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ISBN : B00C7GANMK
Éditeur : Everyman's Library (30/11/-1)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Recueil de poèmes de Sylvia Plath.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
zaphod
  21 mars 2014
Outre le fait qu'ils sont de fort jolis petits objets, et d'un prix raisonnable, les livres de la collection "Everyman's library pocket poets" ont l'avantage de vous donner une vue d'ensemble de l'oeuvre d'un poète. Vue forcément incomplète, mais utile pour mesurer l'évolution d'une oeuvre, puisque la présentation en est généralement chronologique, et la sélection judicieuse.

Dans le cas de Plath, j'ai lu son roman avant sa poésie. Et ça me donne peu l'impression d'avoir commencé un thriller par le dernier chapitre.
En effet il me semble que la prose était un aboutissement inévitable pour Sylvia Plath.
Un peu comme pour Baudelaire. Vous vous souvenez de ce qu'il écrit dans sa tentative romanesque:

Au lieu d'admirer les fleurs, Samuel Cramer, à qui la phrase et la période étaient venues, commença à mettre en prose et à déclamer quelques mauvaises stances composées dans sa première manière. La dame le laissait faire.
(La Fanfarlo).

La phrase et la période ont fini par venir à Sylvia Plath également, à cette différence près que dans son cas, c'est une réussite (et c'est un admirateur fanatique de Baudelaire qui parle).
N'empêche, j'ai toujours trouvé cela bizarre, que la poésie puisse être la manière la plus naturelle de s'exprimer pour certains auteurs, alors qu'à moi, la poésie me semble si incroyablement difficile.
Je me demande si chez eux, la prose n'est pas ressentie comme trop impudique, si les vers, tout en touchant à l'intime, ne mettent pas une sorte de distance formelle entre l'écrivain et son art.

Donc, cette distance, je l'ai éprouvée dans les premiers poèmes de Plath, formellement impeccables, mais assez classiques, peut-être un brin sophistiqués. J'ai eu du mal à entrer dans son univers.

Haunched like a faun, he hooed
From grove of moon-glint and fen-frost
Until all owls in the twigged forest
Flapped black to look and brood
On the call this man made.
(Faun)

Au début, elle est comme tournée vers l'extérieur, vers la nature. Déjà, cette nature prend des accents sombres et étranges. Mais comme d'autres, elle se rendra compte que sa perception de la nature n'est que le reflet de son âme. Une sorte de miroir pour ses propres sentiments.

It is pink, with speckles. I have looked at it so long
I think it is a part of my heart. But it flickers.
Faces and darkness separate us over and over.
Now I am a lake. A woman bends over me,
Searching my reaches for what she really is.
Then she turns to those liars, the candles or the moon.
I see her back, and reflect it faithfully.
(Mirror)

Elle sent qu'elle doit faire un pas vers elle-même. Soudain, sa manière d'écrire ne la satisfait plus. Ses poèmes précédents lui semblent froids, morts. Elle sait qu'elle a une porte à franchir. "Stillborn" est un texte très révélateur de cette prise de conscience, je trouve.

These poems do not live: it's a sad diagnosis.
They grew their toes and fingers well enough,
Their little foreheads bulged with concentration.
If they missed out on walking about like people
It wasn't for any lack of mother-love.

O I cannot explain what happened to them!
They are proper in shape and number and every part.
They sit so nicely in the pickling fluid!
They smile and smile and smile at me.
And still the lungs won't fill and the heart won't start.
(Stillborn)

Et effectivement, cette révélation va déclencher quelque chose chez Plath, la création d'une poésie vraiment personnelle, dans la forme comme dans le fond.

When I first saw it, the small red seep, I did not believe it.
I watched the men walk about me in the office. They were so flat!
There was something about them like cardboard, and now I had caught it,
That flat, flat, flatness from which ideas, destructions,
Bulldozers, guillotines, white chambers of shrieks proceed,
Endlessly proceed--and the cold angels, the abstractions.
I sat at my desk in my stockings, my high heels,

And the man I work for laughed: 'Have you seen something awful?
You are so white, suddenly.' And I said nothing.
I saw death in the bare trees, a deprivation.
I could not believe it. Is it so difficult
For the spirit to conceive a face, a mouth?
The letters proceed from these black keys, and these black keys proceed
From my alphabetical fingers, ordering parts,
(Three women)

"Three women" est un long poème halluciné. Elle nous parle de son ressenti le plus fort, le plus intime, dans un langage épuré, enfin débarrassé de toute gangue stylistique, mais fait d'images aussi étranges que percutantes. le lecteur ne peut qu'être profondément touché par ce texte.
J'irais presque jusqu'à dire que c'est son "waste land" à elle. Sauf qu'il me fait plutôt penser à un autre superbe poème d'Eliot, "The hollow men".

We are the hollow men
We are the stuffed men
Leaning together
Headpiece filled with straw. Alas!
Our dried voices, when
We whisper together
Are quiet and meaningless
As wind in dry grass
Or rats' feet over broken glass
In our dry cellar
(The hollow men)

Ce sont deux visions (la masculine et la féminine?) du plein et du vide (hollow, flat) du corps et de l'esprit qu'il serait amusant de mettre en parallèle.
C'est aussi l'aveu sincère (qui va d'ailleurs hanter nombre de ses derniers poèmes) de la dualité amour/horreur que Sylvia Plath ressent face à l'idée d'enfantement, un paradoxe somme toute logique pour une personne si déchirée entre les forces de la vie et le terrible attrait de la mort.

Bien sûr, tout ce que je viens de dire ne tient probablement pas debout, mais qu'importe; j'ai bien le droit d'imaginer ma propre vision d'une oeuvre, non? C'est cette possibilité qui rend la poésie vraiment forte, universelle.
Or l'universel se cherche dans l'intime, et l'intime ne peut s'atteindre que dans ce dépouillement, cette simplicité où poésie et prose se rejoignent.
La poésie n'est probablement pas dans la rime, mais dans la perspective différente qu'elle nous ouvre sur le monde et sur nous-même (un peu de mandoline pour accompagner cette phrase, s'il vous plait).

"There is a snake in swans", nous apprend Sylvia Plath.
C'est vrai! Je ne l'avais jamais remarqué. Et ça peut être diablement utile à savoir, quand on cherche le cygne qui est en nous.

The woman is perfected
Her dead

Body wears the smile of accomplishment,
The illusion of a Greek necessity

Flows in the scrolls of her toga,
Her bare

Feet seem to be saying:
We have come so far, it is over.
(Edge)
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Vidéo de Sylvia Plath
Sylvia Plath par Valérie Rouzeau (France Culture / Ça rime à quoi)
Sylvia Plath par Valérie Rouzeau (France Culture / Ça rime à quoi). https://le-semaphore.blogspot.fr/2014.... Le 31 octobre 2009, dans l'émission “Ça rime à quoi” diffusée sur France Culture, Sophie Nauleau recevait la poétesse et traductrice française Valérie Rouzeau pour évoquer la poésie de Sylvia Plath, et plus particulièrement son ultime recueil “Ariel”, que Valérie Rouzeau venait de traduire en français pour les Éditions Gallimard. Sylvia Plath, née le 27 octobre 1932 à Jamaica Plain, dans la banlieue de Boston, et morte le 11 février 1963 à Primrose Hill (Londres), est une poétesse américaine , qui a écrit aussi un roman, des nouvelles, des livres pour enfants et des essais. Si elle est surtout connue pour sa poésie, elle tire également sa notoriété de “The Bell Jar” (en français, “La Cloche de détresse”), roman d'inspiration autobiographique qui décrit en détail les circonstances de sa première dépression, au début de sa vie d'adulte. Depuis son suicide en 1963, Sylvia Plath est devenue une figure emblématique dans les pays anglophones, les féministes voyant dans son œuvre l'archétype du “génie féminin écrasé par une société dominée par les hommes”, les autres voyant surtout en elle une icône dont la poésie, en grande partie publiée après sa mort, fascine comme la bouleversante chronique d'un suicide annoncé.
Avec la voix de Sylvia Plath.
« “Ariel”, génie de l'air de “La Tempête”, de Shakespeare, est aussi le nom du cheval blanc que montait à l'aube dans le Devon, en Angleterre, l'un des plus extraordinaires poètes du XXe siècle, Sylvia Plath, aux derniers mois de sa courte vie. “Ariel”, borne décisive marquant un “avant” et un “après”, parole intense jusqu'à la rage parfois, question de vie ou de mort. “Ariel”, jusqu'au bout, l'extrémité du dernier souffle. » Valérie Rouzeau
Sources : France Culture et Wikipédia
+ Lire la suite
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