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Critique de MathildeChau


MathildeChau
  28 septembre 2017
J'ai adoré ce récit à la fois très poétique et parfaitement maîtrisé dans sa forme.

J'y ai apprécié de très intelligentes insertions d'images liées à l'enfance dans le début du récit, et reprises tout au long du texte pour partager la « jeunesse » et l'ingénuité du narrateur: des références à Hergé avec Objectif Lune, les boîtes de collections de souvenirs, les couvertures de magazines que l'on a tous vu une fois dans sa vie, les citations d'auteurs de littérature classique que l'on lit dans sa jeunesse. Cela génère une banque d'images basées sur des connaissances collectives, des références communes, et ainsi permet des descriptions qui s'ancrent dans un imaginaire parfaitement maîtrisé et « tenu en laisse » ; on ne part ainsi jamais vraiment dans de l'imagination pure ou de l'imaginaire type SF.

Les jeux de couleurs, de descriptions sont d'une incroyable richesse et l'on visualise les paysages martiens avec un mélange de précisions scientifiques et de poésie.
De plus, le fait d'avoir basé le récit sur un journal de bord créé un texte totalement immersif et l'on sort de ce roman en ayant le sentiment d'avoir passé le voyage sur Mars avec le narrateur, comme cela aurait du se faire si la mission n'avait pas été annulée, comme on a tous rêvé de le faire quand on était petit.

Avec ce journal de bord, Arnauld réussit à nous faire vivre cette exploration par toutes les phases que traverse le narrateur depuis le fantasme jusqu'aux désillusions de ce que l'on a trop fantasmé: la rigueur de cette vie, les tâches rébarbatives, l'isolement, la déshumanisation, l'insignifiance de l'homme au regard de la création. On se questionne avec lui quant au sens de la vie et de nos propres créations.

C'est un roman initiatique également: si l'on perçoit les souvenirs de l'enfance dans les premières pages, c'est réellement par son voyage que notre personnage va perdre ses rêves et fantasmes pour se heurter à la réalité jusqu'à revenir débarrassé de son ancienne peau et homme à part entière ( l'Epandex a eu pour moi cet effet peau neuve qu'on attend impatiemment qu'il utilise enfin). Il va en effet progressivement laisser derrière lui les rêves qu'il avait emportés avec lui, tel le grattoir de son père. On assiste à sa venue au monde sur Mars dans un carcan de scaphandre, et ses premiers pas maladroits, aussi bien sur la planète elle-même que dans ses relations avec le reste de l'équipage, la découverte lente de cette planète par ses propres yeux au rythme d'une routine et de devoirs contraignants, jusqu'au dépassement de ces simples actions et la sensation d'avoir achevé, d'avoir créé, d'avoir permis la vie ; de l'avoir vécue.

C'était ma première uchronie SF et je ne peux que féliciter le travail de recherches immense d'Arnauld. le travail de recherche qui rend compte de ce que l'on sait être (sans le savoir à ce point dans le détail) une mission spatiale, l'intelligence des explications apportées en notes, mais également les références littéraires qui font de cette novella une petite pépite de poésie, d'introspection et de rêves mêlés.

Il est amusant de lire ce texte en 2017 alors que le futur évoqué (22 avril 2018, date de retour et fin de la mission) ne se situe aujourd'hui qu'à dans 6 mois !
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