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Critique de Arakasi


Arakasi
  19 décembre 2014
Le début du « Poids de son regard » n'est pas sans rappeler « La Vénus d'Ille » de Mérimée : un soir d'orage, le médecin Michael Crawford glisse accidentellement sa bague de mariage au doigt d'une statue avant de l'oublier là. Quand il vient la rechercher au milieu de la nuit, la main de la statue s'est refermée sur l'alliance… Au matin, plus de statue, ni de bague, envolées toutes deux comme si les rayons du soleil avaient suffi à les vaporiser. Crawford se persuade qu'il a rêvé et épouse tout de même sa fiancée. Erreur fatale ! Car Crawford a convolé sans le savoir avec une lamie, l'un de ses êtres ancestraux qui peuplaient la terre bien avant que ne s'y multiplient les humains. Quand il se réveille le lendemain de ses noces, c'est pour découvrir le cadavre de sa fiancée réduit à l'état de bouillie sanglante dans leur lit. Parents et amis sont persuadés de la culpabilité de Crawford, ce qui ne lui laisse qu'une solution : prendre la fuite et quitter l'Angleterre le plus rapidement possible. Hélas, si les mortels sont relativement faciles à égarer, les immortels le sont beaucoup moins et la monstrueuse amante de Crawford n'a nullement l'intention de le laisser s'échapper. de la Suisse à l'Italie, des cimes des Alpes aux canaux de Venise, le malheureux damné devra errer à la recherche d'un moyen de se débarrasser de cet amour empoisonné. Si moyen il y a, bien entendu…

Moins picaresque et aventureux que l'excellent « Les Voies d'Anubis » du même auteur, « le Poids de son regard » est un roman qui n'en vaut pas moins largement le détour. L'intrigue n'est certes pas menée à un rythme foudroyant, mais elle est habilement tournée et d'une richesse presque excessive – les petits détails et subtilités narratives y sont légion et il est facile de passer à côté de certains d'entre eux. L'aspect historique du récit est remarquablement maîtrisé, Tim Powers faisant preuve d'un grand érudisme et d'une compétence certaine à partager sa science avec ses lecteurs par petites touches adroites. Je suis particulièrement épatée par la façon dont il a mis en scène les personnages historiques de Lord Byron, de Percy Shelley et de John Keats – poètes hantés comme Crawford par d'immortelles et tyranniques maitresses – nouant étroitement leurs histoires personnelles avec celle de son roman. Powers a su à merveille retranscrire leurs personnalités complexes, fantasques et tourmentées et ils volent presque la vedette aux personnages fictifs, pourtant également traités avec nuance et subtilité. le tout baigne dans une ambiance oppressante et onirique très réussie, ambiance rehaussée par les superbes décors de la Toscane où se déroule une grande partie du récit.

Original, complexe, fourmillant de références mythologiques, historiques et poétiques, « le Poids de son regard » est un roman fort réussi, parfois un peu difficile à suivre mais doté d'un charme sombre et venimeux tout à fait délicieux à savourer. Powers n'a décidément pas volé sa place au panthéon de la littérature fantastique ! Je suis très curieuse de découvrir la suite de sa bibliographie.

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