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ISBN : 2918799572
Éditeur : Anacaona (01/09/2015)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 4 notes)
Résumé :
La prison, la solitude et l’angoisse dans le Nordeste rural des années 20. João Miguel est un homme quelconque et sans histoire qui assassine un homme, sous l’effet de l’alcool. Jeté en prison, il est ballotté dans les engrenages incompréhensibles de la justice.
Privé de liberté, il découvre la solitude, l’angoisse, l’incertitude du destin, la jalousie. Fatalisme, hasard, injustice : ce huis clos est le roman de la solitude humaine mais c’est aussi un roman s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
jovidalens
  09 février 2016
Un vase clos comme une jarre, dans le ventre de laquelle toute une micro-société se croise, s'entre-aide, tourne en rond. Une jarre, dont un rayon de soleil vient de temps en temps éclairer le fond. La vie, la lumière sont "dehors". Et eux, ils sont « dedans ». Quelques unes (parce que ce ne sont que les femmes) viennent apporter un peu de...un peu de quoi, au fond ? Un peu des rumeurs du monde extérieur ? ! Un reste d'amour avant qu'il ne s'effiloche comme le bord d'un hamac trop usé ? Et l'auteure, sans mots, fait ressentir leurs difficultés à elles de venir, d'escalader les flans de cette jarre virtuelle pour plonger quelques instants dans son ombre où tournent en rond leurs hommes.
Rachel de Queiroz ouvre son roman par « un éclair maléfique  : rien qu'un seul geste, avec le couteau... ». Dans un bouge, une rixe, un couteau qui jaillit dans une main, un homme éventré au sol et presque simultanément, le meurtrier est empoigné par les policiers et conduit en prison. C'est fulgurant.
Roman court et efficacement construit où l'on apprend à connaître Joao Miguel, comme ses codétenus, à travers quelques bribes de vie.
L'auteure décrit une toute petite communauté à la marge – bien sûr- de la société. Et cette société, comme elle semble démunie, pauvre et fière. Mais tout de même soudée par solidarité ; même le geôlier et les forces de police semblent compréhensives. Cette prison est petite, en mauvais état, héberge les ivrognes parfois, un voleur et quelques meurtriers. Condamnés qui purgent leurs peines et ceux , comme Joao, qui attendent leur jugement.
Surprenante organisation ; c'est une détenue qui assure la cantine, et pour en bénéficier il faut la payer. Ou c'est la famille, les amis qui paient ou le détenu doit se trouver un petit travail. Les prisonniers errent presque librement ; c'est une histoire de confiance entre eux et les forces de l'ordre.
Ce récit est intemporel, il pourrait se passer dans n'importe quelle contrée reculée, lieu de micro-sociétés comme il doit en exister encore, relativement ignorées du rouleau compresseur économique.
Il y a toujours ces maladies d'amour : comment un couple peut-il continuer d'exister quand l'un se retrouve « à l'ombre », et que l'autre doit faire face de nouveau seul, face aux pressions de survivre avec peu de moyens sans le réconfort d'une présence. Très beau passage quand Joao se retrouve seul, que sa Santa ne vient plus. Sa colère ne peut être qu'impuissante et quelle honte d'avouer son abandon devant les autres. Ce serait encore ajouter de la misère à sa misère.
Et ce père qui reçoit sa femme et ses enfants, effondrés mais toujours aimants.
La pauvreté c'est aussi ces couteaux, si prompts à habiter la main de celui qui se sent,, se croit insulté, dans un moment de colère. Même les plus âgés et les moins pauvres s'y laissent piéger.
Tous acceptent leur condition, comme si leur destin était de recevoir aussi stoïquement que possible cette épée de Damoclès qui a fini par leur tomber dessus. Ils n'en apprennent rien et referont le même cheminement qui les a menés au gouffre : il n'y a pas de remise en question. Juste l'acceptation.
Le style de Rachel de Queiroz est dense, c'est un flux rapide et profondément humain. Elle raconte un épisode de vie sans jamais porter de jugement. Elle laisse entendre la pensée du personnage, avec ses moments d'effondrement. Peu le joie et pourtant, ce n'est presque pas important parce que la vie c'est aussi comme ça.
Ce livre c'est aussi à travers le temps la rencontre de cette belle littérature brésilienne du début du vingtième siècle et d'un illustrateur contemporain. Les illustrations d'André Diniz peuvent faire penser au style de Frank Miller par la maîtrise du noir et blanc, mais il y a plus de rondeur, de fluidité chez Frank Miller que dans le trait d'André Diniz. André Diniz donne l' impression que le dessin est gravé, gravé habilement et profondément à coups de serpe dans un matériau dur, comme un des personnages de « Joao Miguel » prisonnier condamné qui sculpte des ex-votos dans un morceau de bois. Cela correspond bien à l'écriture de Rachel de Quiroz qui décrit des hommes dont on ne voit pas d'évolution possible : ils sont taillés de toute pièce dans la rigueur de leur vie.
André Diniz c'est aussi un style quelque peut « Art Déco » , qui évoque les décors du film « Le cabinet du Docteur Caligari » ou certains dessins dadaïstes. Des illustrations tout à fait en accord avec l'histoire racontée dans ce roman.
Belle découverte d'un grand écrivain brésilien que je ne connaissais pas encore. Merci Babelio et merci aux Editions Anacaona de l'avoir proposé en Masse Critique.
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R-Lectrice
  25 février 2016
L'oeuvre João Miguel de Rachel de Queiroz, publiée aux éditons Anacaona dans leur collection Terra, narre l'enfermement en prison d'un homme, accusé à juste titre pour meurtre, en 1930. Entre amitié, trahison et peur, ce récit place le lecteur dans un huis clos où il découvrira la réflexion menée par le protagoniste sur la vie dans une prison; sous tous ses aspects les plus horribles mais également les plus révélateurs de la bonté humaine et de la solidarité.
Cette oeuvre nous permet de nous représenter les conditions de vie des prisonniers, mais surtout d'imaginer ce qu'elles étaient dans les années 30. En effet, le contexte historique nous montre la ruralité tout à fait présente dans le Brésil de cette époque.
Chose plaisante qui permet au lecteur de s'immerger dans l'histoire; il a l'impression, tout comme le protagoniste, d'être enfermé. Assurément, ce dernier ne fréquente pas d'autres lieux que sa cellule et les alentours durant une longue période.
de plus, l'amitié qui se lie avec les autres prisonniers est très attachante. Nous apprenons à connaître les souvenirs des autres personnages et leur passé semé d'embûches. Leur malheur nous inspire beaucoup d'émotions et nous ne pouvons nous empêcher d'espérer qu'ils pourront avoir une fin heureuse. L'espoir, même infime, est la dernière chose à mourir.
En revanche, j'ai trouvé la mise en place du récit un peu longue et l'attachement au protagoniste plus difficile que pour les autres personnages.
le lecteur se rend compte de l'importance de chaque petite nouvelle, même infondée, sur le milieu extérieur. Il comprend également la difficulté de la situation, non seulement pour les prisonniers, mais surtout pour leurs proches qui ne cessent d'espérer à l'extérieur.
Nous nous apercevons que chaque émotion est amplifiée lorsqu'on vit dans un si petit espace, écarté de toute civilisation, sans occupation et avec pour seul distraction les conversations avec les autres prisonniers. La haine, l'impression de trahison, la dépendance à l'alcool, l'angoisse, l'humiliation, la jalousie, la peur du destin... Tout est sujet à la réflexion puisqu'ils n'ont pas d'autre occupation.
Cette oeuvre a été une agréable découverte. Merci à la maison d'éditions Anacaona pour leur gentil envoi. le travail réalisé sur l'édition est magnifique, avec de très belles illustrations et une couverture à la texture originale. La traduction est bien réalisée et le fait qu'elle se consacre exclusivement aux traductions d'oeuvres brésiliennes en fait une petite pépite. Merci à l'opération Masse Critique pour la réception de cet ouvrage.
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paula_anacaona
  27 janvier 2016
Ecrit dans les années 30 mais une réflexion encore très moderne. Et, sans quitter les murs de la prison, on en apprend beaucoup sur ce qui se passe dehors...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
jovidalensjovidalens   02 février 2016
Néanmoins, c'était la même main... Les doigts maintenant tremblants, avaient la même apparence des jours anciens, des heures de travail et de plaisir.
La même...
En vain, dans un examen anxieux, il chercha le vestige du crime, du couteau, de la main frémissante. Rien n'avait changé en elle, comme rien n'avait changé en lui-même.
Alors, pourquoi sa vie de tous les jours, avait-elle subi une révolution aussi étrange, douloureuse, irrémédiable ?
Il avait cessé d'être un homme, il avait perdu le droit de vivre comme les autres, de marcher, de parler, d'ouvrir une porte.
Il était comme une bête féroce que l'on garde enfermée pour qu'elle ne fasse de mal à personne.
Ceux qui auparavant voyait en lui un ami, un camarade, le regardaient maintenant comme un être monstrueux qui, après une vie entière, se révèle tout à coup, tel un sorcier qui se transforme en serpent et apparaît sous sa forme nouvelle pervers et maléfique.
Pourtant, malgré tout, il était toujours lui.
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jovidalensjovidalens   06 février 2016
Et il ne se souvenait plus de ce qu'il l'enlaidissait ou la vieillissait, il ne se souvenait plus de ses dents usées , noircies par la pipe, ni de sa maigreur, de sa décadence... Elle lui semblait maintenant belle, inaccessible, seulement parce qu'elle était loin, parce qu'elle l'avait oublié et avait fui.
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jovidalensjovidalens   06 février 2016
Mais le pire en ce monde, ce n'est pas de vivre seul, non, Dona. On trouve partout de la compagnie. Le pire, c'est de savoir qu'on ne vaut rien, qu'on ne sert qu'à se louer, de patron en patron, comme une bête de somme. C'est pour cela qu'on se met à boire. Pourquoi être bon, être un être de confiance, prêt à tous les boulots ? Pout que le mâitre vous écrase encore plus, pour qu'il vous presse encore plus comme un citron...Tout au plus, il vous donne un cruzado supplémentaire par journée...Les flemmards, on les épargne davantage?
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jovidalensjovidalens   06 février 2016
On souffre beaucoup plus quand on est un homme, Dona Angelica. Un enfant , ça ne sent pas les choses très longtemps : en un instant, ça s'amuse ! Vous ne pensez qu'à la souffrance de l'enfant, mais vous oubliez qu'un homme souffre deux fois plus. Depuis que je suis un homme, j'en ai bavé beaucoup plus... Ne serait-ce que la consolation de pouvoir pleurer qu'ont tous les enfants !
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paula_anacaonapaula_anacaona   27 janvier 2016
Un livre écrit dans les années 30, mais une réflexion encore très moderne.
Raquel de Queiroz avait à peine 20 ans quand elle a écrit ce livre... et quelle maturité ! Sans quitter les murs de la prison, on en apprend beaucoup sur ce qui se passe à l'extérieur...
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