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EAN : 9782072831454
192 pages
Gallimard (17/01/2019)
3.28/5   178 notes
Résumé :
À trente-deux ans, pas d’enfants mais beaucoup de diplômes, Reine, fraîchement débauchée d’un poste opérationnel, en occupe déjà un autre. Mais voici qu’elle se lasse – ou se réveille – et, des sentiers battus de la réussite, décampe. Laissant sur place le salariat, les escarpins, la fierté de ses parents.
La voilà libre de s’inventer un avenir.
À ses côtés, un triomphe de la République, Étienne. Parti de la classe ouvrière, recalibré dans une fabriq... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (52) Voir plus Ajouter une critique
3,28

sur 178 notes
Ironique, tendre et enlevé, le ton de Maria Pourchet surprend et séduit.
Elle s'amuse avec ses personnages, le narrateur et nous-mêmes. Et c'est plaisant.
Un style détonnant qui part à toute vitesse, se saisit de nous, pour ne plus nous lâcher.

La vie et l'oeuvre de Reine, "business woman", qui va plus vite que son ombre nous est décortiquée par le menu, avec un ton caustique mais tendre.

Mais cette droguée de travail et succès, à qui tout réussit, n'est-elle pas en train de rater sa vie ?
C'est cette question, simple et actuelle, qui sera le fil rouge de ce roman hors des sentiers battus de la narration.

« Reine était devenue ravissante. Un visage, une chevelure, une allure à boire à l'oeil dans tous les bars de métropoles. Encore qu'elle en ait peu profité, elle n'est pas sortie de ces six dernières années. Il faut savoir ce que l'on veut. »

Le portrait d'une "workaholic" de la cosmétique – elle travaille dans une entreprise de parfumerie et de soins esthétiques – en dit long sur de nombreuses vacuités de notre société.
Une impatiente, parmi tant d'autres, qui n'a plus le temps de vivre.

Un livre frais et dynamique qui ne manque pas de sel... En parlant de sel justement, Reine renaîtra-t-elle de ses cendres dans les algues, qui semblent aussi être la voie royale pour les cosmétiques ?

Malheureusement, et c'est un gros regret, le style Pourchet a pour moi fait long feu, finissant par me lasser. La magie n'opérait plus, malgré tous les tours ingénieux que l'auteure pouvait mettre en place. Son ton décalé n'agissait plus.

Merci aux éditions Gallimard pour la découverte de cette auteure atypique !
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Reine, une jeune femme diplômée d'HEC et avide de succès crée un institut de beauté fondé sur l'exploitation des algues. Va-t-elle réussir cette entreprise, et, si possible, sa vie ? ● Ce livre vaut surtout par son style, très travaillé, sec, très vif, très typé, constamment ironique mais malheureusement assez vite lassant par son systématisme, malgré des pointes d'humour bienvenues. Les ellipses rendent parfois le propos obscur. Les fautes de français abondent (voir la critique de Melieetleslivres). Ce style mordant à l'image de l'avidité de ceux dont il sert à raconter l'histoire, m'a rappelé certains films des années 70-80 comme le Sucre ou le Paltoquet. Il est d'un modernisme déjà daté. ● L'entreprise créée par Reine fait très « vieux monde » ; pour que le récit soit plus convaincant, il aurait fallu à mon avis mettre en scène la création d'une start-up digitale. Quelques autres faux-pas montrent que l'auteure ne connaît son sujet que d'un point de vue de sociologue et n'évite aucun cliché.
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Avec «Les impatients», son cinquième roman, Maria Pourchet renoue avec la veine ironique en racontant le parcours de Reine, une businesswoman aussi ambitieuse que décidée. Cinglant, corrosif et bien rythmé.

Je dois commencer par vous faire un aveu. Au début de ma carrière professionnelle, j'ai travaillé pour un magazine économique. Ayant notamment en charge la rubrique «portrait», je devais m'évertuer à ne sélectionner que les patrons et cadres correspondants au fameux public-cible. Si bien que le panorama proposé se concentrait sur les personnes jeunes, dynamiques, passionnés par leur métier, ambitieuses, ne comptant pas leurs heures pour réussir. Les femmes servant, tous les dix numéros environ, d'alibi et de vitrine. Reine, le personnage principal du nouveau roman de Maria Pourchet aurait fort bien pu y trouver sa place. À condition, bien entendu, de publier l'article au moment où elle tutoie les étoiles.
Comme dans le roman, on passe vite sur l'enfance et l'adolescence pour nous intéresser aux premières étapes de la carrière de cette businesswoman. « Elle a trente-trois ans. Déjà? Oui Reine va très vite. On tourne une page, on ne fait pas attention, on s'est pris dix-huit ans dans la vue. Cinq années jusqu'à Hec, trois pour en sortir, deux passées à s'en remettre, à Harvard section histoire de l'art, couplé à un poste de researcher chez Gucci USA, pour la suite se référer à LinkedIn. Il est classiquement écrit que sa passion pour la beauté est devenue un métier. Au chapitre Expérience s'énoncent en anglais quelques vies de chef de groupe, de chef produit, de chef de département France, de chef de département Moyen-Orient, de chef de département Russie et Moyen-Orient, de directrice de marque, avant qu'elle ne soit débauchée par la concurrence, toujours dans la cosmétique de luxe. C'est assez agaçant à lire. On imagine que sur le terrain ce fut palpitant, concentré, outrageusement bien payé. »
Vous aurez remarqué le ton et le style. Écrit en grande partie avec ce «On» non défini et à la seconde personne du pluriel, ce qui permet d'établir une distance ironique avec les personnages ainsi interpellés, ce roman brille par son côté incisif, par cette arrogance propre aux leaders dont les dents rayent le parquet.
Élisabeth, quarante-trois ans, un bureau à l'étage de la direction et à l'affût de sa N-1, son «dernier trophée» vient à peine d'embaucher Reine que cette dernière lui rend ses «vêtements nobles et sous-vêtements travaillés» pour lancer son propre projet. Les impatients n'ont pas envie d'attendre. Après un voyage en Bretagne et la découverte des bienfaits des algues, elle trouve des investisseurs pour la suivre dans la société L'État sauvage, un institut de soins qui commercialisera également les produits cosmétiques et qu'elle ouvrira en quelques mois à peine.
Ah, j'allais presque oublier. Ce voyage en Bretagne s'est fait en compagnie de Marin, un jeu et beau breton dont elle aurait pu s0enticher. Sauf que voilà, comme on lui a appris dans ses cours de management, elle doit anticiper. renonce à cette aventure: « Reine s'enguirlande et prophétise. Tu te vois c'est Reine qui parle à Reine – tu te vois chercher un hôtel à Brest? Te faire choper le soir même parce que tu sentiras le gel douche caramel beurre salé? Et même. Tu te vois trois semaines à faire l'amour dont deux mal, et après quoi? Débandade chez lui, jalousie chez toi, un SMS à la con, ton téléphone qui charge au salon alors que tu es à la cuisine. Tu la vois la gueule de Pierre? Reine la voit, elle le voit aussi rester. Tout plutôt que d'admettre l'imprévu. Ils reparleront, pour passer à autre chose, de l'enfant. Mais à la suite de la trahison, subiront une stérilité psychologique. » 
Pierre est le mari de Reine, rencontré alors qu'elle était à Hec. Cet intervenant extérieur, chargé de la Stratégie juridique en entreprise, lui aura facilité les études et entend lui aussi grimper les échelons de l'entreprise qui l'emploie. Mais il voit aussi leur relation s'effriter au fil du temps, confiant à son psy qu'elle «n'est plus vraiment là. Qu'elle poursuit une vie parallèle.» Est-ce une première étape avant la séparation? Reine, on s'en doute, n'a pas le temps d'y réfléchir. À moins que…
La belle trouvaille de Maria Pourchet, c'est d'avoir lancé du sable dans cette machinerie si bien huilée. Voilà Reine confrontée à quelques soucis, voilà Reine bien décidée à s'offrir une récréation. Voilà comment l'étude sociologique vire au roman à suspense, le tout accompagné d'un humour corrosif et de quelques rebondissements dans lesquels les hommes ne sont pas forcément à la fête. Enfin pas tous.
Mais ne dévoilons rien de l'épilogue, sinon pour souligner combien ce roman, après Brillante de Stéphanie Dupays, raconte avec beaucoup de finesse ce monde de l'entreprise qui est tout sauf lisse comme les parois de verre derrière lesquelles il se cache.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Une reine au pays des algues.
Reine, la trentaine créative et conquérante, vient de se voir offrir un poste très convoité au sein d'un grand groupe de cosmétique de luxe, car la beauté, c'est son métier. Et la voici tout en haut d'une tour de la Défense, en proie au vertige. Heureusement, un beau marin passe par là, et Reine tombe en amour. Commence alors l'aventure, la vraie, au milieu des algues (et bientôt des coraux).

Je commence à beaucoup, beaucoup aimer la douce férocité de Maria Pourchet. Sous ses petites phrases bien ciselées, élégamment alambiquées, elle balance dur, fracasse ses personnages, déchire à pleines dents le mythe de la start-up nation. Et c'est très drôle, je me suis plu à suivre les péripéties cocasses de cette jeune "pépite" qui traverse la vie avec une légèreté admirable et se lance dans les affaires sans trop d'états d'âme.
Mais il ne s'agit pas seulement d'un roman joyeusement revanchard qui remet les élites à leur place : il est aussi porté par une réflexion sur le changement de paradigme générationnel concernant l'ambition et le rapport au travail. Et au travers d'autres personnages, l'auteur évoque également les tourments de certains énarques vendus au privé mais quand même attachés à certains principes moraux et rêvant encore de la Présidence suprême, ou la concurrence vacharde entre les femmes dirigeantes (quid de la sororité ?).
Jeu de massacre, donc, très réjouissant à lire, bien que l'écriture de Maria Pourchet mette son lecteur à l'épreuve : ici, elle se surpasse dans la torsion des phrases, et l'emploi du "vous" distant et moqueur et du "nous" complice malgré nous. Mais j'ai adoré, et je trouve cet auteur décidément très doué (sans doute ma plus belle révélation de 2023).

C'est donc un roman intelligent, mordant et exigeant, qui se lit avec délectation. Et un peu de patience aussi.
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Je suis Paul, un lecteur, lambda. Je cherche un roman, faut bien passer le temps dans le train. Cependant, quand on voyage en première classe, autant éviter les écouteurs dans les oreilles et/ou le film sur son ipad, histoire d'être raccord avec ce qu'on imagine comme voisins de siège, aisés et sensément cultivés. Le livre devient, en plus d'ouverture sur le monde, un possible pour discuter. La quatrième de couverture ne donnait pas franchement envie de lire, mais on voulait un "Gallimard", snobisme de première classe. Bizarrement le Relay de la gare n'avait qu'une pile du dernier Muriel Barbery et ce Maria Pourchet. Ayant subi un précédent de l'élégante au hérisson, va pour "Les impatients". Pas trop long, le bon beige. Parfait. Confortablement installé, une légère odeur vanillée de ma voisine ( du Guerlain sans doute) m'accompagne, je découvre Reine et... Oh ! Je suis déjà arrivé à destination! Surprise, émoi. le temps, la distance se sont envolés. J'émerge du flot tumultueux de la vie d'une carriériste très 21ème siècle, passée par HEC et qui patauge dans une entreprise du luxe avec algues rouges, capitaux forcément capiteux et dents blanchies juste ce qu'il faut pour bien montrer sa réussite et éventuellement laisser des traces sur le parquet. le bandeau disait " Toujours plus vite". Pour une fois, aucun mensonge, le TGV a doublé sa vitesse !
Je suis Pierre, blogueur. Devant mon clavier, balance des sentiments. Qui suis-je pour écrire des avis sur des bouquins ? Mais aussi, comment rendre incontournable la lecture de ces " Impatients" dont l'écriture peut rendre jaloux les neuf dixièmes de ce que la France compte comme écrivaillons ? En utilisant scolairement et sans talent les attaques de chapitre de ce roman pour les paragraphes de ce billet ? Peut être que cela donnera une minuscule idée de ce qu'offre le livre. Mais, l'exercice est vain. Maria Pourchet est unique. Maria plonge dans la langue française pour l'adapter à son époque, à son histoire de création d'entreprise. Pas fun ? Pfff, détrompez-vous. C'est rapide comme une excellente série américaine, caustique comme rarement, sociologiquement hilarant car parsemé de petites remarques piquantes mais réelles. Tout ça, non pas grâce à l'intrigue ( intéressante mais sur le papier pas vraiment palpitante) mais au style, oui au style, à l'écriture, à cette fantaisie joueuse et drôle qui empoigne le récit pour le rendre immédiatement passionnant, à cette façon unique de faire boxer les mots, les phrases, au rythme énergique de son héroïne. Au début on est un peu surpris mais on adore très vite. le plus, c'est que jamais, mais jamais, cela ne s'arrête. le roman est tenu jusqu'au bout ( malgré une petite histoire d'amour qui aurait pu faire basculer l'ensemble).
Alors, chapeau bas, Maria Pourchet, je vous découvre et je ne suis pas prêt ni de vous oublier, ni de passer à côté de vos précédents ouvrages. Qu'est-ce que ça bien du bien de découvrir un vrai auteur !
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critiques presse (1)
LeMonde
05 février 2019
Elle est scénariste, romancière et sociologue. Le premier métier, elle voulait l’exercer depuis l’enfance. Le deuxième, grâce à Romain Gary. Le dernier lui a permis pendant dix ans de gagner sa vie. Elle combine ces trois talents dans « Les Impatients ».
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
L'argent travaille lui aussi, comme tout le monde. Et quand il ne travaille plus, converti en biens immobiliers et revenus locatifs, il garantit l'avenir, sans quoi on nage dans l'incertitude comme les parents de Pierre. Et comme eux on sera réduit à la conjurer dans la bouffe, l'alcool, le Xanax et les crédits revolving, merci bien. On parle de Pierre comme s'il était là, c'est parfaitement désobligeant, oui. L'équilibre de Pierre, pour ne pas dire sa félicité, repose sur la prévision. Entre autres petits placements sans risque dans de jeunes entreprises du big data, ils disposent avec Reine de deux studettes dans le arrondissement louées sans risque à des locataires eux-mêmes entretenus par leurs propriétaires de parents. Ajoutés à cela, deux appartements à Saint-Jean-CapFerrat, loi Pinel, assureront des revenus locatifs en cas non pas de licenciement mais de réflexion, envie de liberté, nécessité d'émigration. La France pourrait devenir insupportable, décevante au moins, l'histoire l'a montré. Enfin, un compte est approvisionné dans le cas plus que probable où la mère de Pierre, fantasque retraitée de l'enseignement primaire, témoignerait d'une soudaine perte d'autonomie et voudrait vivre chez son fils. Pierre a évalué le coût de six ans de pension complète en maison de repos. Il a placé le total à taux fixe et depuis il respire. Ils ne partent pas en vacances tous les quatre matins, inutile. Pierre est suffisamment détendu à l'idée que sa mère ne viendra pas tacher le chesterfield.

Page 50, Gallimard, 2019.
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Élisabeth renonce. Encore un peu on va la mordre. ElIe doit passer un appel, ne retient pas la visiteuse puisque c'est écrit, noir sur blanc, sur son badge. Elle mettra ce registre singulier sur le compte de la notoire créativité. Encore une chose, Reine, une innovation managériale. On réserve ici à tout opérationnel arrivant une singulière épreuve, vous allez voir c'est très ludique : présenter en trente slides sa quête pour le groupe. Exactement, sa quête. C'est inspiré du Tao, vous savez le jeu. Il s'agit d'exposer les origines de votre mission, pourquoi vous, vos armes et vos limites, votre historique et vos objectifs, vos projections. Merci de mettre des chiffres, des graphes, sinon c'est flou. Et des visuels, sinon, c'est chiant. Vous présenterez votre quête aux collaborateurs, ils verront tout de suite où ça déconne. Vous allez voir, c'est très contemporain.

Pages 32-33, Gallimard, 2019.
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Le succès vint qui statistiquement se décrit par le nombre de visites, le montant de la caisse après la fermeture, les abonnés au Facebook officiel, le volume de recommandations, les conversations en ville qui, à un moment ou un autre évoquait l’État Sauvage comme une plage secrète, les gens dans les affaires qui voulaient savoir qui connaissait quelqu’un qui avait le numéro de cette fille. On disait que Reine avait trouvé un truc, rapproché l’Atlantique de Paris, placé au cœur de la ville ce qui était à quatre heures de train. Quelqu’un voulait savoir pour quelqu’un qui cherchait pour son fils quelle école de commerce avait formé cette pépite, on supposait que c’était loin, aux Amériques probablement. À l’État Sauvage, on s’y rendait pour vérifier si c’était vrai, qu’on vous vaporisait vraiment un peu d’eau de mer dans les cheveux. C’était vrai. On avait du volume, un peu de sel sur les lèvres. On prétendait que les algues en jus contenaient autant de fer et de protéines que de la viande rouge, on tapait sur Google le nom de Reine. Qui n’avait pas encore essayé se disait par-devers soi, quel con. Tu vas voir que quand je me réveillerai il faudra faire la queue.
Il faut déjà faire la queue. »  121
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Étienne n'a pas la force de diriger. Il le sait. Il l'a compris quand il l'a touchée, son étoile. Et quand il l'a touchée, elle s'est éteinte. Il avait connu ça une seule fois, en amour. Il dit d'un trait sans respirer que c'est sûr il n'a pas le quart de la moitié de la résistance. Il insiste, pas le quart de la moitié, de l'humour qu'il faut pour endurer ça. La solitude déjà. Il dit je n'y arriverai pas, les haines que tu fais converger, les syndicats, les cinquante mille personnes qui te prennent pour leur mère, qu'à ce titre tu vas blesser, un jour ou l'autre décevoir. Te faire traiter de voleur par la moitié de la France ou la moitié de la presse, obligé de t'en foutre sinon tu dors plus, les types comme moi qui rêvent à voix haute de te planter dans le dos, les lois que tu enfreins sans avoir le temps de les connaître et à la fin une usine qui pète et tu pètes avec, t'auras quoi au final. Un cancer, du pognon, un juge aux basques.
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INCIPIT
Quelque chose commence ici. Un lycée privé sous financements publics, excellente réputation, bondé, capacité d’accueil trois cents élèves, taux d’occupation, le double. Les restes poncés d’un saint Joseph en granit signalent à l’entrée la vocation initialement religieuse de l’établissement. On peut imaginer entre ces murs, avant 68, des élèves en rangs, en blouse, on leur dit tu, on leur promet le service militaire. On peut souffler. Nous sommes en 1999 et c’est le bordel.
À l’intérieur, au terme d’un corridor violemment éclairé aux néons, une salle de classe saturée et une agrégée ès lettres qui se demandera toute sa vie pourquoi. Pourquoi tant d’efforts, la Sorbonne, le grec ancien pour ça. Un lycée de province, la seconde B, trente-cinq mômes éteints, douze Nokia allumés, et au fond une gamine qui dort, toujours la même.
— Encore à vous faire remarquer?
Éveil de Reine, c’est son prénom. Pas tout à fait jolie, pas encore, mais fière, du moins butée. Le nez bref, busqué, les traits aigus, la peau parfaite et deux yeux sans aucun rapport : un bleu, un presque noir. L’un songeur, terrifié et l’autre qui vous emmerde. Soupir de Reine qui ne dort pas, qui récupère. En écho, rire de la classe. La classe peut tout à fait, quand on sait s’y prendre, être massivement attentive à quelque chose.
— T’as un mec, princesse?
— Un job de nuit?
En quelque sorte. Reine entre 0 et 4 heures du matin apprend le russe au gré de bandes VHS élimées, versions originales parfois sous-titrées des œuvres complètes de Nikita Mikhalkov, cette nuit, par exemple, Anna et Soleil trompeur. Pour le plaisir ? Pour plus tard, pour se faire remarquer exactement, avoir du travail quand on n’en donnera plus. Les parents de Reine sont catégoriques, plus tard ce sera la guerre, l’envol du prix du baril, la moitié de la France dans la rue. Iront alors aux quelques-uns du dessus du panier, aux acharnés, aux quadrilingues, les restes de l’empire. Les parents de Reine ne laisseront rien à leur fille, aucune illusion et pas un rond qui finirait dans la drogue, au maximum des aphorismes, qu’elle pourra toujours broder sur des coussins. Hériter c’est déjà renoncer, la seule récompense de l’action c’est accomplir, moi on ne m’a rien donné et regarde, travaille, lève-toi. Ne rêvasse, ne t’écoute, ne t’éparpille, ne grignote, ne demande pas trop.
D’où le russe, les langues O’ et autres performances préparatoires, sportives ou intellectuelles. Reine n’explique pas tout cela au peuple de seconde B, Reine attend que ça passe. Elle ne sera jamais si patiente qu’elle le fut à cet âge. Reine s’ébroue, elle est déjà dans l’allée.
— Vous allez où mademoiselle ?
Reine, à la porte, lève une main démiurgique. À quel signe répond pile, insolente, la sonnerie de 11 heures.
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Vidéo de Maria Pourchet
Maria Pourchet vous présente son ouvrage "Western" aux éditions Stock. Entretien avec Sylvie Hazebroucq.
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Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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