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Critique de TerrainsVagues


TerrainsVagues
  11 juin 2018
♪♫♫
Emporté par la houle
Qui me roule
Et m'enroule
Enlacés l'un contre l'autre
Lalala lalala♫♫

Ami babelioteur, si tu as la littérature dans le sang, si tu frôles l'intégrisme du style, s'il te faut ta dose quotidienne vitaminique de A de B de C de…, si rien ne te parle plus qu'un roman, qu'une bio, qu'un bon bouquin tout simplement, ben… tu peux oublier « Tempête ». Tu vas t'ennuyer.
Par contre si tu fonds quand tu lis : « Entre force 7 et force 12, il y a en mer des lumières qui ressemblent à des mots et illustrent parfaitement la poésie océanique de Victor Hugo », alors peut être devrais tu te laisser tenter si par un jour de gros temps tu croises un Plisson.

« Tempête », est le genre de livre qui sur mon échelle du ressenti vient juste après la musique. Oui, à mon avis, la photo peut exprimer elle aussi beaucoup plus que des mots aussi beaux puissent-ils être.
Plisson, photo, océan, je pléonasme grave mais quand on habite en Bretagne, au bord de l'océan, comment ne pas être sensible à ce tiercé gagnant?
En cette saison où les orages ont vite fait de nous rappeler que la nature nous tolère sur cette terre et qu'elle peut nous en expulser à tout moment, « Tempête » montre cette nature dans ce qu'elle a de plus envoutant, dans ce qu'elle a de plus effrayant, dans ce qu'elle a de plus fascinant. L'océan en furie.
Chaque photo est un roman, une histoire d'amour, une rencontre entre la vague et la terre, un rendez vous galant entre les éléments, le parcours d'une onde, sa vie, son oeuvre, sa fin.
Chaque horizon invite au rêve, au voyage, à l'angoisse, à la poésie, à l'humilité.
Chaque instantané laisse à prévoir une trace de désolation, un gout d'après tsunami.
Et puis il y a ces visages, ces gueules. Sculptées par le temps mauvais, sillonnées par le sel, pétrifiées par l'instant. Des gueules de marins. Des gueules d'atmosphères, de celles qui côtoient la peur et la mort au quotidien ne serait ce que dans le souvenir de grains en mer. Des gueules d'encyclopédies du courage pudique où un regard vaut tous les mots.
Ces photos sont sublimes, le noir et blanc leur donne encore plus de force, plus de puissance. Les lumières sont juste fabuleuses. Si j'étais musicien j'écrirais une partition pour exprimer les mots qui ne me viennent pas et plus certainement ceux qui n'existent pas.
Fasciné je suis, un peu comme ce jour où ici, à Gâvres, un ciel de fin du monde, caressant la dune, oscillant entre les noirs et jaunes donnait aux vagues des teintes vertes d'une beauté à (me) couper le souffle. Hypnotisé comme hier encore, où le métissage des nuages donnait des bleus irréels, de ceux qu'aucun peintre ne saurait imaginer, à cet océan objet de pas mal de mes « fantasmes ».
Toutes les variations de couleurs se retrouvent dans « Tempête », chacun peut y apporter sa palette et faire son histoire depuis l'origine de la houle.
Plisson est un génie de la photo maritime. Plisson est un privilégié qui assiste à un spectacle unique et sans équivalent. Etre, le temps d'un songe, en sa compagnie au dessus de l'Iroise déchainée ou à bord d'un chalutier en perdition balloté d'un mur d'eau à un autre, c'est aussi un privilège que je m'accorderai régulièrement en laissant à portée d'envie cet hymne à l'océan.

« Pour que l'eau salée n'ait jamais le gout des larmes »
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