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EAN : 9782366260151
125 pages
LC Christophe Lucquin éditeur (15/05/2014)
3.17/5   3 notes
Résumé :
Roman brutal et amer, à l’humour sauvage et macabre. Polleri raconte la vie d’un auteur fou qui raconte la vie d’un autre écrivain : Baudelaire.
Ce roman concentre toutes les obsessions de l’auteur : l’enfance sans défense et humiliée, la violence, la folie, la mort, la difficile survie dans un monde où règne l’horreur.
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
raphaelbelaiche0332
  20 avril 2020
Polleri aborde Baudelaire avec des sensations que je qualifierai de canines. L'odeur seulement l'intéresse. La sienne et celle de la merde qu'il croise au hasard de ses déambulations. Il renifle Baudelaire, le flaire à l'endroit d'où la corruption digestive s'effluve, c'est-à-dire par le trou de balle. Parle de lui à travers tout un spectre de perceptions, mais de perceptions exclusivement olfactives, dont seul le chien apprécie les finesses, dont il se délecte avec son museau en furetage et qu'il goûte d'une langue mobile, adhésivement lécheuse, humectée de fils visqueux qui se détachent et souillent ce qu'il inhale, le poussant du museau dans la circulation d'une haleine chargée de relents. le reste échappe à peu près à Polleri. En particulier, la poésie n'est pas dans le faisceau des choses qu'il entend explorer. Elle n'avait pas sa place dans la bouillie des lectures qu'il a consommées pour extirper le comédon de son livre, après s'être réduit le cerveau aux trois quarts en le faisant tremper des semaines entières dans de la téquila. Il ne s'accroche qu'à ce qu'il a glané ailleurs que dans l'oeuvre même de Baudelaire, dans des biographies, études critiques, souvenirs de contemporains, Pichois, Bandy, Blin, Dufay, Porché, Crépet, Nadar, Gautier, Banville, Asselineau, etc., dont il n'a lu d'évidence que quelques pages à la va-vite, et encore en traduction espagnole (ce type ne doit pas parler le français), et qui ont constitué la légende du poète clochard syphilitique aux semelles trouées, ivrogne gueulant dans les troquets ses poésies outrageantes à la morale publique et se consolant de ses amours ratées, malgré sa trique de satyre, dans les bras des putains à 5 francs ou dans les jupes de sa mère, courant de claque en hôtel borgne pour échapper aux créanciers et tenter vainement d'entrer en communication avec ce sacré fantôme défroqué de père dont il croise partout les traces de pas. Déjà, cela interpelle. Cela interpelle parce qu'on devine le cahier d'écolier et la grosse écriture ronde, bavée et inégale sous l'alignement des caractères d'imprimerie de l'éditeur-traducteur. Rien d'ennuyeux chez Polleri cependant. Certains génies sont ennuyeux. Polleri n'est ni ennuyeux, ni un génie. Ça doit être un alcoolique plus occupé par les ravages de son incontinence que par l'écriture de ses livres.
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YvPol
  19 mai 2014
Pas très facile d'entrer dans ce livre sans code, sans connaître un peu la vie de Charles Baudelaire. J'avoue humblement que je ne la connaissais point et que, après une bonne quarantantaine de pages, j'ai décidé de faire une recherche et que j'ai trouvé plein d'éléments qui ont aidé à ma compréhension : les multiples déménagements du poète pour fuir les créanciers, le remariage de sa mère avec un militaire suite au décès de son père, la syphilis qu'il a contractée avec une prostituée et qui l'a tué ; j'avais évidemment, quand même, je ne suis pas inculte à ce point, dans un coin de mon esprit l'expression "poète maudit" qui collait parfaitement à Baudelaire, mais je ne savais pas à quel point ni les détails de sa vie de galère. Avant que vous ne lisiez ce roman, je vous conseille donc de collecter quelques éléments de la vie de Baudelaire, qui en plus, miracle de la littérature, pourront vous resservir en société. Ah que c'est beau un livre qui instruit !
Le texte n'est pas simple, les premières pages sont totalement surréalistes -du terme qui a donné le mouvement surréaliste-, on peut se demander parfois si on est pas dans une écriture automatique, dans des exercices de style, un mot en appelant un autre, pour les sonorités, le rythme : j'ai eu l'impression -sur quelques pages- de lire des mots que je comprends tous séparément, mais qui, mis ensemble donnent un sens énigmatique à la phrase. C'est une sensation étrange et loin d'être désagréable que de se laisser porter par les mots, juste pour le plaisir de les lire ; ça me rappelle mes lectures des surréalistes du temps ou j'étais étudiant, dont Au château d'Argol de Julien Gracq, ou encore mes lectures de poésies, moi qui ait un peu de mal avec le genre. de là à dire que le texte de Felipe Polleri est poétique, il y a un pas, que je franchis volontiers.
Il y a aussi, plutôt sur la deuxième partie du livre, une sorte de refrain, de leitmotiv, repris dans toutes les pages les quatre mots suivants : "a-t-il dit", qui mettent en scène l'écrivain dans la narration de son livre sur Baudelaire ; ça peut gêner, ça m'a gêné un peu au début, et puis, ça donne un rythme, ça place le narrateur dans sa position de biographe décalé à la fois dans le réel et dans le fictionnel.
La couleur verte est très présente, j'avoue ne pas avoir compris pourquoi, mais peu importe. le noir est là aussi, plus compréhensible parce que couramment associé à la mort ou la maladie.
Un texte de 126 pages qui demande soit de l'attention soit de se laisser porter ou les deux tour à tour, formidablement traduit (par Christophe Lucquin) et mis en pages, dans la livrée désormais connue de l'éditeur, blanche et bleue, sobre et classe. J'avais déjà lu de Felipe Polleri, L'ange gardien de Montevideo, un autre livre pas très évident, mais très original et diablement bon.
Lien : http://lyvres.over-blog.com
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Charybde2
  05 décembre 2014
La vie de Baudelaire poétiquement et rageusement transmutée comme vous ne l'avez jamais lue.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2014/12/05/note-de-lecture-baudelaire-felipe-polleri/
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   05 décembre 2014
Il m’a dit qu’il ne fermait jamais la porte à clef. Il avait perdu la clef. Il m’a proposé de revenir avec un serrurier. Il m’a dit, comme s’il ne m’avait pas écouté, qu’avant il avait utilisé toutes sortes de serrures de sécurité et que, bien souvent, il avait érigé des barricades dans divers « points stratégiques » de l’appartement. Mais, aujourd’hui, il ne s’en remettait plus qu’au hasard. Jusqu’à cet instant, a-t-il dit, il les avait évités grâce au hasard. N’avaient-ils pas ouvert toutes les portes de tous les appartements des centaines et des milliers de fois, à l’exception de la sienne ? Il n’avait pas que le hasard de son côté, a-t-il dit ; s’ils ne l’avaient pas trouvé, c’était parce qu’ils se déplaçaient beaucoup trop lentement. C’était la véritable raison. Des escargots, a-t-il dit. C’est vrai, ai-je dit. Je les ai vus traîner ces valises avec des milliers de clefs qui les épuisent immédiatement ; plus d’une fois, en entrant ou en sortant de l’appartement, car lui ne sort jamais, j’ai vu un des « persécuteurs » assis dans un escalier ou un couloir de l’immeuble, se reposant, s’essuyant le front avec une manche, essayant de reprendre son souffle, à l’ombre d’une de ces valises difformes. J’en étais presque arrivé à croire, a-t-il dit, que c’étaient des vendeurs ambulants ou des employés d’une entreprise de déménagement. Il a ri en remuant la tête. Pouvait-il confondre un valise avec un fauteuil ? Ces valises étaient énormes, gigantesques, monstrueuses. Je lui ai dit que moi aussi je les avais vues. Je lui ai demandé qu’il m’explique tout point par point ; je lui ai dit que, comme lui, je croyais que personne ne pouvait confondre une valise avec un fauteuil ou un vendeur ambulant (ou un employé d’une entreprise de déménagement) avec un des persécuteurs et ses valises.
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YvPolYvPol   19 mai 2014
Les proches ont commencé à arriver et à se rassembler autour du cercueil ou du gâteau ou peu importe ce que c'était ; des femmes avec leurs petits et des bougies blanches, des hommes avec des nœuds noirs accrochés au revers de leur veste. Ils lui ont coupé la tête, dit La Voix. Un homme est sorti de la resplendeur de la cuisine et s'est mis à gratter les ongles du petit avec un couteau ; j'imagine qu'il lui en a extrait dix petits violons microscopiques. En outre, je suppose que l'homme était un ange. Le téléphone m'a réveillé.(p.15/16)
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wentworth23wentworth23   18 avril 2014
« J'ai rêvé que j'avais écrit un roman détestable et détesté : la loi m'avait condamné à mort. Je voyais déjà la guillotine, cette haute porte noire, au milieu de la place. J'avais peur, évidemment ; mais j'aimais chaque mot de ce roman monstrueux intitulé Baudelaire. Je le mettais dans une poche de ma veste, il pesait doucement sur mon épaule gauche. Dans ma poche droite, j'avais un couteau très léger dont la lame fine et flexible ressemblait à la tige d'une fleur. Je marchais de nuit, vampire de Baudelaire, me cachant dans les ombres pointues de cette ville qui me détestait. »
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Charybde2Charybde2   05 décembre 2014
J’ai rêvé que j’avais écrit un roman détestable et détesté : la loi m’avait condamné à mort. Je voyais déjà la guillotine, cette haute porte noire, au milieu de la place. J’avais peur, évidemment ; mais j’aimais chaque mot de ce roman monstrueux intitulé Baudelaire. Je le mettais dans une poche de ma veste, il pesait doucement sur mon épaule gauche. Dans ma poche droite, j’avais un couteau très léger dont la lame fine et flexible ressemblait à la tige d’une fleur. Je marchais de nuit, vampire de Baudelaire, me cachant dans les ombres pointues de cette ville qui me détestait.
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YvPolYvPol   19 mai 2014
La dernière fois, a-t-il dit, je me suis perdu et je me suis retrouvé à midi dans la lumière verte. Lumière de parc. Un parc vert d'eau, a-t-il dit. Ce qui était sidérant, a-t-il dit, au-delà du fait que ce soit le printemps, c'était l'herbe qui était couverte de pièges à rats. (p.46)
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