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Critiques sur L'île aux remords (21)
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marina53
  14 novembre 2017
Septembre 58. Un orage violent, une pluie battante depuis la veille et le village se retrouve bientôt envahi par les eaux. Une eau fraîche et boueuse, bientôt collante, claquant par vagues les murs des maisons. Rarement, ce massif cévenol n'a connu une aussi grande tempête. le Gardon, l'Ardèche ou encore la Cèze dépassent les côtes d'alerte, certaines communes déplorent des morts. Jean Poujol, médecin de ce petit village, venu apporter les dernières nouvelles et trouver refuge au bar du coin, quitte brutalement l'échoppe et grimpe à bord de sa voiture. Il s'engage, malgré les avertissements des gendarmes, sur le pont qui risque à tout moment de s'écrouler. Malheureusement, après une mauvaise glissade, voilà sa voiture à l'eau, un tronc d'arbre la traversant. Obligé de continuer à pied, Jean atteint non sans mal la demeure de son père, isolée sur une toute petite île. Ce dernier semble étonné de voir débarquer ainsi son fils. Il faut dire que ses visites se font très rares et que les deux hommes se croisent peu...

Parce qu'ils sont prisonniers des eaux, c'est coincé sur ce petit bout d'île que le père et le fils vont avoir une discussion comme ils n'en ont pas eu depuis 20 ans. Au fils des mots échangés, le père va peu à peu connaître le passé de son fils, ce qu'il a fait, où son métier de médecin l'a conduit et pourquoi il a fui autant dans sa vie. Jean, lui, va découvrir ses véritables origines. Une discussion qui va, évidemment, bouleverser les deux hommes emplis de secrets. Didier Quella-Guyot nous offre un album touchant sur les relations père/fils et aborde le thème des colonies françaises, de l'armée coloniale et des bagnes, notamment celui de Poulo Condor, le plus grand bagne français. Sébastien Morice, de par son trait tout en finesse et élégance, de par ses couleurs très douces, de par ses décors et paysages magnifiques, sublime ce récit original et intrigant.
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TheWind
  21 avril 2018
La couverture de cette BD est tout simplement sublime !
Ma ferveur pour cette BD n'ira pas plus loin.

Cette histoire entre un père et un fils qui se retrouvent isolés comme sur une île suite à une soudaine montée des eaux aurait pu faire un huis-clos très émouvant et intrigant.
Seulement, j'ai eu beaucoup de mal à suivre chacun dans ses souvenirs, ses regrets, ses révélations. J'ai trouvé le scénario mal ficelé, partant un peu dans tous les sens.
Je n'ai pas bien compris non plus pourquoi chacun se met à révéler ses souvenirs, ce qui les pousse à le faire à ce moment précis, sans qu'il y ait vraiment de raison. Bref, tout cela tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.
C'est dommage, car le décor et la situation de départ servis par un très joli trait et des couleurs douces et enchanteresses étaient propices à une très belle histoire.
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Titania
  17 décembre 2017
Ne cherchez pas sur une carte ! L'île aux remords, n'a aucune réalité géographique.

C'est une parenthèse temporelle, l'occasion pour un père et son fils de se retrouver, pendant une inondation catastrophique qui isole la maison en 1958. C'est le moment de parler et de révéler des secrets enfouis dans le silence depuis longtemps, d'évoquer des femmes qui ont compté pour eux.

Des mêmes auteurs, j'avais aimé l'originalité du scénario de Facteur pour femmes. Dans ce nouvel opus , ce sont d'autres îles bien loin de la Bretagne qui sont explorées, y compris celles de la littérature d'aventure qui a fait partir nombre de rêveurs au bout du monde.

C'est une chronique familiale intimiste, une histoire complexe de relation père fils qui nous est contée dans ce huis clos climatique.

Une jolie palette de couleurs aquarellées, des tons pastels bleu gris et ocre, ce que je préfère, nous emmène au bout du monde en Indochine ou en Guyane dans des bagnes où sont enfermés des prisonniers politiques, opposants des guerres coloniales de la France, dans lesquels le fils a exercé comme médecin.

D'île en île, les personnages cheminent, se révèlent et trouvent le chemin l'un vers l'autre dans ce récit nostalgique sur le thème du métissage. La petite histoire croise celle des drames de la décolonisation pour une fin heureuse, mais je ne vous en dis pas plus.

Je remercie sincèrement Babelio et les éditions Bamboo pour cet agréable moment de lecture offert pour cette opération masse critique. Un petit souci toutefois, la police de caractères un peu petite m'a légèrement gênée dans ma lecture.

Merci également pour la surprise ! Dans le colis ce n'était pas une BD mais deux que j'ai trouvées, puisqu'avec l'île aux remords j'ai pu découvrir le numéro 20 de la célèbre série Les profs, un petit quart d'heure d'humour sans complexe pour éclairer une soirée d'hiver.

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tchouk-tchouk-nougat
  14 octobre 2017
30 septembre 1958, c'est les grandes eaux dans les Cévennes. le déluge. La crue. Jean se précipite alors chez son père, dont la maison sur son piton rocheux ne tarde pas à se retrouver cernée par les flots. Voilà le père et le fils sur une île, le bon moment pour se dire la vérité.

Un joli roman graphique qui aborde des sujets divers. Tout d'abord la paternité, le lien filial et les secrets de famille à travers Jean et son père. Tous les deux sont attachants et tente de vivre avec leurs remords, leurs reproches et leurs bagages parfois lourds à porter. Les dialogues entre les deux sont parfois un déstructurés mais laissent bien passer ce qui les oppose et surtout ce qui les réunis.
La condamnation aux bagnes ensuite, avec le racisme, les conditions déplorables des prisonniers et leur exploitation à travers Jean, infirmier puis médecin militaire ayant travailler en Guyane et en Indochine. Sa position nous heurte parfois, mais au final il arrivera à dépasser tout cela.
Des sujets intéressants mais insuffisants développés je trouve, faisant naître un léger sentiment de frustration à la fermeture de la bande dessinée. Notamment les années de Jean auprès des bagnards aurait pu mérité une plus grande place.

Les dessins quant à eux sont très beaux, sensibles et doux. Un peu en rondeur avec une jolie palette de couleur un peu pastel.
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jamiK
  09 janvier 2019
Le dessin est minutieux et élégant, le trait est presque masqué, la colorisation, la lumière sont finement travaillées. Presque trop à mon goût, moi qui suis plutôt partisan d'une certaine spontanéité, mais ça, c'est sans doute subjectif, car ici, on ne peut pas nier la qualité. L'histoire avec ses flashbacks successifs est bien rythmée, on évolue entre exotisme des colonies et les orages cévenols, et la lumière s'intègre bien au récit. Par contre, concernant l'intrigue, je suis moins beaucoup moins convaincu. Un père et son fils, déjà quadra, se retrouvent isolés sur la propriété du vieil homme, berger dans les Causses, transformée en île suite à un déluge cévenol. Il vont se parler comme il n'ont pas dû le faire souvent. Et c'est là que le bas blesse, on va de révélations de secrets de famille en révélations de secrets de famille qui s'accumulent, jusqu'à l'overdose, même dans la collection Harlequin on n'ose pas en aligner autant ! C'est la tarte à la crème, pour provoquer un pathos artificiellement gonflé, comme l'effet que le scénario à provoqué sur moi, et que vient encore appuyer le dessin trop léché. le dessin est beau, mais quand je lis une bande dessinée, je me moque que le dessin soit "beau", je veux qu'il ait du caractère, et malheureusement ici, il ne fait que renforcer la mièvrerie de cette histoire de secrets de familles. On dirait que l'auteur à recensé tous les secrets de familles possibles pour les mettre dans une seule bande dessinée, et le père et le fils sont là à se regarder en chiens de faïences à faire le concours de celui qui a la plus grosse (surprise bien sûr). Ça m'a fait penser à une chanson de Spike Jones (https://www.youtube.com/watch?v=vTj6-BFROVo). Bref, ce n'est pas du tout ma tasse de thé comme vous l'aurez compris... d'ailleurs je digère pas le thé...
P.S. J'ai lu des mêmes auteurs la série "Papeete 1914", de bien meilleure qualité.
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visages
  16 mai 2018
Si le graphisme m'a charmé, tant par la finesse de ses traits que par les couleurs, j'ai été déçue du scénario.L'île aux remords porte mal son nom. Sur un registre égocentré, Jean, va en effet "réparer"ce qu'il ressent comme un regret.Mais il m'a semblé imperméable à toutes les souffrances dont il a été témoins et même d'une certaine façon cautionées. Les réflexions de son père, les émotions dont il lui fait part lorsqu'il l'écoute raconter sa vie dans l'armée coloniale ne l'amènent à aucune remise en question et il ne paraît même pas entrevoir ce qu'il y a pu avoir d'abjecte dans ce qu'il a vu et a accepté.Ce personnage m'est vraiment antipathique et j'ai du mal à comprendre comment Morice et Quella-Guyot alors qu'il se sont appuyé sur des faits historiques très interresants, qu'ils ont mis en scène des actes aussi cruels que racistes et imbéciles, réussissant à provoquer chez le lecteur de la révolte,ont pu se contenter d'un personnage aussi médiocre !?
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badpx
  10 mars 2018
Encore un livre de la sélection cezam. Ce que je trouve plaisant dans ce type de lecture c'est la totale découverte : j'emprunte le livre sans rien savoir des auteurs ni de son contenu.
Et pour celui-ci surprise, j'ai déjà lu une autre BD des mêmes auteurs (Facteur pour femmes), alors évidement j'ai ouvert ce livre avec a-priori favorable et je l'ai refermé enchantée par ma lecture, mais en me disant que c'était prévisible.
Pourtant, les premières planches ne m'enthousiasmais pas particulièrement : une histoire d'inondation dans les cévennes, pffff.... ça me faisait peut-être un peu trop penser au blockbuster catastrophe hollywoodiens. Mais l'inondation n'est là que pour mettre les personnages dans une situation de huis-clos..... et alors on découvre le déroulement de leur vie.... et on découvre l'histoire des bagnes ! Je viens donc de découvrir qu'il n'y en avait pas qu'en Guyane ! C'est donc le second livre que je lis autour de ce sujet en quelques semaines, et à chaque fois j'en apprends un peu plus.... et ça fait froid dans le dos
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Colibrille
  11 novembre 2017
Sébastien Morice et Didier Quella-Guyot s'associent une nouvelle fois pour nous livrer un récit mêlant fiction et faits historiques, à l'image des 2 autres BD issues de leur collaboration.

J'avoue que c'est avant tout les dessins de Sébastien Morice qui m'ont donné envie de lire cette BD. J'avais déjà beaucoup aimé son trait ainsi que sa colorisation dans "Facteur pour femmes". Son dessin est de la même qualité dans ce one shot.

En ce qui concerne l'histoire, j'avoue que j'ai eu du mal à m'y plonger. J'ai trouvé que l'intrigue peinait tout d'abord à se mettre en place. Dans un premier temps, l'auteur s'attache à nous présenter Jean et son père, et nous révéler certains de leurs secrets de famille. Mais ensuite, l'auteur s'attache à nous faire découvrir le passé de Jean, le récit prend alors une tournure historique innatendue. N'étant pas callée en Histoire, j'ai eu un peu de mal à suivre, ou plutôt, à comprendre les enjeux de ce que raconte le personnage.

Pour résumer, je dirais que j'ai adoré le graphisme mais suis restée un peu insensible à l'intrigue.
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Presence
  24 octobre 2017
Ce tome constitue une histoire complète et indépendante de toute autre, parue en 2017. le scénario a été écrit par Didier Quella-Guyot ; les dessins et les couleurs ont été réalisés par Sébastien Morice. le même duo de créateurs est également l'auteur de Boitelle et le café des colonies (2010), Papeete 1914, tome 1 : Rouge Tahiti (2011-2012, 2 tomes), Facteur pour femmes (2016).

Dans les Cévennes, le 30 septembre 1958, l'eau de la crue monte vite et commence à s'infiltrer dans les maisons. En début de soirée, Jean Poujol arrive au café pour prendre un peu de repos, et il relaie les informations de la gendarmerie aux habitués : le Gardon et l'Ardèche ont monté de plus de 5 mètres et les propriétés agricoles avoisinantes sont dévastées, les usines sont submergées. Alors que Fernand, le cafetier, évoque les personnes qui se retrouvent isolées dans leur maison en campagne, Jean Poujol se rend compte brutalement qu'il a oublié de penser à quelqu'un. Il sort en trombe du café, monte dans sa voiture et démarre incontinent. Il arrive devant un pont dont l'accès est barré par les gendarmes. Il explique qu'il est médecin et qu'il doit aller voir un patient de toute urgence. Les gendarmes lui dressent un tableau de l'état des routes, et lui indiquent qu'il s'y engage à ses risques et périls.

Jean Poujol décide de continuer sa route. Il réussit à franchir le pont, mais bientôt sa voiture se retrouve emmenée par le torrent d'eau et il doit l'abandonner. Il poursuit sa route à pied, jusqu'à parvenir à une maison isolée, établie sur une élévation devenue une île au milieu de l'inondation. Il y retrouve son père en bonne santé. En attendant la décrue, les deux hommes cohabitent, et discutent. Jean Pujol est ému de retrouver les vieux livres qui l'ont fait rêver, comme L'île au trésor (1881) de Robert Louis Stevenson. de fil en aiguille, ils abordent le souvenir des disparus, dont une certaine Simone. Ils évoquent le départ de Jean Poujol, de la maison, en 1933. le père évoque des voisins, comme Victor qui avait séduit et mis Simone enceinte. Jean découvre des réponses à des questions qu'il ne lui était jamais venu à l'esprit de poser.

Le lecteur peut être séduit d'emblée par cette magnifique couverture, avec la mémoire d'une jeune femme (très jeune même puisqu'il apprend au cours du récit qu'elle avait 15 ans) qui surplombe une petite île avec une maison. le personnage en barque semble se diriger vers le lieu de ses souvenirs, au milieu d'une nature lavée par la pluie. Il peut aussi avoir lu un autre des ouvrages réalisés par Quella-Guyot & Morice et être sous le charme de leur narration douce et calme, pour des histoires fortement nourries par L Histoire. A priori, le lecteur ne sait pas trop à quel type d'histoire s'attendre en commençant ce volume. Il retrouve une composition de couverture qui évoque celle de Facteur pour femmes, avec une grande importance donnée au ciel, des tons bleus, et la silhouette du souvenir d'une femme. Mais le récit débute d'une toute autre manière avec cette inondation. Il comprend vite que l'inondation est le dispositif narratif qui justifie que Jean n'ait pas d'autre choix que de passer un laps de temps significatif avec son père.

D'ailleurs, dès la fin du premier chapitre (le tome en compte 5), il apparaît que la trame du récit se compose des souvenirs du père et du fils. Dans un premier temps, il s'agit surtout de ceux du père qui révèle des secrets de famille au fils. le scénariste se lance dans un exercice périlleux de narration dans un ordre non chronologique, charge au lecteur de rassembler les morceaux. La prise de risque est bien réelle car l'intérêt du récit ne repose pas sur une énigme avec un enjeu spectaculaire, comme retrouver le coupable d'un meurtre par exemple. Jean Poujol apparaît comme sympathique de prime abord, mais le lecteur ne connaît quasiment rien de lui, et son père semble lui reprocher de ne pas avoir gardé contact avec lui. du coup, le lecteur ne sait pas trop bien sur quel pied danser concernant le positionnement moral du personnage principal.

Le lecteur se laisse donc emmener dans ce qui s'apparente à une comédie familiale, avec enfant né hors du mariage, avec quelques éléments dramatiques, mais peu développés. Il est fait allusion à Clémence, la mère de Jean, morte depuis 18 ans, au chagrin que Jean lui a causé en quittant le domicile familial, et ça s'arrête là concernant Clémence. le lecteur a donc du mal à prendre parti dans un sens ou dans l'autre, manquant d'élément affectif. Fort heureusement la narration reste limpide, et le lecteur n'a pas à fournir d'effort particulier pour remettre les révélations dans un ordre chronologique. Puis vient le moment pour Jean Poujol d'évoquer ce qu'il a fait entre son départ en 1933, et le temps présent du récit en 1958. Il est parti comme médecin dans les colonies, et plus particulièrement dans des établissements pénitentiaires. Son parcours personnel l'a amené à faire l'expérience de cette vie d'expatrié, et à rencontrer des individus d'origine diverse, souvent déportés dans des colonies pénitentiaires pour éviter qu'ils ne fomentent des troubles dans leur pays d'origine.

Sans en dévoiler plus sur l'intrigue, le lecteur constate que le père et le fils ont suivi 2 chemins de vie très différents, mais que celui qui s'est le plus ouvert au monde est finalement celui qui a le moins voyagé. Les auteurs n'opposent pas le père et le fils dans une confrontation idéologique ; ils montrent comment l'un et l'autre en sont venus à adopter des points de vue différents sur la vie. Évidemment, les souvenirs du père finissent par se mêler au thème du colonialisme et du rapport entre les civilisations. En douceur, Jean Poujol prend conscience du point de vue de l'autre, remettant en cause son rapport à autrui. La narration n'est jamais démonstrative, elle reste au niveau des ressentis des personnages, tout en se nourrissant de faits historiques clairement identifiés comme la position du Front Populaire par rapport à l'institution des bagnes.

Alors que le récit se compose essentiellement de la discussion entre le père et le fils, les auteurs mettent en oeuvre des outils narratifs diversifiés et sophistiqués qui assurent la prédominance de la dimension visuelle dans la narration. le lecteur s'immerge dans le récit avec l'inondation montrée dans le premier chapitre. Il apprécie tout de suite les choix de représentation de Sébastien Morice. Cet artiste ne détoure pas toutes les formes, il inclut également des informations visuelles en couleurs directes. Avec cette façon de faire, les coulées d'eau deviennent plus fluides. Les feux arrière de la voiture laissent une traînée pour rendre compte de sa trajectoire hasardeuse. En page 15, le lecteur découvre la maison du père sur l'île dans la douce lumière du matin. La page de Poulo Condor en 1946 baigne dans un soleil chaud. Morice proscrit les couleurs vives et clinquantes pour des tons plus apaisés, et plus feutrés. Il utilise l'infographie pour reproduire l'impression d'un rendu de peinture, mais sans les traces distinctives du pinceau. Cet outil lui permet de jouer sur les nuances d'une même couleur, de montrer comment 2 teintes peuvent se mélanger, comme le bleu de l'eau claire, et le brun de l'eau chargée de terre. Ce mélange de colorisation et de peinture directe aboutit à des cases où le relief de chaque surface apparaît par les variations de nuance, pour des dessins combinant une vision d'un monde riche, et une facilité de lecture.

Le lecteur apprécie également la conception de du récit qui permet de conserver une variété visuelle dans les discussions. le premier chapitre montre donc les flots d'eau se déversant dans le village, léchant les pieds des maisons et envahissant la campagne. le dernier chapitre (le troupeau et le berger) se déroule dans un autre endroit, Morice incorporant une composante touristique dans ce qu'il montre. Pendant les 3 chapitres se déroulant sur l'île provisoire où se tient la maison du père, le lecteur peut voir le père et le fils vaquer à leurs occupations, tout en papotant : prendre un verre, couper une tranche de pain, monter au grenier, se tenir sur la terrasse pour observer le niveau de l'eau, aller chercher les moutons, etc. Ces différentes scènes offrent au lecteur l'occasion de se balader aux alentours de la maison, d'observer les paysages, et de voir les gestes du quotidien accomplis par les protagonistes. Il ne s'agit pas simplement de le distraire, mais aussi d'apporter des informations sur la vie des personnages, sur l'environnement dans lequel ils évoluent.

Outre ces occupations banales, le lecteur bénéficie également des images montrant les souvenirs de Jean ou de ceux évoqués par le père, dans la mesure où le récit passe alors dans un mode de narration directe. Par exemple, il est transporté en 1933, et il observe Jean Poujol être pris en charge par un voisin qui l'emmène dans sa camionnette pour le conduire au village, le père lui intimant de donner de ses nouvelles, la mère se tenant à l'écart pour ne pas s'effondrer. le 2 août 1914, les auteurs lui montrent Simone vitupérer contre Victor qui lui annonce son départ à la guerre, du fait de la mobilisation générale. Un peu plus loin il se retrouve donc à Poulo Condor, une île dans la mer de Chine méridionale, aux côtés de militaires en uniforme blanc, avec casque colonial. Les auteurs lui font visiter du pays, tout en faisant également oeuvre de reconstitution historique.

Cette nouvelle collaboration entre Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice est encore une fois une réussite, et un plaisir de lecture rare. le lecteur se laisse tout de suite emmener par la simplicité apparente du récit, alors que les auteurs entremêlent une histoire personnelle, des secrets de famille, une crue, une reconstitution historique, l'existence des colonies pénitentiaires, sans aucune condescendance, avec des images sophistiquées, une mise en scène visuelle, des paysages magnifiques, et une réflexion sensible sur la relation à autrui.
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Ladydede
  01 janvier 2018
En septembre 1958, de terribles inondations saccagent la région les Cévennes.
Jean, médecin, décide de porter secours à son père, resté dans sa maison isolée de tous. Ce sauvetage n'est pas sans importance car cela fait 25 ans que le fils est parti, sans donner la moindre nouvelle. de fil en aiguille et de plus en plus submergés par les eaux, les deux hommes se confient et racontent leurs plus terribles secrets...

Il ne m'en fallait pas plus pour sélectionner cette bande dessinée lors du dernier masse critique et quelle agréable surprise de la recevoir dans ma boite aux lettres !
Après Facteur pour femmes (que j'avais beaucoup aimé), Sébastien Morice et Didier Quella-Guyot forment de nouveau un duo de choc pour une bande dessinée magnifique.
L'île aux remords est en effet superbement illustrée et l'histoire très complète. On y apprend beaucoup sur la colonisation et la politique française dans les années 1950. Les personnages - Jean et son père - sont à la fois attachants et énervants. On ne sait pas quoi penser de leur choix et de leur caractère. Il y a un petit reproche que je ferai : j'ai trouvé que le scénario allait vite, qu'il manquait quelque chose pour apprécier cette bande dessinée.

Merci à Babelio et à Bamboo édition pour cette lecture toute même passionnante et intrigante.
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