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EAN : 9782070302239
217 pages
Éditeur : Gallimard (15/02/1967)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 455 notes)
Résumé :
L'huître
L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie,
brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
Wiewowas
  17 octobre 2018
J'ai adoré ce livre qui a bien nourri mon imagination au point de me faire pondre ce poème:
Machine à laver
Comme un vieux tramway
Vibre, toute pansue
Rit comme un bossu :
« C'est de la folie,
Salvador Dali
Fera mon portrait
Dans un cabaret !
Francis Ponge aussi
M'immortalisera
Il était mon psy
Abracadabra
Mais où sont passées
Les neiges d'antan ?
Les médecins s' pressaient
Pour venir à temps
Il n'y a plus de médecins
Pour nous autres machines
Fabriquées en Chine
Tout est si malsain !
Et l'on nous envoie
Comme des sans-voix
Aux maisons d'retraite
Dites les collectes ! »


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Bobby_The_Rasta_Lama
  08 juillet 2018
Tiens, tiens - un petit livre de textes poétiques qui font l'apologie de choses ordinaires !
... telle était ma première réaction quand je suis tombée sur "Le parti pris des choses" en glanant sur l'un de ces vide-greniers du printemps. Je ne connaissais pas Ponge, mais j'ai bien aimé le "Balai" de Gaston Chaissac sur la couverture; je me disais que leur démarche d'artiste devrait être identique - prendre un petit objet du quotidien, de le contempler sous toutes les coutures, et d'y ajouter cette touche personnelle qui le transforme en Art.
Bien sympathique, que tout cela - mais je dois avouer que j'avais le plus grand mal de laisser couler mon esprit avec la "poésie" de Ponge, parfois jusqu'à la migraine.... car l'esprit bute !
Il bute sur l'étymologie pongienne élevée vers les les sphères poétiques - le même mot change de sens dans un but artistique précis qu'on a du mal à saisir par nous mêmes, si on n'est pas un fin lettré, voire Littré.
Les annotations sont fréquentes et utiles, mais elles cassent la fluidité de la lecture et donc, nécessairement, aussi l'immersion poétique...

On a un certain plaisir de découvrir le cageot, l'escargot, le pain ou la pluie sous l'angle de cette narration, je dirais, "métamorphique", il y a les tournures qui frôlent le génie, et les autres qui sont tout simplement frustrantes, car on n'y comprend rien !
Etrangement, je ne peux pas dire que je ne l'ai pas aimé.
Prenons, par exemple, cette phrase : " À mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie." - elle est ciselée comme un ciboire de Cellini ! Et on doit prendre une route déroutante pour apprécier le détournement d'une expression bien connue à sa fin.
Cette "poésie sans lyrisme" a quelque chose d'intrigant; elle ne détourne pas le sens de mots d'une façon métaphorique, elle le suit à la lettre d'une façon scientifique - et le titre est bien choisi !
C'est un défi d'un poète de voir une chose ordinaire par un regard nouveau. Un peu comme quand on essaye de dessiner quelque chose qu'on pense connaître par coeur. Tout ce qu'on découvre encore ! Après une telle séance de dessin acharné (parfois aussi frustrante que la lecture de textes pongiens), vous dévoilez tous les "secrets" de votre objet, et vous ne le verrez plus jamais de la même façon qu'avant.
Cette lecture était donc une belle expérience, même si Ponge, en ce qui me concerne, n'est pas Pound, ni même Poe...
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LydiaB
  06 avril 2013
C'est avec un style inimitable que Ponge nous décrit le quotidien. Il fallait oser faire de la prose poétique sur un cageot, un escargot, un verre ou du pain ! Pourtant, Ponge s'y est attaqué avec brio, nous faisant voir sous un autre angle toutes ces choses, ces objets, ces animaux que nous côtoyons, parfois sans les remarquer.
Il les fouille, les dissèque, tentant d'en extraire toutes leurs qualités.
Décrié par certains qui ne reconnaissent pas en lui de poésie, le trouvant quelquefois obscur, il n'en reste pas moins qu'on peut apprécier son talent car il transcende la moindre petite chose par le choix des mots.
Je parlais de ce poète dernièrement en évoquant son texte sur le pain, que je mettais en parallèle avec celui de Maurice Bouchor. Regardez les deux textes, vous en aurez l'eau à la bouche !

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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paroles
  17 avril 2014
Objets inanimés avez-vous donc une âme ?
C'est bien la question que l'on pourrait se poser après la lecture de ces poèmes. Francis Ponge (1899-1988) nous décrit là tout un petit monde de choses que l'on croyait connaître (la pluie, la fin de l'automne, la crevette, le cageot, le galet, etc.), mais à la lecture de cet ouvrage, il faut bien reconnaître qu'il n'en est rien.
Il observe ce qui l'entoure et son sens de l'observation est très affuté. Francis Ponge refait le monde à sa façon, sa cosmogonie est bien personnelle et sa poésie très éloignée "de l'enflure lyrique des poètes inspirés" (voilà qui est dit !).
Elle se rapproche plus des anciennes leçons de choses que l'on côtoyait, à l'époque, dans nos classes primaires. Cependant, son sens de l'observation est parfois relié à ses sentiments et il ne se gêne pas pour lancer quelques piques.
On est conquis par certaines tournures : "La nature déchire ses manuscrits, démolit sa bibliothèque, gaule rageusement ses derniers fruits" (Extrait de la fin de l'automne).
Parfois l'on se prend à sourire tant la description est imagée. Par exemple, le poème dédié à l'entreprise dans laquelle il a travaillé : "Cette porte qu'il faut passer n'a qu'un seul gond de chair de la grandeur d'un homme, le surveillant qui l'obstrue à moitié : plutôt que d'un engrenage, il s'agit ici d'un sphincter. Chacun en est aussitôt expulsé, honteusement sain et sauf, fort déprime pourtant, par des boyaux lubrifies à la cire, au fly-tox, à la lumière électrique."
D'autres fois, on se dit qu'il a la dent dure, le gymnaste en est une belle illustration : "Pour finir il choit parfois des cintres comme une chenille, mais rebondit sur pieds, et c'est alors le parangon adulé de la bêtise humaine qui vous salue."
Et d'autres fois encore, on se sent bien humble face à l'univers : l'escargot a bien des leçons à nous donner.
J'ai passé un agréable moment en sa compagnie, même si ce genre de poésie n'est pas celle que je préfère...
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TerrainsVagues
  07 juillet 2015
Euh…
Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaargh !!!!
Je dois en dire plus?
Ok parce que je l’ai terminé quand même, oui oui jusqu’au bout. Ca doit être mon coté masochiste mais pour en parler, c’est mieux.
D’un autre coté, en parler… on est dans un domaine qui ne se raconte pas. Ca se vit, c’est une expérience unique qui vous imprègne… Enfin pour moi il y a un truc qui a merdé quelque part, j’ai buggé.
J’ai pas de mots pour en parler tout simplement parce que… je n’ai rien compris.
Rien compris ni au sens trop souvent, ni à l’intérêt.
J’ai bien lu toutes les critiques sur Babelio où tout le monde a adoré, j’ai cherché quelques pistes mais… rien trouvé.
Je sais bien qu’il s’agit avant tout de ressenti et je comprends qu’on puisse trouver une forme d’extase dans n’importe quelle lecture mais là je me suis senti comme si j’étais devant un monochrome de Malevitch, genre « carré blanc sur fond blanc » ou son « carré noir ». Le néant absolu quant à l’émotion et l’impression d’être à la frontière du foutage de gueule et de l’escroquerie.
Point positif quand même, j’ai eu des fous rires terribles tant à la fin de certaines phrases (interminables pour un grand nombre) je ne savais plus du tout ce qui était dit cinq mots plus tôt.
Ok quelques trop rares passages relus plusieurs fois peuvent trouver un sens mais au prix d’un mal de tête carabiné (Ce livre vous est recommandé par Doliprane).
On a tous nos névroses mais parfois ça fait du bien de se sentir différent.
J’aime la poésie qui coule, qui tend vers le Beau le tendre et le doux, j’aime la poésie qui crache, la rebelle la révoltée, la révolutionnaire, l’engagée. La poésie qui transporte, celle qui se donne ou se fait désirer. J’aime la mélodie des mots, les rythmes, j’aime… pas mal de choses en fait mais je déteste par-dessus tout (en matière de poésie, c’est pas grave non plus lol) intellectualiser mes émotions (façon conviviale de parler de branlette de neurones :-) ).
Bref, je suis hermétique à cette forme d’expression… (arf, c’est dur à sortir)… poétique et c’était perdu d’avance même si au départ j’y suis allé sans préjugés.
Cet avis n’est que mon gout et j’espère que les amateurs de Ponge ne le prendront pas autrement sinon ben… tans pis.
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Citations et extraits (86) Voir plus Ajouter une citation
karamzinkaramzin   14 septembre 2020
...
Les Écuries d'Augias

L'ordre de choses honteux à Paris crève les yeux, défonce les oreilles.
Chaque nuit, sans doute, dans les quartiers sombres où la circulation cesse quelques heures, l'on peut l'oublier. Mais dès le petit jour il s'impose physiquement par une précipitation, un tumulte, un ton si excessif, qu'il ne peut demeurer aucun doute sur 'sa monstruosité'.
Ces ruées de camions et d'autos, ces quartiers qui ne logent plus personne mais seulement des marchandises ou les dossiers des compagnies qui les transportent, ces rues où le miel de la production coule à flots, où il ne s'agit plus jamais d'autre chose, pour nos amis de lycée qui sautèrent à pieds joints de la philosophie et une fois pour toutes dans les huiles ou le camembert, cette autre sorte d'hommes qui ne sont connus que par leurs collections, ceux qui se tuent pour avoir été « ruinés », ces gouvernements d'affairistes et de marchands, 'passe encore', si l'on ne nous obligeait pas à y prendre part, si l'on ne nous y maintenait pas de force la tête, si tout cela ne parlait pas si fort, si cela n'était pas seul à parler.
Hélas, pour comble d'horreur, 'à l'intérieur de nous-mêmes', le même ordre sordide parle, parce que nous n'avons pas à notre disposition d'autres mots ni d'autres grands mots (ou phrases, c'est-à-dire d'autres idées) que ceux qu'un usage journalier dans ce monde grossier depuis l'éternité prostitue. Tout se passe pour nous comme pour des peintres qui n'auraient à leur disposition pour y tremper leurs pinceaux qu'un même immense pot où depuis la nuit des temps tous auraient eu à délayer leurs couleurs.
... Mais déjà d'en avoir pris conscience l'on est à peu près sauvé, et il ne reste plus qu'à se crever d'imitations, de fards, de rubriques, de procédés, à arranger des fautes selon les principes du mauvais goût, enfin à tenter de faire apparaître l'idée en filigrane par des ruses d'éclairage au milieu de ce jeu épuisant 'd'abus mutuels'. Il ne s'agit pas de nettoyer les écuries d'Augias, mais de les peindre à fresque au moyen de leur propre purin : travail émouvant et qui demande un cœur mieux accroché et plus de finesse et de persévérance qu'il n'en fut exigé d'Hercule pour son travail de simple et grossière 'moralité'.

― 1929 / 1930
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Myriam3Myriam3   16 septembre 2020
Je trouve qu'il n'y a point d'autre raison de vivre que parce qu'il y a d'abord les dons du souvenir, et la faculté de s'arrêter pour jouir du présent, ce qui revient à considérer ce présent comme l'on considère la première fois les souvenirs: c'est-à-dire, garder la jouissance présomptive d'une raison à l'étant vif ou cru, quand elle vient d'être découverte au milieu des circonstances uniques qui l'entourent à la même seconde.
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petitourspetitours   26 janvier 2010
Comme dans l'éponge il y a dans l'orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l'épreuve de l'expression. Mais où l'éponge réussit toujours, l'orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés. Tandis que l'écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d'ambre s'est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes, -- mais souvent aussi de la conscience amère d'une expulsion prématurée de pépins.
Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l'oppression ? -- L'éponge n'est que muscle et se remplit de vent, d'eau propre ou d'eau sale selon : cette gymnastique est ignoble. L'orange a meilleurs goût, mais elle est trop passive, -- et ce sacrifice odorant... C'est faire à l'oppresseur trop bon compte vraiment.

Mais ce n'est pas assez avoir dit de l'orange que d'avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l'air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l'accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s'ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l'ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive de l'avant-bouche dont il ne fait pas hérisser les papilles.

Et l'on demeure au reste sans paroles pour avouer l'admiration que suscite l'enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon-buvard humide dont l'épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.
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Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   06 juillet 2018
Le cageot

À mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.
Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.
À tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques, - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.
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coco4649coco4649   05 septembre 2014
LE MOLLUSQUE

Le mollusque est un être – presque une – qualité. Il n’a pas besoin de charpente mais seulement d’un rempart, quelque chose comme la couleur dans le tube.
La nature renonce ici à la présentation du plasma en forme. Elle montre seulement qu’elle y tient en l’abritant soigneusement, dans un écrin dont la face intérieure est la plus belle.
Ce n’est donc pas un simple crachat, mais une réalité des plus précieuses.
Le mollusque est doué d’une énergie puissante à se renfermer. Ce n’est à vrai dire qu’un muscle, un gond, un blount * et sa porte.
Le blount ayant sécrété la porte. Deux portes légèrement concaves constituent sa demeure entière.
Première et dernière demeure. Il y loge jusqu’après sa mort.
Rien à faire pour l’en tirer vivant.
La moindre cellule du corps de l’homme tient ainsi, et avec cette force, à la parole, – et réciproquement.
Mais parfois un autre être vient violer ce tombeau, lorsqu’il est bien fait, et s’y fixer à la place du constructeur défunt.
C’est le cas du pagure.

un blount *: le cadre de la porte.

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Videos de Francis Ponge (33) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Francis Ponge
Francis PONGE – Un siècle d'écrivains : 1899-1988 (DOCUMENTAIRE, 1999) Émission « Un siècle d'écrivains », numéro 203, diffusée sur France 3, le 25 septembre 1999, et réalisée par Jean Thibaudeau et Pierre Beuchot.
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