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Stéphane Mallarmé (Autre)Charles Baudelaire (Autre)Jean-Louis Curtis (Autre)
EAN : 9782070322237
192 pages
Éditeur : Gallimard (26/05/1982)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 71 notes)
Résumé :
Edgar Poe, généralement bien connu du grand public francophone pour ses récits fantastiques, les "Histoires extraordinaires", l'est un peu moins pour ses poèmes qui ont pourtant été traduits à de nombreuses reprises, parfois par les plus grands poètes français. Jean Hautepierre a pris le risque de leur succéder en se livrant à cet exercice toujours délicat que constitue la traduction poétique. Il a fait appel à toute sa fibre poétique afin de transcrire, pour notre ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Unhomosapiens
  20 février 2017
J'ai beaucoup aimé la première partie de ce recueil : les poèmes traduits par Mallarmé. On y retrouve beaucoup de traits baudelairiens. Ses thèmes de prédilection : la folie, la mort, la souffrance, l'amour... En revanche la suite du recueil m'a un peu décontenancé. Je le trouve un peu" fourre-tout". Et le lien entre Poe, Mallarmé et Baudelaire est très intéressant mais aurait pu faire l'objet d'un autre ouvrage. Et pourquoi cette police aussi petite ?
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frandj
  12 novembre 2019
Je connais Edgar Poe surtout à travers sa prose que j'apprécie beaucoup, malgré l'écriture un peu ampoulée de cet auteur. De sa poésie, je ne connaissais jusqu'ici que "Le corbeau" (traduit par Baudelaire). le présent recueil contient bien d'autres poèmes en prose, traduits par Mallarmé. Selon la théorie de Poe, le poète doit écrire comme un mécanicien du langage, utilisant des outils bien définis – très loin d'une supposée inspiration quasi-divine. Il est difficile de prouver que Poe a appliqué rigoureusement ses propres règles; mais j'ai l'impression qu'il l'a fait. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas beaucoup aimé la plupart des textes présentés. J'y décèle une facture artificielle, exagérée, rigide, précisément en raison des méthodes d'écriture de l'auteur. Et même quand il veut être simple, E. Poe a un style que je trouve lourd. La relecture du poème "Le corbeau", notamment, a été éclairante pour moi. "Annabel Lee" m'a semblé être le texte le mieux venu: je l'ai mis en citation sur Babelio.
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TiriNoiret
  13 août 2017
Même en traduction - il s'agit ici de Mallarmé bien sûr - le rythme et la mélodie restent intensément présents. Poe n'est pas seulement mélancolique ou obscur, il atteint bien souvent des sommets de ce sublime qu'ont tant chéri les écrivains de cette fin du XIXème.
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Chasto
  23 juin 2020
Une touche de Mallarmé, puis, ajouter une pincée de Baudelaire, et reprenait sur le fil d'Edgar Allan Poe.
Des mots se feront rimes et couleurs de style pour le plus grand plaisir du lecteur.
A lire et inscrire sur les tableaux noirs de notre mémoire ….
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Lestempsmodernes
  15 mai 2013
J'adore ce passage ci-dessous de ( À Hélène ) : C'était un minuit de Juillet ; et hors du plein orbe d'une lune qui, comme ton âme même s'élevant, se frayait un chemin précipité au haut du ciel, tombait de soie et argenté un voile de lumière, avec quiétude et chaud accablement et sommeil, sur les figures levées de mille roses qui croissaient dans un jardin enchanté, où nul vent n'osait bouger, si ce n'est sur la pointe des pieds. La coloration de le prose offre au lecteur une ivresse immédiate!
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Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   16 janvier 2013
ELDORADO
Gaiement accoutré, un galant chevalier, au soleil et par les ténèbres, avait longtemps voyagé, chantant une chanson, à la recherche de l’Eldorado.

Mais il se fit vieux, ce chevalier si hardi, et sur son cœur tomba une ombre, comme il ne trouvait aucun endroit de la terre qui ressemblât à l’Eldorado.

Et, quand sa force défaillit à la longue, il rencontra une ombre pèlerine. — « Ombre, dit-il, où peut être cette terre d’Eldorado ? »

— « Par-delà les montagnes de la lune, et au fond de la vallée de l’ombre, chevauche hardiment, répondit l’ombre, — si tu cherches l’Eldorado. »

(Traduction de Stéphane Mallarmé)

ELDORADO
Gaily bedight,
A gallant knight,
In sunshine and in shadow,
Had journeyed long,
Singing a song,
In search of Eldorado.

But he grew old-
This knight so bold-
And o'er his heart a shadow
Fell as he found
No spot of ground
That looked like Eldorado.

And, as his strength
Failed him at length,
He met a pilgrim shadow-
"Shadow," said he,
"Where can it be-
This land of Eldorado?"

"Over the Mountains
Of the Moon,
Down the Valley of the Shadow,
Ride, boldly ride,"
The shade replied-
"If you seek for Eldorado!"
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Marc21Marc21   04 décembre 2016
A Hélène

Je te vis une fois — une seule fois — il y a des années : combien, je ne le dois pas dire, mais peu. C'était un minuit de Juillet ; et hors du plein orbe d'une lune qui, comme ton âme même s'élevant, se frayait un chemin précipité au haut du ciel, tombait de soie et argenté un voile de lumière, avec quiétude et chaud accablement et sommeil, sur les figures levées de mille rosés qui croissaient dans un jardin enchanté, où nul vent n'osait bouger, si ce n'est sur la pointe des pieds ; — il tombait sur les .figures levées de ces rosés qui rendaient, en retour de la lumière d'amour, leurs odorantes âmes en une mort extatique ; — il tombait sur les figures levées de ces rosés qui souriaient et mouraient en ce parterre, enchanté — par toi et par la poésie de ta présence. Tout de blanc habillée, sur un banc de violettes, je te vis à demi gisante, tandis que la lune tombait sur les figures levées de ces rosés, et sur la tienne même, levée, hélas ! dans le chagrin.
N'était-ce pas la destinée qui, par ce minuit de Juillet, — n'était-ce pas la destinée, dont le nom est aussi chagrin, — qui me commanda cette pause devant la grille du jardin pour respirer l'encens de ces sommeillantes rosés ? Aucun pas ne s'agitait : le monde détesté tout entier dormait, excepté seulement toi et moi (oh ! cieux ! — oh ! Dieu ! comme mon cœur bat d'accoupler ces deux noms !), excepté seulement toi et moi. — Je m'arrêtai, — je regardai, — et en un instant toutes choses disparurent. (Ah ! aie en l'esprit ceci que le
jardin était enchanté !) Le lustre perlé de la lune s'en alla : les bancs de mousse et le méandre des sentiers, les fleurs heureuses et les gémissants arbres ne se firent plus voir : des rosés mêmes l'odeur mourut dans les bras des airs adorateurs. Tout, — tout expira, sauf toi, sauf moins que toi, sauf seulement la divine lumière en tes yeux, sauf rien que l'âme en tes yeux levés. Je ne vis qu'eux ; — ils étaient le monde pour moi. Je ne vis qu'eux, — les vis seulement pendant des heures, — les vis seulement jusqu'alors que la lune s'en alla. Quelles terribles histoires du cœur semblèrent inscrites sur ces cristallines, célestes sphères ! Quelle mer silencieusement sereine d'orgueil ! Quelle ambition osée ! pourtant quelle profonde, quelle insondable puissance pour l'amour !
Mais voici qu'à la fin la chère Diane plongea hors de la vue dans la couche occidentale d'un nuage de foudre : et toi, fantôme, parmi le sépulcre des arbres, te glissas au loin. Tes yeux seulement demeurèrent. Ils ne voulurent pas partir ; ils ne sont jamais partis encore !
Éclairant ma route solitaire à la maison cette nuit-là, ils ne m'ont pas quitté (comme firent mes espoirs) depuis. Ils me suivent, ils me conduisent à travers les années. Ils sont mes ministres ; — pourtant je suis leur esclave. Leur office est d'illuminer et d'embraser ; mon devoir d'être sauvé par leur brillante lumière, et purifié dans leur feu électrique, et sanctifié dans leur feu élyséen. Ils remplissent mon âme de beauté (qui est espoir), et sont loin, au haut des cieux, — les étoiles devant qui je m'agenouille dans les tristes, taciturnes veilles de ma nuit ; tandis que, dans le rayonnement méridien du jour, je les vois encore, — deux suaves, scintillantes Vénus, inextinguibles au soleil.
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PartempsPartemps   23 avril 2020
LE CORBEAU

Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié, — tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre, — cela seul et rien de plus.

Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le glacial Décembre : et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je souhaitais le jour ; — vainement j’avais cherché d’emprunter à mes livres un sursis au chagrin — au chagrin de la Lénore perdue — de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore, — de nom ! pour elle ici, non, jamais plus !

Et de la soie l’incertain et triste bruissement en chaque rideau purpural me traversait — m’emplissait de fantastiques terreurs pas senties encore : si bien que, pour calmer le battement de mon cœur, je demeurais maintenant à répéter : « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée, à la porte de ma chambre — quelque visiteur qui sollicite l’entrée, à la porte de ma chambre ; c’est cela et rien de plus. »

Mon âme se fit subitement plus forte et, n’hésitant davantage : « Monsieur, dis-je, ou madame, j’implore véritablement votre pardon ; mais le fait est que je somnolais, et vous vîntes si doucement frapper, et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte de ma chambre, que j’étais à peine sûr de vous avoir entendu. » — Ici j’ouvris grande la porte : les ténèbres et rien de plus.

Loin dans l’ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m’étonner et craindre, à rêver des rêves qu’aucun mortel n’avait osé rêver encore ; mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe : et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté
Poe - Les Poèmes d’Edgar Poe, trad. Mallarmé, 1889.djvu
« Lénore ! » Je le chuchotai — et un écho murmura de retour le mot « Lénore ! » purement cela et rien de plus.
Rentrant dans la chambre, toute mon âme en feu, j’entendis bientôt un heurt en quelque sorte plus fort qu’auparavant. « Sûrement, dis-je, sûrement c’est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce qu’il y a et explorons ce mystère ; — que mon cœur se calme un moment et explore ce mystère : c’est le vent et rien de plus. »

Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation d’ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre, — se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre — se percha, siégea et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : « Quoique ta crête soit chenue et rase, non ! dis-je, tu n’es pas pour sûr, un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit — dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. » Le Corbeau dit : « Jamais plus. »

Je m’émerveillai fort d’entendre ce disgracieux volatile s’énoncer aussi clairement, quoique sa réponse n’eût que peu de sens et peu d’à-propos ; car on ne peut s’empêcher de convenir que nul homme vivant n’eut encore l’heur de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, — un oiseau ou toute autre bête sur le buste sculpté, au-dessus de la porte de sa chambre, — avec un nom tel que : « Jamais plus. »

Mais le Corbeau perché solitairement sur ce buste placide, parla ce seul mot comme si son âme, en ce seul mot, il la répandait. Je ne proférai donc rien de plus ; il n’agita donc pas de plume, — jusqu’à ce que je fis à peine davantage que marmotter : « D’autres amis déjà ont pris leur vol, — demain il me laissera
Poe - Les Poèmes d’Edgar Poe, trad. Mallarmé, 1889.djvu
comme mes espérances déjà ont pris leur vol. » Alors l’oiseau dit : « Jamais plus. »
Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée : « Sans doute, dis-je, ce qu’il profère est tout son fonds et son bagage, pris à quelque malheureux maître que l’impitoyable Désastre suivit de près et de très près suivit jusqu’à ce que ses chansons comportassent un unique refrain ; jusqu’à ce que les chants funèbres de son Espérance comportassent le mélancolique refrain de : « Jamais — jamais plus. »

Le Corbeau induisant toute ma triste âme encore au sourire, je roulai soudain un siège à coussins en face de l’oiseau, et du buste, et de la porte ; et m’enfonçant dans le velours, je me pris à enchaîner songerie à songerie, pensant à ce que cet augural oiseau de jadis, — à ce que ce sombre, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau de jadis signifiait en croassant : « Jamais plus. »

Cela, je m’assis occupé à le conjecturer, mais n’adressant pas une syllabe à l’oiseau dont les yeux de feu brûlaient, maintenant, au fond de mon sein ; cela et plus encore, je m’assis pour le deviner, ma tête reposant à l’aise sur la housse de velours des coussins que dévorait la lumière de la lampe, housse violette de velours qu’Elle ne pressera plus, ah ! jamais plus.

L’air, me sembla-t-il, devint alors plus dense, parfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans sa chute, tintait sur l’étoffe du parquet. « Misérable ! m’écriai-je, ton Dieu t’a prêté — il t’a envoyé, par ces anges le répit — le répit et le népenthès dans ta mémoire de Lénore ! Bois ! oh ! bois ce bon népenthès et oublie cette Lénore perdue ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète, dis-je, être de malheur ! prophète, oui, oiseau ou démon ! Que si le Tentateur t’envoya ou la tempête t’échoua vers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée, —
Poe - Les Poèmes d’Edgar Poe, trad. Mallarmé, 1889.djvu
vers ce logis par l’horreur hanté : dis-moi véritablement, je t’implore ! y a-t-il du baume en Judée ? — Dis-moi, je t’implore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Prophète, dis-je, être de malheur, prophète, oui, oiseau ou démon ! Par les cieux sur nous épars, — et le Dieu que nous adorons tous deux, — dis à cette âme de chagrin chargée si, dans le distant Éden, elle doit embrasser une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore, — embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit », hurlai-je en me dressant. « Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon cœur et jette ta forme loin de ma porte ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, — siège encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s’élèvera — jamais plus.
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Marc21Marc21   04 décembre 2016
Le Ver Conquérant

Voyez ! c'est nuit de gala
Depuis ces dernières années désolées!
Une multitude d'anges, ailés, ornés
De voiles, et noyés dans les larmes,
Est assise dans un théâtre, pour voir
Un drame d'espérances et de craintes,
Pendant que l'orchestre soupire par intervalles
La musique des sphères.

Des mimes, faits à l'image du Dieu très haut,
Marmottent et marmonnent tout bas
Et voltigent de côté et d'autre;
Pauvres poupées qui vont et viennent
Au commandement de vastes êtres sans forme
Qui transportent la scène ça et là,
Secouant de leurs ailes de condor
L'invisible Malheur!

Ce drame bigarré ! — oh ! à coup sûr,
II ne sera pas oublié,
Avec son Fantôme éternellement pourchassé
Par une foule qui ne peut pas le saisir,
À travers un cercle qui toujours retourne
Sur lui-même, exactement au même point!
Et beaucoup de Folie, et encore plus de Péché
Et d'Horreur font l'âme de l'intrigue!

Mais voyez, à travers la cohue des mimes,
Une forme rampante fait son entrée!
Une chose rouge de sang qui vient en se tordant
De la partie solitaire de la scène!
Elle se tord ! Elle se tord ! — Avec des angoisses mortelles
Les mimes deviennent sa pâture,
Et les séraphins sanglotent en voyant les dents du ver
Mâcher des caillots de sang humain.

Toutes les lumières s'éteignirent, — toutes, — toutes !
Et sur chaque forme frissonnante,
Le rideau, vaste drap mortuaire,
Descend avec la violence d'une tempête,
— Et les anges, tous pâles et blêmes,
Se levant et se dévoilant, affirment
Que ce drame est une tragédie qui s'appelle l'Homme,
Et dont le héros est le Ver conquérant.
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PartempsPartemps   23 avril 2020
LA CITÉ EN LA MER
Poe - Les Poèmes d’Edgar Poe, trad. Mallarmé, 1889.djvu
Voyez ! la Mort s’est élevé un trône dans une étrange cité gisant seule en l’obscur Ouest ; où les bons et les mauvais, les pires et les meilleurs s’en sont allés au repos éternel. Chapelles et palais et tours (par le temps rongées, des tours qui ne tremblent pas !) ne ressemblent à rien qui soit chez nous. À l’entour, par le soulèvement du vent oubliées, avec résignation gisent sous les cieux les mélancoliques eaux.

Nul rayon, du ciel sacré ne provient, sur les longues heures de nuit de cette ville ; mais une clarté sortie de la mer livide inonde les tours en silence, — luit sur les faîtes au loin et de soi, — sur les dômes, sur les résidences royales, — sur les temples, — sur des murs comme à Babylone, — sur la désuétude ombragée de vieux bosquets d’ifs sculptés et de fleurs de pierre, — sur mainte et mainte merveilleuse chapelle dont les frises contournées enlacent avec des violes la violette et la vigne. Avec résignation sous les cieux gisent les mélancoliques eaux. Tant se confondent ombres et tourelles, que tout semble suspendu dans l’air, tandis que d’une fière tour de la ville la Mort plonge, gigantesque, le regard.

Là, des temples ouverts et des tombes béantes bâillent au niveau des lumineuses vagues ; mais ni la richesse qui gît en l’œil de diamant de chaque idole, ni les morts gaiement parés de joyaux ne tentent les eaux hors de leur lit, car aucune lame ne s’enroule, hélas ! le long de cette solitude de verre, — aucun gonflement ne raconte qu’il peut être des vents sur quelque mer plus heureuse du loin, — aucune houle ne suggère que des vents ont été sur des mers d’une moins hideuse sérénité.

Mais voici ! un branle est dans l’air : la vague — il y a mouvement. Comme si les tours avaient repoussé, en sombrant doucement, l’onde morne, — comme si les faîtes avaient alors faiblement fait le vide dans les cieux figés. Les vagues ont à présent une lueur plus rouge, les heures respirent sourdes et faibles, — et quand, parmi des gémissements autres que de la terre, — très bas — très bas, — cette ville hors d’ici s’établira, l’Enfer, se levant de mille trônes, lui rendra hommage.
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Vidéo de Edgar Allan Poe
Edgar Allan Poe : La Vérité sur le cas de M. Valdemar (France Culture / Samedi noir). Diffusion sur France Culture le 17 juin 2017. Illustration par Harry Clarke (1889-1931). Publié en 1919. • Crédits : Harry Clarke. Le récit d’une (fausse) expérience scientifique, pratiquée sur un sujet à l’agonie qui, non sans ironie, nous emmène loin dans l’épouvante : comment exprimer un état — la mort — qu’avant, on ignore, et qu’après, on est dans l’incapacité de nommer ? Adaptation : Hélène Frappat, d’après la traduction de Charles Baudelaire. Une réalisation de Michel Sidoroff. Conseillère littéraire : Caroline Ouazana. « “La Vérité sur le cas de M. Valdemar”, publié en 1845 par Edgar Allan Poe, fait partie d’un triptyque traitant des effets du magnétisme, autrement dit de l’hypnose, avec “Morella” et “Révélation magnétique”. Charles Baudelaire l’a traduite en français, comme l’ensemble des “Histoires extraordinaires”. Il s’agit de la nouvelle la plus fascinante du recueil, car elle en livre l’art poétique. À travers ce récit d’une (fausse) expérience scientifique, pratiquée sur un sujet à l’agonie, Poe radicalise, d’une manière unique dans l’histoire de la littérature, les potentialités, et simultanément les limites du langage humain. Comment faire parler un mort ? Comment dire ce qui n’est pas ? Avec quels mots donner vie au néant ? Comment exprimer un état — la mort — qu’avant, on ignore, et qu’après, on est dans l’incapacité de nommer ? “La Vérité sur le cas de M. Valdemar” n’exprime donc d’autre vérité que celle de la condition humaine : définie par le langage, et butant contre lui ; se débattant de toutes ses forces contre l’innommable qui ronge toute expérience, et toute nomination : la mort. Pour un être humain, et un écrivain, cette expérience « entre la vie et la mort », selon le titre de Nathalie Sarraute, nous emmène loin dans l’épouvante, mais aussi dans l’ironie, de la prison où l’homme se débat, et dont, seule, la littérature peut faire reculer les murs. » Hélène Frappat
Avec :
Olivier Cruveiller (Oscar Preston) Igor de Savitch (Ernest Valdemar) Jean-Luc Debattice (Samuel Fisher) Laurent Lederer (Daniel de Moine) Caroline Breton (Theodora Langdon)
Bruitages : Bertrand Amiel Prise de son, montage et mixage : Jehan-Richard Dufour et Lidwine Caron Assistante à la réalisation : Léa Racine
Poème d’Edgar Allan Poe traduit par Stéphane Mallarmé, lu par Olivier Cruveiller
Source : France Culture
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