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ISBN : 2864329921
Éditeur : Verdier (20/09/2018)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Bas la place y’a personne n’est pas un récit d’enfance comme les autres. Il s’ouvre sur cette phrase : « Je suis née sous une petite table. » Dès lors le lecteur, saisi par la puissance et la singularité de cette prose légère et envoûtante, s’attache à cette petite fille abandonnée qui a trouvé là un refuge et une façon qui n’appartient qu’à elle d’appréhender le monde. Le lieu où l’on eut les premières alertes de la vie devient nous-mêmes, écrit Dolores Prato... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
michfred
  31 octobre 2018
Etrange, envoûtante, pleine comme un oeuf,  voici une autobiographie qui ne ressemble à aucune autre.
Aiguës,  minutieuses, sans structure visible ni chapitres, les neuf cent pages  de Bas la place, y'a personne couvrent douze ans à peine d'existence.
Mais c'est un récit d'enfance qui est tout sauf un récit et parle de tout sauf d'une enfance.
Sans trame, sans  chronologie , à la façon  d' une araignée qui tisserait sa toile en brodant  ses fils de soie côté par côté avant d'en toucher le centre, la narratrice  lance, sur les douze premières années de son enfance, fondatrices et décisives,  le réseau serré de ses observations, en épuisant un à un, comme autant de litanies magiques qui les font surgir du passé,  les thèmes qui font revivre Treja, petite ville des Marches. 
Les objets, les gens, la ville, les coutumes sont le filet de protection, le cocon où peut enfin se blottir cette existence qu'elle sent si insignifiante,  invisible et menacée.
La ville de Treja avec ses placettes, son dédale de ruelles escarpées et tortueuses, ses églises, ses couvents, ses Murailles en balcon étirées sur la colline, finit , page après page, par trouver une vraie densité, on la revisite tant de fois, par des biais successifs, qu'on a le sentiment de la connaître intimement. Dans cet espace s'inscrivent les trois Maisons successives de la Narratrice et de ses "oncles"- la Maison du Bénéfice,  la Maison Nobiliaire et la Maison du Cancer
Dans la petite ville, oubliée par le temps et toute inscrite encore dans le XIXe siècle, dans ces Maisons qui s'y dressent comme des repères - ou des repaires?- revit aussi  son foyer d'adoption, chez ceux qu'elle appelle "les oncles", un oncle prêtre et sa soeur, vieille fille .
C'est chez eux  qu' elle, la  petite  bâtarde,  rejetée par une mère légère , lointaine et froide, -qu'on devine riche et de bonne famille-, a trouvé   sécurité,  confort et une sorte d'amour implicite et discret.
Mais si loin des tendresses et  des baisers dont elle est affamée et qu'elle n'aura jamais! Frustration affective et fringale sensorielle qui se muent en une  perception hypertrophiée du monde visible et  matériel qui l'entoure. Pourtant, elle entend et voit mal, et se fracasse le nez lors d'une chute ...ses sens exacerbés mais meurtris retrouvent leur puissance dans l'extraordinaire exutoire de l'écriture.
Dolores Prato se plaint d'avoir une mémoire défaillante. On  en doute, au vu de la minutie incroyable de cette recherche du temps perdu qui prend le parti pris des choses..
Les métiers, les noms, les rues, les rites, les fêtes, les objets du quotidien, tissent lentement une toile rassurante, familière, où viennent se prendre les petites mouches fuyantes du souvenir, jamais reconstitué ou romancé, et d'une incomplétude assumée ..
Tant pis si on n'a pas le fin mot de la "tempête " qui ravage un jour le foyer "des oncles", bouleversant leur vie à tous les trois et poussant le vieil oncle chéri sur le chemin de l'exil...
Tant pis si on ignore, comme la petite Lola,   l'identité de son  père ou ce qui a rendu la tante si étrangement incapable de toute affection,  ni ce qui a interdit toute carrière ecclésiastique au vieil oncle si brillant et cultivé ...
Restent quelques souvenirs clés. Ainsi, cette pépite brillante ramenée dans le tamis du chercheur d'or: une jeune tante, vue une seule fois , la prend sur ses genoux, la câline -enfin!- et l'embrasse,  dans un jeu qui fait penser à notre "à  dada sur mon bidet " , la  propulsant  en haut puis en bas. Ce jeu fait rire et vibrer la petite Lola, et déclenche  en elle un remuement émotionnel si intense qu'il donnera au livre son titre étrange : " Bas la Place y'a personne" - né de la comptine qui ponctuait ce jeu, que la mémoire rétive se refuse à livrer dans son intégralité et qui achoppe sur cette "place" où, décidément," ' y a personne" ...
Emblématique d'une enfance esseulée et d'une écriture qui refuse la facilité romanesque d'inventer quand on ne retrouve pas.
Je ne peux pas dire que j'ai "dévoré" ce livre car il est d'une lecture ardue et exigeante. Mais je ne regrette pas mes efforts. Il m'a nourrie, émue et fascinée.
Il a fait revivre mieux qu'une étude sociologique ou historique la vie d'un village du sud italien, provincial et rural, et comme hors du temps. Il a été, aussi, l'occasion de retrouvailles inattendues  avec des objets, des gestes  ou des métiers perdus dans les limbes de ma propre enfance, dans les maisons de mes grands mères.
J'ai été bouleversée par ce portrait en négatif d'une petite fille sensible et forte,  toute en observation et toute en construction,  dans un monde qu'elle tente de comprendre et d'apprivoiser.
Et surtout j'ai été séduite par cette approche originale-  délibérément hors des sentiers battus- dans l'exercice difficile de l'autobiographie- et spécifiquement du récit d'enfance-
Dolores Prato a inventé une méthode et une écriture nouvelles, une capture sensible et  tellement juste du sacro saint "souvenir d'enfance" , elle s'y est jetée avec une telle détermination et un tel talent qu'on a du mal à croire qu'elle ait été si longtemps ignorée, bafouée, censurée.
 
Petite Lola de Treja, petite silhouette obstinée dans l'ombre de tes oncles, tu trottines déjà aux côtés des plus grands .
Un jour, on entendra ton pas particulier...
+ Lire la suite
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viduite
  27 octobre 2018
Récit d'une précision ethnologique de l'enfance, suite de sensations, d'émerveillements, de rites et de métiers abolis, Bas la place y'a personne opère une saisissante plongée dans une enfance silencieuse, solitaire, sensible et malheureuse. Portrait surtout d'une ville par ses objets, de ses habitants par ses magasins. Dolores Prato offre dans ce long monologue intérieur, troué mais hanté par ses reprises et absences, une figuration inquiète d'un passé sans échappatoire.
Lien : https://viduite.wordpress.co..
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critiques presse (3)
Liberation   05 novembre 2018
«Je suis née sous une petite table» est la singulière première phrase du livre, qui rend une étrange grâce à l’oncle de l’avoir mise au monde. Elle à son tour lui offre l’éternité.
Lire la critique sur le site : Liberation
Liberation   05 novembre 2018
Description minutieuse avec l’émerveillement et la fraîcheur de l’enfance, et un sentiment d’inadéquation face au monde, ce chef-d’œuvre paru en 1980 en Italie vient d’être traduit en français, grâce à sa découverte par Jean-Paul Manganaro.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeMonde   05 novembre 2018
De quoi s’agit-il dans Bas la place… ? Disons d’une sorte d’enchantement un rien sorcier, qui vous engouffre dans un monde englouti, doublé d’un opéra de langue fabuleux, avec ses reprises de thèmes, ses mouvements récurrents qui tantôt s’apaisent tantôt s’envolent.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   15 octobre 2018
"Passe menace, lance-la bas la place..."; c'est comme ça que ça commençait, je ne sais pas comment ça continuait, mais ça s'achevait par un "bas"long et profond, atroce et très doux qui me renversait comme si vraiment je plongeais dans le vide, tête la première.
Je n'ai pas appris la comptine; quand j'essayais de la reconstruire, une fois arrivée à "bas la place ", des instants d'attente inutile, puis mon esprit, comme s'il parlait, disait "Bas la place y'a personne ".
Même à présent si, dans la tentative de faire ressurgir le reste, je chantonne: "Passe menace, lance-la bas la place.."et je force une résurrection qui n'a pas lieu, arrive tout seul:
"Bas la place y'a personne. "
Telle qu'elle était apparue, disparut la merveilleuse femme.
+ Lire la suite
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mimo26mimo26   02 octobre 2018
Je suis née sous une petite table. Je m’étais cachée là parce que la porte d’entrée avait claqué, c’était que l’oncle rentrait.
L’oncle avait dit : « Renvoie-la à sa mère, ne vois-tu pas qu’elle meurt chez nous ? »
Aucune ambiance autour de moi, pas même de visages, seulement cette voix. Mère, meurt, aucun sens, mais renvoiela, oui, renvoie-la voulait dire mets-la dehors. Renvoie-la voulait dire me mettre à la porte et la refermer.
Bien que protégée par le tapis de table dont les franges effleuraient le sol, j’écoutais très attentivement : des fois qu’ils viendraient me chercher pour me mettre à la porte !
J’étais assise sur les briquettes du sol. Des miettes durcies s’enfonçaient
dans ma peau comme de petits cailloux. Ce premier petit bout de monde emmagasiné par ma mémoire, je le vois comme maintenant je vois ma main qui écrit. Les briquettes rectangulaires couleur croûte de pain, l’une couchée
à plat, l’autre sur chant, faisaient un tissage en chevrons.
Comme plafond, le dessous de la table avec ses traverses de bois ; les quatre pieds unis par des barreaux sur lesquels les gens posaient leurs pieds, plus usés au milieu ; tout cet échafaudage drapé du lourd manteau du tapis de table : que des couleurs nocturnes entretissées de fils d’or ; feuilles noires, fleurs à l’apparence de couleurs mortes, maisons pointues
brodées d’or, dans la partie foncée la moins sombre apparaissaient des têtes de Maures et des yeux étincelants. Le premier fait historique de ma vie, entrelacement de peur et d’émerveillement, eut lieu sous cette table.

La cause de tout, un prêtre. Comment aurait-il pu savoir, lui, que les enfants saisissent plus que les grands ne le supposent ?
Même ceux qui, leurs enfants, les ont faits, ne le savent pas.
Pour les gens bien c’était don Domenico ; pour le commun c’était don Domé. Ma tante disait encore Menghino 1, terme venu d’ailleurs, en train de mourir alors que déjà naissait l’autre : Domé. Elle faisait tout comme une dame, se mêlait au peuple uniquement pour appeler son frère. Lui non, il ne
coupait pas les prénoms, il disait Paolina, lui, il parlait précis comme un dictionnaire. Mais ce qui arrivait à lui, arrivait à elle : une catégorie de gens disait m’dam’ Paolì, une autre madame Paolina.
Nous ne sommes jamais commencés ; personne ne trouvera le piton auquel s’accroche le premier anneau de la chaîne ; sans le chercher, c’est l’Enfant Jésus qui le trouva et dès sa naissance il a déjà l’air de tout voir, de tout savoir ; Lui, c’était un enfant qui pouvait bénir les vieillards. Nous, nous commençons à être avec le premier souvenir que nous rangeons dans notre
magasin. Le lieu où l’on eut les premières alertes de la vie, devient nous-mêmes. Treja fut mon espace, le panorama qui l’entoure, ma vision : terre du coeur et du rêve.
Et pourtant, grandissant là-dedans, son nom me paraissait celui d’une vieille ; j’en avais honte comme j’avais honte de ma tante qui me semblait ridicule et vieille elle aussi : entre nous deux manquait une maman pour servir de marche. Il est clair que cette honte était attachement : on n’a pas honte de qui ne nous appartient pas : ou de nous, ou de qui nous aimons.
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michfredmichfred   23 octobre 2018
Je savais que le silence était le néant des bruits, le néant des oreilles. Et au contraire, dans la cessation de tout souffle de sons, j'entendis son bruit. Un fil de bruit plus fin que le fil que l'on pouvait tirer du cocon du ver à soie, couleur or pâle comme lui.
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cathcorcathcor   11 octobre 2018
Marcher sans halte possible, c’est ça la vie, marcher sans savoir ce qu’il y aura de l’autre côté quand nous tournerons le coin. Ici il y a un caillou, une fleur, un chat, un bébé qui disparaît sans mourir, un arbre, un ami, soleil, nuage et, nature mêlée à la nature, la douleur obstinée. Si l’on scrute pour savoir ce qu’il y a de l’autre côté, seul répond l’effroi de la question
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michfredmichfred   15 octobre 2018
Tellement peu habituée à l'attention des gens sur moi que si par convenance forcée quelqu'un m'adressait son stupide"comment tu t'appelles?"Je répondais "non", cela signifiait: "Je ne veux pas repondre". Je haïssais les questions des grandes personnes; quoique rares, elles parvinrent à cribler de trous toute la toile de mon enfance.
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