AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2330060912
Éditeur : Actes Sud (30/03/2016)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 46 notes)
Résumé :
Le portrait dit des Époux Arnolfini a été peint par Jan Van Eyck en 1434 : énigmatique, étrangement beau, sans précédent ni équivalent dans l’histoire de la peinture... Cet ouvrage offre un voyage au cœur de ce tableau, qui aimante par sa composition souveraine et suscite l’admiration par sa facture. Touche après touche, l’auteur décrypte les leurres et symboles semés par l’artiste sur sa toile, à l’image d’un roman policier à énigmes. Alors le tableau prend corps, ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Alzie
24 février 2017
Chaude vêture ourlée de martre zibeline pour ce couple de belle allure posant devant un toutou dans l'intérieur cosy d'une chambre flamande opulente. Portrait de famille ? Couvre chef à larges bords pour monsieur, « huve blanche des épousées » et plis lourds d'un drapé vert pour madame qui semble sur le point de « gésir » (on s' instruit). Une gestuelle étrange. Improbable mise en scène dont le sens a déserté le tableau… et qui laisse le spectateur du XXIe siècle dubitatif. Rocambolesque traversée de l'histoire de cette oeuvre célèbre - signée Jan van Eyck et portant la date de 1434 - et récit concomitant des innombrables péripéties soulevées par ses différentes interprétations. Très amusant d'en prendre connaissance grâce à l'auteur par le biais de ce petit essai aussi brillant que la peinture dont il prétend décortiquer tous les mystères. « Les époux Arnolfini » ainsi qu'on les nomme depuis longtemps ont rejoint la National Gallery en 1843. Il fut un temps où, derrière deux volets de bois, leur illustre propriétaire, Marguerite d'Autriche, les tenaient soigneusement verrouillés... s'en réservant la contemplation à elle seule. Selon les « arnolfiniens » ce couple appartint à une riche famille de négociants italiens installés à Bruges. Des contradicteurs soutiennent qu'il s'agit là d'un autoportrait du peintre et de sa femme qui accoucha justement en 1434. Un serment de fidélité assurent les uns, un mari trompé et sa femme adultère en train de régulariser renchérissent les autres, rite nuptial mystérieux, hommage funèbre à une épouse défunte, voire scène de chiromancie ont aussi été suggéré ! Ayant fait le tour de toutes les hypothèses Jean-Philippe Postel propose enfin la sienne, plausible et très recevable. Une de plus et pourquoi pas ? Il faut aller la découvrir. Pourquoi renoncer au plaisir d'élucider une énigme en redonnant vie à quelques vieux écrits oubliés ? C'est ici qu'intervient la rencontre fortuite entre un petit livre acheté d'occasion par l'auteur et sa curiosité érudite jamais démentie pour le tableau de van Eyck. Investigation passionnante et rudement bien tournée. Chaque détail du tableau, tel un symptôme, passé au crible de l'examen clinique (l'auteur a paraît-il exercé la médecine) se charge d'un sens nouveau qui à chaque étape se dérobe ou se dédouble multipliant les possibilités d'égarement. Leurre et trompe l'oeil en peinture au service de ce qui pourrait être autant une farce qu'une vérité plus sombre. Sur des rabats aux couvertures (recto/verso), l'éditeur a eu la judicieuse idée d'offrir un zoom sur quelques-uns des éléments du tableau ajoutant au plaisir de lecture de l'enquête : le miroir et ses reflets ; une nature morte discrète ; le chandelier de cuivre et ses bobèches ; une paire de socques en bois ; l'insolite griffon bruxellois du premier plan ; et des mules rouges plus raffinées. Les primitifs flamands n'ont pas fini de faire parler d'eux!

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
QPerissinotto
19 juin 2016
Souvent les livres traitant d'art sont des polars, où il est question de retrouver une oeuvre volée. Il existe également quelques livres qui centralisent l'action autour d'un tableau, d'un peintre (on pense notamment au Chardonneret de Tartt et à La Jeune Fille à la perle de Chevalier). Mais ce sont là encore des romans assez classiques quant à la forme. le roman – d'investigation – de Postel présente une forme très originale: il ne raconte aucune histoire, si ce n'est celle que le tableau peut raconter. le roman est une désécriture, il déchiffre le code des Epoux Arnolfini. Chaque chapitre est une énigme que Postel, à l'aide d'un travail de recherche en amont très sourcé, essaie de résoudre, de tailler dans les différentes interprétations. Car le livre est aussi une parfaite illustration du travail de recherche: le chercheur est toujours confronté à des interprétations diverses, quel que soit le sujet, et il lui faut à chaque fois être remettre en doute ce qui se présente à lui. Au travers des différents objets, symboles, textes, contextes, Postel s'acharne à faire parler cette peinture sur bois. D'abord entouré d'une opaque brume, d'un lourd brouillard, le tableau dévoile pas à pas ses secrets, et le lecteur voit ce qu'il a à dire d'une époque. La symbolique picturale de van Eyck est à cheval entre deux époques: le Moyen Âge et la Renaissance. Dès lors, si l'interprétation est extrêmement complexe, elle est également très riche et offre un éclairage ludique sur des périodes qui peuvent nous sembler éloignées. Mais le livre est également un véritable roman, car l'intrigue (qui est celle que le tableau offre) tire toujours le lecteur plus loin. C'est une lecture passionnante car on y apprend énormément, mais c'est surtout une lecture plaisante, tout sauf saturée d'érudition.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Cathy74
18 décembre 2016
J'ai lu le récit de cette affaire avec beaucoup de plaisir et à mon sens, il nous invite essentiellement à "regarder, regarder encore, regarder toujours, c'est ainsi seulement qu'on arrive à voir". Cette citation de Charcot a été mise en exergue par l'auteur.
Aussi, avant d'entamer la lecture j'ai regardé sur Internet ce tableau, dont je ne savais rien. Qu'est ce que voyais ?
Un couple dans une chambre, s'apprêtant à prêter serment. L'homme est figé dans une posture hiératique, son expression est hautaine, un brin méprisante, il ne tourne pas même la tête vers la femme à son côté, dont l'expression est à la fois soumise et d'une attention extrême. Va t-il enfin abaisser la main et la sauver ainsi de la panade où elle s'est probablement mise ?
Après avoir commencé l'enquête avec l'auteur, je revins au tableau, qu'est-ce que je voyais maintenant ?
La scène reste identique, les expressions sont inchangées, c'est le point de vue qui diffère : peut-être l'homme est-il figé par une épouvante sans nom, la femme soumise est inquiétante : elle attend un engagement et non une promesse, car "[...] riche de promesses, chacun peut l'être" (vers d'Ovide qui figurèrent sur le cadre), or son intérêt dépasse les conventions terrestres.
Pour nous livrer l'hypothèse qui est la sienne, Jean-Philippe Postel s'appuie sur les travaux d'historiens et de chercheurs, sa propre connaissance du tableau et son érudition : les références qu'il nous donne sont extrêmement nombreuses.
Le livre refermé, le lecteur a vécu une belle aventure, suivi un jeu de pistes fascinant, s'est intéressé à mille choses ou a été surpris par elles. Et la lectrice que je suis a désormais une envie : aller un jour à la National Gallery de Londres, contempler ce tableau énigmatique et toucher du regard le mystère de la Création, qui signe les oeuvres majeures.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
thiemalivio
26 août 2016
Très bon moment de lecture, mais au final, et mis à part le plaisir intense, l'éditeur fait bien de préciser qu'il s'agit d'un roman d'investigation.
L'analyse et ses conclusions sont cohérentes, c'est très bien documenté, c'est passionnant, mais la théorie de la revenante me semble toutefois interrogée par l'ombre de la femme qui s'étale sur le lit derrière elle : les revenants n'ont pas d'ombre puis qu'ils sont immatériels et ne font pas obstacle à la lumière. van Eyck ne pouvait l'ignorer.
Postel considère d'autre part significatif que les personnages aient une taille disproportionnée par rapport au décor, mais tous les primitifs flamands, qui pratiquent une perspective intuitive, adoptent des points de distance extrêmement rapprochés qui donnent l'impression de surplomber le premier plan ; la perspective de leurs intérieurs est "outrée", ce qui a pour effet de grossir le premier plan et d'éloigner le second. Je suis surpris que l'auteur, qui semble par ailleurs bien connaître leur peinture, n'ait pas remarqué ça.
D'autres remarques me semblent aussi un peu aléatoires : la fraîcheur de la boue sur les socques dont il conclut que l'homme vient de rentrer... Il ne note pas non plus, mais cela ne ferait par contre que confirmer sa proposition selon laquelle l'extérieur symbolise le Paradis et, plus généralement, la nécessité d'une lecture symbolique, que la croisée de la fenêtre forme une Croix : il faut en passer par la Croix, ou au moins par le Christ, pour accéder au Paradis. On rencontre le même motif symbolique chez le Maître de Flémalle. Enfin, Postel me semble tirer des conclusions un peu rapides des ressemblances entre les visages féminins : on peint alors souvent des "types", pas très individualisés, le genre du portrait émerge à peine.
Malgré ces détails, la lecture est très séduisante et très enrichissante. C'est un livre difficile à refermer avant de l'avoir terminé, et j'ai appris plein de choses. Leçons d'humilité et de méthodologie aussi, et elles sont toujours bonnes à prendre : je croyais très bien connaître le tableau, notamment pour avoir lu ce qu'en écrit Panofsky, et j'étais un grand ignorant. D'autre part, Postel me rappelle qu'il faut toujours regarder encore et encore, inlassablement et en changeant de point de vue, si l'on a quelque prétention à traverser 'l'écran de la représentation". Un grand merci à lui, et à sa messagère ("angelos"), ALIAS vb.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          11
mdhennin
11 mars 2017
Dans ce petit livre qui se dévore comme un polar, on découvre avec un plaisir intense les secrets de cet étrange tableau de van Eyck. Page après page, le mystèrieux brouillard se dissipe, le célèbre miroir déformant s'ajuste et les détails prennent du sens. Tout s'emboîte et même quand l'auteur avance prudemment, on le suit bien volontiers dans ses déductions et ses conclusions. Ces "époux Arnolfini" nous deviennent bien familiers et, du seuil de la porte, on a l'impression, après la lecture, d'avoir franchi un pas et de se retrouver dans leur intimité.
Commenter  J’apprécie          80
Citations & extraits (4) Ajouter une citation
AlzieAlzie24 novembre 2016
Saint Arnoul était le patron des cornards, des coquillards, des cornificetur, des coupeaux, des jeannins, des cous, des vuihos, des lourches, des racoupis - des cocus. [...]
On disait des cocus qu'ils appartenaient à la "confrérie de Saint-Arnoul", qu'ils "logeaient à l'hôtel Saint-Hernoux", qu'ils "devaient une chandelle à saint Arnoul". Hernoux du temps de Rabelais désigne le cocu. C'est un cocu qui, dans le Roman de la Rose, se plaint de l'impudicité de sa femme :

Par vous, par voustre lécherie [lubricité]
Suis-je mis en la confrérie
Saint Ernoul le seigneur des cous.

Chapitre IV, Hernoul-le-fin avec sa femme, p. 36
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
michelekastnermichelekastner28 août 2016
Invisible et pourtant placée à la vue de tous, telle la lettre volée d'Edgar Poe, l'incroyable, l'impossible vérité du tableau est dans le tableau lui-même, enfouie dans le seul objet qui ne saurait mentir : le miroir. La vérité est au fond du puits. Il n'est que de s'y pencher pour la découvrir et alors on ne voit qu'elle. Elle crève les yeux. Vérité dangereuse, aux lisières de la sorcellerie et la nécromancie. Est-ce pour l'occulter que la très pieuse Marguerite d'Autriche fit mettre une serrure aux volets du tableau ? Précaution bine innocente en ce cas, et bien superflue, car Van Eyck, en maître inégalé de l'illusion, avait su ménager "ses rets, ses flèches, ses machines, lacets et gluaux pour surprendre notre pauvre âme" et faire de nous des aveugles.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Cathy74Cathy7418 décembre 2016
Dans la chambre règne un grand calme. La lumière est douce, l'air comme velouté. Pas de fumée noire, pas de flammes. La main de l'homme est indemne de toute brûlure. Belle, palpitante de vie, la jeune femme lui tend la sienne. Son petit chien nous regarde. Des jeux d'ombre et de lumière magnifiquement agencés créent non pas l'illusion de la profondeur, mais la profondeur elle-même - cette perspective atmosphérique si chère à Van Eyck, si distinctive de son génie, cette inimitable phosphorescence.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
AlzieAlzie24 novembre 2016
Fais en sorte de promettre. Quel dommage y a-t-il, en effet, à promettre ?
Riche de promesses, chacun peut l'être.
L'Art d'aimer, livre I, Ovide (Vers 443 et 444)

Chapitre III, Façons de voir, p. 32
Commenter  J’apprécie          20
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle




Quiz Voir plus

Le tableau mystère [1]

1. Quel écrivain et journaliste a passé une grande partie de son enfance au château du Clos Lucé à Amboise ?

François de Closets
Jules Vallès
Louis Aragon
Gonzague Saint Bris

7 questions
245 lecteurs ont répondu
Thèmes : déduction , peinture , mystèreCréer un quiz sur ce livre
. .