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Stéphane Mallarmé (Traducteur)
EAN : 9782806240385
66 pages
Candide & Cyrano (01/01/2012)
4.01/5   92 notes
Résumé :
Une édition de référence du Corbeau d?Edgar Allan Poe, traduit par Stéphane Mallarmé, spécialement conçue pour la lecture sur les supports numériques.« Ardemment je souhaitais le jour ? vainement j?avais cherché d?emprunter à mes livres un sursis au chagrin ? au chagrin de la Lénore perdue ? de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore : ? de nom pour elle ici, non, jamais plus !Et de la soie l?incertain et triste bruissement en chaque rideau pu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Bobby_The_Rasta_Lama
  18 décembre 2020
"Tell me what thy lordly name is on the Night's Plutonian shore!"
Quoth the Raven...
... Nevermore. Jamais plus.
Nous sommes presque tous en mesure de compléter la ligne, même ceux qui n'ont jamais lu "Le Corbeau".
L'un des poèmes les plus célèbres de la littérature américaine, il fait désormais partie de la "mémoire culturelle", de la culture populaire, presque au même titre que Dracula ou Frankenstein. Il serait inutile de compter le nombre de ses reprises et parodies depuis sa première publication dans le New York Evening Mirror en 1845.
On pourrait se demander d'où vient cette notoriété, mais il suffit de le lire pour comprendre. C'est terriblement économe, efficace et troublant. En quelques strophes, Poe arrive à créer une authentique atmosphère d'horreur, et sa métrique ciselée et répétitive est vicieusement hypnotisante. Jetez juste un oeil sur la première strophe, et vous n'arrêterez plus de lire... et de relire... jamais plus !
Malgré l'aura mystérieuse qui l'entoure, il ne reste pas beaucoup de place pour spéculer sur la genèse du poème, car Poe s'en charge lui même et l'explique en détail dans sa "Philosophy of Composition". L'histoire en soi est simplissime, Poe n'utilise presque pas de métaphores poétiques, et c'est à vous de chercher un peu entre les lignes quant à son interprétation. Selon la règle tacite, il ne faut pas confondre l'auteur avec son oeuvre, mais l'année 1845 était rude, pour Poe. Sa femme Virginia était mourante, sa situation financière catastrophique, et son penchant pour l'alcool se faisait sentir de plus en plus. On peut donc au moins imaginer quelques inspirations d'ordre privé.
Peut-on se fier complètement au narrateur du poème ? Accablé par la mort récente de sa bien-aimée Lénore, il se trouve dans un curieux état entre le rêve et la réalité, plongé dans la lecture de livres ésotériques, quand il entend toquer à sa porte.
C'est minuit, et le temps de ce glacial décembre est affreux à souhait... qui cela pourrait-il être, par une nuit pareille ?
Un corbeau noir, qui viendra se percher sur le buste de Pallas Athéna.
La situation est presque comique : le jeune homme est loin de voir son visiteur comme un véritable émissaire des Enfers, et il lui demande par dérision son prénom.
Mais tout va basculer au premier croassement sinistre du volatile : "Nevermore". Tel est son prénom, et le seul mot qu'il sait dire.
La descente est inévitable. le jeune homme se tourmente lui même en posant au corbeau des questions qui le préoccupent et dont il connaît d'avance la réponse définitive, qui tombe comme un couperet avec chaque nouveau "jamais plus".
Et le tempo s'intensifie encore quand le malheureux au bord de la folie ordonne à son visiteur de partir. La réponse ne se laisse pas attendre...
Poe nous parle de "l'effet de gradation", et il ne reste qu'à admettre que c'est parfaitement réussi.
Qui ou qu'est donc ce corbeau nommé Nevermore ?
On peut prendre le poème au premier degré et voir en lui un simple oiseau apprivoisé qui a appris à parler et qui poussera le jeune homme à la folie par son refrain répétitif. Il n'est pas sans intérêt que Poe a d'abord sérieusement pensé à un perroquet, et l'idée que la célèbre réplique pourrait être "Polly wants a cracker" est assez pittoresque...
Certains voient le corbeau comme le Diable en personne, mais cela ne me paraît pas convaincant. En général, le Diable vous propose un marché : votre âme contre quelque chose, mais ici cela ne fonctionne pas.
Reste la troisième possibilité : le corbeau de Poe aurait représenté la dépression. le mois de décembre est hautement symbolique; les journées raccourcissent, c'est la période de la mort de la nature et des forces obscures. L'oiseau de mauvais augure va se poser sur le buste de Pallas, symbole de la raison et de la sagesse, et Lénore (prénom qui signifie "lumière" ou "torche") est éteinte à tout jamais. Tout comme la dépression, le corbeau s'installe sans y être invité, fait ce qu'il veut de sa victime et ne partira pas à la demande.
Les traductions de Mallarmé ou de Baudelaire sont très belles, mais elles restent des traductions en prose, ce qui enlève presque tout l'effet dramatique à la lecture.
Poe a composé son poème comme un horloger minutieux, en optant pour le rythme trochaïque : un rythme en deux temps, dont la première syllabe est accentuée et la deuxième atone (à l'inverse du iambe, bien plus naturel pour la langue anglaise).
Il ne sort jamais de son schéma statique (ce qui lui est parfois reproché), mais il crée exactement ce qu'il avait en tête : une sensation d'urgence, de quelque chose qui monte crescendo vers l'inévitable mauvaise fin. le tempo du "Corbeau" est le même que celui des musiques qui accompagnent les scènes tendues dans les films d'horreur.
Les fans de métal peuvent vérifier cette théorie dans un hommage épique fait au "The Raven" de Poe par un groupe au nom inspirant de Rotting Christ; ces chevelus grecs ont tout compris sur les possibilités du vers trochaïque !
Vous pouvez le lire, l'écouter (l'interprétation de Christopher Lee en vaut le coup), ou même regarder le mémorable épisode qui lui est consacré dans la série Les Simpson... Il y a du choix.
5/5, car je ne trouve aucune raison pour baisser ma note. Mille excuses pour la longueur de la critique, mais il y a beaucoup à dire et l'occasion ne se présentera JAMAIS PLUS.
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OverTheMoonWithBooks
  14 février 2021
Alors qu'il lit paisiblement dans sa chambre pour tenter de penser à autre chose qu'au décès de sa bien-aimée, un homme entend qu'on frappe à sa porte... Il est exténué, triste et cette nuit de Décembre arriver et il le voit entrer : le Corbeau !
Ce messager mythique, qui accompagne le Dieu Odin, cet oiseau qui sait passer d'un monde à l'autre... Notre narrateur érudit, d'abord fasciné tente de questionner ce Prophète des Enfers.
Mais la seule réponse que le narrateur obtient est : "Nevermore" (= "jamais plus).
Un très long et magnifique poème du génial romancier américain Edgar Allan Poe. Avec des rythmes entêtants qui deviennent hypnotiques, ce poème est tout simplement fascinant et c'est un chef-d'oeuvre.
Comme beaucoup de textes signés Poe, ce poème est plein de références mythologiques (qui obligent parfois à prendre un dictionnaire!) qui ajoutent du mystère à cette nuit et ce dialogue mystérieux.
Une vraie extase littéraire quand on a les clés !
(j'ajouterai que la version lue par Christopher Lee et les illustrations de Gustave Doré complètent joliment cette lecture. Ou dans un tout autre registre, certains préfèreront peut-être la version parodique des Simpson ! )
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pegase-shiatsu
  02 janvier 2022
The raven... le corbeau... Evidemment comme on s'y atteind... il ne s'agit pas du vrai corbeau... mais de celui que l'Eglise catholique a forgé au cours des siècles (J'attends d'ailleurs un livre qui explique comment cela c'est passé...).
Il s'agit ici du démon, qui vient nous tenté de l'oiseau de malheur... hélas le corbeau à une réputation imérité... et il suffit d'en approché ou d'ouvrir une étude sur ces tests d'intelligence pour savoir combien cet oiseau autrefois considéré par bien des peuples comme bénéfique... a été sali... de réputation... mais peu importe... c'est un poème, et un poème fantastique, où le cobeau parle sous la plume d'Egard Alan Poe....
ALors les amoureux de fantastiques admireront les vers fluides traduits d'ailleurs par deux grands auteurs français... et y verrons non pas l'oiseau, mais le démon tentateur qui fait peur et qui parle... aussi admirable en anglais qu'en traduction française, ce curieux livre bilingue... est un véritable trésor de poésie et de fantastique....
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PATACIDE
  28 avril 2015
Un soir glacial de décembre, un homme aussi dans sa chambre, s'assoupi sur son livre, en pensa à Lenore, sa dulcinée maintenant décédée.
Mais un bruit à sa porte le sort de sa rêverie. Après avoir fait plusieurs hypothèses et s'être enfin fait une raison il ouvre et malgrès sa torpeur... à un corbeau majestueux. Amusé, mais intrigué il demande bêtement son nom. La corbeau répond alors "Jamais plus". le narrateur s'interroge et demande d'autres questions.
Mais le corbeau répond à chaque fois Jamais plus.
Tétanisé, l'homme se rend compte qu'il est comme sous l'emprise du Corbeau jusqu'au lendemain qui ne fait que de répéter "jamais plus".
L'atmosphère un peu féerique se voile dès l'arrivé du corbeau qui fait sombrer le narrateur dans une sorte de folie tétanisante.
Un oiseau rempli la pièce par son ombre et par son refrain jamais plus.
L'écriture poétique rend la narration plus tendue. Comment un simple corbeau peut-il faire aussi peur!
Et aussi, je ne pourrai pas faire cette critique sans évoqué Les Simpson qui l'a mis en scène pour leur premier Simpson Horror Show. C'est comme même grâce à eux que j'ai entendu le Corbeau quand j'était petite.
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manu_deh
  21 janvier 2015
Courte nouvelle de Poe, et très célèbre, avec une grande puissance évocatrice. Presque de la poésie tellement le style est travaillé.
L'image de ce Corbeau s'installera dans votre imaginaire, et ne vous quittera plus. "JAMAIS PLUS!"
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   16 décembre 2020
Once upon a midnight dreary, while I pondered, weak and weary,
Over many a quaint and curious volume of forgotten lore—
While I nodded, nearly napping, suddenly there came a tapping,
As of some one gently rapping, rapping at my chamber door.
“’Tis some visitor,” I muttered, “tapping at my chamber door—
Only this and nothing more.”

Ah, distinctly I remember it was in the bleak December;
And each separate dying ember wrought its ghost upon the floor.
Eagerly I wished the morrow;—vainly I had sought to borrow
From my books surcease of sorrow—sorrow for the lost Lenore—
For the rare and radiant maiden whom the angels name Lenore—
Nameless here for evermore.

.....................................................................................................................................

Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié — tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque : soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre — cela seul et rien de plus.

Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le glacial Décembre : et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je souhaitais le jour — vainement j’avais cherché d’emprunter à mes livres un sursis au chagrin — au chagrin de la Lénore perdue — de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore : — de nom pour elle ici, non, jamais plus !

(trad. S. Mallarmé)
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emiliegranowskaemiliegranowska   09 août 2022
Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, — murmurai-je, — qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela, et rien de plus. »

Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, — et qu’ici on ne nommera jamais plus.

Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin, pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée à la porte de ma chambre, quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; — c’est cela même, et rien de plus. »

Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps : « Monsieur, — dis-je, — ou madame, en vérité j’implore votre pardon ; mais le fait est que je sommeillais, et vous êtes venu frapper si doucement, si faiblement vous êtes venu taper à la porte de ma chambre, qu’à peine étais-je certain de vous avoir entendu. » Et alors j’ouvris la porte toute grande ; — les ténèbres, et rien de plus !

Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul mot proféré fut un nom chuchoté : « Lénore ! » — C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot : « Lénore ! » — Purement cela, et rien de plus.

Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, — dis-je, — sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; — c’est le vent, et rien de plus. »

Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais, avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; — il se percha, s’installa, et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire : « Bien que ta tête, — lui dis-je, — soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la Nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas un bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours ; car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre, se nommant d’un nom tel que Jamais plus !

Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, — jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »

Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos : « Sans doute, — dis-je, — ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain : Jamais, jamais plus !

Mais, le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours voulait faire entendre en croassant son Jamais plus !

Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du cœur ; je cherchais à deviner cela, et plus encore, ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe, ce velours violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête, à Elle, ne pressera plus, — ah ! jamais plus !

Alors il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible que balançaient des séraphins dont les pas frôlaient le tapis de la chambre. « Infortuné ! — m’écriai-je, — ton Dieu t’a donné par ses anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon, mais toujours prophète ! que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, — dis-moi sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis, dis, je t’en supplie ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce Ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! — hurlai-je en me redressant. — Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la Nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le corbeau, immuable, est toujours installé, toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, — jamais plus !
+ Lire la suite
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SeshetaSesheta   12 janvier 2013
Startled at the stillness broken by reply so aptly spoken,
"Doubtless," said I, "what it utters is its only stock and store
Caught from some unhappy master whom unmerciful Disaster
Followed fast and followed faster till his songs one burden bore-
Till the dirges of his Hope the melancholy burden bore
Of 'Never-nevermore.' "

(The Raven, p.28)
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Virgule-MagazineVirgule-Magazine   01 mars 2016
«  Prophète  ! - dis-je, - être de malheur  ! oiseau ou démon  ! toujours prophète  ! par ce Ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore.  » Le corbeau dit  : «  Jamais plus  !  »
«  Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon  ! - hurlai-je en me redressant. - Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la Nuit plutonienne  ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré  ; laisse ma solitude inviolée  ; quitte ce buste au-dessus de ma porte  ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte  !  » Le corbeau dit  : «  Jamais plus  !  »
+ Lire la suite
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PATACIDEPATACIDE   28 avril 2015
Le corbeau dit : Jamais plus !
Et le corbeau, immuable, est toujours installé, toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, — jamais plus !
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Vidéo de Edgar Allan Poe
Enseignement 2016-2017 : de la littérature comme sport de combat Titre : Tropes de la guerre littéraire : Athlète
Chaire du professeur Antoine Compagnon : Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie (2005-2020)
Cours du 10 janvier 2017.
Retrouvez les vidéos de ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/antoine-compagnon
L'émergence de la figure de l'athlète pour désigner l'écrivain est certainement liée au nouveau régime de liberté d'expression expérimenté à partir de 1820, qui favorise l'activité de la presse, et suscite une concurrence accrue entre ses représentants. Si l'écrivain est comparé à un athlète, c'est parce qu'il prend part à une lutte qui, loin d'être seulement métaphorique, engage également son corps. Victor Hugo, dans les Odes et Ballades (1827), fait se succéder « le chant de l'arène », « le chant du cirque » et « le chant du tournoi » ; dans Les Contemplations (1856), il fait rimer poète non seulement avec prophète, mais encore avec athlète. La rime se retrouve chez Alfred de Vigny, chez Théodore de Banville, chez Alphonse de Lamartine qui célèbre en Lamennais le poète martyr, athlète du christianisme, retrouvant ainsi le sens religieux du terme.
Pour être écrivain et se faire une place dans un champ littéraire compétitif, il faut être endurant, robuste de corps, et que cette robustesse se transmette encore au style. Trois écrivains, en particulier, paraissent unir ces deux qualités, physique et stylistique : Alexandre Dumas, « athlète du feuilleton » que les Goncourt décrivent comme « une espèce de géant » s'astreignant à la plus rigoureuse hygiène de vie ; Gautier ; et surtout Balzac, à qui Sainte-Beuve – avec Rodin – reconnaît le corps d'un athlète, et qui sait mieux que les autres avec quelle générosité et quelle régularité il faut produire pour survivre. Son personnage Lucien de Rubempré, aspirant à la carrière littéraire, est moins chanceux, doté seulement d'un corps chétif qui paraît le signe d'un écrivain « sans coeur ou sans talent ». le vocable est beaucoup moins appliqué à Hugo, que seul Jules Janin distingue en ce sens, comme le seul survivant de la dure bataille romantique. Baudelaire, lui, sait bien dire la distance de son corps à celui de Pierre Dupont, poète du prolétariat, décrit comme un véritable Hercule. Cependant, il sacrifie au lieu commun au moment de faire l'éloge d'Edgar Allan Poe, mélange de féminité et de robustesse, d'orgie et de rigueur.
Martinville, rare soutien de Lucien dans Illusions perdues (1837), incarne l'écrivain-athlète, mais assure aussi le passage du registre du sport à celui du sport de combat. Il est par excellence l'écrivain polémiqueur, l'athlète insulteur, seul capable de rendre les coups de tous côtés à la fois et d'accompagner Lucien dans son revirement politique. L'artiste-athlète est majoritairement pensé sur le modèle de l'escrimeur, du maître d'armes. Tous les écrivains du milieu du XIXe siècle sont familiers d'Augustin Grisier, maître d'armes des fils de Louis-Philippe et de l'École polytechnique, puis, sous le Second Empire, du Conservatoire national d'art dramatique. Gautier, Sue, Dumas qui préface son célèbre livre Les Armes et le Duel (1847), fréquentent sa salle d'armes. Grisier entretient dans son livre et dans sa salle d'armes le souvenir de Joseph Bologne, chevalier de Saint-George, connu comme le « chevalier noir ». Né à la Guadeloupe d'un propriétaire terrien et d'une esclave, le chevalier de Saint-George reçoit sur le continent une éducation noble, où la littérature et les sports, les arts et les armes ont une proportion égale ; il manie le fleuret et l'archet avec autant d'agilité. Grisier et Bologne ont en commun de refuser le duel, au nom d'une conception rigoureusement esthète du combat d'armes. La figure de ces maîtres d'armes est essentielle, en ce qu'elle assure la réversibilité du combattant et de l'écrivain : si ce dernier manie la plume comme une épée, le maître d'armes doit en son ordre manier l'épée comme une plume. Il est un parfait esthète, et toujours un écrivain en puissance.
Il existe une version dégradée, mercenaire du maître d'armes, exécuteur des basses
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