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EAN : 9782072928963
192 pages
Gallimard (07/01/2021)
3.72/5   152 notes
Résumé :
« Lorsque j'ai rencontré Ehlmann, il était debout sur le bord de la route, sa voiture garée en catastrophe sur la bande d'arrêt d'urgence, feux de détresse allumés. J'ai vu qu'il souriait, que tout son visage était tordu de larmes et de rires à la fois, j'ai pensé qu'il était fou. »

Avec Les orages, Sylvain Prudhomme explore ces moments où un être vacille, où tout à coup il est à nu. Heures de vérité. Bouleversements parfois infimes, presque invisibl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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Dans Les orages, Sylvain Prudhomme, découvert et bien apprécié avec Par les routes, m'a offert treize histoires, treize nouvelles, treize moments de grâce, un régal de lecture.

Certaines de ces histoires avaient déjà été publiées dans une première version mais elles sont regroupées ici et c'est très bien.

Avec son écriture délicate, poétique et précise à la fois, Sylvain Prudhomme m'a fait partager quelques moments de vie aigres-doux où un brin d'humour et d'inquiétude apparaissent de temps à autre.

Souvenir de la lumière ouvre le livre de manière très tendue avec Ehlmann, ce père qui sort de quinze jours et autant de nuits passées près de son enfant, bébé de cinq mois entre la vie et la mort, dans une chambre d'hôpital. Comme dans d'autres histoires, lorsqu'il évoque un personnage féminin, en l'occurrence sa femme, l'auteur se contente d'un A. minimaliste. A., justement, n'a pas pu être présente car obligée de travailler. Enfin, sur le bord d'une route, Ehlmann pleure et rit en même temps…

Le taille-haie se révèle aussi très angoissant car grand-père refuse de passer l'engin à son petit-fils alors que chacun, et lui-même en premier, constate de sérieuses absences de plus en plus inquiétantes.

Les voisins crient en faisant l'amour et tout l'immeuble les entend. En fait, ils ne crient pas, ne jubilent pas non plus : ils exultent et Sylvain Prudhomme offre un court récit bien savoureux.

Les cendres sont celles contenues dans une urne funéraire. Après la cérémonie, il faut se rendre au cimetière et le débat est lancé : faut-il un caveau ou enterrer les cendres sous un arbre ? Quel arbre ? Dans le jardin ou dans la forêt ? le père voudrait se retrouver sous un chêne alors que la mère préfèrerait un amandier… à vous de trancher !

Awa beauté dépayse franchement en m'emmenant en Casamance, au Sénégal. J'ai été très ému par ce que vit cette femme qui travaille dur au service de madame Cissé puis fait le ménage à la banque, subissant les assiduités du directeur, monsieur Ba. Elle a une petite fille, Mamouna, pas encore deux ans, et elle économise au maximum car elle rêve d'ouvrir son salon de coiffure qu'elle nommera « Awa beauté ». Hélas, elle apprend que Boubacar, son frère souffre d'un cancer. Si Demba, autre frère, le conduit à l'hôpital, il n'a pas un sou. Alors, Awa paie d'abord la coloscopie puis le voyage en bateau jusqu'à Dakar, et…

La baignoire offre un moment de grâce, formidable moment de détente pour « Elle ».

L'île se trouve en Bretagne où un couple et ses filles se retrouvent pour les vacances. Elle est épuisée. Tension et incompréhension règnent. Faire l'amour ? L'un a envie, l'autre pas mais, après l'orage, le lendemain, tout semble aller mieux.

Balzac, c'est le nom donné par les clients du seul café de Meulun-Paradis à un client qui s'était mis à écrire, seul à une table. le narrateur, lors d'escapades amoureuses, le rencontre puis le retrouve des années après et Balzac se raconte devant le panorama : la Seine, les barres d'immeubles des Mureaux et l'usine de Flins.

L'appartement est une histoire pleine de nostalgie. Juste avant de le vendre, cet homme revient dans l'appartement où il a vécu dix ans avec A. dont il est séparé. Tous les souvenirs remontent à la surface et sont évoqués avec une justesse infinie.

La vague présente un père et sa fille qui retrouve des selfies, six photos prises à l'hôpital où elle va apprendre pourquoi cet homme près duquel elle a grandi, perd peu à peu tous ses moyens : son hippocampe dégénère. Mainteant, elle est à Venise, avec son homme et ses deux enfants et voilà qu'une vague a apporté, devant leurs pieds, un hippocampe !

La tombe est la folle histoire d'un libraire qui, traversant le cimetière du Père-Lachaise, découvre une tombe avec son nom gravé dessus ainsi que sa date de naissance et… 2055. Or, nous sommes le 4 juin 2015 ! Il lui reste donc quarante ans à vivre et il va passer par tous les états, tenter de profiter au maximum, compter les années puis les jours, déprimer, essayer d'écrire. Vraiment, il vaut mieux ne pas savoir…

Fellini montre un homme regardant un film célèbre dans lequel une femme dit que les hommes sont faibles, abouliques, pas clairs, en italien : uomini deboli, abulici, senzo chiarezza. Son métier étant d'écrire des romans, il s'y remet régulièrement et entend sa femme qui lui dit : « Caresse-toi, Guido ». Si elle le dit…

La nuit termine cette série d'histoires, au bord de la mer. Les parents sont avec leurs deux enfants, heureux. Elle lit, dort, nage. le père de leurs deux garçons est reparti pour son travail et c'est la dernière nuit, une dernière baignade…

Ainsi se terminent ces treize moments savoureux. Chacune et chacun sera touché, ému, bouleversé par l'une ou l'autre de ces histoires qui prouvent, à nouveau, toute la délicatesse d'écriture de Sylvain Prudhomme.

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Par les routes est un roman que j'avais bien apprécié (Prix Landernau des Lecteurs et Prix Femina 2019), j'avais été séduite par l'écriture de Sylvain Prudhomme. C'est pourquoi, je n'ai pas hésité à emprunter Les orages à ma médiathèque lorsqu'il a été disponible et je n'ai pas regretté.
Les orages se présente comme un recueil de treize nouvelles explorant des moments de vie où un être perd un peu l'équilibre, se retrouve dans une position fragile, déconcerté face à un événement de la vie inattendu, surprenant, en tout cas déstabilisant. La personne va alors se retrouver face à elle-même, en proie à des émotions très intimes. Après cette période de tempête intérieure souvent non perceptible ou non comprise par les autres, l'apaisement et la lumière reviennent. Ce sont ces quelques moments que l'on pourrait qualifier d'heures de vérité que Sylvain Prudhomme a magnifiquement su transcrire.
Le premier de ces récits « Souvenir de la lumière » au titre évocateur, met en scène Ehlmann qui, après deux semaines d'enfermement dans un service d'urgence pédiatrique, à sa sortie, dans la lumière qui baignait la terrasse de l'établissement, fait le voeu « de ne plus jamais quitter cette incandescence. Faire que sa vie entière se passe désormais dans cette clarté ».
Si ces brèves histoires évoquent toutes un événement incontrôlé par les protagonistes qui les bouleversera à jamais, certaines, comme la première m'ont davantage touché. Ainsi « Awa beauté » où Awa, cette jeune femme très belle rêve en épluchant des crevettes, sa petite Maïmouna pendue à ses jambes, à son futur salon de coiffure, en attendant un coup de fil qu'elle pressent porteur de mauvaise nouvelle. Autre texte court mais bouleversant : « La vague » qui nous parle de la vieillesse de façon tellement délicate avec ce vieil homme qui, doucement mais sûrement oublie tout peu à peu, a trouvé un remède : « L'éclat de rire préventif, comme une façon d'anticiper déjà, à tout hasard, la possible bourde ».
Chacune de ses nouvelles recèle sa part de lumière, de beauté, de délicatesse, de poésie, en mettant à nu des personnages au moment où leur vie bascule, nous révélant ainsi leur fragilité et leurs angoisses les plus intimes, leurs orages intérieurs.
Une écriture d'une très grande sensibilité !

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Ouvrir ce livre de Sylvain Prudhomme, c'est un exercice de lecture vibrant sur le fil d'un équilibre délicat, avec la promesse d'échappées furtives dans des bulles inspirées, et c'est en substance la sensation d'approcher de plus près encore cet écrivain singulier, à l'écriture sensible.
Le thème de ces orages intimes semble lui aller à ravir : épingler avec des mots la fragilité de nos vies sur des post-it, attraper ces instantanés papillons de bascule potentielle, fixer ces moments charnières d'intense vérité, de lucidité, d'incandescence voire de tourmente, où les existences se révèlent dans leur intégralité.
Vertiges d'instants, pas forcément spectaculaires ni décisifs, dont on se souvient longtemps après.
" Je bois au Temps, cher ami. Au temps et à son élasticité. À ses galeries secrètes et ses doubles-fonds sans lesquels on pourrait tout de même vivre bien sûr – mais pas si bien", trinque Balzac, un personnage qui a fait du temps son allié, en arrêtant la frénésie de son quotidien au troquet de Paradis.
Il est ainsi surtout question de temps dans ses nouvelles, un temps le plus souvent en pause, en observation, en suspens voire en surplomb des existences.
Il y est aussi souvent question de couples, d'amours, de vie et de mort, de vie familiale et sentimentale. Et de maladie, comment ne pas envisager le thème sans ce moment décisif où tout bascule, comme pour la première ensorcelante dans sa construction narrative, superbe d'intensité dramatique retenue. Même si la plupart des instants des autres nouvelles seront plus nuancés, la plupart suivis de contre-coup sous forme de décompression, du torrent de larmes trop longtemps refoulé au rire libérateur, via la plénitude sereine.
Il y est aussi question de simplicité, les histoires bien ancrées en elle, aux scenarii souples et décidés, ni trop ni pas assez, la narration dotée d'attrait et de mystère. Jusqu'au choix formel de la nouvelle qui s'impose au fil des pages comme une simple évidence. On lit un recueil de nouvelles sans en avoir la sensation, les frontières entre chaque vie s'estompant pour taguer la fresque moderne d'un florilège de destinées, une mosaïque contemporaine d'instants figés, à l'allure universelle.
Après le très réussi « Par les routes », Sylvain Prudhomme semble affûter encore un peu plus son univers délicat avec ce beau livre. Un écrivain plutôt discret du paysage littéraire, au retentissement de plus en plus manifeste.

"Était-ce surtout la bouleversante inconscience dans laquelle ils m'avaient semblé se tenir, épargnés pour quelques minutes encore, avait continué la femme, si inquiets fussent-ils, assis côte à côte sur leurs petits sièges en bois, venus là sans un pyjama ni une affaire de rechange, certains il y a une heure encore de s'en retourner tous les trois chez eux avant le soir – le vertigineux contraste entre notre sidération à tous alentour et leur ignorance de premiers concernés pourtant, de premiers détruits en puissance, miraculeusement intouchés encore, quoique sur le point de voir leur vie à jamais ravagée."
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Ils sont seuls.
Seule comme peut l'être une femme qui attend son mari, avec ses filles, sur une île en Bretagne, et dont le mari arrive mais qui sent qu'un gouffre de malentendus s'est ouvert en son absence (« L'île »).
Seule comme peut l'être cette femme, quelque part en Casamance, qui a économisé centime après centime pour s'acheter un salon de coiffure, et qui va devoir tout donner pour soigner son petit frère atteint d'un cancer ‘(»Awa beauté)
Seuls comme ce couple a pu l'être, devant la situation critique de leur enfant malade, dormant presque à même le sol dans un réduit de quelques mètres carré pour rester à son chevet (« Souvenirs de la lumière »)
Ou seul comme un homme qui revisite une dernière fois l'appartement où il a vécu, où il a passé ses meilleurs moments, et qu'il va rendre parce que d'autres locataires vont l'investir (« l'appartement »).
Mais toujours la lumière apparaît, que ce soit au sens propre, avec une description de paysage (« la nuit ») ou au sens littéral comme à la fin de la nouvelle « L'île » ou finalement « L'orage a lavé les ardoises et les chemins. Lavé le ciel. Lavé jusqu'à la mer étale au loin. le regard fend l'air. Devant la maison les champs mouillés brillent » - sans doute ma nouvelle préférée de ce recueil.
La dernière de couverture nous dit que Sylvain Prudhomme « explore ces moment où un être vacille, où tout à coup il est à nu. » Ecrites entre Mai et Septembre 2020, ces nouvelles partent de l'intime, de ces moments de basculement, de ces heures de vérité, déterminantes pour la suite.
Je connaissais l'écriture de Sylvain Prudhomme que j'avais appréciée avec « Les grands », puis « par les routes », un style très attachant qui évoquer parfois Olivier Adam en plus resserré.
Un auteur à découvrir donc, et ce recueil de nouvelles peut être une très bonne introduction à son écriture fine et qui touche juste.
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J'avais été séduite par le précédent roman de Sylvain Prudhomme, « Par les routes » qui décrit avec délicatesse l'amitié et le désir amoureux entre trois personnages. Dans "Les orages" qui regroupe treize nouvelles touchantes de simplicité et de vérité, j'ai retrouvé avec plaisir la plume tout en finesse de l'auteur.
Ces fragments de vie qui touchent à l'intime se racontent à la première ou troisième personne, ils nous font toucher du doigt, chacun à sa manière, la fragilité humaine.
Chaque histoire est un instant qui compte dans une existence. Dans « les cendres » un homme va à l'enterrement de son père et se revoie, enfant, sur la banquette arrière de la voiture avec ses parents qui parlent de leur mort. Dans « L'appartement », c'est d'un déménagement qu'il est question, et de toute une existence sur laquelle on claque la porte. Dans « Balzac », le narrateur rencontre un curieux personnage venu, comme lui, s'éloigner de Paris dans ce village discret. Dans « La nuit », une femme en vacances s'énivre de soleil et de mer jusqu'à trouver l'apaisement.
La nouvelle « souvenir de la lumière » qui débute le recueil est assez extraordinaire. le narrateur raconte cette rencontre fugace avec un homme qui a passé plusieurs jours au chevet de son enfant malade. Chambre 817. Avec ce seul détail, le narrateur cherchera à voir cette chambre pour tenter de remonter le temps et revivre le drame intime de cet homme. C'est une histoire lumineuse et troublante. Mais toutes les histoires de Sylvain Prudhomme ne se laissent dévoiler qui peu à peu pour révéler toute la sensibilité des personnages avec leurs faiblesses.
J'ai eu un coup de coeur pour « Awa beauté ». Awa est employée de maison en Casamance. Tout en préparant le repas, elle rêve à son projet de salon de coiffure, mais la réalité va la rattraper. La sobriété avec laquelle est racontée cette histoire la rend encore plus bouleversante.
N'attendez pas de chutes spectaculaires à ces récits, ils n'en ont pas besoin pour capter l'intérêt du lecteur.
L'écriture délicate de l'auteur se prête à merveille à ces fragments de vie ordinaires fragiles comme des porcelaines de Saxe et pourtant si intensément vivants et émouvants.
Un style à découvrir, un beau recueil à savourer.

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critiques presse (4)
Lexpress
08 février 2021
13 histoires lumineuses sur des êtres qui vacillent
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeMonde
02 février 2021
Avec « Les Orages », l’écrivain signe un recueil de nouvelles qui récapitule bien sa manière. Où clarté, musicalité, délicatesse ne se révèlent jamais mieux que dans la tension du moment.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique
26 janvier 2021
"Les orages", treize nouvelles émouvantes de Sylvain Prudhomme, qui explore l'intimité de la fragilité humaine.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro
07 janvier 2021
Des histoires de vies ordinaires, parfois tristes, mais intenses et tissées de miracles.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
La longue procession de la vie s’est remise en ordre : son père, sa mère à la place du mort, comme il est d’usage de dire, malgré l’incertitude de cette désignation, la place du mort n’étant jamais, que je sache, la place d’un mort déjà mort, on ne songerait pas à le mettre là, même si ce pourrait être une jolie façon de lui réserver un dernier voyage, de laisser entrer dans ses yeux éteints une ultime vague de lumière et de rumeur du monde – en toute logique donc on ne devrait pas l’appeler la place du mort, seulement peut-être la place du mieux placé pour la mort, la place du favori, au vu des statistiques, de la meilleure cote, comme au tiercé, les jeux n’étant jamais faits, la vie n’aimant rien tant que déjouer les pronostics, toutes les places pouvant à tout moment devenir des places du mort, toutes les places étant intrinsèquement des places du mort, des places de futurs morts, à jamais, et bien malin qui oserait annoncer dans quel ordre.
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Elle le regarde qui dort près d'elle. Qui ne saura rien demain de la tempête. N'aura pas même entendu qu'un orage leur passait dessus.
Elle regarde la lourde masse de son corps allongée près d'elle. Ce corps qu'elle a maudit hier soir puis qu'elle a laissé jouir dans le sien, comme il a déjà joui mille fois en elle. Ce corps que demain elle verra de nouveau debout, de nouveau vivant, animé, léger ou lourd selon les moments, capable tantôt de lui plaire, tantôt de l'agacer si fort. Ce corps avec lequel elle a décidé, il y a des années, jusqu'à nouvel ordre, de composer.
Elle se serre contre lui.
Elle dort.
Interminablement elle dort.
A son réveil il est midi.
C'était donc vrai qu'elle était fatiguée.
Elle saute du lit, se précipite vers la terrasse.
Dehors le ciel est blanc. La terrasse jonchée de feuilles arrachées par l'orage. L'eau a laissé çà et là des flaques.
Les ardoises brillent. Les filles bullent dans des chaises longues, un livre dans les mains.
Leur père prépare des cannes pour aller tout à l'heure à la pêche.
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Il y a six photos. Six instantanés pris en quelques secondes six images sur lesquelles leurs expressions se modifient d’une pose à l’autre, la détente d’un éclat de rire succédant à un instant de gravité feinte, le flou d’un mouvement immaîtrisé à plusieurs secondes de concentration soutenue. Sur toutes on sent la même émotion : le bonheur d’être ensemble, et le désir de graver ce bonheur. La conscience qu’il ne durera pas toujours. Le besoin de le fixer. D’en attester la réalité. D’en manifester la saveur, le prix. De pouvoir un jour peut-être, plus tard, se le remémorer. Comprend-on, à les regarder, ce qui arrive ? Ces choses-là se deviennent aux seules expressions des visages ?
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Elle se lève pour faire quelques pas en déplissant sa jupe, Il se permet un commentaire élogieux sur son physique. Ça l’agace tellement quand ce n’est pas le moment ! Elle se dit souvent, depuis qu’elle est entrée dans la quarantaine, qu’elle ferait mieux de s’en réjouir, mais ce n’est pas si simple. Elle n’a jamais trouvé le bon équilibre entre le besoin de plaire et la répulsion que provoquent chez elle les regards débauchés sur son corps lorsqu’elle emprunte les tapis roulants ou les escalators. Ces machines infernales dans les galeries marchandes et les aéroports lui font penser aux lignes d’abattage où l’on inspecte les quarts de bœufs.
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Pendant longtemps la ville n’avait eu que l’hôpital régional, mouroir écrasé de chaleur, posé tout au bout du goudron comme un signe, terminus de la route aussi bien que de la vie, avec son enfilade de dispensaires ensablés au beau milieu d’une esplanade étourdie de soleil.
Le plus sûr endroit pour mourir rek.
Et si par malheur tu es encore un peu trop vivant à ton arrivée de toute façon ils te finissent dans la semaine.
Il y avait eu un ou deux scandales mémorables.
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Vidéo de Sylvain Prudhomme
Une version scénique et inédite de « Bookmakers », par Richard Gaitet, Samuel Hirsch & Charlie Marcelet
Avec Télérama et Longueur d'ondes
En dialoguant avec 16 auteurs contemporains qui livrent les secrets de leur ecriture, decrivent la naissance de leur vocation, leurs influences majeures et leurs rituels, Richard Gaitet deconstruit le mythe de l'inspiration et offre un show litteraire et musical.
Avec les voix de Bruno Bayon, Alain Damasio, Chloe Delaume, Marie Desplechin, Sophie Divry, Tristan Garcia, Philippe Jaenada, Pierre Jourde, Dany Laferriere, Lola Lafon, Herve le Tellier, Nicolas Mathieu, Sylvain Prudhomme, Lydie Salvayre, Delphine de Vigan et Alice Zeniter.
En partenariat avec Télérama et le Festival « Longueur d'ondes »
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