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Eugène Nicole (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253059103
608 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.34/5 (sur 1065 notes)
Résumé :
Le narrateur est enfin reçu chez les parents de Gilberte pour lesquels il éprouve une grande attirance. C’est chez eux qu’il rencontre Bergotte, l’écrivain à la mode qu’il admire depuis si longtemps. Ses visites chez les Swann se multiplient et Gilberte finit par trouver que, trop envahissant, le narrateur empiète sur sa liberté. Peu à peu, les relations entre les jeunes gens se tendent et ils cessent de se voir. Attristé par cette séparation, le jeune homme continu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  19 décembre 2020
Dans ce deuxième opus de la recherche, Marcel est un ado avide de relations avec des jeunes filles. Il est plus amoureux de l'amour que des jeunes personnes en question, à un tel point que quelque soit la demoiselle entrevue, elle devient l'objet exclusif d'un désir envahissant et incontrôlable. Gilberte Swan, la fille de Swann et d'Odette de Crécy est la première à ouvrir le bal. Malgré sa conduite peu amène envers le jeune homme qui est un peu collant dans son insistance à croiser son chemin et à manigancer pour se retrouver en tête à tête avec l'élue de son coeur, Marcel persiste et signe. Et cette passion l'entraîne dans des stratagèmes complexes, y compris fréquenter plus que la convenance ne l'exige les parents de Gilberte. D'autant que ceux-ci connaissent l'écrivain à succès Bergotte, bénéfice secondaire non négligeable pour un aspirant écrivain. Au cours de cette première partie, Marcel assise pour la première fois à une pièce théâtre dans laquelle joue la Berma. Et Proust décrit à merveille le désarroi de Marcel, qui voudrait à l'unisson de ceux qui sont sensé connaître les codes, admirer ce qui ne lui inspire que peu d'émoi. Comment sait-on que ce que l'on voit est admirable ? Quel sont les critères pour décider de la valeur d'une artiste ?
Peu à peu Marcel se désintéresse de Gilberte et le départ vers Balbec signera la fin de cet amour.
Mais Balbec sera le lieu d'autres passions : l'amitié de Saint-loup, les échanges avec le peintre célèbre Elstir, puis la rencontre d'Albertine.
Marcel observe, avec avec finesse, le comportement de ses contemporains afin d'en comprendre les règles qu'il ne manque pas de s'approprier, tout en étant conscient de son inexpérience.
Proust analyse avec une grande acuité le comportement de son narrateur, qui trouve dans la es situations les plus banales l'occasion de décortiquer les processus psychiques en cause.
Même si cela reste une lecture complexe, du fait du style, de ces longues phrases à tiroir, il n'en reste pas moins que la lecture est passionnante.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Gwen21
  08 décembre 2016
Je n'ai pas l'habitude de masquer mon ressenti dans mes avis, par conséquent - et bien que je n'éprouve aucune gloire à cela, bien au contraire -, force m'est d'admettre que je me suis mortellement ennuyée à la lecture de ce second tome de la saga proustienne.
Pour commencer, il s'ouvre sur les personnages que j'ai le moins appréciés dans le tome précédent, à savoir le couple Swann. Est-ce essentiellement pour cette raison que j'ai eu tant de mal à m'accrocher à ses interminables phrases, signature bien connue de l'auteur ? Toujours est-il que les réflexions du narrateur qui m'avaient précédemment charmée ont viré dans mon esprit à des tergiversations sans fin qui m'ont sans cesse agacée.
Oui, je sais bien que lire Proust, c'est avant tout s'armer de patience et "laisser le temps au temps" et c'est dans cet état d'esprit que j'ai tenté de poursuivre ma lecture. Pourtant... rien ne saurait décrire le soulagement que j'ai éprouvé en tournant la dernière page, bien qu'ayant davantage goûté le récit de villégiature à Balbec, dans cette incroyable ambiance infatuée d'elle-même des stations balnéaires de l'époque, à la fois élégantes et pédantes.
L'oeuvre est définitivement trop longue pour se permettre de relire deux ou trois fois la même phrase afin d'en saisir le sens ou la portée, quand entre la majuscule qui l'introduit et le point qui la conclut, vous avez été éjecté loin de son fil, ce qui fut hélas bien souvent mon cas.
Ma vie de lectrice est déjà une incessante recherche de temps, je renonce donc à regret à cette quête du temps perdu.

Challenge ABC 2016 - 2017
Challenge ATOUT PRIX 2016 - 2017
Challenge PAVES 2016 - 2017
Challenge GONCOURT général
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GeorgesSmiley
  18 octobre 2019
Grand cru ! Oublions un instant les accortes piquettes garnissant les devantures de nos libraires, ces « formidables romans, ces fabuleux écrivains » du moment qui ne laissent dans nos mémoires, tous comptes faits, que l'empreinte fugitive d'un agréable moment de lecture, d'une intrigue bien construite, d'un personnage attachant ou d'un contexte larmoyant destiné par l'air du temps à nous faire crier au génie. Qu'en restera-t-il dans notre mémoire d'ici deux ou trois automnes ou d'ici deux ou trois décennies dans les choix des nouveaux lecteurs ? Hum…Alors, pour une fois soyons assez audacieux pour délaisser les vins de pays et déboucher comme un flacon rarissime et hors de prix, ce Goncourt 1919. Goûtons-le et tachons de savoir s'il valait sa distinction et vérifions si l'usure de cent ans ne l'aurait pas madérisé.
Ah ! La note florale est indéniable, elle est dans le titre et court dans tout le texte. Sa dominante est, comme vous préférez, lilas, mauve (la toilette de Mme Swann), violette (comme la princesse de Parme ou les fleurs du même nom au corsage de Mme S) et son parfum épouse les senteurs marines, salines et ensoleillées de l'été, en bord de plage au temps de la prime jeunesse. Sa fraîcheur est celle de ces jeunes filles à l'ombre desquelles il était, il est et il sera toujours bien agréable de se réfugier. Non dépourvues de l'acidité de leur jeunesse qui en fait un de leurs nombreux charmes (et qui permet à un grand vin de bien vieillir), elles ne parviennent cependant pas à surpasser le plaisir puissant et capiteux que distille la magnifique Madame Swann. A tel point qu'on finit par se demander si le scénariste du Lauréat (1968 Anne Bancroft & D. Hoffman) n'aurait pas puisé son inspiration dans les fantasmes non exprimés mais, me semble-t-il bien présents, du jeune Marcel qui, charmé par les Jeunes Filles et abrité sous leur ombre, n'en regardait pas moins vers la superbe cocotte dont l'aura ne manquait pas de faire de l'ombre aux jeunes filles, sa fille Gilberte, comprise.
Le style est souvent déroutant avec des phrases qui sont des paragraphes et des verbes placés à l'allemande en fin de phrase de telle sorte que l'étourdi ou le dilettante dont l'attention n'est pas constante puisse être assez rapidement découragé. La qualité supérieure se mérite mais quel régal. Tour à tour léger, voire futile pour devenir sans crier gare d'une profondeur remarquable, le récit ne cesse de proposer des moments d'anthologie, des phrases sublimes, des descriptions picturales dont l'impressionnisme vous donne envie de foncer à Marmottan, des passages dont l'humour et l'ironie, jamais malveillante, enchantent (le directeur de l'hôtel, Françoise la cuisinière, la propre procrastination de l'auteur), des formules parfois lapidaires (oui, on en trouve aussi), des scènes touchantes, d'autres à la limite du vaudeville (finissez ou je sonne) et certaines qui sont de pures et brillantes scènes de cinéma.
La plupart du temps, le récit touche le lecteur, rappelle des sensations, ressuscite des souvenirs ou des rêves, ravive des regrets et quand ce n'est pas le cas, le texte d'une originalité et d'une élégance sans pareilles suffit à son plaisir, comme lorsqu'il décrit la table vide d'une fin de repas au restaurant avec le talent d'un peintre de nature morte ou lorsqu'il fait un sort à cet Oscar dont il assure :«Car il ne pouvait jamais « rester sans rien faire », quoi qu'il ne fît d'ailleurs jamais rien. »
Mais jamais bien loin, présent en filigrane, le thème principal reprend ses droits et nous rappelle que le Temps Perdu ne se rattrapant jamais, il faut profiter de l'instant :
« Comme sur un plant où les fleurs mûrissent à des époques différentes, je les avais vues, en de vieilles dames, sur cette plage de Balbec, ces dures graines, ces mous tubercules, que mes amies seraient un jour. Mais qu'importait ? En ce moment, c'était la saison des fleurs. »
Oui, le grand cru de 1919 a bien vieilli, il est toujours sublime et il faudrait être fou pour ne pas s'essayer à le goûter.
Et pour vous en convaincre, à présent que le nectar m'enivre et juste avant qu'il ne m'égare, osons en extraire un bref passage que vous n'apprécierez que si, alors que la bienséance des moeurs actuelles ne vous autorise en société qu'à lui effleurer les joues, deux fois en une soirée, vous brûlez de tenir la main d'une femme un peu plus, beaucoup plus, que pour une poignée de mains :
« Elle était de ces femmes à qui c'est un si grand plaisir de serrer la main qu'on est reconnaissant à la civilisation d'avoir fait du shake-hand un acte permis entre jeunes gens et jeunes filles qui s'abordent. Si les habitudes arbitraires de la politesse avaient remplacé la poignée de mains par un autre geste, j'eusse tous les jours regardé les mains intangibles d'Albertine avec une curiosité de connaître leur contact aussi ardente qu'était celle de savoir la saveur de ses joues. Mais dans le plaisir de tenir longtemps ses mains entre les miennes, si j'avais été son voisin au furet, je n'envisageais pas que ce plaisir même : que d'aveux, que de déclarations tus jusqu'ici par timidité j'aurais pu confier à certaines pressions de mains… »
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Charybde2
  04 septembre 2013
Le deuxième tome de la Recherche, qui amena le succès à Proust, et révèle l'ampleur du projet.
Publié en 1919, et accepté cette fois par Gallimard (à la différence de "Du côté de chez Swann", renvoyé six ans plus tôt au compte d'auteur), couronné la même année du prix Goncourt, le deuxième tome de "À la recherche du temps perdu" est à la fois celui de la consécration pour l'auteur, et celui qui donne à voir au lecteur, le premier, l'ampleur que va prendre l'ensemble de l'édifice, ampleur qui n'était jusque là que suggérée.
Le deuxième tome me semble aussi confirmer, ne serait-ce que par son complexe jeu d'indices et de références, qu'il est largement préférable (si ce n'est essentiel) de lire "La recherche" comme un unique gros roman, plutôt que comme un feuilleton égrené au fil des années et des lectures (trop) échelonnées.
Dans une mécanique complexe de spirales et de faux-semblants narratifs extrêmement maîtrisée, une partie des "bombes à retardement" posées par l'auteur dans le premier tome sont maintenant dévoilées, tandis que de nouvelles, nombreuses, sont enfouies à leur tour, pour servir plus tard.
Tandis que le narrateur, dans les dernières pages du premier tome, connaissait les premiers émois amoureux d'une amitié enfantine qu'il souhaite transformer en tout autre chose, avec Gilberte Swann, c'est maintenant de la conquête de sa mère, Odette, qu'il s'agit, pour des raisons peu claires initialement, dans lesquelles entrent à la fois du dépit, du refus anticipé de la souffrance, une rare forme de sado-masochisme qui ne dirait pas encore son nom, tout en résonnant, déjà, fortement, avec certains symptômes d'obsession et de jalousie semés dans "Un amour de Swann", confirmant le caractère matriciel de cette échappée au sein du premier tome, qui ira s'affirmant au fil des volumes.
Saisissant ce qui pourrait n'être qu'un prétexte (mais on apprendra au fil des volumes, à nouveau, que ce n'est pratiquement jamais le cas dans la "Recherche"), l'analyse de l'évolution de Swann après son mariage, à la fois telle qu'il semble la vivre et telle qu'elle est perçue de l'extérieur, (en particulier par le père du narrateur et par les Verdurin) permet à l'auteur une incursion en profondeur, cette fois, dans la mécanique des barrières sociales évoquée tout au long du premier tome, mais cette fois abordée presque frontalement.
Grâce à la longue description de la genèse et de la vie du salon de Mme Swann, la deuxième tranche, patiente, du mûrissement littéraire du jeune Marcel, autour de l'analyse de ce qui « fit » l'écrivain Bergotte, en son temps, nous est dévoilée : de l'art du détournement de l'objet apparent d'une narration pour servir un but ultérieur bien différent…
Au bout de ces 160 premières pages, l'une des ellipses en forme de coup de théâtre, par lesquelles l'auteur aime clore ou débuter une nouvelle partie, et nous masquer ainsi la structure de son patient échafaudage, et auxquelles nous allons nous habituer au fil des volumes, survient, semblant tourner la "page" Gilberte / Odette, et nous renvoyer maintenant l'écho comparatif de la dernière partie du premier tome : si "Du côté de chez Swann" s'achevait par les images associées a priori au nom de Balbec, il s'agit maintenant d'y aller voir : « J'étais arrivé à une presque complète indifférence à l'égard de Gilberte, quand deux ans plus tard je partis avec ma grand-mère pour Balbec. ».
Avec au passage, l'une des plus jolies auto-justifications de la procrastination que j'aie pu lire : « Si j'avais été moins décidé à me mettre définitivement au travail j'aurais peut-être fait un effort pour commencer tout de suite. Mais puisque ma résolution était formelle, et qu'avant vingt-quatre heures, dans les cadres vides de la journée du lendemain où tout se plaçait si bien parce que je n'y étais pas encore, mes bonnes dispositions se réaliseraient aisément, il valait mieux ne pas choisir un soir où j ‘étais mal disposé pour un début auquel les jours suivants, hélas ! ne devaient pas se montrer plus propices. Mais j'étais raisonnable. de la part de qui avait attendu des années il eût été puéril de ne pas supporter un retard de trois jours. »
Séjour déterminant s'il en est, en soi et pour la suite des événements, ce premier contact avec Balbec (et ses 234 pages) permet d'introduire ou de réintroduire plusieurs personnages essentiels de la Recherche, parfois déjà évoqués, mais dont on commence à deviner l'importance (tout en gardant une certaine méfiance vis-à-vis du narrateur, qui à ce stade nous a déjà plusieurs fois démontré son manque de fiabilité, et de l'auteur, dont le machiavélisme devient toujours plus enchanteur au fil des pages) : la marquise de Villeparisis, Saint-Loup, mais aussi Charlus, avec une deuxième apparition marquante, moins fugitive et (peut-être) moins mal interprétée (par le petit Marcel "du texte") que celle de Combray dans le jardin des Swann.
Mais les deux entrées les plus fortes sont ici, me semble-t-il, celle d'Elstir, avec laquelle l'auteur exécute l'un de ses plus beaux tours de passe-passe ("changement de lieu, changement de personne" entre le salon des Verdurin du premier tome et la résidence à Balbec du deuxième tome) - avant de l'utiliser pour fomenter l'une des parties les plus analytiques de toute la Recherche, déjà, en étudiant avec lui dans quelle mesure l'art peut, sans cesse, transmuter le quotidien - et celle d'Albertine, bien entendu, au milieu du "groupe des fillettes", qui ne sont pas encore tout à fait ces fameuses "jeunes filles en fleur", offrant à l'auteur l'occasion de l'un des plus extrêmes "flash-forwards" au sein des 7 tomes : « Mon hésitation entre les diverses jeunes filles de la petite bande, lesquelles gardaient toutes un peu du charme collectif qui m'avait d'abord troublé, s'ajouta-t-elle aussi à ces causes pour me laisser plus tard, même au temps de mon plus grand – de mon second – amour pour Albertine, une sorte de liberté intermittente, et bien brève, de ne l'aimer pas ? Pour avoir erré entre toutes ses amies avant de se porter définitivement sur elle, mon amour garda parfois entre lui et l'image d'Albertine un certain « jeu » qui lui permettait comme un éclairage mal adapté de se poser sur d'autres avant de revenir s'appliquer à elle ; le rapport entre le mal que je ressentais au coeur et le souvenir d'Albertine ne me semblait pas nécessaire, j'aurais peut-être pu le coordonner avec l'image d'une autre personne. »
La puissance du réseau tissé par Proust entre ces dizaines de personnages sur lesquels varie la lumière, l'intensité scrutative ou même le "moment" auquel le narrateur, changeant lui-même d'âge et d'expérience, les décrit, commence à pleinement apparaître à partir de ce deuxième tome, qui encourage plus que jamais à, frénétiquement, poursuivre l'aventure, d'autant plus que les thèmes apparemment encore relativement disjoints du premier tome commencent, doucement, à se rassembler pour fusionner plus tard : mémoire, expérience sensorielle, sentiment amoureux, jouissance esthétique apparaissent de plus en plus comme les composantes réelles d'un art encore en gestation, mais qui se dévoile peu à peu...
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TommyPiret
  27 février 2021
25.
« Sans doute peu de personnes comprennent le caractère purement subjectif du phénomène qu'est l'amour, et la sorte de création que c'est d'une personne supplémentaire, distincte de celle qui porte le même nom dans le monde, et dont la plupart des éléments sont tirés de nous-mêmes. »
Quand j'étais à Rixensart, il y avait de petites lumières qui contrastaient, c'était de petites lampes vissées dans le mur, comme de petites torches modernes. Elles formaient un éclairage tamisé, que j'amais déjà bien, parce qu'elles provoquaient une lumière chaude comme mon abat-jour actuel. Je me rappelle distinctement de la manière dont je faisais l'amour avec Marion, dans le souvenir angélique de certains soirs. Tout d'abord, il faut souligner qu'à l'époque, moi et Marion nous ressemblions un peu. Dans un magasin de vêtements à Bruxelles, une vendeuse avait cru que nous étions frère et soeur. Alan trouvait que Marion, était mon portrait féminin sur une photo que j'avais prise d'elle sur la rive du lac de Genval. A la base Marion, à cause qu'elle est chrétienne, ne voulait pas faire l'amour avant le mariage. La façon dont j'ai aimé Marion traduisait sûrement une certaine jalousie que j'avais à son égard. Parce que je la trouvais plus intelligente que moi. Et je bénéficiais d'un sentiment illusoire de ne pas valoriser ce qu'objectivement, j'étais mener à concevoir dans ma chance d'être avec elle. Il est arrivé une fois, c'était en journée, il faisait pluvieux, que je fasse l'amour debout à Marion, que simplement j'introduisit mon sexe dans le sien en station debout, face à face, sans préliminaire, et que nous commencions à forniquer debout. Je me rappelle aussi de son corps grâcieux le soir dans la lumière tamisée, son assurance féminine, je l'a trouvais au-dessus de moi plus excitante encore quand elle avait son chignon. Et quand je repense à tout cette relation, je fais un amalgame avec toutes les filles que j'ai payées, et je rassemble chacune d'elles, côte à côte avec Marion, et toutes ces filles ne forment plus qu'une seule personne que j'appelle l'entremetteuse. C'est terminé avec Marion. Je suis passé à autre chose. Et c'est terminé avec l'entremetteuse. Je suis passé agelemnt à autre chose. Aimer, c'est d'abord donner de soi sans peur d'y perdre sa propre peau, goûter à son propre parfum, nommer les gestes, y voir clair dans la pénombre de l'autre, sans jamais oublier que tout à une fin. Je me rappelle que j'étais attaché à l'odeur corporelle de Marion. Que j'avais un foulard à elle où son odeur pouvait se dispenser à toute la contemplation de mon être. Peut-être même qu'à certains égards, Marion ressemblait dans sa physionomie à Zendaya. Au niveau du nez et de la bouche, de la symétrie des yeux un tout petit peu tirés. Quand on est amoureux, je parle pour un garçon, on ne réalise pas la chance d'avoir une petite amie. La majesté d'un être qui nous aime pour ce que l'on dégage dans le monde. C'est certain que ma façon de me comporter au Collège Saint-Etienne dans les mois qui ont précédé ma liaison avec Marion a eu une influence sur l'assurance proflilée que je donnais en spectacle. Mais je n'ai jamais cherché à me faire remarquer, j'ai suivi le cours de ma destinée, sans vouloir bâtir un empire de sentiments nouveaux que je m'attacherais envers des filles. Je crois que ce que l'on oublie le plus dans la sexualité, c'est tout le jeu de l'acte, ce qui le précède, je peux même parler des jours entiers qui précéderaient un acte, dans sa tentation, dans sa poésie viciée par la pulsion. Proust est quelqu'un de sexuel et il fantasme comme moi. C'est sûrement un homme avec qui j'aurais aimé faire l'amour à une femme.
26.
« Aussi y a-t-il peu de gens qui puissent trouver naturelles les proportions énormes que finit par prendre pour nous un être qui n'est pas le même que celui qu'ils voient. »
Oh Dilara c'est tellement vrai. L'amour est trompeur à l'oeil nu de celui qui le voit, mais ne le connaît pas vraiment. Même en étant amoureux et en couple, je suis de l'avis qu'on ne comprend pas ce qu'est le sentiment amoureux. C'est une quête invisible, que l'on cherche jusqu'à l'aboutissement de la rupture. Même si un mariage ne termine jamais, il y a une clôture de la relation passionnelle. J'en suis certain. Les vieux couples sont de bons amis. Mais pas de bons amants. Je suis persuadé que le monde change trop vite pour que l'homme, élément intrinsèquement lié à son milieu, puisse supporter une constance dans ses émotions. Nous nous devons naturellement de changer notre regard et notre affection pour autrui. Même envers notre famille, notre amour familail prend un aspect différent au fil des années, même si le lien sacré de la confiance familiale ne se brise jamais. On a pas conscience des problèmes des couples, on voit des gens s'embrasser, ou se tenir main dans la main. On n'en verra beaucoup moins se disputer. Mais je suis certain que tous les couples, et ce peu importe le niveau de bonheur cultivé au sein de celui-ci, se disputent, se chamaillent, amènent de la créativité combative pour dénouer la paix. Je veux aller contre cette réalité destructrice, c'est pour cela que je resterai seul toute ma vie, pour toujours rester un prêtre du temps, contre la violence de l'amour. Aimer c'est une guerre qui n'en finit jamais.
27.
« (…) je n'étais pas situé en dehors du Temps, mais soumis à ses lois, tout comme ces personnages de roman qui, à cause de cela, me jetaient dans une telle tristesse, quand je lisais leur vie, à Combray, au fond de ma guérite d'osier. Théoriquement on sait que la terre tourne, mais en fait on ne s'en aperçoit pas, le sol sur lequel on marche semble ne pas bouger et on vit tranquille. Il en est ainsi du Temps dans la vie. Et pour rendre sa fuite sensible, les romanciers sont obligés, en accélérant follement les battements de l'aiguille, de faire franchir au lecteur dix, vingt, trente ans, en deux minutes. Au haut d'une page on a quitté un amant plein d'espoir, au bas de la suivante on le retrouve octogénaire, accomplissant péniblement dans le préau d'un hospice sa promenade quotidienne, répondant à peine aux paroles qu'on lui adresse, ayant oublié le passé. En disant de moi : « Ce n'est plus un enfant, ses goûts ne changeront plus, etc. », mon père venait tout d'un coup de me faire apparaître à moi-même dans le Temps, et me causait le même genre de tristesse que si j'avais été non pas encore l'hospitalisé ramolli, mais ces héros dont l'auteur, sur un ton indifférent qui est particulièrement cruel, nous dit à la fin d'un livre : « Il quitte de moins en moins la campagne. Il a fini par s'y fixer définitivement, etc. » »
La boussole au coin du piano piège l'acte de l'âme, infranchissable dans sa pensée, elle nous laisse seulement intact pour détruire mieux tous nos espoirs de richesse intérieure comme extérieure. Un jour ici, un mois là-bas, poupée de cire. Telle est le verdict dans l'Enfer, où le temps avance plus vite que surla Terre, Gustave, ce petit garçon enlevé parmi les morts, sauvage dans sa proie, renaîtra en une femme dans Paris. On est victime de sa propre vieilllesse, seulement lorsque notre conscience ouvre le passage nocturne, inoubliable, qui nous mène au raisonnement fourbe de la raison. La glace fond, suite au réchauffement climatique, mais les icerberds demeurent invisibles sous la surface de l'océan. La Terre, en rotation dans le système solaire, comprend elle-même un autre mouvement, qui est celui de son propre système gravitationnelle, assujetti aux bases du caprice des anges. Jouer avec la divinité n'a jamais été mon but. C'est le système solaire tout entier qui a décidé d'être le subalterne d'un ordre nouveau, encore plus grand, non découvert à ce jour.

28.
« Enfin elle, je l'aimais et ne pouvais par conséquent la voir sans ce trouble, sans ce désir de quelque chose de plus, qui ôte, auprès de l'être qu'on aime, la sensation d'aimer. »
On ne saurait se perdre, si l'on est un être, que si on n'a pas la force de pouvoir aimer. C'est un fondement oblique que présage même le fondement de l'octogone violet. Dans ses péripéties les plus divines la sagesse nous fait croire que l'on est aliéné si on arrive à échapper à notre passion. Tout le jeu inconditionnel d'un homme consiste à faire oublier la bête qu'il est. Dans la tradition des âges, Adam éveille Eve par un soupçon de satiété. La foule de fleurs applaudit le déchaînement humain, trempée par l'eau salée de l'océan, déchaînée par les orages des dieux électriques. Saisir l'instant essentiel de la vie, source de plaisirs et d'inconfortables idées nocturnes, libertaires dans leur démarche, jamais à leurs places dans la boîte qu'est le diable domptant le cerveau.
29.
« J'avais cru que l'amour que j'avais pour Albertine n'était pas fondé sur l'espoir de la possession physique. Pourtant quand il m'eut paru résulter de l'expérience de ce soir-là que cette possession était impossible et qu'après n'avoir pas douté le premier jour, sur la plage, qu'Albertine ne fût dévergondée, puis être passé par des suppositions intermédiaires, il me sembla acquis d'une manière définitive qu'elle était absolument vertueuse ; quand, à son retour de chez sa tante, huit jours plus tard, elle me dit avec froideur : « Je vous pardonne, je regrette même de vous avoir fait de la peine, mais ne recommencez jamais », au contraire de ce qui s'était produit quand Bloch m'avait dit qu'on pouvait avoir toutes les femmes, et comme si, au lieu d'une jeune fille réelle, j'avais connu une poupée de cire, il arriva que peu à peu se détacha d'elle mon désir de pénétrer dans sa vie, de la suivre dans les pays où elle avait passé son enfance, d'être initié par elle à une vie de sport ; ma curiosité intellectuelle de ce qu'elle pensait sur tel ou tel sujet ne survécut pas à la croyance que je pourrais l'embrasser. Mes rêves l'abandonnèrent dès qu'ils cessèrent d'être alimentés par l'espoir d'une possession dont je les avais crus indépendants. Dès lors ils se retrouvèrent libres de se reporter – selon le charme que je lui avais trouvé un certain jour, surtout selon la possibilité et les chances que j'entrevoyais d'être aimé par elle – sur telle ou telle des amies d'Albertine et d'abord sur Andrée. Pourtant si Albertine n'avait pas existé, peut-être n'aurais-je pas eu le plaisir que je commençai à prendre de plus en plus, les jours qui suivirent, à la gentillesse que me témoignait Andrée. Albertine ne raconta à personne l'échec que j'avais essuyé auprès d'elle. Elle était une de ces jolies filles qui dès leur extrême jeunesse, par leur beauté, mais surtout par un agrément, un charme qui restent assez mystérieux, et qui ont leur source peut-être dans des réserves de vitalité où de moins favorisés par la nature viennent se désaltérer, toujours, dans leur famille, au milieu de leurs amies, dans le monde, ont plu davantage que de plus belles, de plus riches ; elle était de ces êtres à qui, avant l'âge de l'amour et bien plus encore quand il est venu, on demande plus qu'eux ne demandent et même qu'ils ne peuvent donner. »
C'est dans la justification de l'échec sentimental, qui bloque la culture comme une éducation, que l'âme grandit dans la désillusion matérielle. Si on ne considère que les affects de la raison, notre curiosité, contrairement au principe infini de galaxie, est limitée. Ce serait contre nature, de vouloir s'élever intellectuellement au détriment du principe de survie d'un organisme vivant, qui comprend l'instinct de reproduction. Perpétuellement on se reproche de vouloir connaître mieux que soi-même les êtres dont nos réflex ont pour stratagème de vouloir les posséder. Et il n'y a pas de comble dans la prononciation des sens, dans la satisfaction concrète d'un désir. Physiquement, il faut séparer à l'état pur du principe de renonciation la connaissance psychique. Comme une toupie qui déborde de son champ d'action les moeurs d'un principe caché nous offrent une boussole pour nous guider dans les cas fortuits. Mais c'est notre subconscient qui est capable de poser des mots plus profonds qu'un simple jeu de hasard dans nos émotions.

30.
Le texte ci-dessous est un commentaire global d' « À l'ombre des jeunes filles en fleurs ».
La vie passe comme l'ombre touche la lumière. A mesure que se ferme l'iris de l'oeil, la poutre olfactive épaule notre pardessus. Toujours, l'homme se doit d'être habillé, endimanché, masqué dans le costume du bal des richesses infinies. Lire un auteur, c'est intéressant. le commenter c'est encore mieux. Les jeunes filles en fleur sont celles qui ont poussé dans mon jardin à Rixensart, qui ont comblé le vide des soirées d'été, les marches de l'escalier en bois de la ferme de Froidmont, le temps s'arrose comme une plante, elle est surmenée par son âge. On ne peut pas la laisser se promener toute seule, cette fleur qui chercher à gravir les échelons, sous peine qu'elle se fasse butiner par un papillon. Mais, alors quand on peut prendre la tige, le début d'une vie antérieure, les herbes humides, tropicales dans la verve du ciel, toute la splendeur d'un orage dont l'élément électrique réside dans un sentiment qui s'apparente à de l'amour, ce vestige, cette trace du monde autrefois naïf, plein de pot aux roses, n'est plus. Il demeure lointain. Il est charmant. Mais il ne combat rien de plus que le message des salons nocturnes, des corniches griffées par les corbeaux, des pavés vieillis, démodés, la vie, elle , cette dernière, demeure l'ultime accessoire, qui est en paresse éternelle de renaissance, le jeu malicieux de la mémoire. C'est précieux, il faut reconnaître la sublimation des amitiés et des relations charnelles du passé. Un rêve d'enfance, et une corde à son arc, peut capturer la flèche, quand un artiste rentre dans la vigilance d'une énigme, l'ambition de guérir les plaies d'un monde enfui à tout jamais dans une tournante de mensonges, de petits mots bas, qu'on prétend tenir au fer de lance, dans le luxe la dépravation des souvenirs dignes de ceux des amants de l'ombre.
Le plus dur dans la perte de nos souvenirs, c'est de ne pas pouvoir les revivre, je parle de ceux qui sont agréables, rectilignes dans la protection de notre boîte crânienne, qui nous éclaire comme par le jeu de flashs incessants, par l'adoption de notre marque de savoir. C'est un message doux comme le peuple, qui attire l'ombre, au morne hiver sage, là-bas, très loin dans le pouvoir, la possibilité d'une classe subalterne n'est qu'un leurre. L'amour est une condition irrésolue, un état agaçant quelque fois. J'ai toujours aimé une femme depuis le début. Je parle de l'état dans le dialogue. Une option de théâtre. On ne sait pas vraiment aimer quand on a deux personnalités comme moi. C'était comme si c'était un double jeu, entre la gare de Rixensart, les collines, voir un ami arrivé avant ma venue, toute la terre d'un peuple élu, les renaissances de la protection d'une mère. Chaque encre de bateaux, chaque détail dans le paysage d'une campagne de Liège, une croix blanche de Charneux, l'Abbye de Maredsou, être né pour épouser une religion de l'embellissement de la nature. Comme si toute une coupe de fleurs pourrait se permettre de dépasser un lampadaire. de la tristesse qui rentre dans le drapeau de la vague, telle une nouvelle nation en guise de révolution, mais qui jamais ne se retirera vaincue par le bonheur de savoir qu'elle n'a pas de visage, que c'est uniquement un costume, un personnage fabriqué de la pièce unique de l'amertume d'un coeur, pêché au hasard, divorcé dans sa face arrière, animé du sentiment passé. Toute l'innocence se mesure en un quart d'heure comme un grain de café. Une politique malmenée dans la contrefaçon d'un abat-jour. Toute la magie d'un être qui se découvre, des draps de suie, de la chaleur paresseuse, qui tisse, qui se faufile, tendrement, qui ne laisse échapper que des sentiments réels, plus profonds que tout ce que pourrait retourner la terre sous les pieds d'un autre siècle. La vie, qui se mène dans l'effondrement des sens, dans la désillusion humaine, des sentiments qui naviguent, qui apportent plus que l'aube de la raison, qui emportent toute la vie sans jamais ne laisser que des traces dans la mémoire de ce qui avait été un jour agréable, dans la beauté charnelle, l'émerveillement d'un trésor, si précieux pour l'âme, mais comme un foulard d'Egypte, c'est un paravent angélique, qui tamise le soleil, comme une flamme, une viande qui n'est plus comestible, mais qu'on rajoute à un repas dans un dernier espoir de revoir un assaillant de la végétation, un combattant, et qui un jour deviendra végétarien par nécessité. Alors effectivement, les losanges, sont la plus belle géométrie. Ils évoquent le sommet, telles les falaises, les montagnes, la cartographie humaine, qui se perd dans une société qui danse éternellement, qui apporte plus, qui permet d'enlever les marques, de dompter les couloirs, de comprendre que la vie nous pousse à vouloir davantage que ce que l'on n'aura jamais. C'est-à-dire non pas une valeur monétaire, mais la cultivation d'un plaisir, car s'il n'y a pas d'autres valeurs que celle de l'argent qui pourrit le coeur des hommes, c'est bien l'apôtre du ciel, dans le combat de la beauté, contre la peine, l'émiettement qui part dans des tornades de tristesse, comme un esclave, endormi sur les pieds d'un maître. Peut-être que c'est juste un coup de théâtre, que l'homme n'est pas tant dans la manipulation. Que c'est tout ce qu'on pourrait comprendre, savoir jouer de la vie. Qui pactise avec la nuit. Qui est plus forte. Qui avancera de manière éternelle, mais qui nous fait oublier le combat du bateau. La tournure que prend les événements, toujours cette chasse à l'homme, que nous menons tant bien que mal, dans le paradis des cieux. Dans la tornade qui aboutit au néant, aux reflets de l'homme perdu dans la pluie. Les sentiments tels des vagues, c'est ce bonheur d'accaparement, cette possession de Cupidon, l'envie qui passe sous les ténèbres, qui tombe dans une main, qui se ferme, les doigts formant déjà l'encre des statues, ce qui perdurera, à travers les pluies, dans les grands temples, dans les valeurs des ancêtres, mais qui pourtant ne laisse place qu'au théâtre des comédies humaines, au scandale des meurtres inavoués, les sangs tapis dans l'ombre, comme par magie dans des canapés charmants, des salons, et des discussions qui aboutissent à la contemplation d'un homme. Une réflexion plus profonde encore que tout ce qu'un prêtre du temps pourrait mener. Une sauvagerie, un accouplement, une citerne de rêves. C'est noble, comme la chaleur d'un corps, mais ça n'a pas l'impact digne d'un être humain. Et la danse des nobles tourne dans le vent telle des duels infernaux. Et chaque partie des fleurs, si pures dans leur végétation éternelle, même quand elles sont vieillies, au comble des natures mortes, des prunes, des fruits, des tables en bois, c'est toute la description de la scène concordée, mêlée au songe éternel, un goût est plus qu'une saveur, une salle d'audience qui mène aux folies des talismans, à la distinction éternelle d'une jalousie qui n'a plus le même impact féminin, qui froisse avec l'or. Et telles des gouttes il y a un sentiment humide, qui persiste. Toute cette géométrie qui est un comble, au vide de l'existence, ce travail de mémorisation est tout le fondement, la verve sans complice. le vertige du déluge, avant la fin des temps, avant que l'auteur comprenne lui-même qui il était, dans les souvenirs les plus démoniaques, qu'un paysan digne de la terre pourrait dominer. Et ce sont les vertiges de l'amour qui nous pousse à croire que l'existence s'amenuise plus dans des filaments, que dans des muscles, dans de la chair qui n'est pas directement reliée à un culte. Mais qui comprend pourquoi les métamorphoses de pierre dans le
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Citations et extraits (219) Voir plus Ajouter une citation
Valotte11Valotte11   09 mai 2021
... la petite ville de Rivebelle, minutieusement détaillée par le soleil.
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lancelotbelancelotbe   07 mai 2021
Il n'est pas certain que le bonheur qui survient trop tard, quand on ne peut plus en jouir, soit tout à fait le même que celui dont le manque nous rendait jadis si malheureux.

Le dédain mal informé d'autrui est négligeable...
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Gwen21Gwen21   30 novembre 2016
Swann était du reste aveugle, en ce qui concernait Odette, non seulement devant ces lacunes de son éducation, mais aussi devant la médiocrité de son intelligence. Bien plus, chaque fois qu’Odette racontait une histoire bête, Swann écoutait sa femme avec une complaisance, une gaieté, presque une admiration où il devait entrer des restes de volupté ; tandis que, dans la même conversation, ce que lui-même pouvait dire de fin, même de profond, était écouté par Odette, habituellement sans intérêt, assez vite, avec impatience et quelquefois contredit avec sévérité. Et on conclura que cet asservissement de l’élite à la vulgarité est de règle dans bien des ménages, si l’on pense, inversement, à tant de femmes supérieures qui se laissent charmer par un butor, censeur impitoyable de leurs plus délicates paroles, tandis qu’elles s’extasient, avec l’indulgence infinie de la tendresse, devant ses facéties les plus plates.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   17 octobre 2019
Comme c’était déjà l’heure où beaucoup de promeneurs rentraient déjeuner, ceux qui restaient étaient peu nombreux et, pour la plus grande part, des gens élégants. Tout d’un coup, sur le sable de l’allée, tardive, alentie et luxuriante comme la plus belle fleur et qui ne s’ouvrait qu’à midi, Mme Swann apparaissait, épanouissant autour d’elle une toilette toujours différente mais que je me rappelle surtout mauve ; puis elle hissait et déployait sur un long pédoncule, au moment de sa plus complète irradiation, le pavillon de soie d’une large ombrelle de la même nuance que l’effeuillaison des pétales de sa robe. Toute une suite l’environnait ; Swann, quatre ou cinq hommes de club qui étaient venus la voir le matin chez elle ou qu’elle avait rencontrés ; et leur noire ou grise agglomération obéissante, exécutant les mouvements presque mécaniques d’un cadre inerte autour d’Odette, donnait l’air à cette femme qui seule avait de l’intensité dans les yeux, de regarder devant elle, d’entre tous ces hommes, comme d’une fenêtre dont elle se fût approchée, et la faisant surgir, frêle, sans crainte, dans la nudité de ses tendres couleurs, comme l’apparition d’un être d’une espèce différente, d’une race inconnue, et d’une puissance presque guerrière, grâce à quoi elle compensait à elle seule sa multiple escorte. Souriante, heureuse du beau temps, du soleil qui n’incommodait pas encore, ayant l’air d’assurance et de calme du créateur qui a accompli son œuvre et ne se soucie plus du reste, certaine que sa toilette – dussent les passants vulgaires ne pas l’apprécier – était la plus élégante de toutes, elle la portait pour soi-même et pour ses amis, naturellement, sans attention exagérée, mais aussi sans détachement complet, n’empêchant pas les petits nœuds de son corsage et de sa jupe de flotter légèrement devant elle comme des créatures dont elle n’ignorait pas la présence et à qui elle permettait avec indulgence de se livrer à leurs jeux, selon leur rythme propre, pourvu qu’ils suivissent sa marche, et même sur son ombrelle mauve que souvent elle tenait encore fermée quand elle arrivait, elle laissait tomber par moment comme sur un bouquet de violettes de Parme, son regard heureux et si doux que quand il ne s’attachait plus à ses amis mais à un objet inanimé, il avait l’air de sourire encore.
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Gwen21Gwen21   27 novembre 2016
Gilberte cependant ne revenait toujours pas aux Champs-Élysées. Et pourtant j’aurais eu besoin de la voir, je ne me rappelais même pas sa figure. La manière chercheuse, anxieuse, exigeante que nous avons de regarder la personne que nous aimons, notre attente de la parole qui nous donnera ou nous ôtera l’espoir d’un rendez-vous pour le lendemain, et, jusqu’à ce que cette parole soit dite, notre imagination alternative, sinon simultanée, de la joie et du désespoir, tout cela rend notre attention en face de l’être aimé trop tremblante pour qu’elle puisse obtenir de lui une image bien nette. Peut-être aussi cette activité de tous les sens à la fois, et qui essaye de connaître avec les regards seuls ce qui est au delà d’eux, est-elle trop indulgente aux mille formes, à toutes les saveurs, aux mouvements de la personne vivante que d’habitude, quand nous n’aimons pas, nous immobilisons. Le modèle chéri, au contraire, bouge ; on n’en a jamais que des photographies manquées. Je ne savais vraiment plus comment étaient faits les traits de Gilberte, sauf dans les moments divins où elle les dépliait pour moi : je ne me rappelais que son sourire. Et ne pouvant revoir ce visage bien-aimé, quelque effort que je fisse pour m’en souvenir, je m’irritais de trouver, dessinés dans ma mémoire avec une exactitude définitive, les visages inutiles et frappants de l’homme des chevaux de bois et de la marchande de sucre d’orge : ainsi ceux qui ont perdu un être aimé qu’ils ne revoient jamais en dormant s’exaspèrent de rencontrer sans cesse dans leurs rêves tant de gens insupportables et que c’est déjà trop d’avoir connus dans l’état de veille. Dans leur impuissance à se représenter l’objet de leur douleur, ils s’accusent presque de n’avoir pas de douleur. Et moi je n’étais pas loin de croire que, ne pouvant me rappeler les traits de Gilberte, je l’avais oubliée elle-même, je ne l’aimais plus.
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Le Secret de la reine soldat : l'extraordinaire soeur de Sissi Lorraine Kaltenbach Éditions du Rocher Collection Biographie et Histoire
Baptisée la reine soldat par Marcel Proust, Marie-Sophie en Bavière (1841-1925), reine déchue des Deux-Siciles, soeur de l'impératrice Sissi, subjuge l'Europe lorsqu'elle traverse en pantalon la révolution italienne du Risorgimento. À 30 ans, elle est une figure du Paris de la Belle Epoque. Insatisfaite de sa vie conjugale, elle s'éprend d'un zouave pontifical dont elle a une fille, Daisy. ©Electre 2021
https://www.laprocure.com/secret-reine-soldat-extraordinaire-soeur-sissi-lorraine-kaltenbach/9782268104829.html
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