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Critique de Enroute


Enroute
  02 juin 2019
Publié en 1902, "La science et l'hypothèse" regroupe différents des articles de Poincaré sur le fondement de la science, sa portée et ses mode de développement.

Tout vient de la succession de nos sensations que nous tentons d'organiser. La première intuition est celle d'un continu physique et elle nous vient de la sensation d'un continu physiologique. Dès lors, les mouvements sont compris comme continus, les lignes et les solides aussi.

La géométrie n'a rien de mystérieux, elle vient de l'étude du déplacement des corps qui s'accommodent le mieux à notre expérience et dont nous idéalisons les formes. La géométrie est l'étude du mouvement des figures supposées se déplacer comme des solides invariants et c'est faute de ne pas expliciter cette prémisse que l'on a cru, comme Kant, qu'elle s'imposait à l'esprit. Une fois qu'on en a conscience, on peut tout à fait envisager d'autres types de géométries, non euclidiennes, et Riemann et Lobatchevsky ne se sont pas privés. La géométrie euclidienne correspond le plus simplement à notre manière d'être au monde et le corps s'est habitué à certains types de déplacement des objets autour de nous, raison pour laquelle nous la préférons. Mais tous les phénomènes se décrivent aussi bien dans n'importe quelle géométrie, euclidienne ou non. La géométrie n'est ni expérimentale (on se rendrait compte que les formes ne sont pas idéales), ni purement intellectuelle (elle repose sur les prémisses de l'expérience que les corps se déplacent sans, en gros, changer de forme).

Ensuite, il faut avoir à l'esprit que les concepts de la physique restent fondamentalement incompréhensibles : ni la masse, ni la force, ni l'inertie, ni l'énergie, par exemple, ne s'expliquent de manière absolue. Ce ne sont que des valeurs qu'il est commode d'introduire pour décrire les mouvements de la matière, laquelle reste inconnaissable. La science n'est pas pour autant arbitraire : ces conventions doivent être vérifiées par l'expérience, dont la mise au point requiert l''énonciation de toutes les hypothèses nécessaires à sa mise au point. Sans cela, une expérience n'est rien qu'un fait ponctuel, on ne pourra rien en généraliser. Or la science a la généralisation pour moteur, qui doit permettre de prévoir et donc, de connaître.

Pour aller encore plus loin, la physique et les mathématiques se fichent de savoir si les images qu'elle emploie (le "courant" électrique, l'éther, les "petits tourbillons" électromagnétiques, etc.) sont justes ou non ou, et si demain, on ne va pas les remplacer par autre chose : les équations, elles, resteront valables. Encore une fois, les images n'abordent la matière que sous forme de métaphore, qui, elle, reste inatteignable fondamentalement.

Les probabilités elles aussi s'établissent seulement si l'on établit l'ensemble des conditions de leur estimation, et le principe de raison suffisante est bien conventionnellement appliqué, du moins, sans principe absolu. Quant à faire dépendre l'ensemble de la science d'une probabilité (puisque la science a pour tâche de prévoir et que n'importe quoi d'imprévu peut surgir qui démente les calculs...), c'est encore un principe à rejeter : les résultats de la science restent valides "toute chose égale par ailleurs". Il n'y aurait plus de science s'il fallait supposer constamment qu'une catastrophe pourrait arriver. A moins que l'on estime que cette probabilité n'est pas négligeable. Et on revient dans la science qui a pour finalité l'unité et la simplicité. Unité car elle tend à tout expliquer en une gigantesque synthèse et simplicité car c'est un principe de base que si rien n'impose à compliquer, on fait au plus simple. Les expériences seront bien capables de nous obliger à tout compliquer de toute façon.

Et, en conclusion, demandons-nous, comme le suggèrent les expériences menées alors (en 1902), s'il l'on doit prendre pour convention que la matière n'existe pas...

Les textes sont très clairs et très abordables, construits avec un peu de suspens par-ci et d'humour par-là. Les contradictions de Russell résumées en fin d'ouvrages ne convainquent pas du tout, mais on aspire à en savoir plus sur les ouvrages théoriques postérieurs de Poincaré.


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