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ISBN : 2072832322
Éditeur : Gallimard (19/09/2019)

Note moyenne : 3.32/5 (sur 28 notes)
Résumé :
"Quand les enfants crèvent les écrans, quand ils arrachent le plastique et fractionnent les écorces de cette forêt véreuse, quand ils posent les doigts sur les fils conducteurs, les dénudant de leur enveloppe isolante pour atteindre l’âme dont ils jaugent la souplesse, le courant pourrait surgir, s’accrocher à leurs phalanges, les mordre – et puis les avaler."

Près du port d’Accra, au Ghana, dans une immense décharge de produits électroniques, Isaac ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  02 octobre 2017
Il est des livres pour lesquels, d'après le titre et la quatrième de couverture, ou ce que l'on a pu lire dans la Presse, on sait en gros, vers quoi on se dirige. Il y a bien sûr des événements imprévus qui se rajoutent – c'est normal car il faut ménager la surprise ou le suspense.
Mais il est des livres qui, malgré que l'on connaisse le sujet, ajoutent insidieusement des éléments, en sourdine, qui vont se développer petit à petit, et qui laissent le lecteur abasourdi.
C'est ce qui m'est arrivé avec « LES FILS CONDUCTEURS » de Guillaume Poix que j'avais à lire pour mon prochain club de lecture.
Le livre débute avec le jeune photographe Thomas qui se rend à Accra, au Ghana, pour y dénoncer la montagne d'ordures « Agbogbloshie » - surnommée aussi « la bosse » - qui représente une véritable catastrophe écologique et humaine.
Au milieu de tous ces immondices de l'Occident, Thomas rencontre Jacob qui lui fait découvrir tout ce que recèle ce lieu dantesque où on trouve, non seulement un trafic de métaux mais aussi celui des corps.
Il faut signaler que le jeune Jacob a pour « instructeurs » Isaac et Moïse qui lui expliquent comment mieux procéder à la « fouille ».
L'auteur nous emmène tout doucement dans cette histoire déjà bien triste – on a l'habitude de penser, en principe, aux décharges monstrueuses en Inde – et par insinuations, les amis de Jacob lui apprennent qu'il peut gagner encore plus d'argent, d'une autre façon, surtout le soir.
On se dit que l'horreur va monter encore d'un cran, que non, ce n'est pas ça, mais Jacob, dans son innocence et pressé par le besoin financier urgent, sans vraiment comprendre de quoi il s'agit, va se laisser entraîner dans cette spirale sans fin.
Malgré toute cette abomination, cette misère humaine insupportable, l'auteur arrive à garder un certain humour, surtout avec le « parler » des garçons qui nous fait sourire car il faut un peu le déchiffrer.
Je prends au hasard la page 157 : « - Eh ben, on se paluchera dans l'après pour se divertir de la mort, lâche Isaac sans bien mesurer la portée de ce qu'il offre à méditer.
- Idéal, grogne Moïse sans prendre le temps d'étudier la proposition.
- On se paluchera les bouts pour contrer l'ennui et on voguera sur les nuées qu'on aura cachées nous-mêmes. »
Et ce n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres. Cette façon de parler nous amuse un peu mais il ne faut pas oublier le contexte bien tragique.
Guillaume Poix, pour son premier roman, a frappé fort, touchant le lecteur au plus profond de lui-même qui, tout en connaissant bien ce problème de recyclage des pays modernes et riches, assiste à la débrouille de ces pauvres gamins d'une dizaine d'années, à leur courage, à leur obstination.
Quand je suis arrivée à la fin du livre, j'étais sidérée par l'autre côté obscur de l'ouvrage, celui qui ressort lentement mais brutalement. J'ai ressenti un grand malaise, à la limite de l'écoeurement après avoir lu toutes ces révélations. Au point que, d'habitude, quand je termine une lecture, je fais rapidement la critique. Elle est ce qu'elle est mais je n'ai pas de problème. Par contre, pour « LES FILS CONDUCTEURS », il m'a fallu plusieurs jours (peut-être pour « digérer » cette histoire) avant d'essayer d'en écrire ces quelques lignes et donner mon ressenti.
Le livre m-a-t-il plu ? Difficile à dire car cela impliquerait que j'aime ce genre de thème alors que lorsque des enfants sont concernés c'est plutôt insupportable. Mais il ne faut non plus se voiler la face quand il s'agit de vérité.
Je parlerai donc plutôt de l'auteur qui est aussi dramaturge, metteur en scène et qui en est donc à son coup d'essai. Est-ce que ce sera un coup de maître ? Comment va-t-il être jugé dans cette rentrée littéraire ? Difficile à dire.
Je lui reconnais toutefois le mérite d'avoir mis au grand jour ces faits, d'en parler à sa façon qui fascine le lecteur, le captive. Il faut ajouter également qu'il s'est bien documenté et que cette décharge « Agbogbloshie » existe réellement au Ghana.
Un gros travail fait dans ce livre pour lequel je cite « Livres Hebdo, Sean J.Rose » : « La force d'un verbe inventif, mêlant énergie argotique et beauté lyrique », qui réussit »à transformer l'ordure en bijou littéraire ».
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Bazart
  23 janvier 2018
Au milieu d'une décharge à ciel ouvert appelée "la bosse" où atterrissent les appareils ménagers et les produits hig-tech en obsolescence programmée, Jacob, Isaac et Moïse vivent de leurs fouilles en récupérant tous les métaux dont la vente leur procure quelques pièces juste dans l'objectif de vivre plutot survivre.
Lauréat du prix Wepler "Les fils conducteurs" (Verticales), Guillaume Poix livre un premier roman qui fait l'effet d'un uppercut et qui s'intéresse à la face sombre de la mondialisation : une décharge à ciel ouvert de matériel électronique sur le sol africain.
Guillaume Poix, pour son premier roman, frappe fort, touchant le lecteur au coeur avec ce texte incisif, qui nous fait parfaitement retranscrire l'apreté et la chaleur de cette terre africaine à la fois hostile et fertile aux rêves les plus fous.
Un premier roman fort, qui traite de cette difficile et un peu tabou thématique du recyclage des pays modernes et riches, assiste à la débrouille de ces pauvres gamins d'une dizaine d'années, à leur courage, à leur obstination.
Un beau roman publié à l'occasion des 20 ans des éditions Verticales qui prouve une nouvelle fois l'acuité de cette belle maison d'édition.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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fanette812
  02 janvier 2018
Depuis que j'avais entendu l'auteur parler de son livre dans une émission de radio cet été, j'avais envie de le lire. Je trouvais que le thème était original, c'est à dire qu'il avait le mérite de nous mettre nous, hommes occidentaux, en face de nos dégâts... de nous mettre sous les yeux la misère qu'on engendre sans même le savoir.
Comme le dit le résumé, un jeune photographe part faire un reportage dans une décharge de produits électroniques. Son périple commence dans le cargo car il prend la même route que tous les objets qui vont y être jetés.
En parallèle de l'histoire du photographe, il y a celle des kiddies, ces enfants chargés de décharner les appareils pour en retirer ce qui se vend et celle de leurs macs qui se chargent de la revente et prennent une large commission bien sûr. Pour les kiddies, ils vont faire ce travail, comme nos enfants vont au collège chaque jour. Sauf qu'eux en repartent le soir un peu plus sales, malades, morts... Ils se consument sur ses appareils qui les détruisent alors qu'ils font ça pour survivre. Mais ont-ils le choix? C'est soit mourir de faim soit vivre un peu plus longtemps et rapporter de l'argent chez eux.
Guillaume Poix fait preuve d'une grande finesse pour raconter cette histoire car il ne tombe jamais dans la pitié ou le larmoyant. Au contraire, il parvient à mettre de la distance afin que chacun se fasse son propre jugement et vive cette histoire comme il le souhaite.
Pour ma part, c'est un livre qui me donne une envie de révolte contre ce système qu'on laisse faire. Nous sommes coupables sans le savoir, sans nous en rendre compte. J'espère que ce livre sera lu par un grand nombre de personnes, en espérant que nous ferons tous plus attention à nos achats, à nos actes au quotidien.
Enfin, j'ai envie de suivre cet auteur s'il continue d'aborder des sujets aussi atypiques. J'ai presque envie de le remercier pour cette oeuvre qui a une réelle portée politique, même si elle n'en a pas l'air.
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bananenstrat
  06 mars 2018
Les fils conducteurs, titre symbolique d'un roman fort.
Guillaume Poix va nous décrire dans ce roman les trajectoires parallèles d'un jeune photographe franco-suisse et d'un garçonnet Ghanéen de onze ans.
Tous deux sont très proches de leurs mères et tout deux vont élaborer des stratégies pour s'en émanciper.
L'un va aller gagner de l'argent sur la décharge à ciel ouvert du port d'Accra, où sont déversés tous les objets électroniques obsolètes des pays du Nord.
L'autre va se rendre au Ghana pour se confronter à la pauvreté et en ramener des photos artistiques.
Leurs destins vont se croiser et se lier dans un final implacable, tragique et bouleversant qui sonne comme une allégorie des rapports entre l'Afrique et les pays dit industrialisés.
Il n'est pas facile de se laisser emporter par ce roman. le début est très contemplatif, on se demande où l'on va, mais finalement dès que les personnages prennent leur destin en main on est emporté par le style de l'auteur qui se veut très poétique avec des descriptions et des images d'un grand lyrisme.
Puis il y a ce parler Ghanéen qu'emploient les enfants entre eux sur la décharge, mélange de français académique et d'anglicismes, gouailleur et sonore, mais néanmoins très poétique aussi.
Enfin il y a la force de l'histoire de ces deux fils, l'un trop gâté et l'autre noyé dans la misère.
Exploité par les adultes, au mépris de sa santé, tout comme cette décharge constitue une exploitation de l'environnement de ce pays pauvre.
Et c'est là la grande force du livre, sa portée politique, qui donne à réfléchir sur nos modes de consommation, mais aussi sur l'attitude que les pays riches adoptent dans leur plan d'évacuation des déchets, qui n'est que le symptôme de la façon hypocrite et paternaliste dont est traitée une Afrique toujours pas maîtresse de son destin.
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Zarps
  19 février 2018
Les Fils conducteurs est un livre qui ne cherche pas à plaire.
Après avoir découvert Thomas, sur qui l'auteur pose un regard caustique et sans concessions, nous sommes très vite au Ghana, avec Jacob, sur la bosse, cette décharge à ciel ouvert où s'entrepose les rebuts technologiques du monde occidental. Que les gamins fouillent pour récupérer des métaux qu'ils échangeront pour quelques pièces. Où ils respirent un air vicié qui les rend malades. Où les plus grands exploitent les kiddys.
Le sujet peut rebuter, difficile de regarder la vérité en face, difficile aussi de se confronter à ces enfants d'ores et déjà condamnés. Mais l'écriture n'étant jamais misérabiliste, et le travail sur la langue est tel (bravo pour cet argot de la bosse qui déroute puis emporte) que le roman vous met toujours à distance. Ce qui n'empêche pas d'être totalement bouleversé par la scène finale au Ghana, et outré par le dernier chapitre.
Une très belle réussite pour un premier roman !
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critiques presse (1)
LeFigaro   11 décembre 2017
Le lauréat du Prix Wepler signe un premier roman virevoltant sur une décharge au Ghana
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
nadiouchkanadiouchka   02 octobre 2017
Agbogbloshie – les lettres s'entassent, hostiles : on peine. On est d’abord conquérant grâce à la nouvelle initiale, on attaque, poussé par la force explosive des lèvres qui lâchent en même temps qu’elles ferment, déterminées, et puis la volonté achoppe devant l’imprévisible, l’obstacle qu’on n’avait pas vu venir, il confond, contraint net l’élan un rien vaniteux sur lequel on croyait pouvoir fonder son triomphe, l’obstacle casse et fait taire, on a trébuché.
P.31
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BazartBazart   23 janvier 2018
Dieu sait tout.Il peut suivre à la trace le vol bouleversé de cette mouche escarpée, qui, à quelques kilomètres de là de a zigzagué dans la touffeur de la ville, s'échappant en solitaire pour faire le point après sa malheureuse aventure.
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Marti94Marti94   14 août 2017
Quand les enfants crèvent les écrans, quand ils arrachent le plastique et fractionnent les écorces de cette forêt véreuse, quand ils posent les doigts sur les fils conducteurs, les dénudant de leur enveloppe isolante pour atteindre l'âme dont ils jaugent la souplesse, le courant pourrait surgir, s'accrocher à leurs phalanges, les mordre – et puis les avaler.
Commenter  J’apprécie          40
rkhettaouirkhettaoui   15 octobre 2017
Les corps des hommes pulsent et vacillent, car ce sont pour la plupart des hommes, qui parfois n’ont pas quinze ans, silhouettes hautes, bras ballants le matin, écorchés et chargés de marchandises diverses le soir ; les corps des hommes sont divers et puissants, ils pullulent, viennent par centaines, épaules robustes, ils affluent de tous les points cardinaux de la ville et, goulot d’étranglement, se pressent les uns contre les autres au moment du passage, au moment où commence pour eux le travail, la subsistance, ce qui fera qu’un jour est gagné ; les corps des hommes sont multiples et multicolores, alertes et divergents, leurs jambes avides et légères, on les voit rebondir puis disparaître dans le lointain des fumées que dégueule le point d’entrée.
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rkhettaouirkhettaoui   15 octobre 2017
La ville d’Accra présente une particularité notable : elle est au bord de la mer. Plus précisément, elle fait face à l’océan Atlantique, ce qui ménage divers privilèges auxquels chacun peut rapidement songer et qu’on mentionnera (brièvement) comme suit : négoce, négoce, et puis négoce. Qu’on visualise de grands filets de pêche débordant de poissons luisants et charnus tout à fait vendables (et d’ailleurs tout à fait vendus), ou de robustes pétroliers, cargos et autres mastodontes nautiques contenant passagers, marchandises et énergies, ou encore, pour les plus esthètes, quelque invitation sensuelle au voyage faisant de l’horizon embrumé une terra incognita où projeter désirs de conquêtes et possessions, qu’on voie donc dans la mer un territoire à exploiter, un moyen de transport bien commode ou une surface de projection pour l’imaginaire, si débridé soit-il, l’océan est une manne. Ceci explique cela : peut-être qu’on a colonisé (entre autres) ce territoire africain (entre autres) parce qu’il possédait (entre autres) un accès à ladite mer, mais enfin ce n’est pas le sujet.
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Videos de Guillaume Poix (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Guillaume Poix
Maison de la poésie (4 juin 2019) - Texte et Lecture de Alban Lefranc, extrait du Dictionnaire des mots parfaits (dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, éd. Thierry Marchaisse, parution mai 2019).
Le Dictionnaire des mots parfaits :
Pourquoi certains mots nous plaisent-ils tant ? S?adressant à notre sensibilité, à notre mémoire ou à notre intelligence du monde, ils nous semblent? parfaits. Bien sûr, parfait, aucun mot ne l?est ? ou alors tous le sont. Pourtant, chacun de nous transporte un lexique intime, composé de quelques vocables particulièrement aimés. Après ceux consacrés aux mots manquants et aux mots en trop, ce troisième dictionnaire iconoclaste invite une cinquantaine d?écrivains à partager leurs mots préférés. Il vient parachever une grande aventure collective où la littérature d?aujourd?hui nous ouvre ses ateliers secrets.
Auteurs : Nathalie Azoulai, Dominique Barbéris, Marcel Bénabou, Jean-Marie Blas de Roblès, François Bordes, Lucile Bordes, Geneviève Brisac, Belinda Cannone, Béatrice Commengé, Pascal Commère, Seyhmus Dagtekin, Jacques Damade, François Debluë, Frédérique Deghelt, Jean-Michel Delacomptée, Jean-Philippe Domecq, Suzanne Doppelt, Max Dorra, Christian Doumet, Renaud Ego, Pierrette Fleutiaux, Hélène Frappat, Philippe Garnier, Simonetta Greggio, Jacques Jouet, Pierre Jourde, Cécile Ladjali, Marie-Hélène Lafon, Frank Lanot, Bertrand Leclair, Alban Lefranc, Sylvie Lemonnier, Arrigo Lessana, Alain Leygonie, Jean-Pierre Martin, Nicolas Mathieu, Jérôme Meizoz, Gilles Ortlieb, Véronique Ovaldé, Guillaume Poix, Didier Pourquery, Christophe Pradeau, Henri Raynal, Philippe Renonçay, Pascale Roze, Jean-Baptiste de Seynes, François Taillandier, Yoann Thommerel, Laurence Werner David, Julie Wolkenstein, Valérie Zenatti
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