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Critique de berni_29


berni_29
  30 avril 2022
« Je n'existe pas
Je n'ai voix que de vos vies »

C'est ainsi que commence Humble chant, ce recueil de poèmes que nous délivre Philippe Pratx.
C'est un hommage, c'est une ode, c'est un chant qui convoque les plus humbles, ceux qui n'ont pas de voix, un texte pour leur en donner enfin une.
Philippe Pratx convoque les mots, le ciel, des plaines immenses, les horizons lointains, le ruissellement des rivières, le vol des colibris...
Il le fait sans bruit, sans éclat, il redonne naissance à celles et ceux qui parfois n'existent plus, ceux qu'on ne veut plus entendre, à qui l'on ne prête pas attention parce qu'ils sont considérés comme insignifiants, écrasés, méprisés, oubliés. Ils naissent, vivent et meurent ainsi.
Philippe Pratx leur offre une autre vie, tout en jetant un cri de révolte sur le sort qui leur est donné. La souffrance, les rebuffades, la répression...
C'est une litanie, c'est une prière, je dirai même que ce texte généreux est un acte d'amour.

« vous nous traitez comme des ombres
vous ne comprenez pas que l'on puisse être humble
à notre humilité vous ne savez répondre que par
l'humiliation »

L'écriture de Philippe Pratx met du baume au coeur. Poète des abîmes, il veut combler la détresse sidérale des laissés-pour-compte.
Mais Humble chant montre aussi un chemin.
En lisant ce texte, nous voyons bien que Philippe Pratx s'adresse aux peuples de Colombie, plus précisément aux minorités de ce pays. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher d'y voir ici une portée universelle.
Ce texte est véritablement un chant puissant, il y a une force incantatoire dans ses mots.
Ne pas avoir peur de l'infini, des abîmes solitaires...
Certains poèmes sont douloureux et obscurs, d'autres attirent le soleil et la joie, c'est une alchimie verbale, onirique, sensuelle.
C'est un texte qui sent l'odeur de la peau, le soleil écrasant par-dessus les pages, la peau comme un territoire qui mugit.

« je ne suis rien
ce je n'est rien
si ce n'est cette volonté d'être
en dépit et malgré
si ce n'est cette peau
cet oripeau
qui cache plus qu'il ne montre
qui montre plus qu'il ne cache
ces rides aux coins des yeux
ces entrées de cave sous les yeux
ces taches qui grandissent
ces rides encore ces autres rides
ces effondrements »

C'est une terre singulière où faire escale ressemble à un coeur qu'on délivre enfin.
Faire parler ces autres jusqu'ici aux voix mutilées, c'est aussi exister à travers leurs voix enfin entendues. Leurs vies.
En lisant ce texte, en l'aimant, en abordant ses rivages, nous devenons tous des enfants d'Amazonie.
Je remercie Philippe Pratx pour m'avoir fait confiance une fois de plus en m'adressant ce texte torturé et attachant, empli d'humanité, que j'ai beaucoup aimé.
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