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EAN : 9782729119799
125 pages
Éditeur : Editions de La Différence (24/05/2012)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Frederic Prokosch vécut longtemps en France, au terme de voyages nombreux, de longs séjours dans des ailleurs très divers. Il réunit ses poèmes à Londres en 1944 sous le titre Lyrics.
Il n’en écrira pas d’autres. Marguerite Yourcenar souhaita les traduire. Pour leur singularité, leur imprégnation ironique ou sereine des beautés d’un monde sensuel en proie aux « excentricités de l’esprit » et aux impulsions irrépressibles des passions − d’un monde soumis... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Malaura
  08 novembre 2012
Marguerite Yourcenar ne s'y trompa pas lorsqu'elle décida de traduire les poèmes de l'écrivain américain Frederic Prokosch (1908-1989), y décelant toute la richesse d'un esthétisme à la fois suave et sauvage, sensuel et rebelle, farouche, insoumis aux tendances et aux pratiques de son époque qui ne cessait de se réinventer, en perpétuelle exploration de nouvelles sensations et de nouveaux courants artistiques, qu'ils soient poétiques, picturaux ou musicaux.
Mais chez Frederic Prokosch, la poésie est odyssée, périple, vagabondage, et ne se soumet pas aux contraintes des modes et des temps. Elle s'écrit en lettres majuscules dans un espace libre de toutes orientations, sans âge, atemporelle, à la fois contemporaine et séculaire, d'une modernité où résonnent, comme un bruit assourdi et lointain, les choeurs d'un antique passé aux éclats de légendes.
Poésie lyrique, belle, exaltée, elle est de celle qui consacre et qui glorifie, qui contemple, s'émerveille, se soulève, galvanise, et dans le même temps, maudit, sonde, se tourmente et interroge élégiaque, le monde, la vie, l'humain. « Ô mon univers, oh qu'as-tu fait de moi ?...»
Une poésie en marge, hors des modes et du temps, qui se goûte comme un nectar des Dieux, un breuvage d'autant plus précieux quand on sait que cet ensemble de poèmes, réunis en recueil en 1944, fut le seul et l'unique que l'homme ait jamais écrit.
Surtout connu pour ses romans - « Les Asiatiques », « Sept fugitifs » - Frederic Prokosch y révélait sa passion immodérée des voyages que venait enrichir un imaginaire extrêmement fécond et poétique (il écrivit « Les Asiatiques » sans avoir jamais mis les pieds en Asie).
Et là où l'on pouvait sentir le poète derrière l'écrivain, l'on peut aussi sentir le prosateur derrière le poète, dans cette façon de décrire, de raconter, de représenter le monde au gré d'une écriture en coup de pinceau, qui dessine, qui croque en quelques traits d'aquarelliste en un mélange de couleurs puissamment visuel.
« Dans les feuilles tombantes, l'obscurité déploie son aile couleur de vin. Doucement les feuilles tombent, doucement l'ombre de la flèche se pose sur la route »
D'une nature humble, secrète, introvertie, solitaire, il est étonnant de constater à quel point la poésie de Prokosch s'affiche tout au contraire de manière bouillonnante, passionnée, ardente.
Il y de la violence dans cette poésie-là, la violence d'un monde barbare, décadent et beau, immuable dans sa splendeur comme dans sa brutalité. « Fiançailles de l'ennemi et de l'amant, du tyran et du vaincu, du dévoreur et du dévoré…»
Il y a du lyrisme, des phrases qui s'ourlent d'écume de bruit, d'effervescence, de fureur, pour s'échouer sur la rive d'un monde qui se perd, qui s'accroche, qui se cherche encore. « Et comme nous nous efforçons de trouver notre voie, lentement, alors que l'esprit s'aiguise, les sens se corrompent…»
Il y a le goût des départs et des voyages, une invitation à cheminer par monts et par vallées, sur l'aile des nuages ou sur un revers de mer, une aspiration à chevaucher sur la croupe du monde avec le même esprit de réalisme magique et d'onirisme que l'auteur a mis dans les lignes de ses romans. « Les vignes étaient d'or, les oiseaux volaient bas, le verger débordait de fruits, le miel coulait, le vin étincelait dans les verres de Venise…»
Il y a des ailleurs, des pays aux parfums exotiques, des fragrances d'Asie ou d'Afrique, des émanations de grandes villes européennes, de vastes étendues glacées et des déserts arides. « Au nord s'enflamme la corne d'Orion, à l'ouest la lumière d'Egypte, personne pour nous voir.. »
Il y a des contrées chargées de culture et d'Histoire, des effluves de légendes passées, des échos de mythologies, d'anciens dieux et de divinités. « Des Centaures autrefois hantaient les bois et les Vandales somnolaient au bord des torrents..»
Il y a surtout le monde comme un théâtre, entre jeu d'ombre et de lumière, le coup de talon austère d'un grand organisateur sur la scène de l'humanité et des acteurs aux visages grimés qui jouent la comédie splendide et dérisoire de la vie devant le parterre que nous-autres, pauvres humains formons.« Des acteurs épouvantables dans une pièce démodée, portant la civilisation, comme un masque, depuis hier, jusqu'à aujourd'hui… »
Et dans ces galops effrénés, ces errances, ces cavalcades, ces bruits de vent et ces remous de vagues, il y a, profonde, grave, réfléchie, une quête de sagesse et de beauté, une recherche d'apaisement, de silence et de solitude, l'itinéraire tantôt illusoire, tantôt angoissé, d'un homme, qui, tel un Ulysse brûlé par le soleil, sillonne les couloirs de la vie.
« Maintenant seul, une dernière fois, j'arpenterai mon sentier favori. le vent agite les feuilles, il n'est que le vent de la nuit ; mais le nôtre ; celui des saisons ; du monde ; de l'histoire… »
+ Lire la suite
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Charybde2
  04 juin 2014
Vingt-six courts chants lyriques et puissants de 1941.
Désormais sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2014/06/04/note-de-lecture-ulysse-brule-par-le-soleil-frederic-prokosch/
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
MalauraMalaura   04 octobre 2012
L'orme laisse pendre ses bras, sur la colline
La chaumière fume. Les moutons sont en fleurs
Eparpillés dans la prairie: doucement
Les rayons du soleil déclinent:

Septembre: ah mais, à jamais ces atmosphères, ces heures
Mûriront sans moi, paisibles les amours
Partagées, la fidélité
Les longs jours calmes

Maintenant à jamais au coeur du souvenir perdu
Où ce regard fixe et bleu
Brûle encore: adorable
Encore, perfide toujours.
+ Lire la suite
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MalauraMalaura   14 octobre 2012
Ferme tes yeux ma chérie,
Laisse tes bras reposer enfin.
Le lac de la déception est tranquille
Le vent du désir a soufflé,

Les vagues sur les sables désespérés
Remplissent mon coeur et raccourcissent mes jours,
Sous les caresses de tes mains vagabondes
Toutes mes douleurs s'évanouissent.
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MalauraMalaura   30 septembre 2012
Les poupées

Je les ai trouvées gisant sur le rivage,
Formes tendres, des lèvres perlées et des yeux en amande:
Nuit après nuit à mes côtés leurs mains implorent
Des grâces attendrissantes.

Elles s'insinuent dans ma nuit secrète
Avec leurs bras pâles et terrifiants
Et offrent avec un plaisir sombre
Leurs charmes subtils et suicidaires.

Doucement elles me susurrent
Des folies à moitié exprimées,
Et quand je rêve à la mort je trouve
De petites larmes de verre sur mon lit.

Ce sont les enfants du désir,
Elles vivent de peur, elles sont mes pensées,
Cachées aux yeux de feu,
Elle sont les furies de mon sommeil.
+ Lire la suite
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MalauraMalaura   08 novembre 2012
Il nous faut encore découvrir et supporter l’éphémère
De la jeunesse resplendissante et la fuite
Irrémédiable des délices, nos vallées adorées,
Nos vagues, et s’étonner. Jupiter miroite,
La nuit est humaine et tranquille. La lune
Pose sa lueur monastique sur les légendes des forêts.
On entend un appel, la vie. Et les voix mobiles
De l’oublié deviendront ma forêt, ma légende.
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MalauraMalaura   26 octobre 2012
L'une après l'autre, les ombres de l'amour
Tombaient sur le dormeur nu à mon côté.
Une veine bleue palpitait, c'était le plein minuit.
"Cela - pensai-je - est tout mon bien.
Après, je n'ai plus rien." Cette pensée étrange
En entraîna d'autres dans mon esprit de minuit,
"Rien". Le lierre à minuit se plaignait sous la pluie.
"Rien que les os; rien que les rochers, le vide, les grottes".
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