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EAN : 9782710389668
272 pages
La Table ronde (03/01/2019)
4.28/5   1383 notes
Résumé :
À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (358) Voir plus Ajouter une critique
4,28

sur 1383 notes

sebastolivre
  12 juin 2019
Sans point ni virgule, juste des mots les uns après les autres pour consigner ses pensées, les ordonner, rendre compte de sa réalité, et ne pas sombrer. Joseph Ponthus partage son quotidien d'ouvrier dans une conserverie de poissons et un abattoir breton. Jour après jour, à la chaîne. À la ligne.
À travers cette « monotonie lancinante », l'auteur interroge notre part de machine. Jusqu'où peut-on supporter l'aliénation ? Cette sensation instinctive que notre corps n'est plus qu'un objet auquel on demande des actions répétées, littéralement insensées et soumises à leur seule efficacité.
Jouant sur les mots, la répétition et la scansion, À la ligne, sous-titré Feuillets d'usine est plus qu'un poème, c'est un chant dédié « aux prolétaires de tous les pays, aux illettrés et aux sans dents ». Un texte original et vivifiant. À lire, forcément.
Retrouvez ma chronique complète sur Fnac Experts :
Lien : https://www.fnac.com/A-la-li..
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Harioutz
  21 janvier 2020
Après être restée plusieurs jours "dans le sillage" de ce livre, je me décide à vous dire tout le bien qu'il m'a fait !
C'est Sebthos (devenu ensuite Sociolitte, puis à présent Sebthocal) qui m'avait mis "l'eau à la bouche", il y a plus d'un an, par ses très nombreuses citations et sa critique dithyrambique !
J'avais noté ce livre, et puis .... honte à moi, je l'avais oublié !
C'est en passant devant l'un des nombreux présentoirs de ma médiathèque préférée que j'ai reconnu la première de couverture, et même si l'étiquette "nouveauté" qui y était apposée me semblait un peu défraîchie, j'ai sauté sur l'occasion qui m'était donnée de rattraper mon oubli ... et bien m'en a pris !
Quelle performance littéraire, quel beau témoignage, quelle humanité ... j'ai eu l'impression, au cours de ma lecture, de recueillir les confidences de Joseph Ponthus.
Je pouvais presque l'entendre, de sa voix lasse et grave, me confier ses doutes et ses espoirs, ses douleurs, ses questions, et chaque chapitre nous rapprochait dans une amitié née dès les premiers mots.
Comme j'aimerais rencontrer cet exceptionnel auteur, et plus encore, comme j'aimerais le lire à nouveau ... ses mots me manquent déjà et j'éprouve de réelles difficultés à passer à une autre lecture !
+ Lire la suite
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Kirzy
  17 avril 2019
Un livre qui secoue, et pas uniquement parce qu'il chamboule la syntaxe habituelle, aucune ponctuation, des retours à la ligne comme dans une poésie, des vers libres sans rime.
Ce genre de procédé peut vite tourner à vide et sentir l'artificiel à plein nez , sauf que là, il prend une ampleur dingue en scrutant le quotidien à l'usine d'un intérimaire. Comme si l'usine dictait son urgence.
A la ligne donc pour chaque phrase.
A la ligne de production, l'autre nom euphémisant politiquement correct pour désigner le travail à la chaîne.
Chaque ligne pèse une tonne et revient sans fin, heure après heure, jour après jour avec son lot de souffrances, précarité, horaires délirants, aliénation du geste répétitif, corps maltraités, de la conserverie de poissons à l'abattoir.
L'usine comme une balle dans la gueule, comme une déflagration mentale et physique.
Une lutte des classes.
Une lutte tout court. Souvent l'auteur fait des parallèles avec la Première guerre mondiale, audacieux mais limpide lorsqu'on le lit.
Un récit autobiographique. Joseph Pontus écrivait chaque soir deux heures pour ne rien oublier des détails du quotidien. Pas un intellectuel à l'usine pour voir comment c'est, juste un homme qui n'a pas le choix s'il veut bouffer. S'en suis une chronique de l'usine dans laquelle l'humour a toute sa place, malgré tout, surtout malgré tout :
« Certains ayant vécu une expérience de mort
imminente assurent avoir traversé un long tunnel
inondé de lumière blanche
Je peux assurer que le purgatoire est juste avant le tunnel de cuisson d'une ligne de bulots. »
Une journal intime empli de poésie où on découvre que les souvenirs de vers d'Apollinaire, de Hugo, de Cendrars, des chansons de Trénet peuvent vous faire tenir dans l'adversité. Le manuel rejoignant l'intellectuel.
Un livre de fraternité même si le capitalisme a gagné. Des bonbons Arlequin Lutti que l'on suçotte avec «  les yeux ronds de la joie enfantine » pour fêter un anniversaire, parce que le patron en a plein dans son bureau.
Souvent bouleversant.
«  L'autre jour à la pause j'entends une ouvrière dire
à un de ses collègues
Tu te rends compte aujourd'hui c'est tellement
speed que j'ai même pas eu le temps de chanter. »

Tout aussi bouleversant que le passage à La Grande Librairie de l'auteur où il a dit avec classe et sincérité que lui, le chômeur ( les usines dans lesquelles il travaillait n'ont pas vraiment aimé son livre ), s'il devenait riche grâce aux livres, se referait les dents, parce que, les dents, ça coûte cher.
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michemuche
  11 avril 2019
Voila un livre hommage, un récit que j'attendais, un hommage donc que rend Joseph Ponthus à tous ces précaires, ces invisibles, ces sans grades comme dirait Michel Onfray.
Dans ce roman auto biographique on découvre grâce à la plume singulière de l'auteur un univers : L'USINE .
Un univers que je connais car j'y passe huit heures par jour depuis l'âge de vingt ans.
Des précaires j'en vois tous les jours, des ouvrières et ouvriers intérimaires.
Dans " A la ligne " Joseph Ponthus nous raconte son quotidien à l'abattoir et à la conserverie où il travaille. Levé à l'aube, la fatigue du corps, la peur du lendemain, des contrats au jour le jour selon les besoins de l'entreprise.
" A la ligne" est un roman atypique , un récit sans ponctuation, un livre qui s'écoute comme un slam.
Dans " A la ligne" rien n'est inventé ni exagéré, les cadences à tenir, les conditions de travail déplorables, j'ai même retrouvé des analogies comme regarder le ciel et respirer à plein poumon l'air du dehors après le pointage de fin de poste où alors chanter et siffler pour se vider la tête.
Après avoir lu ce livre vous regarderez autrement ces objets et cette nourriture qui sont notre quotidien, ces gens qui triment huit heures par jour pour approvisionner notre société de consommation sans la moindre reconnaissance.
Salutations à mes ami(e)s de galère, Pierre, Daniel, Abdel, Virginie, Yanis, Angélique, Marc et Robert…Que j'ai rencontré et celles et ceux que je rencontrerai.
Un livre que je vous recommande chaudement.
+ Lire la suite
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Fandol
  14 juin 2019
Voilà un livre vraiment pas ordinaire ! Tout d'abord, Joseph Ponthus applique son titre en allant À la ligne très souvent, un peu comme dans des vers libres mais c'est une allusion directe aux travaux dont il parle, ces Feuillets d'usine que tout un chacun devrait lire pour se rendre enfin compte de ce qui se passe derrière les murs de ces établissements gourmands de main-d'oeuvre intérimaire.
Ensuite, il se passe complètement de toute ponctuation, ce dont je serais incapable mais cela n'a nullement gêné ma lecture, même lorsqu'il énumère des chanteurs, par exemple. C'est osé et c'est réussi !
« J'écris comme je pense sur ma ligne de production divaguant dans mes pensées seul déterminé
J'écris comme je travaille
À la chaîne
À la ligne »
Joseph Ponthus dont c'est le premier roman, aime écrire. Il le dit plusieurs fois mais explique sa situation : éducateur social, il a choisi de suivre son épouse en Bretagne et ne trouve plus qu'un remplacement chaque été pour exercer son métier. le reste du temps, il bosse là où on l'embauche, plutôt dans des conserveries et dans un abattoir.
Tout ce qui est écrit est vécu ou ressenti mais c'est en même temps un formidable tableau social de ce qui se passe dans ces usines qui emploient deux tiers d'intérimaires. de plus, l'auteur ne cache rien de ses souffrances physiques et morales, parle de ses rapports avec ses camarades de travail, des pauses sur lesquelles on rogne au maximum et des horaires sans oublier les problèmes de déplacement, fondamentaux quand on ne possède pas de voiture.
Il faut tenir, résister à la souffrance physique et passer ces heures interminables. Là, Joseph Ponthus a une force incroyable : sa culture, son amour et sa connaissance des auteurs, des chanteurs.
De temps en temps, il s'échappe du travail comme lorsqu'il se rend devant le monument aux morts sur l'île de Houat où est inscrit le nom de l'arrière-grand-père de son épouse, un homme qui a été tué au Chemin des Dames, en 1917. Avant de citer la formidable Chanson de Craonne, il écrit :
« Antoine le Garun
Marin pêcheur
Mort dans la Grande Boucherie
Dans la plus grande offensive inutile de la Grande Boucherie
Mais
Mort pour la France »
Ainsi, sans la moindre ponctuation, ce livre est un cri de souffrance, de douleur mais aussi d'amour et de foi dans le travail et la solidarité humaine. Ce texte a une force incroyable et devient un témoignage d'une terrible vérité lorsqu'il parle de son travail à l'abattoir. l'214 peut diffuser des vidéos mais les mots de Joseph Ponthus sont forts que les images les plus horribles.
Chaque semaine, dans Charlie Hebdo, Luce Lapin nous appelle à ouvrir les yeux et à voir les animaux comme des êtres vivants, comme nous, alors qu'ils sont abattus, découpés comme de la marchandise.
À la ligne rappelle aussi que l'homme sait si bien exploiter son semblable pour toujours plus de profit, quitte à détruire sa santé, sa vie familiale et abréger son passage sur Terre.
Dans la tête de l'auteur fourmillent sans cesse poèmes et chansons. Il invente des stratagèmes pour tenir, pour supporter la souffrance. Même les temps de repos sont pollués par l'idée de reprise du travail, ce travail tant désiré, tant recherché mais dont ce capitalisme qui règne en maître, organise la pénurie afin d'exploiter au mieux les ouvriers et de réaliser toujours plus de profits.
Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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critiques presse (5)
LaLibreBelgique   05 juillet 2019
Scandée, ponctuée de blancs, jouant avec les mots, apparentée à la ligne claire, la langue de Joseph Ponthus emporte dès l’entame du récit, d’autant que de cette singularité naît une puissance d’évocation hors du commun.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox   28 février 2019
Premier roman de Joseph Ponthus, A la ligne (La Table Ronde) est le récit à la première personne d'une vie à l'usine, en intérim. Les cadences, le corps en souffrance, l'odeur, l'épuisement, mais aussi "la paradoxale beauté" de l'usine. Le jeune romancier déploie son texte comme un long ruban, comme une ligne de chaîne qui ne s'arrête jamais. Une claque.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Liberation   22 janvier 2019
Ancien ouvrier dans le secteur alimentaire, Joseph Ponthus a écrit un livre sans ponctuation qui se lit comme un long poème témoignant du quotidien à l'usine, de la pénibilité du travail et des divagations induites.
Lire la critique sur le site : Liberation
Liberation   22 janvier 2019
A la ligne, comme un cadeau offert à la femme qu’il aime, et comme un défi relevé en bonne et due forme [...] On n’a pas l’impression de lire des poèmes, malgré cette disposition dans la page. La lecture est fluide, elle correspond bien au sous-titre, Feuillets d’usine. Des feuillets arrachés à l’épuisement, pris sur la vie quotidienne.
Lire la critique sur le site : Liberation
LaCroix   18 janvier 2019
Ce texte orchestral, râpeux, révoltant face à l’orgie de besogne itérative, est à mettre entre toutes les mains – calleuses ou manucurées. Il y a dans ce chant un souffle poétique affranchissant, qui replace l’exploitation humaine et animale au centre de l’esprit public. Il était grand temps : et quel tempo grandiose !
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (407) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   16 janvier 2020
Mon chien Pok Pok

Si tu savais en rentrant chaque jour
Comme ça me coûte d'aller te promener

Je suis au bord de l'épuisement
Même pas au bord d'ailleurs
Complètement épuisé
Ravagé de fatigue
Prêt à m'endormir sur place dès mon retour

Mais en rentrant à chaque fois
La joie et même plus que la joie de te savoir
derrière la porte
Vivant
A frétiller de la queue et du popotin
A faire cette fête des retrouvailles

Tu dois aimer cette odeur d'abattoir que je
transpire
Mes mains que tu lèches comme des bonbons
Mes habits que tu renifles

A peine le temps de me poser
Faire descendre la pression
Boire une bière
Il faut aller se balader
Même si je n'en peux plus
Même si parfois je pleure littéralement de fatigue

Mais tu n'y es pour rien
Jeune chiot de six mois
Dans ces histoires de tueries d'humains
Tu veux juste courir
Jouer
Agripper l'océan sur la plage où nous avons
coutume d'aller
Rameuter les oiseaux
Creuser le sable encore et encore
Ramener des bouts de bois des algues et encore
courir et jouer

Tu es vivant mon Pok Pok
Et moi accablé de fatigue
Mais si heureux de te voir vivant et heureux
Ça me change des animaux morts sur lesquels je
bosse à longueur de journée

Je ne te parle pas trop de mes journées
Je préfère te raconter que je suis fatigué mais
joyeux de bosser
De te retrouver
Et que viens
On va en balade
On est à la plage
Que si je bosse c'est parce qu'il faut bien pouvoir te
payer tes croquettes
Des histoires d'humains

Qu'y comprendras-tu si je te racontais exactement
l'abattoir
Ton regard changerait-il sur moi
Me considérait me considérerais-tu comme un agent de la banalité
du mal
Un salaud ordinaire
Celui qui accomplit sa tâche de maillon de la
chaîne dégueulasse et qui s'en dédouane pour plein de
bonnes raisons

C'est peut-être atroce à dire mais
Les chefs me demanderaient de tuer les bêtes
Que je le ferais
Il faut bien bosser
J'entends parfois à la pause les gars qui sont à la
tuerie
Leur serre la main
Discute un peu
Ils n'ont l'air ni pires ni meilleurs que moi
Ont les yeux aussi lointains et fatigués
Non ceux de barbares sanguinaires
Peut-être
Sans doute
Certains ont-ils un chien qu'ils chérissent
Je ne sais pas

L'usine bouleverse mon corps
Mes certitudes
Ce que je croyais savoir du travail et du repos
De la fatigue
De la joie
De l'humanité

Comment peut-on être aussi joyeux de fatigue et de
métier inhumain
Je l'ignore encore
Je croyais n'y aller
Que pour pouvoir te payer tes croquettes
Le véto à l'occase
Pas pour cette fatigue ni cette joie

Allez Pok Pok
Encore quelques minutes de balade
Je suis fatigué
Je n'en peux plus

Demain
Il faut aller bosser
Et quand je rentrerai
Demain
On ira faire une balade plus longue j'espère
Là je n'en peux plus

Demain ça ira mieux
Juste me reposer d'ici-là
Bien dormir
Demain mon Pok Pok je te jure
Si tu savais
Demain
+ Lire la suite
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HarioutzHarioutz   17 janvier 2020
Je dois à l'usine le fait de ne plus éprouver de
crise d'angoisse

Plutôt non

Je date de mon entrée à l'usine le fait de ne plus
éprouver ces foutues crises d'angoisse
Terribles
Irrémédiables
L'infini et son vide qui défoncent le crâne
Font monter la sueur froide le vertige la folie et la
mort

Je date de mon entrée à l'usine le fait de ne plus
prendre de traitement médicamenteux
Psychotropes
Anxiolytiques
Stabilisateurs
Antidépresseurs

Longtemps j'ai eu peur de devenir fou
Bien longtemps

C'était là ma principale angoisse
La mère de toutes
Celle qui générait crise et crises comme autant de
symptômes
Autant de souffrances aussi quotidiennes
qu'invivables

Peut-être l'épreuve de l'usine s'est-elle substituée à
l'épreuve de l'angoisse
Ce serait le lien le plus logique
Devoir tenir jour après jour nuit après nuit heure
après heure
Un simple déplacement de symptôme
Ce n'est plus la tête qui souffre mais le corps
On souffrira toujours bien assez comme ça

Surtout
Bien après que j'ai arrêté l'analyse lacanienne
L'usine m'a renvoyé en pleine gueule mes heures et
mes heures de divan

Le parallèle est évident
Tout au moins me le semble-t-il
Que viens-je faire ici
A quoi bon
Pourquoi ces telles pensées me viennent-elles à ce
moment précis
Pourquoi parler pourquoi se taire pourquoi écrire
Pour quoi
La fonction de l'analyse est d'être allongé sur un
divan à devoir parler
La fonction de l'usine est d'être debout à devoir
travailler et se taire

Et paradoxalement
Vu le temps qu'on a de penser à l'usine quand le
corps travaille
Mes angoisses auraient dû sortir encore plus
vivaces
Ce n'est pas ma place mon boulot ma vie qu'est-ce
que je fous là avec toutes mes années d'études ce
que j'ai lu écrit ou compris du sens du monde

Mais non

Bien au contraire

L'usine m'a apaisé comme un divan

Si j'avais eu à devenir fou
C’eût été dès les premiers jours aux crevettes aux
poissons panés à l'abattoir
C’eût été la nuit du tofu

La fin de l'usine sera comme la fin de l'analyse
Elle sera simple et limpide comme une vérité
Ma vérité

Je dois me coltiner encore cette épreuve tant que le
travail ne sera pas terminé
Ou ce travail tant que cette épreuve perdure

Elle sera

Il sera

Et en écrivant ces mots comme on parle à l'oreille
et au cerveau bienveillants d'un analyste
Je me rends compte que non

Je ne dois rien à l'usine pas plus qu'à analyse

Je le dois à l'amour
Je le dois à ma force
Je le dois à la vie
+ Lire la suite
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HarioutzHarioutz   17 janvier 2020
Un casque rouge passe une demande si je peux
bosser samedi
Les samedis matin travaillés ne sont jamais
obligatoires mais sont comptés pour trois heures
supplémentaires de paie même si l'on ne bosse
qu'une heure
Je réponds que oui
Et les deux heures qui restent semblent encore
plus longues avec un week-end à l'agonie 

La fin de la journée se passe comme une fin de
merde
Je pensais en avoir fini du boulot demain en
sachant qu' aujourd'hui était  la plus grosse journée
Mon cul
« On me dit que le temps qui glisse est un salaud
Que nos chagrins s'il en fait des manteaux »
J'en suis à fredonner du Carla Bruni alors que je
rêverais d'être en grève
C'est bien dire l'aporie de l'univers et de ses vaches
sacrées

Vendredi

On donne ce qu'il nous reste de force pour
terminer plus vite
Effectivement l'histoire est plié d'une grosse demi-
heure avant le terme
On en profite pour traîner dans l'usine et filer un
coup de main aux collègues des autres secteurs
pour les avancer un peu l

Le vendredi après-midi
A la maison ce devrait être la fête
Mais jamais
Je suis irritable
Le mot est faible
Irascible

« La vendredite » en sourions-nous aujourd'hui
avec mon épouse
Comme une maladie qu'on saurait enfin nommer
Comme si
Tout l'inconscience pression accumulée
Les douleurs du corps et la fatigue accumulées
L'ennui du temps qui ne passe pas accumulé
Les jours d'usine accumulés
Tous les jours d'usine
Tous ceux depuis mon entrée dans la machine
voici déjà plus d'un an et ma sortie que je ne vois
décidément pas venir
Le fait de devoir renquiller lundi pour une autre
semaine
Le fait de devoir se reposer le week-end

Comme si
La sempiternelle problématique qui veut que la tête
tienne bon sinon le corps lâche
Et que le corps tienne bon sinon la tête explose

Comme si tout éclatait à chaque fin de semaine

Voilà
Retour au monde des vivants
Mais j'ignore encore comment franchir ce Styx du
vendredi sans payer mon obole de colère

Samedi

Une grosse heure de taf
Trois heures payées
La semaine est bien terminée
Demain c'est dimanche
Demain on profitera bien encore un peu de la
liberté des vivants
Demain on rechignera encore à aller au lit tôt
Étant pourtant certain qu'on le paiera cher lundi
au réveil puis à l'embauche
Il sera toujours temps pour une nouvelle semaine
Encore une semaine
+ Lire la suite
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HarioutzHarioutz   18 janvier 2020
Maman

Je sais comme à toutes les époques de ta vie que
tu te fais du souci pour moi

Que ça te retourne le ventre et a des conséquences
sur ta santé

Je sais que ma situation à l'usine t'inquiète même
si tu ne m'en parles pas de ne pas trouver de
«  vrai » boulot d'avoir bientôt quarante ans d'avoir
fait des études tout ça pour ça

Je sais que tu as travaillé dur toute ta vie
notamment pour me payer l'école que tu as fait
énormément de sacrifices pour me permettre
d'avoir une bonne éducation ce qui est je crois le
cas
Peut-être penses-tu que c'est du gâchis d'en arriver
là à l'usine
Franchement je ne crois pas bien au contraire
Ce que tu ne sais sans doute pas ce que c'est
grâce à ces études que je tiens le coup et que j'écris

Sois-en en remerciée du fond du cœur
+ Lire la suite
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sebastolivresebastolivre   10 juin 2019
L'autre jour à la pause j'entends une ouvrière dire à un de ses collègues
Tu te rends compte aujourd'hui c'est tellement speed que j'ai même pas le temps de chanter » Je crois que c'est une des phrases les plus belles les plus vraies et les plus dures qui aient jamais été dites sur la condition ouvrière
Ces moments où c'est tellement indicible que l'on n'a même pas le temps de chanter
Juste voir la chaîne qui avance sans fin l'angoisse qui monte l'inéluctable de la machine et devoir continuer coûte que coûte la production alors que
Même pas le temps de chanter

Page 193, La Table ronde, 2019.
+ Lire la suite
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