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Dominique Petitfaux (Autre)
EAN : 9782221259948
304 pages
Robert Laffont (27/01/2022)
4.5/5   23 notes
Résumé :
L'homme qui a donné naissance à la légende de Corto Maltese est devenu à son tour une légende. Dans ce livre, peu de temps avant sa mort, il explorait les mystères de sa vie... Curieux mélange d'ascendances franco-anglaises, judéo-espagnoles et turques, Hugo Pratt naît vénitien et s'éveille à la vie en Ethiopie où il découvre le fascisme et l'amour, apprend à dessiner et à détester le colonialisme. Dans Venise libérée, il côtoie et endosse tous les uniformes, ennemi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
RChris
  15 mai 2022
Cet ouvrage illustré à vocation autobiographique est la réédition augmentée des conversations avec Dominique Petitfaux de 1991 qui est animé par “le désir d'être utile” à la connaissance de l'artiste et de l'homme.
Ce dernier nous dit qu'il a été libre de mener ses interviews, Hugo Pratt n'imposant que le titre qui ne se comprend que le livre lu.

Ses voyages et ses aventures ont forgé la personnalité originale de Pratt. *
Il dispose également d'une culture livresque riche, qui lui fait dire à la fin de sa vie : “J'habite dans une bibliothèque” et “35 000 livres en font le principal obstacle à mon déménagement.”

Tout du long du récit de sa vie, nous nous remémorons les personnages qu'il a rencontrés et qu'il nous présente dans ses bandes dessinées.

Les femmes sont omniprésentes : Clara, Erika, Marizka, Leonora, Marie-France, Gucky, Anne, Gisela, Patricia… belles, aventureuses, dangereuses…

S'agissant d'entretiens, j'ai choisi de faire parler Pratt ici (et dans les trois citations) : “Dans ma vie, j'aurais dû mourir trois fois : pour ce que j'ai mangé, pour ce que j'ai bu et pour toutes les femmes que j'ai connues.”
En 1948,"l'époque avait beau être marquée idéologiquement, pour moi les jolies filles passaient avant la politique. J'étais le mercenaire de mes plaisirs.”
“Pour moi, en ce qui concerne les femmes, le désir, le plaisir, il n'y a rien eu de mieux que l'Argentine. Elle a été ma sainte patronne, une grande pute catholique et pleine de sacrements.”

La question de l'assimilation de Corto à Pratt, et réciproquement, n'est pas posée tant elle est évidente ou exaspère l'auteur.
Les voyages les mèneront tous les deux à Venise, en Abyssinie, en Argentine, à Londres, à Sao Paulo, en Irlande, en Suisse…pour confronter leurs aventures à l'ésotérisme, aux champignons hallucinogènes, au culte vaudou, à la franc-maçonnerie, à la sorcellerie…

Transversale, la deuxième partie du livre est construite sur sept thèmes, chacun illustré par une case caractéristique de ses bandes dessinées : “Le voyage du pèlerin, cultures et cultures, une éducation ésotérique, mythes et métaphysique, un monde féminin, héros et guerriers, le désir d'être inutile”, qui ouvrent les portes pour entrer dans le monde intérieur de Pratt. C'est probablement la partie biographique la plus intéressante.

Le chapitre sur l'ésotérisme montre l'enrichissement irrationnel de l'homme qui rend attachant l'auteur et son oeuvre.

Parfois les questions sont directes : "Qu'est ce qui aura été le plus important dans votre vie, les femmes ou l'oeuvre ? ” Devinez la réponse ou lisez ce livre.

Les illustrations de sa main sont un contrepoint appréciable à ses paroles.
De son dessin, on soulignera la qualité des contrastes entre noir et blanc. Ils sont conçus comme des signes, des traces de jais noir sur un papier blanc.

Ce livre est essentiel pour comprendre un aventurier du vingtième siècle.
Critiqué : “Je me suis vu condamné par tous ces pseudo-intellectuels. Pour eux mon travail était inutile, mes références étaient infantiles”, il nous propose cependant un séduisant héros viril, Corto Maltese, inspiré de Henry de Vere Stacpoole et en arrière plan d'Homère, de Stevenson, de Conrad, de Melville, de London…

Hugo Pratt connaît treize façons de raconter sa vie, il a choisi la septième, celle du chat pour s'entretenir dans la partie autobiographique de ce livre.
Or, “Le jour de sa mort, de nombreux chats qui rôdaient sans cesse autour de sa maison sont entrés pour la première fois, en firent le tour et s'en allèrent pour ne jamais revenir.”

Son épitaphe est représentative de sa vie : “Ô mon âme n'aspire pas à la vie immortelle mais épuise le champ du possible.”

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daniel_dz
  08 mai 2021
Un magnifique recueil d'entretiens avec Hugo Pratt, centré sur sa vie et ses idées, et illustré de superbes dessins et aquarelles. Aventures, rêveries, ésotérisme, brassage de cultures, m'ont procuré un moment de lecture passionnant. Outre les informations que le livre m'a apportées sur Hugo Pratt, j'en tire une belle leçon d'optimisme et d'harmonie !
J'ai déjà évoqué ici toute l'affection que j'avais pour Corto Maltese. Il m'a ouvert les yeux sur le côté ésotérique de Venise, loin de la guimauve touristique qui la présente comme la ville des amoureux. J'aime beaucoup le personnage libre et aventurier de ce personnage, ainsi que son univers onirique. Lire un volume de ses aventures est toujours irremplaçable moment d'évasion.
Là-dessus, j'en suis venu à m'intéresser à son auteur, Hugo Pratt, pour me rendre compte petit-à-petit qu'il ne manquait pas de points communs avec son personnage le plus célèbre. Pour en savoir plus, j'ai choisi de commencer par me plonger dans des entretiens menés par un passionné de bande dessinée, Dominique Petitfaux, qui les a publiés en deux volumes: « De l'autre côté de Corto », centré sur l'oeuvre d'Hugo Pratt, et puis « Le désir d'être inutile », centré sur sa vie et ses valeurs.
« Le désir d'être inutile » m'a procuré un réel plaisir de lecture. Tout d'abord, c'est un bel objet: 287 pages de grand format, papier de couleur crème, composition élégante, superbes dessins et aquarelles d'Hugo Pratt et quelques photographies d'époque. Je l'ai emprunté à la bibliothèque, mais je pense que je vais me l'offrir !
Les entretiens ont été menés de janvier 1990 à mars 1991, quatre ans avant le décès d'Hugo Pratt. Dominique Petitfaux a structuré l'ouvrage en deux parties. Dans la première, « Sous le signe du chat », il laisse Hugo Pratt raconter sa vie, chronologiquement, en sept chapitres. Puis, dans la deuxième partie, « Sept portes vers un univers », il l'interroge sur certains thèmes: la diversité des cultures, l'ésotérisme, les mythes, les femmes, la guerre, etc. La septième porte s'intitule « Le désir d'être inutile »; elle se termine par un paragraphe qui explique le titre et qui caractérise fort bien le dessinateur: « Bien sûr, c'est vrai que les mondes que je visite au hasard de mes recherches peuvent parfois être jugés puérils ou inutiles, tant ils sont éloignés des préoccupations quotidiennes, mais quand aujourd'hui je repense à ceux qui m'accusaient d'être inutile, et à ce qu'ils croyaient être utile, alors, vis-à-vis d'eux, je n'ai pas seulement le plaisir d'être inutile, mais aussi le désir d'être inutile. ».
Hugo Pratt a mené une vie d'aventurier incroyable. Né en 1927 dans une famille multiculturelle, il a grandit dans une Italie fasciste. « Le fascisme était la doctrine officielle, et ma famille était naïvement fasciste. Mon père, en particulier, était totalement sincère et honnête. » Jeune adolescent, il vit avec sa famille en Éthiopie, où il se retrouve enrôlé dans l'armée italienne. Mais, presque par jeu, avec ses copains de l'époque, il finit par passer d'un uniforme à l'autre. « Nous étions parfois irresponsables, mais devions être aidés par le diable. Nous savions comment nous procurer au dépôt américain le chocolat, le Coca-Cola, les cigarettes et le chewing-gum, bref tout ce qui vis-à-vis des gens de notre âge constituait les attributs du pouvoir. » Rassurez-vous, il a rapidement pris ses distances vis-à-vis du fascisme.
Les années passant, il a mené d'autres aventures aux quatre coins du monde, notamment en Argentine, où il a connu un brillant début de carrière de dessinateur.
La première partie de ce recueil d'entretiens se lit comme un roman d'aventures ! Assurément, Hugo Pratt a dû vivre quelques moments difficiles, mais cela ne transparaît jamais dans ses propos: on a plutôt l'impression de suivre un homme qui a su goûter chaque seconde de plaisir que la vie a pu lui offrir. Un modèle d'esprit positif, dirais-je. Des moralisateurs pourraient sans doute déverser un fiel de reproches sur cet aventurier; par exemple, sa façon libertine d'aborder les femmes serait probablement qualifiée de machiste de nos jours. Mais dans ces entretiens, Hugo Pratt m'a frappé, et séduit, par sa sincérité et l'harmonie qui se dégage de sa personne. Il ne cache rien, il assume sa vie telle qu'elle a été. Sans doute que, plus âgé, il n'aurait réagit autrement face à certaines situations qu'il a connues dans sa jeunesse, mais il assume sa jeunesse; c'est ainsi.
Dans la première partie, mais plus encore dans la seconde, on mesure l'étendue de la culture d'Hugo Pratt, nourrie par ses voyages, son ouverture et sa curiosité et facilitée par sa connaissance des langues des pays où il a vécu (ce qui est remarquable, soit dit en passant). Hugo Pratt n'est donc pas un aventurier superficiel, qui ne penserait qu'aux mauvais coups et à la castagne. Il est bien plus intelligent que cela, sans quoi son oeuvre n'aurait pas eu le succès bien mérité qu'elle a eu.
Je vous recommande bien chaleureusement ce beau livre ! Quand à moi, je mets sur ma pile « De l'autre côté de Corto » ainsi que la série des Corto Maltese que j'ai à peine entamée mais que je compte bien lire et relire.
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Domichel
  27 mai 2022
« Je connais treize façons de raconter ma vie. Aujourd'hui je choisis la septième (...) Et je ne sais pas s'il y en a une de vraie ou si l'une est plus vraie que l'autre. »
Ainsi commence à peu près le portrait de Hugo Pratt rédigé par Dominique Petitfaux. C'est en 1990 sous forme d'entretiens entre les deux hommes qu'a pu voir le jour « Le désir d'être inutile » une autobiographie vivante, ce qui la rend d'autant plus intéressante à lire. En parallèle paraît sur son oeuvre « De l'autre côté de Corto ».
Trente ans plus tard, reparaît le premier ouvrage augmenté d'une postface consacrée aux quatre dernières années d'Hugo Pratt, dans une très belle édition illustrée de nombreux dessins et aquarelles. Ce livre est composé de deux parties, la première, la vie de Pratt de sa naissance à sa disparition ; la seconde, son monde intérieur, ses influences culturelles, ses rencontres (innombrables), la religion, les femmes, l'ésotérisme, la mythologie... Au total un superbe ouvrage de 300 pages dont il est singulièrement ardu de rédiger une critique, tant la richesse des thèmes abordés et la quantité d'anecdotes sont importantes. Je vais cependant essayer d'en extraire la substantifique moelle, comme disait Rabelais...
Né en Italie en 1927 dans une famille “poly-culturelle” et de religions variées, le jeune Ugo Eugenio Prat (de son vrai nom) grandit à Venise dont il s'imprègne des traditions, et d'une grande liberté de mouvement qui lui permet très jeune de croiser tant de gens issus de nationalités multiples. Élevé dans un fascisme d'état auquel une grande majorité d'italiens adhère avec sincérité et par nationalisme, ce n'est que beaucoup plus tard que la véritable nature de ce fascisme clivant du côté du nazisme lui apparaît avec clarté. À dix ans il rejoint, avec le reste de la famille, son père qui travaille en Éthiopie. Alors commence pour le tout jeune Ugo une vie faite de découvertes et d'amours qui vont le faire “grandir” de façon exceptionnelle. Rentré à Naples en 1943 il assiste à la chute du fascisme, et se forge « une nouvelle éthique, loin de la patrie, du drapeau, des idéologies ». Endossant avec ses amis d'alors toutes sortes d'uniformes militaires il survit dans une joyeuse insouciance entre jazz, rugby, prison, filles, et commence à dessiner. Les voyages aussi sont au programme, Autriche, Angleterre, France, Yougoslavie et fin 1950 c'est le grand départ pour l'Argentine. À partir de là sa véritable carrière de dessinateur prend son essor tout en mêlant aventures sentimentales, expéditions dans tout le continent américain avec au passage une escale d'un an en Angleterre, et enfin le retour à Venise avec une tentative de vie “stable” si l'on précise que sa femme d'alors vivait à Paris avec leurs deux enfants.
Il serait ensuite fastidieux de relater toutes ses rencontres professionnelles comme amoureuses, au cours de tant de périples qui lui ont fait faire le tour du monde. C'est à partir du début des années ‘70 qu'avec la publication de Corto Maltese vient enfin la consécration. Paru en France en épisodes dans Pif, d'obédience communiste, ce qui ne manque pas de piquant quand on sait les débuts d'Ugo sous l'uniforme fasciste ! Et les voyages, encore et toujours, permettant à notre homme d'enrichir sa culture et d'amasser des milliers de livres dans tant de langues, lui qui en pratique six ou sept. Ses dernières années, Hugo Pratt les passera en Suisse et surtout dans sa bibliothèque qui lui sert de maison, repartant encore à l'étranger pour recevoir les hommages et les honneurs, au cours des salons, et particulièrement des rencontres avec ses lecteurs.
Abordons la seconde partie de l'ouvrage. Sous forme de sept chapitres intitulés sept portes pour pénétrer l'homme intérieur.
- La première « le voyage du pèlerin », consacrée aux voyages. Embarqué dès l'enfance pour l'Éthiopie (il y rencontre Henry de Monfreid), sans doute ce premier voyage lui donnera des ailes aux pieds. Partout où ses pas l'emmèneront, il n'aura de cesse d'aller sur les traces (les tombes) de personnalités atypiques.
- La deuxième « Culture et cultures » où l'on aborde le rapport de l'homme et de ses cultures, livresque, universitaire, militaire, ésotérique, toutes sans hiérarchie n'en faisant qu'une en n'allant toujours qu'à ce qui est fondamental. On y croise Chrétien de Troyes, Winsor McCay, Cocteau, Pétrarque ou Rimbaud. Kipling, Shakespeare et tant d'autres. Stevenson bien sûr, dont il adaptera l'Île au trésor en BD.
- Troisième porte « Une éducation ésotérique ». Au coeur de Venise, carrefour des civilisations et des religions. Juif du côté de sa mère, catholique du côté de son père (lequel s'intéressait également à la franc-maçonnerie et au mouvement rose-croix), Pratt se passionnera pour la Kabbale et sera en plus initié au culte vaudou. Tout un programme !
- Quatrième porte « Mythes et métaphysique » très différente de la troisième, elle ouvre précisément sur les mythes de l'ancien testament Caïn, Lilith ; Satan, Dieu, leur existence et ce qu'en tirent les religions, et bien sûr le rapport à la foi.
- Cinquième porte « Un monde au féminin ». Cette porte pourrait être à elle seule un chapitre conséquent, tellement Hugo Pratt en a connu et aimé des dizaines ! Quels que soient leur origine, leur milieu social, leur nationalité, leur physique, sans doute on pourrait tirer un portrait de “macho”, alors qu'il ressort de ces rencontres un immense respect et des souvenirs émus... Une abondance d'aquarelles et de portraits illustre avec bonheur cette porte.
- La sixième « Héros et guerriers » est forcément plus grave que la précédente. Lui qui a connu, et fait, la guerre dès l'âge de treize ans, il ressort de cette expérience personnelle une distance particulière. Ses héros ne sont pas des “Rambo”, et s'il reconnaît la connerie de la guerre, il ne nie pas qu'en certaines situations, la politique et la diplomatie n'ayant été que du temps perdu « le problème est que parfois il faut la faire, ou que parfois on se retrouve obligé de la faire ».
- «Le désir d'être inutile » Cette septième et dernière porte s'ouvre sur un genre de bilan de l'oeuvre de Pratt (autour de la création de Corto Maltese) placée dans le contexte de l'histoire de la deuxième partie du XXe siècle. le monde occidental, en partie libéré des conflits mondiaux, peut se livrer à des considérations politico-philosophiques qui n'engagent et surtout n'intéressent que ceux qui s'y livrent, à savoir des groupes d'intellectuels qui n'ont d'autre ambition que de catégoriser la population en fonction de ses préoccupations. Or donc la bande dessinée n'est considérée que comme un art mineur et ses auteurs n'ont d'autre utilité que d'amuser les enfants et le “vulgum pecus”, alors que d'un bout à l'autre du XXe siècle, des témoins et non des moindres, de Goethe avec Töpffer à Michel Serres avec Hergé, se sont penchés avec le plus grand intérêt sur le désormais “9e Art”. D'où la satisfaction amusée de Pratt quand il fut porté au pinacle par ceux-là même, les « intellectualloïdes », qui, 20 ans auparavant l'avaient considéré comme inutile.
« Alors vis-à-vis d'eux, je n'ai pas eu le plaisir d'être inutile, mais aussi le désir d'être inutile »
C'est avec un plaisir infini que j'ai lu et relu ce portrait autobiographique de l'immense auteur que fut et restera à jamais Hugo Pratt. D'abord par la connaissance que j'ai maintenant de sa vie étonnante en tous points : artistique, intellectuel, humain, philosophique, drôle, grave, aventureux, amoureux... Tant de qualificatifs peuvent s'appliquer à lui. Cet homme avait réellement un côté attachant et Dominique Petitfaux son biographe et interlocuteur privilégié a réussi un ouvrage d'une qualité au moins égale au sujet qu'il a traité, et Dieu sait que c'était un travail énorme. Je remercie les Éditions Robert Laffont et Babelio pour m'avoir permis de découvrir un homme hors du commun raconté par un autre à la plume talentueuse.
Une question reste cependant à trancher : Hugo Maltese ou Corto Pratt ? Je n'ai pas encore trouvé la réponse...
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SPQR
  19 juin 2022
Quelle merveille que ce livre ! Et quelle joie d'en découvrir beaucoup plus sur Hugo Pratt, dont je connaissais mieux certaines bandes dessinées que sa biographie - même si celles-ci se recoupent en partie.
De son enfance entre Venise et l'Ethiopie jusqu'à ces entretiens menés par Dominique Petitfaux entre 1990 et 1991 dans sa demeure de Grandvaux en Suisse, nous sommes conviés au récit passionnant d'une vie d'aventurier et d'homme libre, ouvert sur le monde et désireux de le comprendre, en même temps que de se connaître.
On retrouve évidemment son goût pour l'aventure, L Histoire, son admiration des femmes très présents dans ses oeuvres, en même temps que le portrait très touchant d'un homme pour qui l'amitié est souveraine. Entre un grand entretien et une autobiographie, ce beau-livre construit sous la forme d'une interview superbement illustrée (dessins, aquarelles, photographies, en noir et blanc ou couleur) ravit par la richesse du propos, et l'exploration de tranches de vie par époques, mais aussi par thématiques.
L'occasion de découvrir l'univers dans lequel il a évolué, son engagement dans l'armée fasciste dans les années 1930-40 (qui lui apparaîtra plus tard comme une bouffonnerie), son fort intérêt pour l'ésotérisme, et la quantité d'hommes et de femmes remarquables, fous, géniaux qu'il aura côtoyés. La vie bien remplie d'un homme libre, inspirant, qui donne par ses mots autant envie de voyager que de se plonger dans des livres, notamment les siens.
Une très belle réussite que cette nouvelle édition chez Robert Laffont, que je vous recommande chaudement !
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lehibook
  09 avril 2020
» Ce gros livre magnifiquement illustré n'est pas à proprement parlé une autobiographie mais une suite d'entretiens dans lesquels Hugo Pratt vagabonde à travers ses souvenirs . Sa vie n'a rien à envier à celle de son héros Corto Maltese qu'il nourrit de ses souvenirs propres , de ses voyages et des remarquables rencontres qui ont émaillé son parcours . Sans oublier une culture très largement au-dessus de la moyenne et un humour très vénitien. Indispensable pour les amoureux de son oeuvre et pour ceux qui désirent l'aborder.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
YantchikYantchik   25 avril 2011
A cette école primaire, quand j’avais sept ans, il m’est arrivé un incident étrange. A la suite d’une insolation, j’ai perdu la mémoire. Je suis resté pendant six mois en état de choc, ne me souvenant plus que d’une grande lumière, puis je suis brusquement redevenu normal. Pendant toute cette période, on m’avait mis dans une section spéciale de mon école, réservée aux élèves déficients mentaux. Nous étions huit, et devions porter un uniforme noir, alors que les élèves normaux étaient habillés en blanc. Quand je me suis comme réveillé, on m’a redonné l’uniforme blanc, et les élèves considérés comme débiles m’ont demandé : « Mais qu’est-ce que tu fais là, habillé en blanc comme tous ces cons? » J’ai finalement préféré rester avec ces sept élèves, j’avais plus d’amitié pour eux que pour les autres. Je me demande si certains ne faisaient pas semblant d’être déficients mentaux, car on était moins exigeants pour les élèves de cette section.
Ce qui m’intrigue aussi, c’est que ces sept élèves s’en sont bien tirés plus tard. L’un d’eux vend des souvenirs aux touristes, place Saint-Marc, à Venise. A chaque fois qu'il me voit, il s’exclame : « Hugo, tu te rappelles quand nous étions dans notre école de débiles ? » Quand je me promène avec, par exemple, un éditeur, c’est une phrase qui fait sensation.
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RChrisRChris   09 mai 2022
Ainsi, ceux qui disent que la bande dessinée est un genre intrinsèquement inférieur au roman jugent la bande dessinée en y appliquant les critères qui sont ceux du roman, et dans ce cas il est évident que l’on ne peut qu’arriver à la conclusion que la bande dessinée est une sous-littérature.Mais ces gens oublient – ou ne savent pas – que la bande dessinée a son propre code, et que c’est seulement en se situant à l'intérieur de ce code que l’on peut la juger. Certains pensent même que de toute façon la bande dessinée ne peut pas être un art. Là encore, c’est qu’ils la connaissent mal, qu’ils n’ont, par exemple, jamais lu le “Little Nemo in Slumberland” de Winsor McCay.
Ces réactions négatives viennent généralement de la culture de type universitaire. Elles n’ont rien de surprenant car la culture officielle est par nature conservatrice, et de tout temps elle s’est méfiée des nouveaux modes d’expression artistique. Au dix-huitième siècle, elle méprisait le roman, et il n’y a pas très longtemps qu’elle a compris que le cinéma n’est pas un sous-théâtre.
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RChrisRChris   14 mai 2022
Mon père avait raison, j’ai trouvé mon île au trésor. Je l’ai trouvée dans mon monde intérieur, dans mes rencontres, dans mon travail. Passer ma vie avec un monde imaginaire a été mon île au trésor. Bien sûr, c’est vrai que les mondes que je visite au hasard de mes recherches peuvent parfois être jugés puérils ou inutiles, tant ils sont éloignés des préoccupations quotidiennes, mais quand aujourd’hui je repense à ceux qui m’accusaient d’être inutile, et à ce qu’ils croyaient être utile, alors, vis-à-vis d’eux, je n’ai pas seulement le plaisir d’être inutile, mais aussi le désir d’être inutile.
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RChrisRChris   13 mai 2022
Si je devais définir mon activité, je dirais que je suis un écrivain qui dessine et un dessinateur qui écrit, même si le texte lui-même n’est constitué que du dialogue nécessaire… Dans ma tête, le texte et l’image vont toujours de pair. Le poète grec Alcée a dit à peu près ceci d’un coquillage : “fille de la pierre et de l’écume de mer, avec ta beauté tu influences l’esprit de l’enfant.” Tout est dit, on ne peut pas mieux raconter un coquillage. Pour moi, aujourd’hui, le graphisme part de la nécessité d’un trait pour aller à l’impératif de la parole. Ainsi naît la bande dessinée.
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daniel_dzdaniel_dz   05 mai 2021
Comment, par exemple, pourrais-je être séduit par le dieu des chrétiens, qui non seulement s’accommode du Mal sur Terre, de la souffrance de l’innocent, mais encore lui attribue parfois une valeur positive ? Comment justifier qu’un petit enfant ait une maladie incurable ? L’explication par la malédiction du péché originel me paraît dans ce cas un peu courte…
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D'une révolte naît l'utopie. D'un rêve, le cauchemar...
Le Bounty est un navire de la Royal Navy chargé de ramener de Polynésie des plants d'arbres fruitiers destinés à nourrir les esclaves des colonies antillaises. Sur le trajet du retour, après cinq mois d'escale à Tahiti, une mutinerie éclate, menée par le second Fletcher Christian. La majorité des marins fidèles au capitaine Bligh est abandonnée avec ce dernier à bord d'une chaloupe. le bateau est désormais aux mains d'une poignée de révoltés…
Comment la construction d'une société idyllique a-t-elle pu se transformer en enfer ? En retraçant l'authentique parcours des célèbres révoltés du Bounty, les auteurs confrontent mythe hollywoodien et réalité, et proposent leur vérité à travers un récit haletant, entre roman d'aventure, thriller tropical et récit des origines. Découvrez l'adaptation en bande dessinée du récit-enquête de Sébastien Laurier La Bounty à Pitcairn (prix du livre insulaire 2017), illustrée par le naturalisme expressif de Gyula Németh, qui doit autant à l'énergie lâchée de Christophe Blain qu'à l'exotisme poétique de Hugo Pratt.
https://www.glenat.com/24x32-glenat-bd/pitcairn-lile-des-revoltes-du-bounty-tome-01-9782344034255
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