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Critiques sur Par les routes (25)
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Jeanfrancoislemoine
  15 septembre 2019
"Le monde se divise en deux parties , ceux qui partent et ceux qui restent"
Bon , pardonnez moi , mais tourner les pages pour tourner les pages , j'ai passé l'âge. Je pars . J'avoue humblement ,mais sans hésitation, n'avoir éprouvé qu'ennui mortel depuis le début de ma lecture . Bien gentils , Sacha et l'autostoppeur , mais , franchement , où veulent - ils en venir ? Je dois être intellectuellement " insuffisant " pour ne pas comprendre ce qui est , pour moi , un vide sidéral. J'avoue ne renoncer que rarement à une lecture mais , quand celle - ci devient une torture , il en va du salut de mon âme, de mon moi , de mon être . Je ne dis pas que c'est un récit sans aucun intérêt, ce serait bien prétentieux de ma part , je dirais simplement que je ne comprends rien et que je m'emmerde , mais " grave " . J'ai bien essayé de rétablir du sens avec la ponctuation , un effet de style soi - disant moderne , qui ravit certains et certaines mais ne me convainc pas , je ne vois pas où je vais , dans quelle galère je m'embarque mais je vois dans quel ennui je sombre . Désolé , j'arrête , je fuis , je laisse la place , ce livre ne m'inspire aucune émotion, c'est tout . Je ne dirai jamais qu'il est mauvais , ce serait d'une prétention.....mais je dis que je ne m'y sens pas bien , n'y trouve rien qui puisse m'emballer. Une déception car , à la lecture des critiques , je pensais me trouver en face d'un remarquable roman , un incontournable de la rentrée littéraire, un élément du plus haut intérêt.
Mais que voulez - vous , comme aurait dit Brassens , " quand on s'emmerde , on s'emmerde " et , franchement , à cette lecture , je m'emmerde et ce n'est pas ma conception de la littérature .Allez , sans rancune , je passe à autre chose ....Rien de plus à dire...
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montmartin
  05 septembre 2019
Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui partent. Et ceux qui restent.

Sacha le narrateur, un écrivain de 40 ans, a quitté Paris pour entamer une nouvelle vie. Il rêve de repos, d'une existence plus vraie. Il s'installe dans un village où il retrouve l'autostoppeur qu'il a connu il y a vingt ans. Marié à Marie, papa d'Augustin, il bricole à droite et à gauche, ni trop souvent ni trop peu, juste ce qu'il faut pour maintenir le juste équilibre, rapporter à la maison sa part de revenus. L'autostoppeur a toujours ce besoin de partir, c'est nécessaire à son équilibre, s'il reste trop souvent sans s'en aller, il étouffe. le goût des rencontres, l'envie de connaître des gens, de voir du pays, d'aller traîner ses guêtres ailleurs.
Il prend des photos des personnes rencontrées pour garder un souvenir et il les envoie à ses proches pour simplement dire qu'il va bien.

Des phrases de quatre ou cinq mots, pas plus, qui donnent de la souplesse et du rythme au récit. Une écriture tranquille comme le cheminement du héros. Une ode aux chemins, aux routes, aux paysages et aux rencontres. Une histoire originale dont on ne connaît pas le nom du personnage principal simplement son surnom « L'autostoppeur ». Un homme qui voyage sans but si ce n'est d'être par les routes, un appel irrésistible.
Un beau récit sur l'éloignement. La quête sans fin d'un homme qui va s'effacer peu à peu. Un roman rempli d'amour, plein de délicatesse et de poésie qui vous donnera envie de prendre votre sac à dos et de partir sur les chemins. Les dernières pages sont magnifiques, un hymne au partage, au rassemblement.
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RITAB
  10 septembre 2019
« J'avais retrouvé l'autostoppeur il y a six ou sept ans, dans une petite ville du sud-est de la France,… » Ainsi démarre cette histoire où l'autostoppeur - jamais nommé autrement - nous embarque dans la France des autoroutes. le départ donc, synonyme de désir. le désir comme immanence. le tiraillement qui en résulte est le fil conducteur de cette histoire.

Il y a celui qui part, et celui qui reste. Celui qui reste donc est Sacha, écrivain qui désire faire le vide dans une vie où il piétine, à l'aube de sa deuxième moitié de vie. Il emporte pour seuls bagages deux sacs et s'installe dans la ville V. avec une « envie de table rase. de concentration. de calme. » Quelques vêtements et livres auxquels il tient.

« A V. je comptais mener une vie calme. Ramassée. Studieuse. Je rêvais de repos. de lumière. D'une existence plus vraie. Je rêvais d'élan. de fluidité. »

Les deux se retrouvent à nouveau dans cette ville V. après une vingtaine d'années de séparation. L'autostoppeur a désormais une famille, une femme Marie et un fils Agustin, mais continue à prendre la route entre deux périodes où il accomplit un travail alimentaire sur les chantiers. Rien de solide et d'arrimé : « les charpentes... Les chantiers étaient longs, j'en avais marre… Je me suis mis à l'électricité, à la plomberie. » Et puis il repart. Il part, toujours sans but précis, il se « fiche d'arriver où que ce soit… Paris, ou Lille, ou Brest… que pour le plaisir. Pour le plaisir. » Il part sans perspective. Ou alors si, avec la perspective de rencontres, ces gens qu'il trouve « admirables » de l'avoir pris. Pour lui c'est le « critère suprême de l'hospitalité. » Il les prend en photo et accumule les polaroids de ces rencontres. Il y a cette rencontre avec cette fille belle « la peau fantasmatiquement blanche, les cheveux très noirs » qui a vécu une très belle histoire d'amour avec un Français et montre à l'autostoppeur une vigie « une tour en béton d'où on voyait très loin à la ronde ». Son amoureux et elle ont monté la garde à guetter tous les feux au loin, isolés sur cette tour.

Lui part et Sacha reste. Se rapproche de la cellule familiale, de Marie et Agustin. Replonge dans son projet d'écriture dont le point de départ est « la fameuse ellipse du dernier chapitre de l'Education sentimentale. "Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. Il revint"… toute une vie humaine réduite par l'accélération désinvolte de Flaubert à cela : un départ, un retour. » Lui, Sacha, décide « à rebours de Flaubert… de retenir le temps. » Son projet commence à frémir. A s'étendre. Il se satisfait d'une période d'attente par « ralentissement, par saturation, dilatation, restitution de chaque instant, de détails, d'images, de sensations, de réminiscences, d'associations. » Un jeu de séduction se déploie en parallèle. Des rapprochements entre lui et Marie, ou avec Jeanne rencontrée à V. S'ensuit l'assouvissement sexuel qui recrée le vide. le manque. Et la créativité qui attend que le désir se manifeste. le désir a ses cycles, et Sacha les laisse s'animer avec l'intensité qui leur incombe.

Pendant ce temps l'autostoppeur qui fuit les charpentes continue à revenir à V. et à toujours lui souffler ce désir de départ, de voyager dans la vie réelle. « Un jour il faudra que tu écrives sur les habitacles de voiture, il me disait en se tournant vers moi devant son fils, comme si la répartition des tâches entre nous devait éternellement être celle-là, lui vivre, moi écrire, cela inéluctablement, sans que jamais ni l'un ni l'autre échappe à son destin. » L'habitacle donc, le ciel étoilé, les constellations sont les chefs-lieux de ce monde qui s'ouvre ou se ferme et limite le cerveau créateur de Sacha. le temps et l'espace, les deux dimensions que Sacha explore pour construire son oeuvre.

Et des espaces parcourus, Sylvain Prudhomme en a visiblement parcouru beaucoup. Il nous livre de sublimes pages, une fabuleuse fresque de la France des autoroutes avec une langue riche, poétique, évocatrice. Sans emphase. Une langue qui évoque toutes ces rêveries et ces questionnements qui nous saisissent quand l'on voyage et colle le nez à la vitre et que l'on voit le paysage défiler. Vous ne les verrez plus défiler de la même manière après la lecture de ces pages.

« La rambarde nationale vrai trait d'union de notre territoire… de la Provence aux Flandres, du Jura aux Landes… le trait horizontal d'une rambarde, et par-dessus la rambarde un clocher d'église qui glissait au loin ; la grappe de maisons d'un village déjà disparu, mangé par les boqueteaux d'arbres, ravalé par les courbes du relief, le brouillard, les tons pâles des collines et de la plaine. Et de nouveau alentour le vide, les champs, les sillons des labours. de nouveau cette toile semi-abstraite regardée mille fois sans y penser et pourtant infusée année après année en nous. Devenue si intime à nos sens qu'elle finissait par nous habiter, et si d'aventure nous franchissions les Pyrénées et passions en Espagne ou franchissions le Rhin pour entrer en Allemagne aussitôt nous le savions, un inexplicable dépaysement nous en avertissait, nous n'étions plus en France et tout de suite une voix nous le soufflait. »

Celui qui part, c'est celui qui se connecte au monde « Il y a ceux qui tiennent au bord du fleuve, il répétait. Et il y a ceux qui sont le fleuve. »

Et parce qu'au bout du voyage, du voyage de l'écriture, du voyage à proprement parler, il y a cette connexion au monde, parce qu'au bout du trajet s'effectue une fusion avec le monde, du moins quand un voyage est porté avec grâce et fougue, comme l'est ce livre, il est beaucoup question d'amour. D'amour entre les hommes. Il est également beaucoup question d'amour entre deux êtres, du lien qui se tend et s'étiole selon la proximité géographique. de l'amour parental. de ce basculement entre l'adulte libre de ses mouvements à l'adulte aliéné à une vie de parent. Avec l'enfant, « l'ogre », qui dévore le temps, réduit les possibilités de tracer toutes ces trajectoires d'avant. Il est aussi question du désir de l'autre à travers le regard d'une tierce personne. du désir qui s'accroît quand l'histoire d'amour navigue dans l'incertitude. Comme pour l'écriture d'un roman. Sans cesse Sylvain Prudhomme fait naitre sous sa plume cette énergie du désir créateur qui est certainement un thème central de ce livre. Une nouvelle de « Risibles amour » de Kundera est évoquée. Il est question également de tous ces autres que l'on rencontre en dehors de la cellule familiale. de l'importance de l'air extérieur, du risque d'étouffement dans la vie familiale autarcique. Et également de l'acuité de l'enfant qui voit tout et qui à travers une partie d'échec, fait comprendre qu'il sait ce qui se joue sous son toit. Et le manifeste clairement.

L'écriture, la plume de Sylvain Prudhomme a le don de fédérer bien des lecteurs de différents horizons. Je vous ai conté une histoire de ce livre. Mais en réalité, j'aurais pu en conter une autre. Bien d'autres trajets sont possibles. Je vous invite donc à tracer le vôtre à travers ces routes que tous nous empruntons. de monter à bord de cette voiture-univers. Un livre que j'ai beaucoup corné et que je relirai. Une excellente lecture.


Par les routes ; Sylvain Prudhomme ; Editions de l'arbalète Gallimard ; septembre 2019.



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motspourmots
  28 août 2019
J'aime de plus en plus la plume et l'univers de Sylvain Prudhomme. Après la surprise Les grands, le plaisir de Légende, j'avoue que Par les routes m'enthousiasme à tous les niveaux. Ses thèmes, son ambition, la souplesse de son rythme qui rend si agréable de cheminer sous sa plume. Comme pour Légende, une histoire d'amitié, un brin de nostalgie, l'exploration de ce qui relie les hommes. Là s'arrêtent les points communs. Ici, il est question des routes que chacun emprunte, chemins de vie, sentiers intimes ou routes nationales. Les ici, les ailleurs et les possibles.

Avec deux sacs pour seuls bagages, Sacha a quitté Paris pour s'installer dans une ville du sud-est de la France que l'on ne connaitra que par son initiale, V. En quête du calme propice à l'inspiration de l'écrivain, persuadé que "on voit mieux dans le peu. On vit mieux. On se déplace mieux, on conçoit mieux, on décide mieux". A peine arrivé, il apprend que celui qu'il appelle "l'autostoppeur", un ami qu'il n'a pas vu depuis seize ou dix-sept ans habite également à V. avec Marie et leur fils Agustin. Il y a longtemps, Sacha et l'autostoppeur ont parcouru les routes, dans le monde entier, en stop. L'autostoppeur a désormais une entreprise de réparation en tous genres, une compagne et un fils, mais il continue à s'offrir des escapades de quelques jours, toujours en stop. Tandis que Sacha s'installe, l'autostoppeur multiplie les départs, sous l'oeil bienveillant, compréhensif, puis de plus en plus dubitatif de Marie. Pourtant, il n'est pas question de fuite, plutôt d'une quête, d'une envie de rencontres... Se forme ainsi une drôle de cohabitation entre ceux qui restent et celui qui part, revient de plus en plus tard sans pourtant jamais vraiment les quitter.

Comme c'est agréable de prendre le temps, d'avancer lentement, tranquillement, guidé par la poésie qui se glisse par surprise au détour des pages. On n'a qu'une envie : attraper une carte Michelin, repérer des villages et se tracer un chemin selon l'humeur du jour. On sourit des trouvailles de l'autostoppeur dont les noms des étapes sont autant de messages et de clins d'oeil adressés à ceux qui sont restés à V., petites bulles de poésie, petits brins de tendresse. L'espace et le temps prennent une autre dimension, comme apprivoisés. La notion de famille se trouve joliment remaniée. Il flotte un agréable sentiment de liberté, de bien-être. La sensation d'appartenir au monde.

L'univers de Sylvain Prudhomme s'affirme au fil des livres et je sais désormais que je le retrouverai avec envie. Une fois n'est pas coutume, j'ai bien envie d'installer Par les routes sur ma table de chevet, histoire d'en donner un petit morceau à picorer à mes rêves chaque soir. Et vous savez quoi ? Je ne regarderai plus jamais les noms des villes et villages de la même façon.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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ninachevalier
  25 septembre 2019
Le titre Par les routes fait écho à celui de Kerouac et convoque l'idée d'errance, de nomadisme, de voyages et de rencontres fortuites.


Il y a des êtres croisés, côtoyés qui vous marquent au point de rester gravés dans votre mémoire. L'autostoppeur , « donquichottesque silhouette », que le narrateur écrivain Sacha a retrouvé quinze ans plus tard appartient à cette catégorie.
Sacha brosse le portrait de cet ami d'adolescence et colocataire. Épris comme lui de liberté, il leva le pouce en sa compagnie avant que leurs routes divergent.
On comprend qu'il s'en était éloigné, la relation devenant toxique.

La fée hasard les réunit de nouveau quand Sacha, à la quarantaine, choisit de quitter Paris, désireux de changer son cadre de vie pour « retrouver la concentration » et mener à bien son roman. Il emménage dans un meublé dans cette ville du Sud, V., où le baroudeur invétéré est lui aussi installé avec femme et enfant.

Inimaginables de telles retrouvailles !
Que ressent-on en pareil cas ? le passé défile et convoque de nombreux souvenirs communs.
Sacha s'interroge sur ce besoin compulsif de rencontres, ce virus qui habite son ami retrouvé et note son énergie décuplée à ses retours. Mais ce dernier n'est-il pas en train de ruiner son couple à négliger ainsi sa famille ? Ne risque-t-il pas le naufrage ?
Au début le téléphone permet un contact plus proche. Son fils, Agustin, les guette ces appels du paternel, puis il manifeste parfois une curieuse indifférence.
Et à la longue, ils insupportent Sacha.
Les cartes postales et les photos polaroid des automobilistes qui ont pris en stop ce père fugueur affluent ainsi que les lettres, souvent rédigées avec humour, jeux de mots. Ce sont les seuls liens avec Sacha (l'archiveur du voyageur) et sa famille qui permettent d'apprivoiser l'absence. Certes, par la correspondance qu'il entretient avec ses êtres chers, leur déclarant à distance son amour, « il parvient à conserver une place à leurs côtés », mais il semble avoir démissionné de son rôle de père, d'époux pour endosser celui de pigeon voyageur. le contact vocal n'est pas totalement rompu, le trio restant se met à téléguider l'autostoppeur sur des sites de leur choix : magnifique et émouvant échange entre le père et le fils suite à un dessin d'Agustin.
Toutefois les envois semblent se tarir. « Un imperceptible effacement » s'installe.

Reste en suspens la question du retour du nomade, ce qui crée agacement et tristesse chez Marie, qui, elle aussi, a besoin de souffler. Mystère quant aux mobiles de son absence d'une dizaine de jours. le récit devient haletant quand elle relate son escapade émaillée de rencontres. Cet interlude lui a permis de faire le point.
Aime-telle toujours celui que Sacha compare à « un coucou, un tisserin qui fait son nid de ce qu'il rencontre » ou même à « une baleine qui refait surface plus loin qu'on ne l'imaginait » ? Marie va-t-elle s'autoriser à s'abandonner à un autre ?

Peu à peu Sacha va combler ce vide de sa présence auprès de ceux qui restent. Une complicité se tisse avec le jeune Agustin. ( promenades, jeux, gardes) Une affinité grandissante le rapproche de Marie, traductrice, tous deux soucieux du mot juste. L'auteur insiste sur la nécessité de l'ascèse, « de la juste dose d'isolement » pour avancer dans le roman en chantier. Ce moment de solitude également indispensable pour Marie. Ne faut-il pas vivre avant d'écrire ?

Mais l'équilibre de cette nouvelle vie à trois ne risque-t-il pas d'être menacé en cas de retour inopiné de l'autostoppeur ? le récit réserve surprises et rebondissements ! .

L'errance de cet électron libre, mobile, interpelle. de quoi vit-il ? Trouve-t-il toujours son bonheur dans la griserie de la vitesse et de la liberté ? Est-ce pour lui une façon de «  secouer le fardeau de la routine » ? Va-t-il un jour revenir définitivement ? Personne ne connaît les pensées secrètes du drôle de «zouave », de «  ce doux dérangé ». Et Sacha de sursauter à chaque coup de sonnette !

Ce kaléidoscope de la France (des autoroutes et «  des vaisseaux secondaires ») qui se déroule comme en travelling, avec des arrêts images sur des libellules, des forêts, des plages, un goéland, suscite chez le lecteur une envie de partance. On se prend à rêver à l'énoncé d'une myriade de lieux aux noms pleins de poésie (Orion, Joyeuse, Beausoleil, Contes, Lançon : « le tremplin rêvé », La Flotte, Saint-Pompont...).
Les déplacements étant en stop, une galerie de portraits d'automobilistes défilent en même temps que la radiographie des habitacles, ce qui permet d'avoir un miroir de la société empruntant ces routes. Une mixité des classes. « Un échantillon représentatif de la variété des hommes et femmes d'aujourd'hui ».

Sylvain Prudhomme nous offre une traversée de l'Hexagone quelque peu atypique et erratique, car au gré des voyages en stop de celui dont la passion est restée intacte, de celui qui a une propension à la dromomanie. On avale les kilomètres, fait halte sur les aires de repos et stations service, arpente des villages, passe une soirée conviviale chez Souad, on s'abîme dans la contemplation des paysages dont le narrateur cartographie les charmes, on se recueille aux Éparges devant un champ de croix blanches, devant une plaque commémorative relatant la blessure de Genevoix. Lieu tristement célèbre où l'écrivain Pergaud a perdu la vie.
En alternance mouvement, avec l'autostoppeur pour qui « partir est nécessaire à son équilibre », qui « avait toujours besoin que sa trajectoire en frôle d'autres et immobilité avec Sacha, devenu plus sédentaire, à l'heure du bilan de la quarantaine, cherchant, lui, à freiner, à retenir le temps.
Ce qui donne un rythme saccadé en plus des phrases courtes.

L'auteur signe un roman géographique, une invitation à sillonner, à notre tour, la France profonde, à la manière de Depardon. Un road trip sensoriel, à plusieurs vitesses, scandé par la musique (Cohen Nina Simone, ragas),la voix du GPS, traversé d'odeurs (d'ail, de tarte, de framboise, de café, de piment, de terre, de résine, d'herbes détrempées ou de térébenthine, de javel),nourri de multiples lectures ( Kundera, Mc Carthy, Levé, Lodili, Sau, Ponge). Une écriture frétillante de la vie.
Sylvain Prudhomme explore la pérennité du couple, la fidélité, l'amour, la fiabilité de l'amitié. Il distille de nombreuses références à la fuite du temps : « Vivre c'est maintenir entier le petit nuage que nous formons, malgré le temps qui passe ».
Il expose le processus de la genèse d'un roman, l'attente de voir jaillir « une fulgurance, récompense de mois de patience, d'obstination, de labeur, d'endurance ».
Le tableau final apporte un regain de fraternité salvateur/jubilatoire dans ce rassemblement euphorique, digne de Woodstock. Serait-il là le bonheur dans cette chaîne humaine et son partage ? Dans cette même communion à repérer « la ceinture d'Orion ». Dans cette grande famille de l'Autostoppeur qui lui a fait « don de son hospitalité ». Un récit qui se termine en apothéose et qui ravivera les souvenirs de ceux qui ont pratiqué le stop dans leur jeunesse. Et si l'envie de barouder vous habite, sachez que l'auto-stop ressemble à la pêche : « Même patience, même délicatesse dans le coup de poignet, même absence de brusquerie. Même joie dans les prises » !











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Melieetleslivres
  11 septembre 2019
Ce livre est un amour. Je veux dire, je le referme et je garde en moi cette écriture qui est absolument et sincèrement désormais au rang de mes amours d'écriture. de style. de perfection dans la simplicité. Mais d'abord, la présentation de l'éditeur :

«J'ai retrouvé l'autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l'ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m'avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J'ai frappé à sa porte. J'ai rencontré Marie.»

Sylvain Prudhomme, je ne l'avais jamais lu, et j'ai découvert qu'il'avait publié déjà 13 livres. Il est né en 1979, et de fait, rentre dans la peau d'un écrivain de son âge, la quarantaine, qui décide un jour de partir de Paris pour trouver un peu de calme afin d'écrire son roman. Il choisit une petite ville de Provence, pas loin de la mer. Une petite ville avec une belle luminosité, calme en dehors des vacances. Il y connait un cousin, un ami d'ami, c'est tout. Il s'installe dans un meublé, en centre ville, et fait de petites choses, comme de petites courses, l'installation de la wifi, tout en s'interrogeant sur ce milieu de sa vie, qu'il pense avoir atteint, là. Il est invité à une soirée par son cousin, et rencontre des gens qui connaissent son ami et colocataire d'il y a vingt ans : l'autostoppeur. L'autostoppeur habite cette petite ville aussi. Depuis quatre ans. Il vit avec Marie et Agustín, leur enfant. Ils se rencontrent. L'autostoppeur a toujours une vie agitée, quand ça le prend, il part, sans téléphone, avec un petit sac à dos et s'en va. Alors que le narrateur est immobile, à se creuser la tête pour des mots, pour raconter une histoire qui s'appellerait "La mélancolie des paquebots". Il y a vingt ans c'était pareil. Il lui disait d'arrêter de lire et de sortir dans la vraie vie, celle des gens, les gens qu'il rencontre en faisant de l'autostop. On ne saura jamais le nom de cet autostoppeur, a part à un endroit du livre, comme caché, je ne sais pas si c'est vraiment son nom. le narrateur va tout doucement rentrer dans la vie de cette petite famille, et tomber amoureux de Marie, la compagne de l'autostoppeur.

Sylvain Prudhomme raconte tout cela, chaque petit fait, en phrases très courtes souvent, jamais de points d'interrogation dans les dialogues, même si l'on voit bien qu'il y en a eu une oralement, de question posée. Les mots sont choisis avec exactitude, d'une précision remarquable pour n'avoir pas besoin d'adjectifs et d'adverbes qui alourdiraient le récit. Les descriptions sont pourtant magnifiques. Pas de langage ampoulé, pas de mots savants ni de mots peu usités, l'auteur raconte cette aventure, et les aventures de l'autostoppeur avec une simplicité remarquable. J'ai rarement été en admiration devant un style d'écriture, à part bien sûr Colette, et Jane Sautière.

Avec Par les routes, Sylvain Prudhomme raconte la force de l'amitié et du désir, le vertige devant la multitude des existences possibles. Et offre une force de style peu commune.





Par les routes - Sylvain Prudhomme, ed L'Arbalète, 21 Août 2019, rentrée littéraire 2019, 205 pages, 19€


Lien : https://melieetleslivres.wor..
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LiliGalipette
  25 juillet 2019
La quarantaine un peu triste, Sacha emménage dans un petit meublé d'une ville de province. Il a pour projet de peindre et d'écrire. Mais son chemin croise à nouveau celui de l'autostoppeur. « J'ai pensé que c'était fou. Qu'il fallait un hasard extraordinaire pour que nous nous retrouvions là tous les deux. Ou peut-être autre chose qu'un hasard. Je me suis mis à la place de l'autostoppeur. J'ai pensé ce qu'il avait dû penser en apprenant que j'étais là. Ce qu'il était impensable qu'il n'ait pas pensé : que je venais le chercher. Que ce déménagement, je me faisais pour lui. » (p. 24)

Je n'en dis pas plus de l'histoire. Sachez simplement qu'il est question d'une amitié dangereuse, où le désir et la peur s'affrontent. Et voyez si vous êtes prêts à partir par les routes, sur les traces d'un autostoppeur insaisissable.

Et si je n'en dis pas plus, c'est aussi parce que, sans être capable de dire pourquoi, je n'ai pas tout compris. Ai-je manqué un mot, une phrase, un paragraphe qui aurait tout rendu limpide ? Aucune idée... Le fait est que je n'ai ressenti aucune sympathie pour Sacha ou pour l'autostoppeur. Tout m'a semblé nébuleux, comme un rêve poisseux dont on n'arrive pas à se débarrasser après une sieste trop longue. Enfin, le terme de l'histoire m'a laissée profondément dubitative, entre "Tout ça pour ça" et "C'est un peu court, jeune homme". Cependant, quand j'entends les critiques et les avis qui fleurissent sur ce roman qui fait les gros titres de la rentrée littéraire, je pense qu'il s'agit vraiment d'un ressenti très personnel, que j'ai manqué un truc, et que d'autres lecteurs y trouveront sans aucun doute leur compte.
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mumuboc
  07 octobre 2019
Sylvain Prudhomme nous emmène sur les routes enfin je devrais plutôt dire sur Sa route, celle qu'il fait prendre à son narrateur, Sacha, la quarantaine qui décide de tout plaquer pour s'installer à V., où vit celui qui ne sera nommé que par "l'Autostoppeur" qu'il a connu au détour d'un voyage et qu'il a perdu de vue depuis près de 20 ans.

Qu'est-il devenu ? Comment vit-il ? Qu'a-t-il fait de sa vie quand lui-même est à un carrefour et que la route à prendre est assez obscure. Tous les oppose et pourtant.....

Il va découvrir un homme marié à Marie, traductrice, avec un enfant Agustin 9 ans, qui vit de petits chantiers ici ou là, est son propre patron ce qui lui permet de se lancer régulièrement (et comme par le passé) sur les routes à la rencontre des autres, de partager à la fois un bout de chemin mais aussi un bout de vie.

Sacha va se rendre compte du vide de sa vie , à l'opposé de son Autostoppeur, sorte de doux bohème qui ne pense qu'à prendre la poudre d'escampette, malgré sa femme et son fils, à aller plus loin, aller vers les autres, associant idées et parcours, jusqu'à se fondre et parfois disparaître dans le décor.

Sacha va peu à peu s'immiscer dans cette famille et surtout se rapprocher de Marie, lasse des départs de l'Autostoppeur mais sans pour autant l'obliger à revenir au foyer. Chacun va prendre une route, sa route pour trouver sa place et sa vie.....

C'est un roman dans lequel on voyage, c'est un parcours initiatique à la recherche du bonheur pour chacun. Sacha va découvrir les charmes d'une vie de famille et suivre l'Atostoppeur au rythme des polaroïds que celui-ci envoie, comme des petits cailloux blancs sur les chemins qu'il emprunte.

Sylvain Prudhomme est un as en géographie française, une sorte de Pierre Bonte des villes et villages, écrivant une carte routière à la main afin de dresser le parcours des idées et pensées de cet Autostoppeur, philosophe des routes et autoroutes, connaissant tous les recoins du territoire, dressant une carte balisée qui mènera Sacha à comprendre et à remettre toute sa philosophie de vie en question en s'ouvrant aux autres et en découvrant le sens du partage.

Avec une écriture douce, posée, l'auteur nous convie à un voyage dans lequel les paysages et personnages rencontrés participent à sa réussite mais aussi à la confrontation des deux anciens co-voyageurs, leurs deux univers;

J'aime et redoute à la fois l'idée qu'il existe une ligne d'ombre. Une frontière invisible qu'on passe, vers le milieu de la vie, au-delà de laquelle on ne devient plus : simplement on est. Fini les promesses. Fini les spéculations sur ce qu'on osera ou n'osera pas demain. (...) La moitié de notre existence est là, en arrière, déroulée, racontant qui nous sommes, qui nous avons été jusqu'à présent, ce que nous avons été capables de risquer ou non, ce qui nous a peinés, ce qui nous a réjouis. (p4)

Et si l'Autostoppeur n'était finalement que le double de Sacha, celui qu'il n'a pas osé être, qu'il ne s'est pas permis d'être, celui au manteau bleu, comme l'évoque l'auteur, dans une chanson de Léonard Cohen, l'homme de sa jeunesse :

"Je me jure que s'il revient j'aurai la même élégance. Dans la chanson de Cohen la guitare est calme, les mots sont simples. Certains biographies disent que l'ami au fameux manteaux bleu existe, qu'il a vraiment eu une histoire d'amour avec Jane. D'autres pensent qu'il n'est qu'un double de Cohen, une figure de sa jeunesse, de ses années de vagabond. Que du début à la fin le chanteur ne s'adresse qu'à lui-même. A l'home qu'il n'est plus et qu'il revoit avec un mélange de tendresse et de défi. Ceux-là disent que l'homme au manteau bleu et Cohen n'ont jamais fait qu'un. (p205)"

Oser sans jamais avoir oser, faire le premier pas, aller vers l'autre, vers les autres, vivre à travers les autres, trouver ce que l'on a toujours cherché sans espérer un jour le trouver.

Une bien jolie balade dans laquelle chacun peut retrouver un bout de son itinéraire, de sa propre carte routière, au hasard des chemins pris et des rencontres.

J'aurai pu assister à une rencontre mercredi à La Roche sur Yon mais une erreur de manipulation informatique m'en empêche et il ne reste plus de place. Je me console en me disant qu'il y aura foule à l'écouter parler de son voyage littéraire .....
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lucia-lilas
  21 septembre 2019
J'ai un problème avec les romans actuels dont les personnages féminins s'appellent Marie ou Jeanne. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu'on va très très vite se prendre les pieds dans le tapis pour finir la tête dans l'arête du mur le plus proche.
Et le pire, c'est que ça marche à tous les coups.
Parce que ces femmes (est-ce le prénom qui veut ça?), elles sont chouettes, sympas, plutôt pas mal, un peu bohèmes, un brin artistes, écrivaines, traductrices, elles lisent des textes que pas grand monde ne connaît, écoutent de la musique que personne n'écoute, vont parfois au ciné… Dans leur maison, style bourgeois-bohème, de jolis tissus qu'elles ont ramenés de jolis voyages recouvrent les canapés et les lits (parce qu'avant, quand elles étaient étudiantes, elles étaient aussi un peu baroudeuses…)
Dans cette maison, on se sent bien entre amis… On danse un peu en fin de soirée… C'est sympatoche tout plein...
Elles ont des copains cool les Marie et les Jeanne, des mecs pas comme les autres, qu'aiment marcher seuls dans la montagne ou sur les routes, qui se laissent pousser la barbe, qu'aiment pas trop les téléphones portables et qui ne bossent pas vraiment.
Oui, ils sont chouettes aussi les copains des Jeanne et des Marie. Super attachants, pas soumis à la société de consommation, un peu mal dans leur peau. Beaux, bien sûr, jeunes encore (même si ça commence à tourner un peu...)
Généralement, il y a un môme qui traîne dans leurs pattes, on ne sait pas trop pourquoi et eux non plus d'ailleurs…
Et quand on en est là, je me dis qu'on n'est plus à un stéréotype près : un peu de vague à l'âme par-ci par-là, l'envie de revivre une seconde jeunesse (comme-de-grands-ados-qu'-ont-jamais-vraiment-réussi-à-devenir-des-adultes-parce-que-les-valeurs-de-la-société-beurk-beurk), quelques scènes d'amour, deux trois passages où on joue avec le gosse (assis par terre), deux trois balades dans le paysage (un peu gris, c'est mieux), puis un retour à la maison où l'on débouche une bonne bouteille de vin rouge (du pas dégueulasse) que l'on déguste dans un verre ancien chiné en regardant le paysage (toujours tristounet) à travers la fenêtre de la cuisine. Oui, la cuisine, c'est pas mal.
Voilà voilà.
Les Marie et les Jeanne, ça annonce généralement ce type de récit, dans l'air du temps, bobo dans l'âme, un peu platounet dans l'écriture et souvent pas très très original, il faut bien le dire...
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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belaval
  05 septembre 2019
Livre attachant qui met en scène un écrivain (un peu en panne) une traductrice Marie, son fils Agustin et le mari, étrange: depuis sa jeunesse, il éprouve le besoin de parcourir les routes en stop sans but géographique précis mais pour faire des rencontres même brèves.
Marie s'en amuse au début puis s'en fatigue. Elle accueille Sacha, l'écrivain, ancien copain de l'auto-stoppeur.
Ce dernier va et vient puis va sans revenir en envoyant des cartes postales à son fils, sa femme et son ami; beaucoup puis de moins en moins.
J'aime beaucoup Sylvain et son écriture douce et lente.
La personnalité de l'auto-stoppeur me reste un mystère: je comprends sa passion mais pas son égoïsme: il abandonne son travail, sa femme et son fils. Sacha l'avait autrefois chassé de sa vie, les retrouvailles sont éphémères.
Une belle lecture.
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