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EAN : 9782072831454
192 pages
Éditeur : Gallimard (17/01/2019)

Note moyenne : 3.42/5 (sur 38 notes)
Résumé :
À trente-deux ans, pas d’enfants mais beaucoup de diplômes, Reine, fraîchement débauchée d’un poste opérationnel, en occupe déjà un autre. Mais voici qu’elle se lasse – ou se réveille – et, des sentiers battus de la réussite, décampe. Laissant sur place le salariat, les escarpins, la fierté de ses parents.
La voilà libre de s’inventer un avenir.
À ses côtés, un triomphe de la République, Étienne. Parti de la classe ouvrière, recalibré dans une fabriq... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Sebthocal
  26 avril 2019
Ironique, tendre et enlevé, le ton de Maria Pourchet surprend et séduit.
Elle s'amuse avec ses personnages, le narrateur et nous-mêmes. Et c'est plaisant.
Un style détonnant qui part à toute vitesse, se saisit de nous, pour ne plus nous lâcher.
La vie et l'oeuvre de Reine, "business woman", qui va plus vite que son ombre nous est décortiquée par le menu, avec un ton caustique mais tendre.
Mais cette droguée de travail et succès, à qui tout réussit, n'est-elle pas en train de rater sa vie ?
C'est cette question, simple et actuelle, qui sera le fil rouge de ce roman hors des sentiers battus de la narration.
« Reine était devenue ravissante. Un visage, une chevelure, une allure à boire à l'oeil dans tous les bars de métropoles. Encore qu'elle en ait peu profité, elle n'est pas sortie de ces six dernières années. Il faut savoir ce que l'on veut. »
Le portrait d'une "workaholic" de la cosmétique – elle travaille dans une entreprise de parfumerie et de soins esthétiques – en dit long sur de nombreuses vacuités de notre société.
Une impatiente, parmi tant d'autres, qui n'a plus le temps de vivre.
Un livre frais et dynamique qui ne manque pas de sel... En parlant de sel justement, Reine renaîtra-t-elle de ses cendres dans les algues, qui semblent aussi être la voie royale pour les cosmétiques ?
Malheureusement, et c'est un gros regret, le style Pourchet a pour moi fait long feu, finissant par me lasser. La magie n'opérait plus, malgré tous les tours ingénieux que l'auteure pouvait mettre en place. Son ton décalé n'agissait plus.
Merci aux éditions Gallimard pour la découverte de cette auteure atypique !
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hcdahlem
  06 mars 2019
Avec «Les impatients», son cinquième roman, Maria Pourchet renoue avec la veine ironique en racontant le parcours de Reine, une businesswoman aussi ambitieuse que décidée. Cinglant, corrosif et bien rythmé.
Je dois commencer par vous faire un aveu. Au début de ma carrière professionnelle, j'ai travaillé pour un magazine économique. Ayant notamment en charge la rubrique «portrait», je devais m'évertuer à ne sélectionner que les patrons et cadres correspondants au fameux public-cible. Si bien que le panorama proposé se concentrait sur les personnes jeunes, dynamiques, passionnés par leur métier, ambitieuses, ne comptant pas leurs heures pour réussir. Les femmes servant, tous les dix numéros environ, d'alibi et de vitrine. Reine, le personnage principal du nouveau roman de Maria Pourchet aurait fort bien pu y trouver sa place. À condition, bien entendu, de publier l'article au moment où elle tutoie les étoiles.
Comme dans le roman, on passe vite sur l'enfance et l'adolescence pour nous intéresser aux premières étapes de la carrière de cette businesswoman. « Elle a trente-trois ans. Déjà? Oui Reine va très vite. On tourne une page, on ne fait pas attention, on s'est pris dix-huit ans dans la vue. Cinq années jusqu'à Hec, trois pour en sortir, deux passées à s'en remettre, à Harvard section histoire de l'art, couplé à un poste de researcher chez Gucci USA, pour la suite se référer à LinkedIn. Il est classiquement écrit que sa passion pour la beauté est devenue un métier. Au chapitre Expérience s'énoncent en anglais quelques vies de chef de groupe, de chef produit, de chef de département France, de chef de département Moyen-Orient, de chef de département Russie et Moyen-Orient, de directrice de marque, avant qu'elle ne soit débauchée par la concurrence, toujours dans la cosmétique de luxe. C'est assez agaçant à lire. On imagine que sur le terrain ce fut palpitant, concentré, outrageusement bien payé. »
Vous aurez remarqué le ton et le style. Écrit en grande partie avec ce «On» non défini et à la seconde personne du pluriel, ce qui permet d'établir une distance ironique avec les personnages ainsi interpellés, ce roman brille par son côté incisif, par cette arrogance propre aux leaders dont les dents rayent le parquet.
Élisabeth, quarante-trois ans, un bureau à l'étage de la direction et à l'affût de sa N-1, son «dernier trophée» vient à peine d'embaucher Reine que cette dernière lui rend ses «vêtements nobles et sous-vêtements travaillés» pour lancer son propre projet. Les impatients n'ont pas envie d'attendre. Après un voyage en Bretagne et la découverte des bienfaits des algues, elle trouve des investisseurs pour la suivre dans la société L'État sauvage, un institut de soins qui commercialisera également les produits cosmétiques et qu'elle ouvrira en quelques mois à peine.
Ah, j'allais presque oublier. Ce voyage en Bretagne s'est fait en compagnie de Marin, un jeu et beau breton dont elle aurait pu s0enticher. Sauf que voilà, comme on lui a appris dans ses cours de management, elle doit anticiper. renonce à cette aventure: « Reine s'enguirlande et prophétise. Tu te vois c'est Reine qui parle à Reine – tu te vois chercher un hôtel à Brest? Te faire choper le soir même parce que tu sentiras le gel douche caramel beurre salé? Et même. Tu te vois trois semaines à faire l'amour dont deux mal, et après quoi? Débandade chez lui, jalousie chez toi, un SMS à la con, ton téléphone qui charge au salon alors que tu es à la cuisine. Tu la vois la gueule de Pierre? Reine la voit, elle le voit aussi rester. Tout plutôt que d'admettre l'imprévu. Ils reparleront, pour passer à autre chose, de l'enfant. Mais à la suite de la trahison, subiront une stérilité psychologique. » 
Pierre est le mari de Reine, rencontré alors qu'elle était à Hec. Cet intervenant extérieur, chargé de la Stratégie juridique en entreprise, lui aura facilité les études et entend lui aussi grimper les échelons de l'entreprise qui l'emploie. Mais il voit aussi leur relation s'effriter au fil du temps, confiant à son psy qu'elle «n'est plus vraiment là. Qu'elle poursuit une vie parallèle.» Est-ce une première étape avant la séparation? Reine, on s'en doute, n'a pas le temps d'y réfléchir. À moins que…
La belle trouvaille de Maria Pourchet, c'est d'avoir lancé du sable dans cette machinerie si bien huilée. Voilà Reine confrontée à quelques soucis, voilà Reine bien décidée à s'offrir une récréation. Voilà comment l'étude sociologique vire au roman à suspense, le tout accompagné d'un humour corrosif et de quelques rebondissements dans lesquels les hommes ne sont pas forcément à la fête. Enfin pas tous.
Mais ne dévoilons rien de l'épilogue, sinon pour souligner combien ce roman, après Brillante de Stéphanie Dupays, raconte avec beaucoup de finesse ce monde de l'entreprise qui est tout sauf lisse comme les parois de verre derrière lesquelles il se cache.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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pilyen
  24 février 2019
Je suis Paul, un lecteur, lambda. Je cherche un roman, faut bien passer le temps dans le train. Cependant, quand on voyage en première classe, autant éviter les écouteurs dans les oreilles et/ou le film sur son ipad, histoire d'être raccord avec ce qu'on imagine comme voisins de siège, aisés et sensément cultivés. Le livre devient, en plus d'ouverture sur le monde, un possible pour discuter. La quatrième de couverture ne donnait pas franchement envie de lire, mais on voulait un "Gallimard", snobisme de première classe. Bizarrement le Relay de la gare n'avait qu'une pile du dernier Muriel Barbery et ce Maria Pourchet. Ayant subi un précédent de l'élégante au hérisson, va pour "Les impatients". Pas trop long, le bon beige. Parfait. Confortablement installé, une légère odeur vanillée de ma voisine ( du Guerlain sans doute) m'accompagne, je découvre Reine et... Oh ! Je suis déjà arrivé à destination! Surprise, émoi. le temps, la distance se sont envolés. J'émerge du flot tumultueux de la vie d'une carriériste très 21ème siècle, passée par HEC et qui patauge dans une entreprise du luxe avec algues rouges, capitaux forcément capiteux et dents blanchies juste ce qu'il faut pour bien montrer sa réussite et éventuellement laisser des traces sur le parquet. le bandeau disait " Toujours plus vite". Pour une fois, aucun mensonge, le TGV a doublé sa vitesse !
Je suis Pierre, blogueur. Devant mon clavier, balance des sentiments. Qui suis-je pour écrire des avis sur des bouquins ? Mais aussi, comment rendre incontournable la lecture de ces " Impatients" dont l'écriture peut rendre jaloux les neuf dixièmes de ce que la France compte comme écrivaillons ? En utilisant scolairement et sans talent les attaques de chapitre de ce roman pour les paragraphes de ce billet ? Peut être que cela donnera une minuscule idée de ce qu'offre le livre. Mais, l'exercice est vain. Maria Pourchet est unique. Maria plonge dans la langue française pour l'adapter à son époque, à son histoire de création d'entreprise. Pas fun ? Pfff, détrompez-vous. C'est rapide comme une excellente série américaine, caustique comme rarement, sociologiquement hilarant car parsemé de petites remarques piquantes mais réelles. Tout ça, non pas grâce à l'intrigue ( intéressante mais sur le papier pas vraiment palpitante) mais au style, oui au style, à l'écriture, à cette fantaisie joueuse et drôle qui empoigne le récit pour le rendre immédiatement passionnant, à cette façon unique de faire boxer les mots, les phrases, au rythme énergique de son héroïne. Au début on est un peu surpris mais on adore très vite. le plus, c'est que jamais, mais jamais, cela ne s'arrête. le roman est tenu jusqu'au bout ( malgré une petite histoire d'amour qui aurait pu faire basculer l'ensemble).
Alors, chapeau bas, Maria Pourchet, je vous découvre et je ne suis pas prêt ni de vous oublier, ni de passer à côté de vos précédents ouvrages. Qu'est-ce que ça bien du bien de découvrir un vrai auteur !
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ATOS
  19 février 2020
Époque impatiente...Impatiente d'avoir, d'obtenir, impatience du langage, du geste, du rapport, impatience d'une démarche existentielle qui ôte parfois du sens à nos vies et qui nous rend incapable de justifier ou de comprendre la causalité de nos actes. L'écriture de Maria Pourchet est toujours une performance. Drôle, vive, coupante...Précise. "Rien ne ressemble plus à quelque chose que sa caricature." a écrit le sociologue Gaston Bouthoul. Employer ici le terme de caricature n'est pas sous les touches de mon clavier un terme péjoratif. La caricature doit être un acte d'intelligence. Maria Pourchet utilise les codes de la caricature au service du récit. C'est l'écriture ici qui porte l'intelligence du récit. Car on pourrait dans ce roman n'y voir que le simple regard d'une société sur une autre société. Nous n'obtiendrions alors qu'un reflet...Et ce qui est intéressant dans l'écriture de Maria Pourchet c'est l'usage des mots au service de l'intelligence du propos. L' impatience fébrile des personnages à "exister", à "être", l'impatience de l'auteure à donner vie aux personnages par un jeu constant et rapide de va et vient dans laquelle elle entraîne le lecteur à s'identifier, nous renvoie à notre propre impatience de lecteur. Impatience d'un rythme dont la syncope parachève sa fatale issue.
Les Impatients ou la valse syncopée de notre temps.
et comme l'écrivait Virginie Despendes dans son roman Subutex 2 "T'es syncopé comme type. Je m'en fous, je te parle quand même : tu dors mais t'es là."...
Astrid Shriqui Garain
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motspourmots
  09 février 2019
Maria Pourchet manie la kalachnikov avec style et élégance. C'est un plaisir, une vraie détente de retrouver sa douce ironie et l'acuité de son regard sur notre époque et les individus qui s'y débattent. Dans ce nouveau roman (le cinquième), l'auteure s'appuie sur son expérience de sociologue pour nous offrir une étude corrosive mais tendre du milieu des décideurs. Pressés, très pressés, lancés sur les rails de la réussite comme si rien ne pouvait les faire dévier de leur trajectoire.
Et s'il y en a une qui est programmée pour réussir c'est bien Reine, idéalement prénommée par des parents aussi ambitieux que clairvoyants. le genre à apprendre le russe à seize ans en écoutant des enregistrements pendant la nuit et à négocier avec le proviseur de son lycée un changement de classe en cours d'année pour être dans un environnement plus stimulant. C'est au lycée qu'elle a rencontré Etienne dont elle fait un ami pour la vie. Tout aussi ambitieux. Quinze ans plus tard, Reine est une cadre que l'on s'arrache, riche d'un parcours sans faute dans les grands groupes de cosmétiques. Justement, elle intègre un nouveau poste, une marche de plus, quand soudain... un petit grain de sable vient chambouler son esprit. Ou plutôt un grand blond, scientifique, spécialiste des algues. Assez éloigné de Pierre, le compagnon de Reine, avocat fiscaliste tiré à quatre épingles, roi de la planification et ennemi du hasard. Brusquement, Reine décide de plaquer ce énième poste sans surprise ; une idée germe, elle va créer un concept totalement innovant, faire venir la mer à Paris... Entrepreneuse, battante, créative... on ne se refait pas. Débute alors une course folle, entre tournée des investisseurs et conception du lieu qui devra devenir le nouveau rendez-vous des gens qui comptent. Avec toutefois comme une petite idée derrière la tête, et derrière les algues.
Ça va vite, très vite. le style de Maria Pourchet est vif, fringuant, enlevé. Sa façon de placer le lecteur en observateur puis de lui faire endosser alternativement les personnalités des uns et des autres ("Vous êtes Élisabeth. Projetée par cette énergie naturelle et renouvelable qui est la vôtre, vous passez à cet instant le seuil de votre bureau...") contribue à imprimer un rythme effréné à la narration. Reine est une experte du marketing, des tendances, des médias, de la communication. Qui ne s'embarrasse d'aucun stéréotype concernant le pouvoir ou les relations hommes-femmes ; au contraire, elle prône la neutralité du genre patron. Elle fonce et elle aime ça. Cash mais jamais trash. Un cerveau monté sur stilettos. Mine de rien, l'auteure nous dresse le portrait d'un milieu, d'autant plus efficace qu'il est étayé par les observations de la sociologue qu'elle est. Les relations avec les investisseurs, la façon dont la sauce monte, dont les médias s'emparent de Reine... tout cela est d'une justesse savamment épicée. Il y a un passage savoureux où Reine observe la façon dont sont habillées les femmes "décideuses" présentes à une conférence où elle intervient sur le thème de la réussite. Drôle et féroce. D'autant plus que franchement, on l'aime beaucoup Reine. Et qu'on espère bien que cette obsession pour les algues trouvera, derrière la réussite éclatante, son réel aboutissement. En même temps, ne comptons pas sur elle pour verser dans la guimauve...
Tout est vraiment dans le ton dans ce roman dont on apprécie qu'il évite la méchanceté, lui préférant une férocité teintée de bienveillance à l'égard de ses personnages qui conservent un certain recul sur la société dans laquelle ils évoluent. Et puis, on n'hésite pas à savourer quelques perles, semées par-ci par-là, au gré des dialogues qui ne manquent pas de sel. Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer une, là, comme ça, juste pour vous donner envie : "Le tweet est à la pensée ce que le pet est au système gastrique". Cash vous dis-je.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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critiques presse (1)
LeMonde   05 février 2019
Elle est scénariste, romancière et sociologue. Le premier métier, elle voulait l’exercer depuis l’enfance. Le deuxième, grâce à Romain Gary. Le dernier lui a permis pendant dix ans de gagner sa vie. Elle combine ces trois talents dans « Les Impatients ».
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
SebthocalSebthocal   22 avril 2019
L'argent travaille lui aussi, comme tout le monde. Et quand il ne travaille plus, converti en biens immobiliers et revenus locatifs, il garantit l'avenir, sans quoi on nage dans l'incertitude comme les parents de Pierre. Et comme eux on sera réduit à la conjurer dans la bouffe, l'alcool, le Xanax et les crédits revolving, merci bien. On parle de Pierre comme s'il était là, c'est parfaitement désobligeant, oui. L'équilibre de Pierre, pour ne pas dire sa félicité, repose sur la prévision. Entre autres petits placements sans risque dans de jeunes entreprises du big data, ils disposent avec Reine de deux studettes dans le arrondissement louées sans risque à des locataires eux-mêmes entretenus par leurs propriétaires de parents. Ajoutés à cela, deux appartements à Saint-Jean-CapFerrat, loi Pinel, assureront des revenus locatifs en cas non pas de licenciement mais de réflexion, envie de liberté, nécessité d'émigration. La France pourrait devenir insupportable, décevante au moins, l'histoire l'a montré. Enfin, un compte est approvisionné dans le cas plus que probable où la mère de Pierre, fantasque retraitée de l'enseignement primaire, témoignerait d'une soudaine perte d'autonomie et voudrait vivre chez son fils. Pierre a évalué le coût de six ans de pension complète en maison de repos. Il a placé le total à taux fixe et depuis il respire. Ils ne partent pas en vacances tous les quatre matins, inutile. Pierre est suffisamment détendu à l'idée que sa mère ne viendra pas tacher le chesterfield.

Page 50, Gallimard, 2019.
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SebthocalSebthocal   21 avril 2019
Élisabeth renonce. Encore un peu on va la mordre. ElIe doit passer un appel, ne retient pas la visiteuse puisque c'est écrit, noir sur blanc, sur son badge. Elle mettra ce registre singulier sur le compte de la notoire créativité. Encore une chose, Reine, une innovation managériale. On réserve ici à tout opérationnel arrivant une singulière épreuve, vous allez voir c'est très ludique : présenter en trente slides sa quête pour le groupe. Exactement, sa quête. C'est inspiré du Tao, vous savez le jeu. Il s'agit d'exposer les origines de votre mission, pourquoi vous, vos armes et vos limites, votre historique et vos objectifs, vos projections. Merci de mettre des chiffres, des graphes, sinon c'est flou. Et des visuels, sinon, c'est chiant. Vous présenterez votre quête aux collaborateurs, ils verront tout de suite où ça déconne. Vous allez voir, c'est très contemporain.

Pages 32-33, Gallimard, 2019.
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hcdahlemhcdahlem   06 mars 2019
Le succès vint qui statistiquement se décrit par le nombre de visites, le montant de la caisse après la fermeture, les abonnés au Facebook officiel, le volume de recommandations, les conversations en ville qui, à un moment ou un autre évoquait l’État Sauvage comme une plage secrète, les gens dans les affaires qui voulaient savoir qui connaissait quelqu’un qui avait le numéro de cette fille. On disait que Reine avait trouvé un truc, rapproché l’Atlantique de Paris, placé au cœur de la ville ce qui était à quatre heures de train. Quelqu’un voulait savoir pour quelqu’un qui cherchait pour son fils quelle école de commerce avait formé cette pépite, on supposait que c’était loin, aux Amériques probablement. À l’État Sauvage, on s’y rendait pour vérifier si c’était vrai, qu’on vous vaporisait vraiment un peu d’eau de mer dans les cheveux. C’était vrai. On avait du volume, un peu de sel sur les lèvres. On prétendait que les algues en jus contenaient autant de fer et de protéines que de la viande rouge, on tapait sur Google le nom de Reine. Qui n’avait pas encore essayé se disait par-devers soi, quel con. Tu vas voir que quand je me réveillerai il faudra faire la queue.
Il faut déjà faire la queue. »  121
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michdesolmichdesol   11 mars 2019
Étienne n'a pas la force de diriger. Il le sait. Il l'a compris quand il l'a touchée, son étoile. Et quand il l'a touchée, elle s'est éteinte. Il avait connu ça une seule fois, en amour. Il dit d'un trait sans respirer que c'est sûr il n'a pas le quart de la moitié de la résistance. Il insiste, pas le quart de la moitié, de l'humour qu'il faut pour endurer ça. La solitude déjà. Il dit je n'y arriverai pas, les haines que tu fais converger, les syndicats, les cinquante mille personnes qui te prennent pour leur mère, qu'à ce titre tu vas blesser, un jour ou l'autre décevoir. Te faire traiter de voleur par la moitié de la France ou la moitié de la presse, obligé de t'en foutre sinon tu dors plus, les types comme moi qui rêvent à voix haute de te planter dans le dos, les lois que tu enfreins sans avoir le temps de les connaître et à la fin une usine qui pète et tu pètes avec, t'auras quoi au final. Un cancer, du pognon, un juge aux basques.
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hcdahlemhcdahlem   06 mars 2019
INCIPIT
Quelque chose commence ici. Un lycée privé sous financements publics, excellente réputation, bondé, capacité d’accueil trois cents élèves, taux d’occupation, le double. Les restes poncés d’un saint Joseph en granit signalent à l’entrée la vocation initialement religieuse de l’établissement. On peut imaginer entre ces murs, avant 68, des élèves en rangs, en blouse, on leur dit tu, on leur promet le service militaire. On peut souffler. Nous sommes en 1999 et c’est le bordel.
À l’intérieur, au terme d’un corridor violemment éclairé aux néons, une salle de classe saturée et une agrégée ès lettres qui se demandera toute sa vie pourquoi. Pourquoi tant d’efforts, la Sorbonne, le grec ancien pour ça. Un lycée de province, la seconde B, trente-cinq mômes éteints, douze Nokia allumés, et au fond une gamine qui dort, toujours la même.
— Encore à vous faire remarquer?
Éveil de Reine, c’est son prénom. Pas tout à fait jolie, pas encore, mais fière, du moins butée. Le nez bref, busqué, les traits aigus, la peau parfaite et deux yeux sans aucun rapport : un bleu, un presque noir. L’un songeur, terrifié et l’autre qui vous emmerde. Soupir de Reine qui ne dort pas, qui récupère. En écho, rire de la classe. La classe peut tout à fait, quand on sait s’y prendre, être massivement attentive à quelque chose.
— T’as un mec, princesse?
— Un job de nuit?
En quelque sorte. Reine entre 0 et 4 heures du matin apprend le russe au gré de bandes VHS élimées, versions originales parfois sous-titrées des œuvres complètes de Nikita Mikhalkov, cette nuit, par exemple, Anna et Soleil trompeur. Pour le plaisir ? Pour plus tard, pour se faire remarquer exactement, avoir du travail quand on n’en donnera plus. Les parents de Reine sont catégoriques, plus tard ce sera la guerre, l’envol du prix du baril, la moitié de la France dans la rue. Iront alors aux quelques-uns du dessus du panier, aux acharnés, aux quadrilingues, les restes de l’empire. Les parents de Reine ne laisseront rien à leur fille, aucune illusion et pas un rond qui finirait dans la drogue, au maximum des aphorismes, qu’elle pourra toujours broder sur des coussins. Hériter c’est déjà renoncer, la seule récompense de l’action c’est accomplir, moi on ne m’a rien donné et regarde, travaille, lève-toi. Ne rêvasse, ne t’écoute, ne t’éparpille, ne grignote, ne demande pas trop.
D’où le russe, les langues O’ et autres performances préparatoires, sportives ou intellectuelles. Reine n’explique pas tout cela au peuple de seconde B, Reine attend que ça passe. Elle ne sera jamais si patiente qu’elle le fut à cet âge. Reine s’ébroue, elle est déjà dans l’allée.
— Vous allez où mademoiselle ?
Reine, à la porte, lève une main démiurgique. À quel signe répond pile, insolente, la sonnerie de 11 heures.
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Vidéo de Maria Pourchet
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