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Anne Chevalier (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070382330
364 pages
Gallimard (13/03/1990)
  Existe en édition audio
4.4/5   403 notes
Résumé :
« Mademoiselle Albertine est partie ! » Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m'analyser, j'avais cru que cette séparation sans s'être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu'elle me privait de réaliser, je m'étais trouvé subtil, j'avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l'aimais plus. Mais ces mo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
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sur 403 notes
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BillDOE
  12 décembre 2021
Françoise, la bonne du narrateur, vient de lui apprendre qu'Albertine à fait ses malles et s'est enfuie. Lui qui vivait dans la jalousie obsédante de la soupçonner d'avoir des relations saphiques avec ses plus proches amies, se surprend à découvrir dans quel état de tristesse son absence le plonge et l‘amour que finalement il éprouvait pour elle. Sans réfléchir il lui envoie un télégramme la suppliant de revenir mais il reçoit le même jour la nouvelle de sa mort, scellant définitivement toute possibilité de réconciliation. Quelques heures plus tard, une lettre d'Albertine arrive où elle reconnaît son erreur de l'avoir quitter et le prie de lui pardonner l'inconséquence de son départ et d'accepter qu'elle revînt. le narrateur est alors plongé dans une réflexion qui lui fait se remémorer tous les souvenirs qu'ils ont eu de communs.
« J'avais rêvé d'être compris, de ne pas être méconnu par elle, croyant que c'était pour le grand bonheur d'être compris, de ne pas être méconnu, alors que tant d'autres eussent mieux pu le faire. On désire être compris parce qu'on désire être aimé, et on désire être aimé parce qu'on aime. »
Il en arrive à lui pardonner ce pour quoi il l'avait accablée.
« Pourquoi ne m'avait-elle pas dit : « J'ai ces goûts » ? J'aurai cédé, je lui aurait permis de les satisfaire, en ce moment je l'embrasserai encore. »
Pour cela, il interroge Andrée qu'il a installée chez lui. Il demande au maître d'hôtel du Grand hôtel de Balbec d'enquêter et ce dernier lui confirme qu'Albertine a bien séduit à l'époque une blanchisseuse.
Il retrouve chez la duchesse de Guermantes son amie d'enfance Gilberte, qui est devenue Gilberte de Forcheville alors que sa mère s'est remariée à la mort de Swann.
Lorsqu'il rentre de Venise en compagnie de sa mère, le narrateur apprend le mariage de Gilberte avec son ami Robert de Saint-Loup. Elle lui confie que son mari la trompe sans préciser que c'est avec des hommes dont Morel fait partie.
Editions Gallimard, 256 pages.
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Kittiwake
  08 avril 2022
Le titre annonce la couleur. le départ d'Albertine connu dès la fin du tome précédent est effectif. Et Marcel, bien entendu, brûle de qu'il a adoré autant qu'il adore ce qu'il a brûlé, encore très ambivalent en ce qui concerne ses sentiments vis à vis de la demoiselle, qui fluctuent en fonction de ce qu'il croit devoir imaginer des trahisons amoureuses qu'Albertine lui a fait subir, à force de mensonges mal construits.
Mais ce tome, qui ne manque pas de longs passage introspectifs, offre tout de même pas mal de surprises, de faux départs et de quiproquo, l'auteur semblant s'amuser de bousculer autant son narrateur que son lecteur.
On y reverra des personnages croisés naguère, qui fêteront surface sous de nouvelles identités…Suspens garanti.
Pour se consoler de ces événements malheureux, Marcel part pour Venise en compagnie de sa mère. Très belle évocation de la cité des Doges, que le jeune homme quittera, semble t-il débarrassé de ses fantômes amoureux.
Avant dernier tome de la série, où la complexité du narrateur apparaît dans toute sa splendeur, la maturité du raisonnement contraste la mauvaise foi des émotions.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Arimbo
  14 mai 2021

Ce sixième et avant-dernier tome de la Recherche est, à la suite du huis-clos de la prisonnière, le second tome presqu'entièrement consacré à Albertine, et aussi le deuxième roman posthume de l'auteur.
C'est un roman que Proust s'apprêtait probablement à remanier avant que la mort ne l'emporte, et un roman pour lequel il y a eu le plus de controverses éditoriales, et d'éditions successives, notamment à la suite de la découverte en 1992, du manuscrit dactylographié original.
Ce tome est essentiellement constitué d'une exploration prodigieuse des sentiments complexes que génère la séparation d'abord temporaire puis définitive d'un être aimé. Et au delà de ce premier plan, il y a aussi cette recherche de la vérité de l'autre, que l'on croyait connaître, dont on se cachait la vraie nature parce que l'on ne voulait pas la voir, et plus généralement de cette vérité insaisissable des êtres aimés.
J'ai été saisi par la profondeur et la finesse de l'analyse psychologique faite par le narrateur, d'abord de son manque lié au départ d'Albertine, puis de sa douleur à l'annonce de sa mort, de sa recherche quasi obsessionnelle de la vérité sur l'homosexualité de sa compagne disparue, et enfin, sur ce travail de deuil qui va progressivement transformer la douleur et l'obsession en un souvenir apaisé.
Cette exploration des sentiments à l'égard d'Albertine va toujours être présente et revenir, tel un thème obsédant, un leitmotive, dans tous les événements de la vie du narrateur.
Le roman est divisé en 4 chapitres de taille inégale.
Le premier chapitre, magnifique, qui fait plus de la moitié du livre, est tout entier dédié au départ d'Albertine puis à l'annonce de sa mort accidentelle.
Il est difficile de rendre compte de la complexité des états psychologiques du narrateur quitté par Albertine, alimentés parfois par ses discussions avec Andrée, l'amie de cette dernière. Il y a, entre autres, l'état de manque, le désespoir et le pessimisme, mais aussi l'oubli qui progressivement s'installe, et le goût pris à la solitude, la tentation que représentent d'autres jeunes filles, le souhait d'accueillir Andrée, l'amie d'Albertine etc....
Mais voilà qu'un télégramme lui annonce la mort d'Albertine d'un accident de cheval, alors que dans le même temps, deux lettres de celle-ci lui parviennent, la seconde le suppliant de la reprendre.
Alors un étrange travail de deuil va s'accomplir, le narrateur envahi à la fois par le souvenir des jours heureux, mais aussi par ses interrogations obsessionnelles sur l'homosexualité d'Albertine, qui se trouvent confirmées.
Mais, « avec le temps, va , tout s'en va », peu à peu le chagrin se dissipe, l'oubli s'installe, le narrateur arrive à réaliser, que, comme pour lui, il y avait plusieurs personnes en Albertine et s'installe alors un souvenir aimant et apaisé.
Le second chapitre nous fait ré-apparaitre Gilberte, la fille de Swann et d'Odette, veuve de Swann et remariée à Mr Forcheville, ce dernier ayant adopté et donné son nom à Gilberte. Sans entrer dans les détails et ils sont nombreux, ce chapitre est une sorte d'intermède, et très vite revient le «thème » d'Albertine, le dialogue avec Andrée révélant au narrateur, non seulement la nature lesbienne de leurs relations, mais aussi une autre version, totalement inattendue, expliquant le départ de sa «prisonnière ». Néanmoins, l'oubli serein d'Albertine continue de se faire chez le narrateur.
Dans le troisième chapitre, le narrateur fait enfin son voyage à Venise, avec sa mère, un séjour si souvent fantasmé et toujours reporté, une magnifique évocation de cette ville, un séjour qui semble aussi de façon symbolique solder la fin de sa jeunesse, mais dans lequel le « thème » d'Albertine réapparaîtra de façon énigmatique.
Enfin dans le dernier chapitre, assez court, le « train-train »de la vie mondaine reprend, mariage malheureux de Gilberte avec Saint-Loup qui la trompe...avec des hommes, sa mère Odette toujours à court d'argent et qui « tape » son gendre, et enfin grande amitié entre le narrateur et Gilberte, ce qui fait le lien avec le début de la recherche et notamment du Côté de chez Swann.
Au delà de cette analyse de ce tome que je trouve d'une très grande beauté, et avant d'aborder la lecture du dernier volume de la Recherche, je vous livre, chers Babeliotes, mon questionnement pour lequel la réponse vous paraîtra peut-être évidente, ou la question de peu d'interêt au regard des qualités de l'oeuvre.
Ce qui me pose question, est pour moi une énigme, c'est la grande place que prend l'homosexualité à partir de Sodome et Gomorrhe, suivi de la Prisonnière, et d'Albertine disparue, alors que ce point est moins présent dans les trois premiers tomes de la Recherche (sauf dans du Côté de chez Swann où le narrateur assiste aux ébats de Mlle Vinteuil et d'une des ses amies) , et je ne sais pas ce qu'il en est pour le dernier.
Je sais, comme vous, que Proust était lui même homosexuel. En construisant cette oeuvre, dans laquelle un narrateur se présentant comme un être complètement hétérosexuel mais où celui-ci donne dans son récit une si large place à l'homosexualité aussi bien masculine que féminine, et développe devant nous une sorte de quête obsessionnelle des liens lesbiens « fautifs » qui unissent les femmes, en particulier Albertine et ses « amies », Proust ne nous livre-t-il pas de façon détournée, son propre questionnement sur sa propre sexualité. Et le fait d'avoir tant remanié ces trois tomes ne reflète-t-il pas sa difficulté à aborder cette question?
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Charybde2
  06 septembre 2013
Tome 6, avec certaines péripéties énormes parfois préservées du spoiler permanent sur Proust.
Publié en 1925, le 6ème tome de la « Recherche », et le deuxième à être publié de manière posthume, souffre quelque peu par endroits, il faut le reconnaître, de l'absence des frénétiques relectures finales dont l'auteur avait le secret, et dont on mesure à cette occasion à quel point elles étaient nécessaires pour maintenir la cohérence de l'ensemble, et tout particulièrement la cohérence chronologique de cet édifice si subtil, si enchevêtré, et parfois si fragile… du coup, le lecteur pourra sourire, le cas échéant, des quelques murakami-harukieries qui se glissent cette fois dans la narration proustienne, et qui infestent également modérément « le temps retrouvé » (personnages redonnant la même information à la même personne à quelques dizaines de pages d'intervalle, événements réputés avoir eu lieu à deux moments distincts,… sans que ces incohérences mineures puissent être imputées à quelque maladie dégénérative ayant saisi tel ou tel protagoniste…) – « La prisonnière », bloc très homogène et presque monolithique à l'échelle de la « Recherche », en était de ce fait préservée, semble-t-il.
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ATTENTION : si « À la recherche du temps perdu » n'est pas à proprement parler un roman à suspense, il n'en reste pas moins que les paragraphes suivants, à propos de ce sixième tome, contiennent, massivement, ce qu'il est convenu d'appeler des… SPOILERS !!! Vous voilà prévenu : si vous voulez bénéficier d'une lecture « vierge » du roman, passez maintenant votre chemin et n'allez pas plus loin.
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Après le départ brutal d'Albertine à la fin du tome précédent, le lecteur peut s'imaginer un instant, et l'auteur lui fournit habilement quelques raisons de le penser, que la narration va entamer un nouveau cycle d'allers-retours et de volte-faces amoureuses dont Swann d'abord, Saint-Loup un peu ensuite (avant que les révélations de « Sodome et Gomorrhe » n'aient là aussi quelque peu changé le regard du lecteur sur le personnage), et le narrateur lui-même enfin et surtout, nous avaient fourni les modèles précoces.
Racine, abondamment cité dans ce premier chapitre de plus de 100 pages, résonne étrangement dans le chassé-croisé de lettres, de télégrammes et de quiproquos qui, durant quelques jours, introduisent des accents d'authentique tragédie, dont la magnitude va se révéler avec le coup de théâtre, soigneusement orchestré comme tel, avec la part d'incrédulité et de déni qui y est attachée, que constitue la mort accidentelle d'Albertine, par cette providentielle – du point de vue de la narration et de l'épiphanie qui va désormais pouvoir se construire, finalement – chute de cheval : le cours des choses est désormais irrémédiablement changé, et le narrateur va longuement s'interroger sur ce caractère irrémédiable, précisément – tout en plongeant, montrant ainsi au lecteur que les voies de la « guérison » sont décidément bien curieuses, et que Marcel est décidément, encore ici, bien aveugle à lui-même, dans une enquête rétrospective détaillée sur les moeurs et les tromperies, réelles ou supposées, d'Albertine, donnant à lire l'écho puissant des pages de « La prisonnière », mais aussi de celles, plus anciennes, de "Sodome et Gomorrhe", voire de "À l'ombre des jeunes filles en fleurs". Et les réactions de Marcel aux informations issues de cette enquête aiguillent d'ailleurs le lecteur, par indices, vers une toute autre « Recherche », qui pourrait être entièrement écrite à partir des innombrables silences, omissions, palinodies et non-dits du narrateur, tout au long de l'oeuvre, semant le doute sur bien des passages apparemment anodins des cinq premiers tomes, alors que l'on approche maintenant du terme de la quête : la relecture (du passé) invitant à la relecture (de l'oeuvre), en somme.
« J'avais eu beau, en cherchant à connaître Albertine, puis à la posséder tout entière, n'obéir qu'au besoin de réduire par l'expérience à des éléments mesquinement semblables à ceux de notre moi, le mystère de tout être, tout pays, que l'imagination nous a fait paraître différents, et de pousser chacune de nos joies profondes vers sa propre destruction, je ne l'avais pu sans influer à mon tour sur la vie d'Albertine. »
Le chapitre II, avec ses 50 pages, est « déjà », nimbé d'un cynisme ne disant pas son nom, et malgré les dénégations du narrateur, celui du deuil et du retour à la normale, plus rapide que le lecteur ne s'y attendait sans doute, et contenant déjà les germes des aveux d'égoïsme et d'égotisme (Stendhal semble largement de retour dans ce tome, après le balzacien « Sodome et Gomorrhe » et le - au fond - très hugolien « La prisonnière ») qui foisonneront dans « le temps retrouvé ». Retour au monde, et considérations plus urgentes qu'auparavant, semble-t-il, sur la nécessité de l'écriture (mais sans que les « moyens » d'échapper à la procrastination ne veuillent encore se révéler…),
« Mais pour d'autres amis, je me disais que, si l'état de ma santé continuait à s'aggraver et si je ne pouvais plus les voir, il serait agréable de continuer à écrire, pour avoir encore par là accès auprès d'eux, pour leur parler entre les lignes, les faire penser à mon gré, leur plaire, être reçu dans leur coeur. Je me disais cela, parce que les relations mondaines ayant tenu jusqu'ici une place dans ma vie quotidienne, un avenir où elles ne figureraient plus m'effrayait, et que cet expédient qui me permettrait de retenir sur moi l'attention, peut-être d'exciter l'admiration, de mes amis, jusqu'au jour où je serais assez bien pour recommencer à les voir, me consolait ; je me disais cela, mais je sentais bien que ce n'était pas vrai, que si j'aimais à me figurer leur attention comme l'objet de mon plaisir, ce plaisir était un plaisir intérieur, spirituel, solitaire, qu'eux ne pouvaient me donner et que je pouvais trouver non en causant avec eux, mais en écrivant loin d'eux ; et que, si je commençais à écrire, pour les voir indirectement, pour qu'ils eussent une meilleure idée de moi, pour me préparer une meilleure situation dans le monde, peut-être écrire m'ôterait l'envie de les voir, et la situation que la littérature m'aurait peut-être faite dans le monde, je n'aurais plus envie d'en jouir, car mon plaisir ne serait plus dans le monde, mais dans la littérature. »
Et ce n'est évidemment pas par hasard que, parallèlement au processus de deuil et d'oubli (rapide !) d'Albertine dans lequel est lancé le narrateur, le récit détaillé de la bonne fortune mondaine d'Odette et de Gilberte après la mort de Swann survient au même moment de la narration, la cruauté, l'ingratitude et « l'ironie du sort » n'étant jamais nommées, mais extrêmement présentes.
Les deux courts chapitres finaux de ce sixième tome (de 25 et 28 pages respectivement) préparent et annoncent largement, fût-ce encore à phrases couvertes, les révélations et l'aboutissement à venir : le séjour à Venise, si souvent évoqué depuis l'origine et Combray, permet à la fois de réajuster au moment « présent » la dichotomie nom / pays qui structurait la vision de l'imagination chez Marcel, ancrée jusqu'alors presque exclusivement dans sa double confrontation à Balbec, d'effacer « finalement » Albertine, et de récapituler les fondations d'une esthétique « neuve » qui va bientôt pouvoir s'épanouir, tandis que le voyage de retour avec sa mère permet à Marcel de clore symboliquement sa jeunesse - la mort de sa grand-mère lui ayant déjà fourni la fin de l'enfance, en apprenant d'elle certaines pièces familiales manquantes d'une part, et le mariage de Gilberte avec Saint-Loup, clôture d'un passé par excellence, d'autre part.
Tout est prêt pour l'épiphanie.
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Junie
  04 juillet 2016
Dans ce foisonnant roman à suspense, digne de figurer dans les meilleures ventes de thriller, nous partons à la recherche d'une certaine Albertine, qui est en réalité un transsexuel du nom de Joseph, Jojo pour les intimes. Jojo a mis les adjas après avoir monté un coup foireux, un hold-up qui a tourné au massacre après avoir ameuté tous les flics du quartier. Jojo se rhabille en gonzesse illico presto et dégage en loucedé comme un vulgaire cave, profitant du dawa qu'on mis les keufs. Il torpille quelques larfeuilles bien garnis au passage, en visant les clients les plus rupins. le voila plein aux as, assez pour aller se planquer chez une duchesse de Pigalle, La Guermantes, qu'on l'appelle. Jojo claque son pognon, mais discretos, rapport à la maison Poulaga qui le cherche toujours. Il reprend le turbin et fait un numéro dans un chouette cabaret, le Swann, avec sa copine Odette, qui fait des galipettes. Jojo, devenu Albertine pour mieux se planquer, décide de séduire le prince von Faffenheim-Munsterburg-Weiningen, un gars de la haute qui vient la voir tous les soirs et boit du champagne dans ses bottines taille 46. Un aristo grave siphonné mais pété de thunes. Un soir il l'emmène dans sa Rolls pour lui faire découvrir sa collection de papillons z'à vapeur. Et c'est alors que le Prince comprend que Jojo n'est pas une princesse, à la vue de son gros calibre dissimulé sous ses frous frous. le Prince en est tout chaviré, et, la traitant de fieffée coquine, l'enlève dans ses bras musclés pour la conduire au château de ses ancêtres. Albertine disparait pour toujours de la scène du grand banditisme pour devenir la Princesse von Faffenburg-Wennigheim-Burgmunster-de-mes-Deuss, prisonnière de sa folle passion pour les crinolines et les chapeaux à voilettes.
Une bien belle romance écrite dans un style fluide comme j'en rafffffollle.
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Citations et extraits (137) Voir plus Ajouter une citation
EllebannanaEllebannana   12 mars 2017
Par une autre réaction, si (bien que ce fût la distraction — le désir de Mlle dʼÉporcheville — qui mʼeût rendu tout dʼun coup lʼoubli effectif et sensible) il reste que cʼest le temps qui amène progressivement lʼoubli, lʼoubli nʼest pas sans altérer progressivement la notion du temps. Il y a des erreurs dʼoptique dans le temps comme dans lʼespace. La persistance en moi dʼune velléité ancienne de travailler, de réparer le temps perdu, de changer de vie, ou plutôt de commencer à vivre, me donnait lʼillusion que jʼétais toujours aussi jeune ; pourtant le souvenir de tous les événements qui sʼétaient succédé dans ma vie — et aussi ceux qui sʼétaient succédé dans mon cœur, car, quand on a beaucoup changé, on est induit à supposer quʼon a plus longtemps vécu — au cours de ces derniers mois de lʼexistence dʼAlbertine, me les avait fait paraître beaucoup plus longs quʼune année, et maintenant cet oubli de tant de choses, me séparant par des espaces vides, dʼévénements tout récents quʼils me faisaient paraître anciens puisque jʼavais eu ce quʼon appelle « le temps » de les oublier, cʼétait son interpolation, fragmentée, irrégulière, au milieu de ma mémoire — comme une brume épaisse sur lʼocéan, et qui supprime les points de repère des choses — qui détraquait, disloquait mon sentiment des distances dans le temps, là rétrécies, ici distendues, et me faisait me croire tantôt beaucoup plus loin, tantôt beaucoup plus près des choses que je ne lʼétais en réalité. Et comme dans les nouveaux espaces, encore non parcourus, qui sʼétendaient devant moi, il nʼy aurait pas plus de traces de mon amour pour Albertine quʼil nʼy en avait eu dans les temps perdus que je venais de traverser, de mon amour pour ma grand-mère, offrant une succession de périodes sous lesquelles, après un certain intervalle, rien de ce qui soutenait la précédente ne subsistait plus dans celle qui la suivait, ma vie mʼapparut comme quelque chose dʼaussi dépourvu du support dʼun moi individuel identique et permanent, quelque chose dʼaussi inutile dans lʼavenir que long dans le passé, quelque chose que la mort pourrait aussi bien terminer ici ou là, sans nullement le conclure, que ces cours dʼhistoire de France quʼen rhétorique on arrête indifféremment, selon la fantaisie des programmes ou des professeurs à la Révolution de 1830, à celle de 1848, ou à la fin du Second Empire.
Peut-être alors la fatigue et la tristesse que je ressentis vinrent-elles moins dʼavoir aimé inutilement ce que déjà jʼoubliais, que de commencer à me plaire avec de nouveaux vivants, de purs gens du monde, de simples amis des Guermantes, si peu intéressants par eux-mêmes. Je me consolais peut-être plus aisément de constater que celle que jʼavais aimée nʼétait plus au bout dʼun certain temps quʼun pâle souvenir que de retrouver en moi cette vaine activité qui nous fait perdre le temps à tapisser notre vie dʼune végétation vivace mais parasite, qui deviendra le néant aussi quand elle sera morte, qui déjà est étrangère à tout ce que nous avons connu et à laquelle pourtant cherche à plaire notre sénilité bavarde, mélancolique et coquette.
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StormStorm   29 juillet 2009
Notre tort est de croire que les choses se présentent habituellement telles qu’elles sont en réalité, les noms tels qu’ils sont écrits, les gens tels que la photographie et la psychologie donnent d’eux une notion immobile. En fait ce n’est pas du tout cela que nous percevons d’habitude. Nous voyons, nous entendons, nous concevons le monde tout de travers. Nous répétons un nom tel que nous l’avons entendu jusqu’à ce que l’expérience ait rectifié notre erreur, ce qui n’arrive pas toujours. (...)Cette perpétuelle erreur, qui est précisément la « vie », ne donne pas ses mille formes seulement à l’univers visible et à l’univers audible, mais à l’univers social, à l’univers sentimental, à l’univers historique, etc. La princesse de Luxembourg n’a qu’une situation de cocotte pour la femme du Premier Président, ce qui, du reste, est de peu de conséquence; ce qui en a un peu plus, Odette est une femme difficile pour Swann, d’où il bâtit tout un roman qui ne devient que plus douloureux quand il comprend son erreur; ce qui en a encore davantage, les Français ne rêvent que la revanche aux yeux des Allemands. Nous n’avons de l’univers que des visions informes, fragmentées et que nous complétons par des associations d’idées arbitraires, créatrice de dangereuses suggestions.
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coquecigruecoquecigrue   02 juin 2012
(A Venise) Quand, à dix heures du matin, on venait ouvrir mes volets, je voyais flamboyer, au lieu du marbre noir que devenaient en resplendissant les ardoises de Saint-Hilaire, l’Ange d’Or du campanile de Saint-Marc. Rutilant d’un soleil qui le rendait presque impossible à fixer,(...). Je ne pouvais apercevoir que lui tant que j’étais couché, mais comme le monde n’est qu’un vaste cadran solaire où un seul segment ensoleillé nous permet de voir l’heure qu’il est, dès le premier matin je pensai aux boutiques de Combray sur la place de l’Église, qui, le dimanche, étaient sur le point de fermer quand j’arrivais à la messe, tandis que la paille du marché sentait fort sous le soleil déjà chaud.(...) à Venise où la vie quotidienne n’était pas moins réelle qu’à Combray, où comme à Combray le dimanche matin on avait bien le plaisir de descendre dans une rue en fête, mais où cette rue était toute en une eau de saphir, rafraîchie de souffles tièdes, et d’une couleur si résistante que mes yeux fatigués pouvaient, pour se détendre et sans craindre qu’elle fléchît, y appuyer leurs regards.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   04 avril 2022
Autrefois quand j'apprenais qu'une femme aimait les femmes, elle ne me paraissait pas pour cela une femme autre, d'une essence particulière. Mais s'il s'agit d'une femme qu'on aime, pour se débarrasser de la douleur qu'on éprouve à l'idée que cela peut être, on cherche à savoir non seulement ce qu'elle a fait, mais ce qu'elle ressentait en le faisant, quelle idée elle avait de ce qu'elle faisait ; alors, descendant de plus en plus avant, par la profondeur de la douleur on atteint au mystère, à l'essence. Je souffrais jusqu'au fond de moi-même, jusque dans mon corps, dans mon coeur, bien plus que ne m'eût fait souffrir la peur de perdre la vie, de cette curiosité à laquelle collaboraient toutes les forces de mon intelligence et de mon inconscient ; et ainsi c'est dans les profondeurs mêmes d'Albertine que je projetais maintenant tout ce que j'apprenais d'elle. Et la douleur qu'avait ainsi fait pénétrer en moi à une telle profondeur la réalité du vice d'Albertine me rendit bien plus tard un dernier office. Comme le mal que j'avais fait à ma grand-mère, le mal que j'avais fait à Albertine fut un dernier lien entre elle et moi et qui survécut même au souvenir car avec la conservation d'énergie que possède tout ce qui est physique, la souffrance n'a même pas besoin des leçons de la mémoire : ainsi un homme qui a oublié les belles nuits passées au clair de lune dans les bois, souffre encore des rhumatismes qu'il y a pris.

Albertine Disparue, I, Pléiade tome IV p. 107
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ChocolatiineChocolatiine   19 janvier 2014
Le mensonge est essentiel à l'humanité. Il y joue peut-être un aussi grand rôle que la recherche du plaisir, et d'ailleurs est commandé par cette recherche. On ment pour protéger son plaisir, ou son honneur si la divulgation du plaisir est contraire à l'honneur. On ment toute sa vie, même, surtout, peut-être seulement, à ceux qui nous aiment. Ceux-là seuls, en effet, nous font craindre pour notre plaisir et désirer leur estime. (p266)
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