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EAN : 9782742718009
328 pages
Actes Sud (04/06/1999)
3.7/5   268 notes
Résumé :
- Quand partons-nous sur la Piste de l'Oregon ? demanda-t-elle brusquement. - Vous n'avez pas envie qu'on se sépare ? dit l'homme au lieu de répondre. - Non, dit-elle. - Pourquoi ? Elle alla chercher le petit tabouret en simili-cuir, elle tendit sa brosse à l'homme et s'assit en lui tournant le dos. - Parce que je suis attachée au vieux Volkswagen, dit-elle. -L'homme se mit à lui brosser les cheveux délicatement, à petits coups, comme il l'avait vue faire plusieurs ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
3,7

sur 268 notes

En route pour la Gaspésie, dans mon Volkswagen jaune avec des fleurs multicolores une tendance pour l'époque hippie, peace and love, je croise cette grande métisse, mi blanche, mi indienne, des jambes longues, immensément longues même, son petit chat noir qui gambade à ses pieds. Tu me connais, je ne peux résister à l'appel du chaton, et son miaulement si déchirant ; alors, forcément, je m'arrête, la prends en stop avec sa petite touffe de poil…

Le hasard des rencontres qui bouleversent une vie. Sur les traces de son frère, perdu de vue depuis une quinzaine d'années, Jack trop occupé à écrire ses livres. Romancier en panne d'inspiration. La « fille », la grande sauterelle, j'imagine déjà ses jambes et son short, bien mini et bien moulant. La température monte subitement, même à Gaspé. Je m'arrête à la bibliothèque, un faible pour les bibliothécaires à lunettes, pour emprunter quelques livres, en savoir plus sur le Québec, ses origines et surtout sur ses premiers habitants, sur ses Indiens.

Jack reprend la route, longue route rectiligne qui suit le flux migratoire des indiens, ou celui des lagopèdes à queue blanche. Direction le Sud. Vers les Etats-Unis, la traversée des grands états, Minnesota, Kansas, Wyoming, Nebraska et j'en oublie. Comme un road-movie mais avec des pages à tourner et autant de paysages qui défilent, fenêtre ouverte, cheveux au vent. le lecteur assidu que je suis suis le cheminement de Jack et Pitsémine. le chat en boule dans le coffre à gants. Une dizaine d'années plus tôt, le frère de Jack a fait ce même cheminement. Jusqu'où va nous remonter sa trace. le long des fleuves, du Saint-Laurent au Mississippi, une histoire d'eaux impétueuses et majestueuses, un mythe, celui de l'Amérique, celui des Sioux, des Apaches, des Cheyennes. Et ûne arrivée dans la brume de Cisco. Une radio locale diffuse le concert de van Morrison, a night in San Francisco, sublime et vertigineux, une musique pour rapprocher Jack et Pistémine.

Et au détour d'une route, d'un croisement ou d'une bibliothèque, les livres ayant une importance prépondérante dans les romans de Jacques Poulin, j'en découvre un peu plus sur le peuple de la grande sauterelle, sur le massacre orchestré par les blancs avec des TABARNAK de MACHINE GUN, sur la disparition des bisons, cette bête fière et d'une beauté incroyable, au poil si doux qu'une chatte en chaleur si collerait… Tristesse d'un monde blanc, rage d'un peuple indien, la métisse se cherche, ne trouve pas sa place, entre ses deux origines, sa double culture. Mais le Volks continue de rouler cahin-caha, dans le désert, là où les premiers pionniers tentaient de rejoindre l'Eldorado, L'ouest mythique avec ses carrioles, comme dans un western de John Ford, et puis il y a les chercheurs d'or, ses pépites qui font rêver, les serpents en sonnette qui se fondent dans la poussière.

La nuit, les corps se réchauffent, Pistémine qui n'a jamais froid, le sang indien est chaud, les corps qui se mélangent sagement. Trop sagement à mon goût, crisse, à quoi ça sert un roman canadien avec un seul emportement de tabarnak, calisse à quoi ça sert un roman avec une sublime métisse aux longues jambes si c'est pour occulter les scènes bestiales dans la couchette d'un Volks, parce que forcément, peace & fuck, ça devrait baiser sous la bannière étoilée et son ciel illuminé, comme des bêtes, à l'image des indiennes et des bisons. Trop sage ce roman, mais quelle aventure tout de même. Quelle découverte, j'étais sur la route, dans ce Volks jaune, écoutant de vieilles cassettes de Pink Floyd, peu importe si je ne retrouvais pas le frère de Jack, je devenais bison, indien, pionnier, hippie… Et y'a plus de gaz dans le char.

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Une échappée dans le quartier du jardin du Luxembourg pour aller découvrir la Librairie du Québec… J'en ai profité pour me choisir plusieurs textes, un de Gabrielle Roy… un autre d'un de mes auteurs québécois préférés, Jacques Poulin, qui m'avait enthousiasmée avec sa « Tournée d'automne »…

J'avais noté ce titre depuis un long moment. Un road movie, qui nous fait rencontrer un homme en partance pour rechercher son jeune frère qu'il n'a pas revu depuis plus de 15 ans, ce dernier lui ayant écrit une carte auquel il n'avait jamais répondu , accaparé qu'il était, par la rédaction d'un nouveau livre.

Au fil des années et du silence de ce frère, il ressent une culpabilité croissante. Il prépare une vieille camionnette décide de traverser le pays, et de partir à la recherche de ce frère… « La grande sauterelle « Une jeune métisse se retrouve sur son chemin, à ce moment-là… ils partent ensemble. Lui, écrivain, elle , boulimique de voyages et surtout de livres, de musées , d'Histoire… Ils font un duo pas banal… s'aident à vivre tous les deux, se complètent… et comme dans toutes les fictions… il y a l'incontournable compagnon silencieux : le Chat !!!

Avec cette enquête pour retrouver le frangin du narrateur… on traverse à la fois l'Amérique du Nord… entre descriptions des paysages, des curiosités du pays, l'histoire des massacres entre les indiens et les " visages pâles"...il y a aussi les lectures pour prolonger et étayer leurs recherches… Nous revisitons ainsi l'Histoire américaine, ainsi que celle des pionniers et celle des indiens !...

Jacques Poulin, à travers son personnage masculin, écrivain, nous parle , comme chaque fois, des mots, du travail de romancier, etc.

“C'était la question classique et il n'avait jamais réussi à trouver une réponse satisfaisante. Combien y avait-il de sortes de romans ? Dans quelle catégorie fallait-il mettre les siens ? Pour répondre à ces questions , il aurait d'abord fallu qu'il fût en mesure de dire quel était le sujet principal de ses romans... Or, il en était incapable pour la simple raison que l'écriture était pour lui non pas un moyen d'expression ou de communication , mais plutôt une forme d'exploration. Chacun de ses romans avait été écrit de la façon suivante : dans un certain décor, il avait mis deux personnages en présence l'un de l'autre et il les avait regardés vivre en intervenant le moins possible. (p. 99 /Actes Sud- Babel, 2020)”

Road-movie sympathique, qui,toutefois m'a beaucoup moins “accrochée” que celui de “La Tournée d'automne »… même si par ce voyage quasi initiatique… à la recherche du frère du narrateur… nous apprenons une foule de choses sur l'histoire de l'Amérique du Nord, et des territoires traversés, cela a fini par me paraître assez répétitif !…

Peut-être pas la disponibilité d'esprit nécessaire , cette fois…J'en suis assez « tristounette » !...Cet auteur étant dans mon petit « Panthéon personnel » et je ne désire pas l'en déloger... !!!

Je me suis rendue compte, d'autant plus , avec mes relectures récentes, que nos appréciations des textes peuvent varier très sensiblement au vu de notre état d'esprit, ou humeur du moment. C'est pour cela que le mot « critique » m'a toujours paru trop « prétentieux »… Nos « jugements » vis-à-vis de nos lectures restent des plus subjectifs, et aléatoires… au vu des circonstances dans lesquelles nous les découvrons, les abordons… Rien n'est figé en Littérature et en tant que lecteur, et c'est un de ses bonheurs qu'elle nous offre…

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C'est le premier roman de Jacques Poulin, auteur canadien, que j'ai lu. Même si j'ai préféré ensuite "La tournée d'automne", j'ai beaucoup aimé ce road-movie.

Il va conduire, Jack, romancier, avec sa co-équipière de hasard, la Grande Sauterelle, une jeune métisse moitié blanche, moitié indienne, sur la piste des pionniers jusqu'à San Francisco , à la recherche de Théo, son frère.

Le lien délicat qui unit peu à peu les deux personnages principaux m'a plu, de même que les belles légendes indiennes qui ponctuent leurs déplacements. Et le petit chat noir qui les accompagne est comme le symbole de leur affection partagée, de leur liberté, de leur indépendance.

Chacun d'eux aura fait une expérience unique, durant cette été de voyage et de découvertes,chacun tracera sa route, et comme le dit à la fin la Grande Sauterelle: " Je me sens parfois comme une feuille sur un torrent. Elle peut tournoyer, tourbillonner et se retourner,mais elle va toujours vers l'avant."

Une bien captivante échappée hors des sentiers battus...

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Ce livre est très riche en thèmes. Et c'est un hymne a son pays.Je pense que c'est le livre de Jacques Poulin le plus abouti.Un livre de vacances de voyage s'est de toute beauté. Mais en route avec Jacques Poulin (alias Jack Waterman écrivain peu connu) pour un beau voyage Québec -San Franscico . Il part à la recherche de son frère Théo qu'il n'a pas vu depuis dix ans.

Est ce qu'il aura la chance l'espoir de le retrouvé ? Mais ce voyage est surtout l'occasion de faire un point sur soi, Jack vient d'avoir quarante ans c'est le moment de faire un point sur sa vie. Départ a Gaspé (situé en Gaspésie, d'ailleurs la photo on voit au le rocher de Percé ). C'est là que Jacque Cartier a débarqué. le premier indice de Théo se trouve au musée de Gaspé. Il va faire la connaissance de sa complice la Grande Sauterelle, elle est métisse elle a du sang indien. Donc il est question de la communauté indienne. La Grande Sauterelle se pose des questions sur son identité.

Jack est un grand admirateur des auteurs beatnicks : Kerouac, Allen Gisberg ... Il aime son mini-bus son vieux Volks, qui lui permet d'aller à la conquête des grands espaces. "Je n'ai jamais vu les Mille Îles, dit-elle" Et bien moi oui, j'ai eu cette chance car la première fois que j'ai mis les pieds sur le continent Américain, j'ai été à Québec pour voir mon Oncle et ensuite avec mes parents nous avons pris la route en direction des Etats-Unis pour aller à Chicago, donc nous sommes passés aux Mille Îles puis nous avons vu aussi les Chutes du Niagara.

Et c'est lors de ce premier séjour que j'ai fait connaissance avec les coriaces maringouins.

À Chicago, j'ai aussi visité le musée comme Jack et la Grande Sauterelle et s'est un très beau musée. Dans ce musée on peut voir de très beaux tableaux des impressionnistes. n 1976 , ( il est né à Lachine (Québec) en 1915, d'origine russe et il a été professeur à l'université à Chicago.) Passage assez comique. Puis, ils vont dans le Missisipi à la rencontre de l'Histoire des premiers colons, des gens modestes à la conquête de l'ouest sur la Piste de l'Oregon. le livre qui le sert de guide est "The Oregon Trail Revisited" par Gregory M. Franzwa. le passé l'histoire des colons et des indiens se mélange dans le temps avec le présent. Et comme dans tous les livres de Jacques Poulin est présent Ernest Hemingway, un très beau chapitre "Un vagabond" un très beau clin d'oeil à l'auteur préféré de Jack Waterman.

Le style est simple, fluide et il y a de nombreux dialogues cela la lecture sympa du rythme et en un mot c'est un livre qui se lit facilement.

C'est un livre de Jacques Poulin que j'affectionne beaucoup car il est très riche c'est un voyage sur soi, voyage à travers l'histoire d'un pays. Et livre magnifique très attachant ... c'est pour moi un roman récit de voyage comme pour Tourné d'Automne. Il est remplit d'émotion, de complicités avec la grande Sauterelle.

C'est vraiment un très beau voyage que nous avons effectué en leur compagnie. On a bien envie de faire ce grand voyage nous aussi lecteur pour voir de plus près les grands espaces.

Et ce livre fait écho à l'autre auteur fétiche de Jack Waterman : Jack Kerouac On the road bien sûr.


Lien : http://livresdemalice.blogsp..
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Un miaulement de chat peut changer votre vie !!! Endormi dans son minibus Volkswagen, Jack Waterman romancier, est réveillé par les miaulements de ce chat et rencontre ainsi sa maîtresse « La Grande Sauterelle » qui fait du stop, pardon, elle fait du pouce. Nous en sommes en Gaspésie, province Canadienne.

Ils partent tous les 3 à la recherche du frère de Jack et vont parcourir l'Amérique en suivant un itinéraire très précis pour arriver à San Francisco Il faudrait dire tous les 4 car le combi Volkswagen est partie prenante de ce voyage et objet de tous leurs soins.

Chemin faisant, nous découvrons l'histoire des contrées traversées à travers les différents livres que Pitsémine « empruntent » aux bibliothèques (Elles les renvoient toujours par courrier à leurs propriétaires !)et des musées qu'ils visitent.

La grande sauterelle avait un rapport étrange avec les livres, un soir elle lui dit « il ne faut pas juger les livres un par un. Je veux dire : il ne faut pas les voir comme des choses indépendantes. Un livre n'est jamais complet en lui-même ; si on veut le comprendre, il faut le mettre en rapport avec d'autres livres, non seulement avec des livres du même auteur, mais aussi avec les des livres écrits par d'autres personnes. »

Ils ne suivent pas l'itinéraire direct, mais choisissent celui emprunté jadis par les explorateurs, les « voyageurs » comme Jacques Cartier, Cavelier de la Salle pour les plus connus. Avec eux, nous suivrons le Mississipi, le combi peinera sur la piste de l'Oregon, nous grimperons au sommet de Windlass Hill nous recueillir sur les tombes des émigrants…..

J'ai beaucoup aimé cette traversée de l'Amérique…. Pleine de douceur, respect, un livre à laisser entre toutes les mains. J'ai apprécié que la relation entre l'homme et la grande sauterelle soit en pointillé. Je me sentais bien dans ce combi-Volkswagen. Entre le livre de Reif Larsen « L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet » et celui-ci, j'aurais traversé l'Amérique, visité 2 fois le Divide…..

Vraiment, un bon livre, il va entrer dans ma catégorie « Un livre à faire du bien »


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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation

Jack humait l’air et regardait de chaque côté de la route.

C’était une odeur humide et accablante, épaisse et comme un peu vaseuse, semblable à ce que l’on pouvait sentir dans un sous-bois marécageux, un mélange d’eau, de terre et de plantes, une odeur d’eau boueuse et de mousse vieillie.

En arrivant à un pont, ils virent un cours d’eau très large avec des eaux jaunes et lourdes ; ils comprirent tous les deux et sans avoir besoin de se dire un mot que c’était le Mississippi, le Père des Eaux, le fleuve qui séparait l’Amérique en deux et qui reliait le Nord et le Sud, le grand fleuve de Louis Jolliet et du père Marquette, le fleuve sacré des Indiens, le fleuve des esclaves noirs et du coton, le fleuve de Mark Twain et de Faulkner, du jazz et des bayous, le fleuve mythique et légendaire dont on disait qu’il se confondait avec l’âme de l’Amérique.

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Il fut réveillé par le miaulement d'un chat.

Se redressant dans son sac de couchage, il écarta le rideau qui obstruait la fenêtre arrière du minibus Volkswagen : il vit une grande fille maigre qui était vêtue d'une robe de nuit blanche et marchait pieds nus dans l'herbe en dépit du froid; un petit chat noir courait derrière elle.

Il tapota la vitre sans faire trop de bruit et le chat s'arrêta net, une patte en l'air, puis se remit à courir. Les cheveux de la fille étaient noirs comme du charbon et nattés en une longue tresse qui lui descendait au milieu du dos.

En allongeant le cou, l'homme put voir qu'elle se dirigeait vers la section du terrain de camping qui était réservée aux tentes. Il quitta son sac de couchage, mit ses jeans et un gros chandail de laine parce qu'il était frileux, puis il ouvrit tous les rideaux du vieux Volks. Le soleil se levait et il y avait des bancs de brume sur la baie de Gaspé.

Il alla se laver et se raser dans les toilettes. Lorsqu'il revint il n'y avait plus personne dans la section des tentes; la fille avait disparu. Il ouvrit la porte à glissière du minibus et transporta sur la table à pique-nique son réchaud à gaz, sa bonbonne de propane et sa vaisselle en plastique. Il se prépara un jus d'orange, du corn flakes, des toasts et il fit bouillir de l'eau en quantité suffisante pour le café et la vaisselle. Quand il fut rendu au café, il se leva de la table tout à coup et alla chercher, dans le coffre à gants du Volks, la vieille carte postale de son frère Théo. Il posa la carte contre le pot de marmelade et but son café à petites gorgées.

Lorsqu'il leva les yeux, l'homme vit que la brume s'était dissipée et que la baie de Gaspé était inondée de lumière. Il lava sa vaisselle, puis il remit toutes ses affaires dans le minibus et rabaissa le toit. Avant de partir, il fit les trois vérifications habituelles : la glace dans le frigo, l'huile du moteur et la courroie du ventilateur. Tout était normal. Il donna machinalement un coup de pied au pneu avant, du côté du chauffeur, puis il s'installa au volant. En quittant le terrain de camping, il tourna à gauche : la ville de Gaspé se trouvait à une distance d'environ cinq kilomètres.

Une côte assez raide l'obligea à rétrograder en troisième, puis en deuxième, lorsqu'il arriva au sommet, il aperçut la grande fille maigre qui marchait au bord de la route. Elle était en partie dissimulée par un énorme havresac à montants tubulaires, mais il la reconnut tout de suite à ses cheveux très noirs et à ses pieds nus. Il fit exprès de rester en deuxième vitesse plus longtemps qu’il n’était nécessaire et, au grondement du moteur, la fille leva le pouce de la main gauche sans se retourner. Il la dépassa, immobilisa le Volks sur l’accotement de la route et fit clignoter ses feux d’urgence.

La fille ouvrit la portière.

Elle avait un visage osseux, le teint foncé, les yeux très noirs et légèrement bridés. Elle portait une robe blanche en coton.

- Bonjour ! dit-elle.

- Je vais à Gaspé, dit l’homme. C’est pas loin, mais…

Il lui fit signe de monter.

Elle se défit de son havresac et le hissa sur le siège du passager. Le petit chat noir sortit d’une de ses poches, s’étira et grimpa sur le dossier du siège. Il était tout noir avec le poil court, et il avait les yeux bleus. Il se mit à explorer le minibus. L’homme plaça le havresac entre les deux sièges. La fille monta dans le Volks, mais elle laissa la portière ouverte. Elle observait le chat et attendait qu’il eût terminé son exploration. Finalement, il vint de coucher sur ses genoux.

- Ça va, dit-elle, et elle ferma la portière.

Après un coup d’œil au rétroviseur, l’homme démarra. Le Volks était très vieux et envahi par la rouille, mais le moteur tournait bien. C’était un moteur rénové. La fille était jeune. L’homme régla le chauffage pour qu’elle eût un peu d’air chaud sur les pieds. C’était le début de mai.

- Allez-vous loin ? demanda-t-il.

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-Chaque fois que... c'est toujours la même chose, disait-il, chaque fois que je vois un vieil homme au bord d'une rivière ou d'un fleuve, il faut que j'aille lui parler-c'est plus fort que moi.

(...) -Longtemps je me suis demandé pourquoi je faisais ça, poursuivit Jack. Je ne comprenais pas. Je voyais un vieil homme au bord de l'eau et, chaque fois, quelque chose me poussait à aller lui parler. Mais aujourd'hui, je pense que j'ai trouvé la raison.

Il se tut; il laissa le silence se prolonger et, finalement, la fille demanda quelle était cette raison.

-Maintenant que je veux le dire, ça me paraît complètement ridicule, dit-il.

-ça ne fait rien, dit-elle.

-Voilà, dit-il. Ce que les vieux contemplent, quand ils rêvent au bord du cours d'eau, c'est leur propre mort; je suis maintenant assez vieux pour le savoir. Et moi, je m'approche d'eux parce qu'au fond de moi, il y a une ou deux questions que je voudrais leur poser. Des questions que je me pose depuis longtemps. Je voudrais qu'ils me disent ce qu'ils aperçoivent de l'autre côté et s'ils ont trouvé comment on fait pour traverser. Voilà, c'est tout. (p. 130)

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PRIERE SIOUX POUR LE RETOUR DES BISONS (1889)

Père, aie pitié de nous ;

Nous pleurons parce que nous avons soif,

Tout est fini.

Nous n’avons rien à manger ;

Père, nous sommes misérables.

Nous sommes très malheureux.

Le bison n’est plus.

Ils ont tous disparu.

Aie pitié de nous, Père ;

Nous dansons comme tu le désires

Puisque tu nous l’as ordonné.

Nous dansons avec peine,

Nous dansons longtemps.

Aie pitié,

Père, aide-nous ;

Nous sommes près de toi dans les ténèbres ;

Entends-nous et aide-nous,

Chasse les hommes blancs,

Ramène le bison,

Nous sommes pauvres et faibles,

Nous ne pouvons rien seuls ;

Aide-nous à être ce que nous étions

D’heureux chasseurs de bisons.

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En novembre 1864, dit-elle, un chef des Cheyennes, Black Kettle, accepte de faire la paix avec les Blancs et il amène les siens et un petit groupe d’Arapahos à Sand Creek. C’est un ruisseau qui se trouve à 70 kilomètres du fort Lyon, dans le Colorado. A l’aube du 29 novembre, un groupe de six à sept cents militaires à cheval, qui ont quitté le fort pendant la nuit et se sont abreuvés de whisky pour se réchauffer, se lancent à l’assaut du campement indien. Ils sont dirigés par le colonel Chivington qui leur a donné l’ordre suivant : « Tuez-les et scalpez-les tous, petits et grands. » Il y a 500 Indiens et la plupart sont des femmes et des enfants. Le chef Black Kettle hisse un drapeau américain qui lui a été donné par le président Lincoln. Il voit que les soldats poursuivent leur attaque, alors il hisse également un drapeau blanc. Mais les soldats de Chivington continuent de tirer et ils tirent sur tout le monde. Ils tirent sur les femmes et sur les enfants. Ils tirent avec des fusils, des pistolets et des canons. Une quarantaine de femmes se réfugient dans une grotte. En signe de paix, elles envoient une fillette de six ans avec un drapeau blanc, mais les soldats tirent sur la petite fille aussitôt qu’ils la voient ; ensuite ils délogent les femmes, ils les tuent et les scalpent. Ils attrapent des enfants et leur fracassent le crâne sur des troncs d’arbre. Une femme est enceinte, alors ils la tuent, l’éventrent et posent le fœtus par terre à côté d’elle. Lorsque le massacre prend fin, une centaine de femmes et d’enfants ont été tués, et aussi 25 hommes. Les cadavres ont été scalpés et parfois taillés en pièces. Le chef Black Kettle est parvenu à s’enfuir et sa femme n’est pas morte en dépit des neuf balles qu’elle a reçues. Voilà ce qui est arrivé à Sand Creek.

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