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ISBN : 2070302237
Éditeur : Gallimard (15/02/1967)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 293 notes)
Résumé :
Francis Ponge a vécu quatre-vingt-neuf ans, de 1899 à 1988. De 1918 à sa mort, il n'a jamais cessé d'écrire. Sa double passion fut les mots et les choses. Les choses à scruter ardemment, dans une attention proustienne, choses banales et merveilleuses, l'orange, le cageot, la crevette. Les mots, aussi concrets que les choses, emmagasinés dans le Littré, patinés par leur ancienneté, mordorés par leurs connotations, biseautés par leur polysémie.
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Critiques, Analyses & Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
LydiaB
  06 avril 2013
C'est avec un style inimitable que Ponge nous décrit le quotidien. Il fallait oser faire de la prose poétique sur un cageot, un escargot, un verre ou du pain ! Pourtant, Ponge s'y est attaqué avec brio, nous faisant voir sous un autre angle toutes ces choses, ces objets, ces animaux que nous côtoyons, parfois sans les remarquer.
Il les fouille, les dissèque, tentant d'en extraire toutes leurs qualités.
Décrié par certains qui ne reconnaissent pas en lui de poésie, le trouvant quelquefois obscur, il n'en reste pas moins qu'on peut apprécier son talent car il transcende la moindre petite chose par le choix des mots.
Je parlais de ce poète dernièrement en évoquant son texte sur le pain, que je mettais en parallèle avec celui de Maurice Bouchor. Regardez les deux textes, vous en aurez l'eau à la bouche !

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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paroles
  17 avril 2014
Objets inanimés avez-vous donc une âme ?
C'est bien la question que l'on pourrait se poser après la lecture de ces poèmes. Francis Ponge (1899-1988) nous décrit là tout un petit monde de choses que l'on croyait connaître (la pluie, la fin de l'automne, la crevette, le cageot, le galet, etc.), mais à la lecture de cet ouvrage, il faut bien reconnaître qu'il n'en est rien.
Il observe ce qui l'entoure et son sens de l'observation est très affuté. Francis Ponge refait le monde à sa façon, sa cosmogonie est bien personnelle et sa poésie très éloignée "de l'enflure lyrique des poètes inspirés" (voilà qui est dit !).
Elle se rapproche plus des anciennes leçons de choses que l'on côtoyait, à l'époque, dans nos classes primaires. Cependant, son sens de l'observation est parfois relié à ses sentiments et il ne se gêne pas pour lancer quelques piques.
On est conquis par certaines tournures : "La nature déchire ses manuscrits, démolit sa bibliothèque, gaule rageusement ses derniers fruits" (Extrait de la fin de l'automne).
Parfois l'on se prend à sourire tant la description est imagée. Par exemple, le poème dédié à l'entreprise dans laquelle il a travaillé : "Cette porte qu'il faut passer n'a qu'un seul gond de chair de la grandeur d'un homme, le surveillant qui l'obstrue à moitié : plutôt que d'un engrenage, il s'agit ici d'un sphincter. Chacun en est aussitôt expulsé, honteusement sain et sauf, fort déprime pourtant, par des boyaux lubrifies à la cire, au fly-tox, à la lumière électrique."
D'autres fois, on se dit qu'il a la dent dure, le gymnaste en est une belle illustration : "Pour finir il choit parfois des cintres comme une chenille, mais rebondit sur pieds, et c'est alors le parangon adulé de la bêtise humaine qui vous salue."
Et d'autres fois encore, on se sent bien humble face à l'univers : l'escargot a bien des leçons à nous donner.
J'ai passé un agréable moment en sa compagnie, même si ce genre de poésie n'est pas celle que je préfère...
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TerrainsVagues
  07 juillet 2015
Euh…
Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaargh !!!!
Je dois en dire plus?
Ok parce que je l’ai terminé quand même, oui oui jusqu’au bout. Ca doit être mon coté masochiste mais pour en parler, c’est mieux.
D’un autre coté, en parler… on est dans un domaine qui ne se raconte pas. Ca se vit, c’est une expérience unique qui vous imprègne… Enfin pour moi il y a un truc qui a merdé quelque part, j’ai buggé.
J’ai pas de mots pour en parler tout simplement parce que… je n’ai rien compris.
Rien compris ni au sens trop souvent, ni à l’intérêt.
J’ai bien lu toutes les critiques sur Babelio où tout le monde a adoré, j’ai cherché quelques pistes mais… rien trouvé.
Je sais bien qu’il s’agit avant tout de ressenti et je comprends qu’on puisse trouver une forme d’extase dans n’importe quelle lecture mais là je me suis senti comme si j’étais devant un monochrome de Malevitch, genre « carré blanc sur fond blanc » ou son « carré noir ». Le néant absolu quant à l’émotion et l’impression d’être à la frontière du foutage de gueule et de l’escroquerie.
Point positif quand même, j’ai eu des fous rires terribles tant à la fin de certaines phrases (interminables pour un grand nombre) je ne savais plus du tout ce qui était dit cinq mots plus tôt.
Ok quelques trop rares passages relus plusieurs fois peuvent trouver un sens mais au prix d’un mal de tête carabiné (Ce livre vous est recommandé par Doliprane).
On a tous nos névroses mais parfois ça fait du bien de se sentir différent.
J’aime la poésie qui coule, qui tend vers le Beau le tendre et le doux, j’aime la poésie qui crache, la rebelle la révoltée, la révolutionnaire, l’engagée. La poésie qui transporte, celle qui se donne ou se fait désirer. J’aime la mélodie des mots, les rythmes, j’aime… pas mal de choses en fait mais je déteste par-dessus tout (en matière de poésie, c’est pas grave non plus lol) intellectualiser mes émotions (façon conviviale de parler de branlette de neurones :-) ).
Bref, je suis hermétique à cette forme d’expression… (arf, c’est dur à sortir)… poétique et c’était perdu d’avance même si au départ j’y suis allé sans préjugés.
Cet avis n’est que mon gout et j’espère que les amateurs de Ponge ne le prendront pas autrement sinon ben… tans pis.
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sabine59
  11 mars 2017
Publié en 1942, ce recueil a été considéré par certains comme une poésie novatrice, décrié par d'autres.Il rassemble des textes plus ou moins longs en prose.Certains sont fort connus et toujours présentés, je l'ai constaté , dans les livres scolaires, comme "L' huître ou "Le cageot".
Comme le titre l'indique, le principe d'écriture est de donner l'initiative aux choses,de les laisser s'exprimer, leur donner le premier rôle. Il s'agit de décrire des objets simples du quotidien, des éléments de la nature, les saisons.Mais ce qui fait pour moi l'originalité de cette démarche, c'est l'attention toute particulière accordée aux mots, choisis avec soin , et au style tout en concision et subtilité, certaines phrases sont saisissantes de justesse et de singularité. Par exemple, en parlant de la fin de l'automne, l'auteur écrit :
" Tout l'automne à la fin n'est plus qu'une tisane froide.Les feuilles mortes de toutes essences macèrent dans la pluie." Une formulation très parlante, non?
Francis Ponge aime aussi jouer sur les mots, il est d'ailleurs à l'origine de ce mot inventé "l'objeu"... Cela se ressent bien dans le recueil, j'ai aimé cet aspect.Pour une évocation des escargots, il est noté :
" Au contraire des escarbilles qui sont les hôtes des cendres chaudes, les escargots aiment la terre humide".
Ou encore, à propos du papillon:" Allumette volante, sa flamme n'est pas contagieuse ".
De belles trouvailles donc, une écriture très intéressante, un renouvellement certain de l'art de la description.
Mais, et ce n'est qu'un ressenti personnel, certains textes ne m'ont pas parlé du tout, m'ont semblé même hermétiques, ou à mi-chemin entre dissection scientifique et surréalisme . J'ai de toute façon une certaine réticence envers les poèmes en prose. La poésie est partout, au détour d'une page de roman, au creux d'une phrase, mais j'ai besoin de rythme, de mélodie, de musicalité, d'envol, de résonance intime...Ce que je n'ai pas souvent éprouvé ici.
Prendre le parti des choses, oui, mais sans oublier l'étincelle poétique, cette illumination essentielle...

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Alodia
  30 août 2013
C'est pour moi une découverte de Mr Ponge. Mais je ne regrette pas !!
C'est un nouveau style et la poésie ne peut qu'être sublimée par son talent et ce livre. Les objets banales ou naturels nous apparaissent dans cette oeuvre comme des choses élégantes et surtout avec une âme. L'homme serait-il proche de la mure ou de l'escargot? Livre très agréable à lire. Beaucoup de poésie, de raffinement, de découvertes de notre langue française. Ainsi qu'une grande réflexion sur nous, sur l'humanité, sur l'existence.
Les choses ont pris un parti : celui d'un poète moderne, contemporain dans son style d'écriture, précurseur, mais pourtant homme et qui a crée une oeuvre remarquable et véridique. Je le recommande vivement. Je remercie la fac qui m'a permis de le découvrir et j'ai hâte de l'étudier bientôt !
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Citations & extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
petitourspetitours   26 janvier 2010
Comme dans l'éponge il y a dans l'orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l'épreuve de l'expression. Mais où l'éponge réussit toujours, l'orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés. Tandis que l'écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d'ambre s'est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes, -- mais souvent aussi de la conscience amère d'une expulsion prématurée de pépins.
Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l'oppression ? -- L'éponge n'est que muscle et se remplit de vent, d'eau propre ou d'eau sale selon : cette gymnastique est ignoble. L'orange a meilleurs goût, mais elle est trop passive, -- et ce sacrifice odorant... C'est faire à l'oppresseur trop bon compte vraiment.

Mais ce n'est pas assez avoir dit de l'orange que d'avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l'air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l'accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s'ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l'ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive de l'avant-bouche dont il ne fait pas hérisser les papilles.

Et l'on demeure au reste sans paroles pour avouer l'admiration que suscite l'enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon-buvard humide dont l'épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.
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coco4649coco4649   05 septembre 2014
LE MOLLUSQUE

Le mollusque est un être – presque une – qualité. Il n’a pas besoin de charpente mais seulement d’un rempart, quelque chose comme la couleur dans le tube.
La nature renonce ici à la présentation du plasma en forme. Elle montre seulement qu’elle y tient en l’abritant soigneusement, dans un écrin dont la face intérieure est la plus belle.
Ce n’est donc pas un simple crachat, mais une réalité des plus précieuses.
Le mollusque est doué d’une énergie puissante à se renfermer. Ce n’est à vrai dire qu’un muscle, un gond, un blount * et sa porte.
Le blount ayant sécrété la porte. Deux portes légèrement concaves constituent sa demeure entière.
Première et dernière demeure. Il y loge jusqu’après sa mort.
Rien à faire pour l’en tirer vivant.
La moindre cellule du corps de l’homme tient ainsi, et avec cette force, à la parole, – et réciproquement.
Mais parfois un autre être vient violer ce tombeau, lorsqu’il est bien fait, et s’y fixer à la place du constructeur défunt.
C’est le cas du pagure.

un blount *: le cadre de la porte.

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11livresalire11livresalire   11 juin 2012
La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable… Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.
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gigi55gigi55   13 octobre 2009
Les mûres
Aux buissons typographiques constitués par le poème sur une route qui ne mène hors des choses ni à l’esprit, certains fruits sont formés d’une agglomération de sphères qu’une goutte d’encre remplit.

Noirs, roses et kakis ensemble sur la grappe, ils offrent plutôt le spectacle d’une famille rogue à ses âges divers, qu’une tentation très vive à la cueillette.
Vue la disproportion des pépins à la pulpe les oiseaux les apprécient peu, si peu de chose au fond leur reste quand du bec à l’anus ils en sont traversés.

Mais le poète au cours de sa promenade professionnelle, en prend de la graine à raison : « Ainsi donc, se dit-il, réussissent en grand nombre les efforts patients d’une fleur très fragile quoique par un rébarbatif enchevêtrement de ronces défendue. Sans beaucoup d’autres qualités, - mûres, parfaitement elles sont mûres – comme aussi ce poème est fait. »

Le parti pris des choses
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petitourspetitours   26 janvier 2010
L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.
A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.
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Francis PONGE – Un siècle d'écrivains : 1899-1988 (DOCUMENTAIRE, 1999)
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