AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Thierry Laget (Éditeur scientifique)Brian G. Rogers (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070392457
Éditeur : Gallimard (16/02/2003)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.4/5 (sur 468 notes)
Résumé :
- Monsieur, je vous jure que je n'ai rien dit qui pût vous offenser.

- Et qui vous dit que j'en suis offensé, s'écria M. de Charlus avec fureur en se redressant violemment sur la chaise longue où il était resté jusque-là immobile, cependant que, tandis que se crispaient les blêmes serpents écumeux de sa face, sa voix devenait tour à tour aiguë et grave comme une tempête assourdissante et déchaînée... Pensez-vous qu'il soit à votre portée de m'offenser... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
  16 février 2018
Il y a trois ans j'ai entrepris la lecture de la "Recherche", et malgré toute ma volonté, jusqu'à présent, je n'ai jamais réussi à en lire plus d'un tome par an. Et quelles ne furent pas mes craintes au moment d'ouvrir ce troisième volet, le plus volumineux !
Si dans les précédents, le narrateur se complaisait à décrire avec minutie les moeurs bourgeoises, tant à la ville qu'à la campagne ou encore à la plage, avec "Le Côté de Guermantes", c'est à l'aristocratie du faubourg Saint-Germain qu'il s'attache, avec le même souci du détail.
Si Marcel Proust est connu pour la longueur de ses phrases - réputation très méritée -, je lui reconnais également un don pour multiplier les chapitres sur un même événement. Ainsi, ce sont plus d'une demi-douzaine qui lui sont nécessaires pour décrire une simple visite mondaine, de quoi laisser aux conversations le temps de s'étendre, qu'elles touchent les loisirs comme l'opéra, ou la politique avec l'Affaire Dreyfus, ou encore la généalogie alambiquée des familles plus ou moins régnantes de l'Europe de la Belle-Epoque.
Alors, oui, certes, on apprend beaucoup sur l'atmosphère très "beau monde" de ces luxueux appartements bourrés jusqu'à la gueule d'oeuvres et d'objets d'art mais trop de minutie tue la minutie, voilà mon sentiment. La préciosité du style de Marcel Proust et le dandysme de son narrateur m'ont souvent porté sur les nerfs, tout comme les opinions rapportées de ces dilettantes et autres altesses qui ne peuvent que paraître surannées à un lecteur d'aujourd'hui ; au mieux peut-on considérer cet héritage littéraire comme un patrimoine vivant nous permettant de toucher du doigt ce qu'on pourrait qualifier d'"art de vivre à la française" mais cette visite de musée tire en longueur.
Quant aux susdits personnages, aucun n'est réellement attachant. le snobisme, la vanité, l'orgueil de caste, le langage de dupes, la fatuité des codes et, de façon générale, la suffisance méprisante manifestée par cette classe sociale - qui finira d'être balayée au cours du XXème siècle -, sont assez indigestes.
Jamais deux sans trois, a-t-on coutume de dire, et bien, après la lecture du "Côté de Guermantes", j'affirme qu'il faut vraiment de la volonté pour lire Proust aujourd'hui. "Volonté" me semble vraiment le terme approprié ; le plaisir vient ensuite, s'il vient jamais. Un peu comme un régime où il faut d'abord s'astreindre à une certaine discipline avant d'en percevoir les effets bénéfiques, il faut se lancer dans Proust en ne quittant pas du regard son objectif afin d'espérer pouvoir en savourer, à l'arrivée, les charmes discrets.

Challenge MULTI-DÉFIS 2018
Challenge PAVES 2018
Challenge 1914 - 1989 - Edition 2018
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          447
GeorgesSmiley
  20 octobre 2019
Voici venu le temps des rêves et des désirs, des lentes manoeuvres et des amitiés utiles pouvant entrouvrir la porte du paradis où règnent les Guermantes. Voici, enfin, un regard, un salut et un sourire tombé un soir d'opéra pour enflammer le coeur et l'esprit du jeune homme. le voici, à forces d'intrigues subtiles, élu entre mille, invité à côtoyer les « Immortels », et le voilà finalement, un soir terrible où toutes ses illusions se brisent sur des souliers noirs qui auraient dû être rouges et se fracassent sur un « grand et cher ami » qui ne pourra accompagner la duchesse en Sicile, au printemps prochain, parce que … « ma chère amie, c'est que je serai mort depuis plusieurs mois», et parce que cet ami Swann connaissant la valeur de ces amitiés, «savait que, pour les autres, leurs propres obligations mondaines priment la mort d'un ami et qu'il se mettait à leur place, grâce à sa politesse. »
C'est le roman des Illusions Perdues mais aussi du chagrin que lui cause la longue maladie de sa grand'mère et de sa mort, de l'irruption dans la vie sociale de l'Affaire Dreyfus, de l'aveuglement de l'amour (Saint-Loup est le pendant de Swann) mais aussi de Françoise, la cuisinière-gouvernante qui parle parfois comme La Bruyère, ce qui donne toujours lieu à des passages aussi drôles que réjouissants.
On y trouve des pages fascinantes sur l'utilisation du téléphone qui, si vous y prenez gare, vous feront envisager les appels à vos êtres chers sous un angle nouveau. Et toujours ces formules aussi inattendues que brillantes comme quand « s'avance le sommelier, aussi poussiéreux que ses bouteilles, bancroche et ébloui comme si, venant de la cave, il s'était tordu le pied avant de remonter au jour. »
Les pages sur la maladie de sa grand'mère chérie sont admirables ; elles n'épargnent pas les médecins dont les diagnostics aussi contradictoires que péremptoires ne parviennent pas, consultation terminée et verdict implacable posé (« votre grand'mère est perdue ») à masquer qu'ils ont d'autres chats à fouetter (« vous savez que je dîne chez le ministre du Commerce »). L'évolution de la maladie, les phases d'espoir succédant aux phases de découragement, tout cela parlera à qui l'a traversé, tout comme la solitude qui s'empare de celui qui a vraiment du chagrin : « Ce n'est pas que le duc de Guermantes fût mal élevé, au contraire. Mais il était de ces hommes incapables de se mettre à la place des autres, de ces hommes ressemblant en cela à la plupart des médecins et aux croque-morts, et qui, après avoir pris une figure de circonstance et dit : «Ce sont des instants très pénibles », vous avoir au besoin embrassé et conseillé le repos, ne considèrent plus une agonie ou un enterrement que comme une réunion mondaine plus ou moins restreinte où, avec une jovialité comprimée un moment, ils cherchent des yeux la personne à qui ils peuvent parler de leurs petites affaires … »
Mais que dire de cet adieu magnifique à cette grand'mère qui semble avoir tellement compté ? Rien, juste le lire et sentir l'émotion vous gagner :
« Maintenant (ses cheveux) étaient seuls à imposer la couronne de la vieillesse sur le visage redevenu jeune d'où avaient disparu les rides, les contractions, les empâtements, les tensions, les fléchissements que, depuis tant d'années, lui avait ajoutés la souffrance. Comme au temps lointain où ses parents lui avaient choisi un époux, elle avait les traits délicatement tracés par la pureté et la soumission, les joues brillantes d'une chaste espérance, d'un rêve de bonheur, même d'une innocente gaieté, que les années avaient peu à peu détruits. La vie en se retirant venait d'emporter les désillusions de la vie. Un sourire semblait posé sur les lèvres de ma grand'mère. Sur ce lit funèbre, la mort comme le sculpteur du Moyen Age, l'avait couchée sous l'apparence d'une jeune fille. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          273
Charybde2
  04 septembre 2013
Le 3ème tome : croire un instant au "régime de croisière", et découvrir ce que "retors" veut dire.
Publié en 1920 et 1921, en deux parties, le troisième tome de "A la recherche du temps perdu" voit apparaître une forme de "régime de croisière" de la narration, que Proust va s'employer - renouvelant les ressources de son machiavélisme de romancier - à faire brillamment tanguer en surprenant plusieurs fois son lecteur par un bel art du contre-pied, qui était jusque là surtout manifeste dans son ironie serrée vis-à-vis de (presque) tous les personnages. Il voit aussi se réaliser un miracle d'écriture : sous le regard légèrement incrédule du lecteur, Proust démontre qu'il peut approfondir un sujet qu'il semblait avoir déjà - à l'aune d'un roman de taille et d'ampleur "habituelles" - "traité" (l'art mondain de vivre et de converser, avec ses gradations infimes et infinies) et donner à penser que l'on n'avait encore rien vu.
La conquête de (l'hôtel, de la duchesse, du duc, de la dynastie) Guermantes, si l'on ose ainsi parodier Zola, est en réalité la plus stendhalienne de toutes les partitions jouées, digérées et si magnifiquement transfigurées par Proust. C'est dans cet effort de longue haleine, dans cet impressionnant déploiement de forces, de ressources, d'énergie et d'imagination, dans l'intégration des échecs successifs aussi, que la face la plus "Julien Sorel" du jeune Marcel se révèle dans toute sa sombre splendeur.
La "profonde" amitié avec Saint-Loup, qui semblait au fond à peine désirée par le narrateur, précédemment à Balbec, devient une étape essentielle de cette formidable manoeuvre d'approche d'amour, de gloire et de mondanité. Elle est aussi, pour le lecteur, l'occasion d'une extraordinaire démonstration de compréhension, de la part de Proust, en finesse, de l'art militaire de son temps, au niveau des meilleurs professionnels, manifeste lors des dialogues entre la curiosité du narrateur, les réponses de Saint-Loup et de ses camarades, et l'ombre de leur brillant instructeur : l'une des plus étonnantes incises témoignant de la culture encyclopédique et opératoire de Proust, d'ailleurs superbement commentée par le grand spécialiste de l'auteur qu'est Jean-Yves Tadié dans l'un des chapitres de son joliment paradoxal « de Proust à Dumas ».
Tandis que l'ombre de Charlus grandit (le quatrième tome, "Sodome et Gomorrhe", celui de la "révélation" de la plus célèbre facette du personnage, n'est maintenant plus très loin), la première partie s'achève au bout de 232 pages par l'un des grands tournants du roman, sans doute beaucoup plus que le premier séjour à Balbec, malgré l'impact à long terme de celui-ci : l'attaque et le décès de la grand-mère du narrateur, et avec elle, la véritable disparition du personnage-enfant qui subsistait jusque là.
La deuxième partie, qui semble démarrer par ce qu'aux échecs on appellerait un "coup d'attente" (le retour, durant l'agonie de la grand-mère, et à travers l'art de Bergotte, sur la question de ce qui fait qu'un écrivain bouleverse, puis cesse plus tard d'intéresser le "même" lecteur), permet en réalité à l'auteur de placer deux "coups" majeurs, dont toute la puissance apparaîtra, à nouveau, dans les volumes suivants : la visite d'Albertine - véritable moment de bascule de la narration "principale" de la Recherche, et pourtant encore soigneusement dissimulé comme tel -, et la succession ironique des passions amoureuses, ébauchée par Swann, à travers l'entrée dans les grâces de la duchesse et dans son univers, à un moment où le narrateur est presque "passé à autre chose".
Avant l'entrée "officielle" dans l'ensemble du monde Guermantes qui finit ce troisième volume, on note aussi le premier grand "moment musilien par anticipation" de Proust, lorsque, délaissant un instant ses principaux protagonistes aristocratiques ou - "au pire" - grands bourgeois, il laisse l'une de ses voix se pencher sur "l'homme moyen" cher au romancier autrichien qui, dix ans plus tard, avec "L'homme sans qualités", publiera à son tour un roman-fleuve, portant sur la même période historique, mais d'une orientation profondément différente. Il restera donc fatalement à évoquer, un peu plus tard, les traces de Schopenhauer et de Nietzsche, et la manière dont elles ont affecté les deux auteurs (ce que laissait d'ailleurs supposer, dans une tentative de clin d'oeil entre volumes, proustien en diable, l'emploi des adjectifs "intempestif" et "inactuel" dans ma recension du tome 1).
« En effet, il avait l'habitude de comparer toujours ce qu'il entendait à un certain texte déjà connu et sentait s'éveiller son admiration s'il ne voyait pas de différences. Cet état d'esprit n'est pas négligeable car, appliqué aux conversations politiques, à la lecture des journaux, il forme l'opinion publique, et par là rend possibles les plus grands événements. Beaucoup de patrons de cafés allemands admirant seulement leur consommateur ou leur journal, quand ils disaient que la France, l'Angleterre et la Russie « cherchaient » l'Allemagne, ont rendu possible, au moment d'Agadir, une guerre qui d'ailleurs n'a pas éclaté. Les historiens, s'ils n'ont pas eu tort de renoncer à expliquer les actes des peuples par la volonté des rois, doivent la remplacer par la psychologie de l'individu, de l'individu médiocre. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          92
chartel
  07 juillet 2011
Ce troisième tome de la Recherche s'aventure dans le faubourg Saint Germain, terre aristocratique, ce fameux "côté de Guermantes", où le narrateur arrive étonnamment à s'introduire dans le salon de la duchesse de Guermantes grâce à ses qualités intellectuelles et littéraires.
Comme il comparaît Balbec et son pays, dans le tome précédent, avec les images construites et rêvées à partir de son simple nom, il met en balance sa vision fantasmée de ce monde de la haute noblesse avec ce qu'il voit, sent et entend au cours des dîners et des raouts auxquels il est convié régulièrement. Autant dire que le décalage est tout aussi radical que pour Balbec et que la désillusion est complète. La réalité ne concorde pas avec une image toujours trop idéalisée, et le narrateur se rend compte que tout aristocrates qu'ils sont, les habitants des beaux hôtels du faubourg Saint Germain n'en sont pas moins des hommes et des femmes comme les autres. L'incarnation tue le rêve.
Le rêve est d'ailleurs un thème cher à Proust, comme tous les intellectuels de son époque il en explore les richesses. Bien que très éloigné formellement des Surréalistes, il n'en avait pas moins les mêmes préoccupations.
Bien que la peinture des salons soit parfois un peu longue et fastidieuse, notamment chez Madame de Villeparisis, j'ai été, encore une fois, ébloui par l'extrême minutie de Proust lorsqu'il s'attache à une idée, qu'il la travaille, la creuse et la martèle pour en extraire des saveurs et des impressions inattendues.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          161
ladymuse
  01 janvier 2020

Les années 20
Arriva 2020
Un siècle plus tard,
Si différent
L'esprit du temps
Ce furent les années folles
L'art déco
Le dôme, la coupole
The great Gatsby
Dixieland jass band
Kansas city
Mistinguett et Kiki
Le soulagement
Moururent cette année-là
Jean-Paul Toulet
Modigliani
Max Weber
El Gordito
Gustav Mohler
Les autres moururent pendant la guerre
Naquirent
Isaac Asimov
Boris Vian
Bukowsky
Ray Bradbury
Frederico Fellini
Eric Rohmer
Miche Audiard
Michèle Morgan
La Princesse de Bavière vécut 95 ans
Tristan Tsara, Breton
Le surréalisme
Alain, Spengler
Hamsun prix Nobel
De la littérature

"Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.
Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse1, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l'âme,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!
Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.
(Quatre premières strophes du Cimetière Marin)
Paul Valéry 1920
Excellente année 2020 à tous les babélios, pour de nombreux échanges littéraires.
"Champagne everybody!"
(Milos Forman)



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1113
Citations et extraits (113) Voir plus Ajouter une citation
DandylionDandylion   24 mars 2020
Elle leur parlait même d'Eulalie comme d'une bonne personne. Car depuis qu'Eulalie était morte, Françoise avait complètement oublié qu'elle l'avait peu aimée durant sa vie, comme elle aimait peu toute personne qui n'avait rien à manger chez soi, qui « crevait la faim » et venait ensuite, comme un propre à rien, grâce à la bonté des riches, « faire des manières ».
Commenter  J’apprécie          00
GijomsGijoms   18 mars 2020
Sans doute, et il semble que dans une société égalitaire la politesse disparaîtrait, non comme on croit par le défaut d’éducation, mais parce que chez les uns disparaîtrait la déférence due au prestige qui doit être imaginaire pour être efficace, et surtout chez les autres l’amabilité qu’on prodigue et qu’on affine quand on sent qu’elle a pour celui qui la reçoit un prix infini, lequel dans un monde fondé sur l’égalité tomberait subitement à rien, comme tout ce qui n’avait qu’une valeur fiduciaire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Gwen21Gwen21   08 février 2018
Elle était surtout exaspérée par les biscottes de pain grillé que mangeait mon père. Elle était persuadée qu’il en usait pour faire des manières et la faire "valser". "Je peux dire, approuvait le jeune valet de pied, que j’ai jamais vu ça !" Il le disait comme s’il avait tout vu et si en lui les enseignements d’une expérience millénaire s’étendaient à tous les pays et à leurs usages parmi lesquels ne figurait nulle part celui du pain grillé. "Oui, oui, grommelait le maître d’hôtel, mais tout cela pourrait bien changer, les ouvriers doivent faire une grève au Canada et le ministre a dit l’autre soir à Monsieur qu’il a touché pour ça deux cent mille francs." Le maître d’hôtel était loin de l’en blâmer, non qu’il ne fût lui-même parfaitement honnête, mais croyant tous les hommes politiques véreux, le crime de concussion lui paraissait moins grave que le plus léger délit de vol. Il ne se demandait même pas s’il avait bien entendu cette parole historique et il n’était pas frappé de l’invraisemblance qu’elle eût été dite par le coupable lui-même à mon père, sans que celui-ci l’eût mis dehors.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
PilingPiling   18 janvier 2010
Nous disons bien que l’heure de la mort est incertaine, mais quand nous disons cela, nous nous représentons cette heure comme située dans un espace vague et lointain, nous ne pensons pas qu’elle ait un rapport quelconque avec la journée déjà commencée et puisse signifier que la mort—ou sa première prise de possession partielle de nous, après laquelle elle ne nous lâchera plus—pourra se produire dans cet après-midi même, si peu incertain, cet après-midi où l’emploi de toutes les heures est réglé d’avance. On tient à sa promenade pour avoir dans un mois le total de bon air nécessaire, on a hésité sur le choix d’un manteau à emporter, du cocher à appeler, on est en fiacre, la journée est tout entière devant vous, courte, parce qu’on veut être rentré à temps pour recevoir une amie; on voudrait qu’il fît aussi beau le lendemain; et on ne se doute pas que la mort, qui cheminait en vous dans un autre plan, au milieu d’une impénétrable obscurité, a choisi précisément ce jour-là pour entrer en scène, dans quelques minutes, à peu près à l’instant où la voiture atteindra les Champs-Élysées.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   17 octobre 2019
"Tant que le monde sera monde, voyez-vous, disait-elle, il y aura des maîtres pour nous faire trotter et des domestiques pour faire leurs caprices." En dépit de la théorie de cette trotte perpétuelle, déjà depuis un quart d'heure ma mère, qui n'usait probablement pas des mêmes mesures que Françoise pour apprécier la longueur du déjeuner de celle-ci, disait : "Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien faire, voilà plus de deux heures qu'ils sont à table." Et elle sonnait timidement trois ou quatre fois. Françoise, son valet de pied, le maître d'hôtel entendaient les coups de sonnette non comme un appel et sans songer à venir, mais pourtant comme les premiers sons des instruments qui s'accordent quand un concert va bientôt recommencer et qu'on sent qu'il n'y aura plus que quelques minutes d'entracte. Aussi quand les coups commençaient à se répéter et à devenir plus insistants, nos domestiques se mettaient à y prendre garde et, estimant qu'ils n'avaient plus beaucoup de temps devant eux et que la reprise du travail était proche, à un tintement de la sonnette un peu plus sonore que les autres, ils poussaient un soupir et, prenant leur parti, le valet de pied descendait fumer une cigarette devant la porte, Françoise, après quelques réflexions sur nous, telles que "ils ont sûrement la bougeotte", montait ranger ses affaires dans son sixième, et le maître d'hôtel ayant été chercher du papier à lettres dans ma chambre, expédiait rapidement sa correspondance privée.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Videos de Marcel Proust (149) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marcel Proust
https://www.web-tv-culture.com//emission/philippe-b-grimbert-panne-de-secteur-51702.html
Un premier roman est toujours l'occasion de faire connaissance avec un nouvel auteur, avec son écriture, avec son univers. C'est surtout l'occasion de comprendre pourquoi et comment l'écriture arrive dans une existence.
Concernant Philippe B. Grimbert, c'est la médecine qui occupe son temps professionnel. Professeur en milieu hospitalier, il est spécialisé en transplantation rénale. On est alors bien loin de la littérature. Et pourtant…
Vivant depuis l'enfance au milieu des livres, au point d'en faire un rejet par rébellion adolescente, Philippe B. Grimbert retrouvera le plaisir de la lecture à l'âge adulte, devenant même un lecteur forcené et éclectique, marqué par la figure tutélaire des plus grands, Marcel Proust en tête.
Et voilà qu'un jour, sans qu'il puisse réellement expliquer pourquoi, l'envie d'écrire s'impose à lui. Voilà donc ce premier roman « Panne de secteur ».
Un couple d'aujourd'hui, Paul et Sylvie, socialement positionnés dans ce qu'on appelle la classe moyenne. Ils habitent à Paris, mais pas forcément dans les quartiers les plus recherchés. Et quand nait Bérénice, ils vont vouloir le meilleur pour elle. Paul surtout, son père, qui en dépit des évidences, va tenter de faire vivre à sa propre fille ses rêves inabouties. Les meilleures écoles, les meilleures amies, toujours plus pour sortir de ce quotidien dans lequel Paul ne se plait pas. Mais peut-on imposer à son enfant ses propres frustrations. Partant de là, Philippe B. Grimbert nous entraine dans une aventure folle où, prêt à tout, Paul va commettre la petite faute qui va tout compromettre pour l'avenir de sa fille. le livre est très drôle, plein d'humour, dans le style et dans les thème abordés. Mais attention, ici l'humour est grinçant et l'auteur a gentiment sorti les griffes. Chacun en prend pour son grade. Tous les travers de notre société consumériste, envieuse, tapageuse et égocentrée sont ici décortiquée. Rire de peur d'avoir à en pleurer peut-être car, finalement, Paul, est un homme pathétique qui court sans cesse vers ce qu'il pense être une forme de bonheur, au risque de voir tout s'écrouler sous ses pieds. Et Paul nous ressemble sans doute un peu.
Voilà le premier roman de Philippe B. Grimbert, « Panne de secteur » est publié au Dilettante.
+ Lire la suite
autres livres classés : classiqueVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Que savez-vous de Proust ? (niveau assez difficile)

De combien de tomes est composé le roman "A la recherche du temps perdu" ?

5
6
7
8

8 questions
427 lecteurs ont répondu
Thème : Marcel ProustCréer un quiz sur ce livre
.. ..