, trop gourd pour penser. » (p.85).
Dans « Cadeau d'anniversaire » (p.58) elle raconte de manière saisissante son mal être, son envie de mort. Elle s'y décrit aussi comme celle qui veut être la parfaite femme au foyer, affairée dans sa cuisine, image dont elle nous montre le caractère tout à la fois tranquillisant et enfermant : « Celle-là qui mesure la farine, retranche l'excédent de pâte / Et se conforme aux lois, aux lois, aux lois. » (p.58). Et dans « le candidat » (p.17) elle met en scène la marchandisation de l'humain, de la femme particulièrement : « Une vraie poupée vivante, vous pouvez vérifier. / Ça coud, ça fait à manger, / Et ça parle et ça parle et ça parle. / Ça marche, regardez, il ne lui manque rien. / Vous avez un trou, c'est une ventouse. / Vous avez un oeil, c'est une image. / Mon garçon c'est votre dernière chance. / Allez-vous l'épouser, alors vous l'épousez ? » (p.18). le ton et l'acidité du texte m'évoque un autre poème, de Taslima Nasreen intitulé « Femmes marchandises » : « Une femme, vous voulez une femme ? / Il y a là toutes sortes de femmes. […] Nez percé, oreilles percées, tube digestif percé, / Touchez et vérifiez bien que rien d'autre n'est percé. […] Donnez-lui trois solides repas par jour, / Offrez-lui des saris, des bijoux et un bon savon / Pour adoucir son corps. / Elle ne lèvera pas les yeux, n'élèvera pas la voix, / C'est une femme timide et réservée, / Capable de préparer sept plats rien que pour le déjeuner ».

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Pasoa
  24 mars 2019
Je survis pour un temps,
J'organise ma matinée.
Voilà mes doigts, voilà mon enfant.
Les nuages sont pâles comme une robe de mariée.
Comme une impression, ces quelques vers de "Petite fugue" me semblent résumer à eux seuls la poésie de Sylvia Plath, grande figure de la poésie contemporaine américaine, disparue prématurément en 1963.
Extraits d'Ariel, recueil publié à titre posthume en 1965, ils contiennent en eux, comme en germes, une poésie inquiète, douloureuse mais aussi très éprise de liberté, de reconnaissance, de féminisme, de douceur, comme une poésie de la séparation mais aussi de l'attachement, comme un lien indissociable entre passé et présent.
Aborder l'oeuvre poétique de Sylvia Plath requiert peut-être un préalable, celui de connaître un peu de ce qu'a été sa vie, tant la part autobiographique (on pense ici à la présence de son père et à celle de son époux, le célèbre poète anglais Ted Hughes) dans ses écrits y est constante.
Écriture de l'intime, de l'espoir et de la douleur, écriture prise sur l'instant, l'oeuvre de Sylvia Plath mérite une vraie considération.

Ma lecture d'Ariel provient de sa première traduction faite en français par Laure Vernière, parue en 1978 aux Éditions des femmes-Antoinette Fouque.
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charlitdeslivres
  13 janvier 2017
Avec Sylvia Plath, je vais de découverte en découverte. Touchée pas son histoire, j'ai eu envie de m'y plonger et de découvrir l'ensemble de son oeuvre. D'une nature curieuse je souhaite approfondir ma connaissance de cette auteure en me plongeant dans un genre que je ne maitrise que très peu : la Poésie.
La poésie est à mes yeux, un genre d'une très grande richesse, mais également d'une très grande complexité. La tournure des phrases, comme l'utilisation de chaque métaphore, hyperbole ou autre figure de style est contrôlée à la virgule près. Comme dans le livre me direz vous, mais dans un poème on doit en quelques mots, parvenir à toucher, émouvoir ou tout simplement interpeller le lecteur. Ce qui en fait un genre qui mérite beaucoup plus d'attention qu'un roman dit plus conventionnel.
Avec « Ariel » on se plonge dans un recueil de poésies extrêmement intense et intime. Publié après son suicide, elle nous livre des poèmes d'une grande fragilité. La détresse est présente dans cette lecture et elle nous émeut. On ressent également une force qui se dégage de chacune de ses poésies. Car cette poésie nous est livrée comme un journal intime qui nous permettrait de découvrir cette vie tourmentée. A travers la beauté de la nature, on pourrait imaginer un avenir radieux s'en dégager. Mais l'auteure nous dresse un portrait glaçant sur sa vie, son passé et son maque de futur.
C'est avec énormément de plaisir que je découvre ce recueil, ses poésies et toute une part de sa vie.
Des poèmes en prose qui permettent de mieux appréhender la fin de sa vie et son mal être omniprésent. Elle sera nous parler de son père, de ses enfants, de son mari et de son quotidien avec un recul qui est frappant. Comme détachée de sa propre vie, on recherche la chaleur qui aurait du s'en dégager et qui reste absente. Et dans chaque mots pourtant innocent on ressent le poids que la vie semble peser sur ses épaules.
Ce recueil est composé de magnifiques textes d'une grande tristesse, mais qui seront apporter un moment de joie en vous. Car dans cette mélancolie, c'est également une beauté singulière qui saute aux yeux et nous livre cette poésie. Un très grand plaisir à lire et à découvrir. Une plume simple mais qui reflète la profondeur du mal qui la ronge. On est touchée et on ne peut que vouloir continuer de découvrir chaque ligne, chaque mot.
Lien : https://charlitdeslivres.wor..
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
batlambbatlamb   07 mai 2021
Pouce

D’un coup tran-
Ché mon pouce, coupé pour un oignon.
L’extrémité presque arrachée,
Retenue par comme un chapeau

De peau,
Un pauvre fichu en lambeaux,
Blanc blême.
Et puis cette peluche rouge.

Petit pèlerin,
Il t’a scalpé, l’Indien.
Tout droit sorti du cœur
Ton tapis se déroule

En barbiche de dindon.
Je l’écrase comme j’empoigne
Ma fiole de pur alcool,
Mon flacon qui pétille.

C’est parti pour une cérémonie.
Un million de soldats
Tous habillés en rouge
Accourent comme un seul homme.

Pour quel camp se battent-ils ?
Dis donc,
Homunculus, je défaille.
J’ai pris un cachet vaille que vaille

Contre ce malaise pitoyable
De papier pelure.
Saboteur,
Kamikaze – 

La tache sur ta
Gaze Ku Klux Klan,
Babouchka,
Devient sombre et terne et quand

La pulpe
En rondeur de ton cœur
Affronte sa petite
Meule de silence

Tu fais un de ces bonds –
Ancien combattant, pouce
Trépané,
Moignon, poupée souillon.


Cut

What a thrill -
My thumb instead of an onion.
The top quite gone
Except for a sort of hinge

Of skin,
A flap like a hat,
Dead white.
Then that red plush.

Little pilgrim,
The Indian's axed your scalp.
Your turkey wattle
Carpet rolls

Straight from the heart.
I step on it,
Clutching my bottle
Of pink fizz. A celebration, this is.
Out of a gap
A million soldiers run,
Redcoats, every one.

Whose side are they on?
O my
Homunculus, I am ill.
I have taken a pill to kill

The thin
Papery feeling.
Saboteur,
Kamikaze man -

The stain on your
Gauze Ku Klux Klan
Babushka
Darkens and tarnishes and when
The balled
Pulp of your heart
Confronts its small
Mill of silence

How you jump -
Trepanned veteran,
Dirty girl,
Thumb stump.
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batlambbatlamb   29 avril 2021
39,5°de fièvre

Pure ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
Les langues de l’enfer
Sont mornes, aussi mornes que la langue

Triple du morne et gros Cerbère
Qui halète à la porte. Incapable
De lécher, incapable de laver

Le tendon fébrile, le péché, le péché.
L’amadou gémit.
Cette odeur indélébile

D’une bougie mouchée !
Amour, amour, de moi sortent ramper en volutes
Des fumées comme les écharpes d’Isadora, j’ai peur

Qu’une écharpe aille se prendre dans la roue.
Des fumées si jaunes, si pleines de fiel
Créent leur propre élément. Elles ne s’élèvent pas,

Leur masse vengeresse fait le tour du globe,
Étouffe les vieillards et les humbles,
Le faible

Nouveau-né dans son berceau,
L’orchidée atroce
Qui suspend son jardin suspendu dans l’air,

Léopard du diable !
Les radiations l’ont brûlée à blanc
Et tuée en moins d’une heure.

Les corps adultères sont roulés dans une poussière noire
Comme la cendre d’Hiroshima, et dévorés.
Le péché, le péché.

Mon chéri, toute la nuit
J’ai tremblé, j’ai tremblé.
Les draps pèsent comme une étreinte obscène.

Trois jours. Trois nuits.
Eau et citron, eau et poulet,
L’eau me donne la nausée.

Je suis trop pure pour toi et pour qui que ce soit.
Ton corps
M’offense comme ce monde offense Dieu. Je suis un lampion –

Ma tête une lune
De papier japon, ma peau de l’or battu
Infiniment raffiné, infiniment luxueux.

Ma chaleur ne t’ébahit-elle pas. Et ma lumière.
Je suis à moi seule un immense camélia
Qui rougeoie, qui vient et qui va, de bouffée en bouffée.

Je crois que je vais me lever,
Je crois que je peux m’élever
Les grains de métal brûlant volent et moi, amour, moi

Je suis une vierge
De pur acétylène
J’ai mon escorte de roses,

De baisers, de chérubins,
Et tout ce que ces choses roses peuvent bien signifier.
Pas toi, ni lui

Ni celui-ci, ni celui-là
(Ces visages de moi se dissolvent, vieux jupons de putain)
Pour le Paradis.


Fever 103°

Pure? What does it mean?
The tongues of hell
Are dull, dull as the triple

Tongues of dull, fat Cerberus
Who wheezes at the gate. Incapable
Of licking clean

The aguey tendon, the sin, the sin.
The tinder cries.
The indelible smell

Of a snuffed candle!
Love, love, the low smokes roll
From me like Isadora’s scarves, I’m in a fright

One scarf will catch and anchor in the wheel,
Such yellow sullen smokes
Make their own element. They will not rise,

But trundle round the globe
Choking the aged and the meek,
The weak

Hothouse baby in its crib,
The ghastly orchid
Hanging its hanging garden in the air,

Devilish leopard!
Radiation turned it white
And killed it in an hour.

Greasing the bodies of adulterers
Like Hiroshima ash and eating in.
The sin. The sin.

Darling, all night
I have been flickering, off, on, off, on.
The sheets grow heavy as a lecher’s kiss.

Three days. Three nights.
Lemon water, chicken
Water, water make me retch.

I am too pure for you or anyone.
Your body
Hurts me as the world hurts God. I am a lantern——

My head a moon
Of Japanese paper, my gold beaten skin
Infinitely delicate and infinitely expensive.

Does not my heat astound you! And my light!
All by myself I am a huge camellia
Glowing and coming and going, flush on flush.

I think I am going up,
I think I may rise——
The beads of hot metal fly, and I love, I

Am a pure acetylene
Virgin
Attended by roses,

By kisses, by cherubim,
By whatever these pink things mean!
Not you, nor him

Nor him, nor him
(My selves dissolving, old whore petticoats)——
To Paradise.
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patatipatatapatatipatata   05 décembre 2012
TULIPES

Les tulipes sont trop à vif, c’est l’hiver ici.
Regarde comme tout est si blanc, si calme et dans quelle neige
J’apprends la paix allongée, seule et tranquillement
Comme la lumière se pose sur ces murs blancs, ce lit, ces mains.
Je ne suis personne, les explosions ne me concernent pas.
J’ai abandonné mon nom et mes vêtements aux infirmières,
Mon histoire à l’anesthésie, mon corps aux chirurgiens.

Ils ont calé ma tête entre l’oreiller et le drap bien bordé :
Un oeil entre deux paupières blanches qui refusent de se fermer.
Pupille stupide, forcée de tout engloutir.
Les infirmières passent et repassent, elles ne me dérangent pas,
Elles passent comme au-dessus des terres les mouettes coiffées de blanc,
Les mains occupées de mille choses à faire et toutes les mêmes,
Si bien qu’il est impossible de dire combien elles sont.

Mon corps est un galet pour elles, elles en prennent soin comme l’eau qui court
Prend soin des galets qu’elle doit polir doucement,
Elles m’apportent la torpeur dans leurs aiguilles radieuses, elles m’apportent le sommeil.
Maintenant que je suis perdue mes bagages m’encombrent -
La mallette en cuir verni comme une obscure boîte à pilules,
la photo de famille où me sourient mon époux et mon enfant ;
Leurs sourires s’accrochent à ma peau, petites griffes mesquines.

J’ai laissé, cargo de trente ans, les choses filer,
Amarrée obstinément à mes nom et adresse.
On m’a lavée de mes attaches sentimentales.
Nue sous la housse de plastique vert du chariot
j’ai vu avec effroi ma porcelaine, mon linge fin, mes livres
Sombrer puis disparaître, et l’eau m’a submergée.
Me voilà nonne maintenant, je n’ai jamais été si pure.

Je n’avais pas besoin de fleurs, je voulais seulement
Rester couchée les paumes offerts, être complètement vide.
C’est une telle liberté, tu n’as pas idée d’une liberté pareille -
La paix ici est tellement vaste qu’elle te donne le vertige
sans rien te demander en retour, sinon une étiquette avec ton nom, des bricoles.
C’est ainsi que les morts peuvent partir finalement ; je les imagine
Qui referment la bouche sur cette paix comme une hostie. /.../

Extrait de Tulipes
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sabine59sabine59   30 novembre 2016

Papa (extrait)

Toutes les femmes adorent un fasciste
Les coups de botte dans la figure, le coeur
De brute brutale une brute comme toi

Debout, devant le tableau noir, papa,
Sur la photo que j'ai de toi,
Tu as le menton fendu au lieu du pied
Mais tu n'en es pas moins le démon pour autant,
Pas moins celui qui a déchiré de ses dents,

Tranché en deux mon petit coeur d'enfant.
J'avais dix ans quand ils t'ont enterré.
A vingt ans j'ai voulu mourir
Pour te rejoindre joindre joindre
Je croyais que mes os sauraient t'atteindre.(...)
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thebelljarthebelljar   02 février 2013
Tu ne me vas pas, tu ne me vas plus,
Soulier noir dans quoi j'ai vécu
Comme un pied depuis trente ans,
Blanche et démunie, dans la crainte
De respirer et d'éternuer.

Papa, il a fallu que je te tue.
Tu es mort sans m'en laisser le temps -
Marbre plein, tonnes de Dieu,
Statue de malheur à l'orteil gris
Aussi gros qu'un phoque de Frisco

Et la tête dans cet Atlantique d'épouvante
Où se déverse un vert morveux dans le bleu
Des eaux de Nauset, merveilleux.
Je priais que l'on te repêche de ton trou.
Ach, du.

Dans la langue allemande, dans la ville polonaise
Anéantie au laminoir
Des guerres, des guerres, des guerres.
Mais le nom de cette ville est légion.
Mon ami polack

Dit qu'il y en a une douzaine sinon deux.
Alors je n'ai jamais pu savoir
Où tu avais posé le pied, pris racine,
Je n'ai jamais pu te parler.
Les mots restaient coincés dans ma gorge.

Coincés dans un piège de fils barbelés,
Ich, ich, ich, ich,
Je pouvais à peine prononcer.
Je prenais tous les Allemands pour toi
Et je trouvais la langue obscène.

C'était une machine haletante,
Une machine qui m'emportait comme un juif,
Un juif à Dachau, à Auschwitz, à Belsen.
Je me suis mise à parler comme une juive.
Il se peut bien que je sois juive.

Les neiges du Tyrol, la bière d'or pâle de Vienne
Ne sont ni si pures ni si vraies.
Avec mon aïeule tzigane et ma chance un peu louche,
Avec mes tarots, avec mes tarots,
Oui je suis peut-être un brin juive.

Et j'ai toujours eu peur de toi,
Toi et la Luftwaffe, ta fureur, ton charabia,
Toi et ta moustache impeccable,
Ton œil aryen et ton panzer, ton œil
Bleu qui brille, ton panzer, Ô Toi -

Non pas Dieu mais un svastika
Si noir qu'aucun ciel ne le verrait sans hurler.
Toutes les femmes adorent un Fasciste,
Les coups de botte dans la figure, le cœur
De brute brutale d'une brute comme toi.

Debout devant le tableau noir, papa,
Sur la photo que j'ai de toi,
Tu as le menton fendu au lieu du pied
Mais tu n'en es pas moins le démon pour autant,
Pas moins celui qui a déchiré de ses dents,

Tranché en deux mon petit coeur d'enfant,
J'avais dix ans quand ils t'ont enterré.
A vingt ans j'ai voulu mourir
Pour te rejoindre joindre joindre.
Je croyais que mes os sauraient t'atteindre.

Mais ils m'ont sortie de force du sac,
Et ils ont recollé les morceaux
Et j'ai vu ce que j'avais à faire.
J'ai fabriqué sur mesure un modèle de toi,
Un homme en noir aux yeux Meinkampf,

Un expert passionnée de la roue et du fouet.
Et j'ai marché.
Mais aujourd'hui tout ça papa c'est terminé.
Le téléphone noir est décroché,
Les voix ne grouilleront plus à travers le combiné.

Si j'ai tué un homme alors j'en ai tué deux -
Deux avec le vampire qui disait être toi
Et s'abreuvait de mon sang. Ça a duré un an,
Sept ans, si tu veux le savoir.
Maintenant papa tu peux te rallonger.

Il y a un pieu planté dans ton gros cœur tout noir
Et les gens du village ne t'ont jamais aimé.
Ils te dansent dessus et tapent, tapent du pied.
Ils ont toujours su que c'était toi, oui, toi,
Papa, papa, fumier, c'est terminé.
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Vidéo de Sylvia Plath
Avec Marielle Macé, Clémence Azincourt, Jacques Bonnaffé, Léon Bonnaffé & le petit Paulo Et en duplex : Valérie Rouzeau, Régis Lefort & Béatrice Bonhomme

« Ce qui se fait entendre est aussi la poésie de Valérie Rouzeau,, entre nos récepteurs et son espièglerie, à nous de l'attraper. C'est simple comme Carême (Maurice…), savant comme Roubaud et fouillé comme Desnos, sans fin sans fond comme qui vous voudrez. Par la mouvement les souffles, son ombre persistante. » » Jacques Bonnaffé
Voilà près de trente ans que Valérie Rouzeau (née en 1967) a décidé de vivre en poésie, de ses révoltes et de sa plume. Elle a attiré l'attention des lecteurs après la publication en 1999 de Pas revoir, son recueil de deuil. Depuis, parallèlement à ses ouvrages de poésie, elle traduit notamment des poèmes de Sylvia Plath, de Ted Hughes et de William Carlos Williams. Lauréate du prix Apollinaire en 2012, elle compte parmi les voix contemporaines les plus attachantes.
Le revue Nu(e) lui consacre un numéro complet à l'occasion de la sortie de Éphéméride aux éditions de la Table Ronde. À lire – Valérie Rouzeau, Éphéméride, La Table Ronde, 2020 – Revue NU(e), Valérie Rouzeau, n°70, coordonné par Régis Lefort, avec la collaboration de Béatrice Bonhomme et Danielle Pastor, 2020. Disponible en ligne sur Poezibao.
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